jeudi 17 avril 2008

Aimé Césaire nègre éternel


Aimé Césaire nous a quittés. Aujourd'hui, une étrange ambiance règne en Martinique. La Martinique s'est tétanisée après l'annonce de la mort du poète. Tout le monde ici s'attendait à l'issue fatale mais espérait un miracle, une rémission. Alors, ce matin, les martiniquais vaquent à leurs occupations mais le cœur n'y est pas vraiment.
Comment se sentir fort quand on vient de perdre le meilleur d'entre nous ?

Les réactions sont unanimes d'où qu'elles viennent. Le monde a perdu un grand homme, un grand penseur. Hommages plus ou moins convenus, plus ou moins sincères. Langue de bois muée en langue de velours... Obsèques nationales mais où ? En Martinique, nulle part ailleurs. Et puis, serait-il satisfait qu'on versat des larmes de crocodile sur la terre qu'il a tant aimée.


- Certains retiendront le concept de «négritude», la conscience d'être noir avec ses profondes racines africaines et l'héritage assumé d'une histoire tumultueuse et tragique.


- D'autres se focaliseront sur le parcours politique de l'engagement au PCF après la seconde guerre mondiale à la rupture en 1956 lors de l'invasion de la Hongrie par les troupes soviétiques puis l'anticolonialisme


- D'autres encore verront surtout le parcours artistique et littéraire de l'école Normale Supérieure aux côtés de Pompidou et Senghor puis la rencontre avec André Breton et les surréalistes qui révolutionnaient l'art en profondeur.



Il y avait Césaire l'africain, grand admirateur de Cheikh Anta Diop et de Patrice Lumumba. Pour lui, l'Afrique était le terreau de l'âme noire.

Il y avait Césaire l'haïtien qui écrivit tant sur la première république noire. Toussaint Louverture, le roi Christophe, Dessalines, grâce à lui ces personnages ont toute leur place dans l'histoire du monde.

Il y avait Césaire l'anticolonialiste dont « le discours sur le colonialisme » passait au gant de crin les fantasmes de grandeur et de civilisation des puissances coloniales en faisant le portrait au vitriol du visage totalitaire, raciste et barbare de la colonisation. C'est ce livre qu'il offrit à Nicolas Sarkozy quand il accepta de le recevoir après avoir refusé de le rencontrer une première fois.

Il y avait Césaire le martiniquais qui marqua de son empreinte singulière la ville de Fort de France en l'ouvrant aux populations déshéritées et en y développant l'accès à la culture pour tous malgré de faibles moyens.


Il y avait Césaire l'observateur lucide de son temps, l'inventeur d'une poésie politique. Les mots ci-dessous ont été écrits il y a 60 ans... Le combat de la dignité n'est pas terminé.


Ecoutez le monde blanc
horriblement las de son effort immense,
ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures,
ses raideurs d'acier bleu transperçant la chair mystique;
écoute ses victoires proditoires trompeter ses défaites,
écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement
Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs !

Aucun commentaire: