mardi 29 décembre 2009

PIERRE PAPAYA : HONNEUR ET RESPECT POUR UN COMBATTANT



Pierre vivait avec Muriel, il avait cinq enfants, Nikita, Odile, Dimitri, Fanny et nina.

Pierre PAPAYA est né le 29 juin 1956 à Basse Pointe. Son père, descendant direct de l'immigration tamoule venue à la Martinique à la fin du XIXème siècle, était ouvrier agricole. Pierre sur ce rocher du nord de la Martinique, a connu avec sa grande fratrie une enfance heureuse marquée par la précarité d'une vie difficile.

Pierre a été marqué à jamais par l'exemple de son père, militant syndicaliste et communiste actif dans les luttes ouvrières des années 1940 et 1950. Il rappelait souvent comment, tous les 30 avril, son père cherchait une autre habitation pour l'embauche car il savait qu'inévitablement, il serait chassé de son travail après sa participation à la manifestation du 1er mai. Il était en admiration devant ses parents pour leur capacité d'avoir pu donner quotidiennement à leur dix enfants à manger et le cadre pour réussir à l'école. Il en a tiré le sens du combat quotidien pour assumer les besoins de la vie.

Il a fait ses classes secondaires au Lycée Schoelcher. Son militantisme y a commencé au sein du "Mouvement du 10 janvier" (MXI). Il milita à l'union de la Jeunesse Communiste (UJCM).

Après son bac, Pierre part à Montpellier pour des études d'informatique. Il milite à l'Association Générale des Étudiants Martiniquais (AGEM) où il occupe des responsabilités.

Doté se son diplôme de programmeur, il part à Paris où il commence à travailler dans une multinationale de l'informatique, CAPGEMINI. Au grand effroi du patronat et d'une partie de ses collègues, il va créer une section syndicale CGT dont il est un responsable.

A la fin des années 70, par son frère Paul, il rejoint un groupe de militants qui ont décidé de quitter le Parti Communiste Français (PCF) pour créer une section du Parti Communiste Martiniquais dans l"émigration.

Ce sera un choix auquel il restera fidèle pendant plus de trente ans.
Pierre a toujours eu un grand sens critique et anti dogmatique. A l'AGEM, il était réservé vis à vis de l'orientation maoïste de la direction. Au PCM, outre sa critique du modèle soviétique, il considère que le mot d'ordre d'autonomie ne répond pas aux exigences de la lutte de libération nationale.

Au 7ème Congrès du PCM de décembre 1983, il est le porte-parole de la section émigration qui se prononce pour l'indépendance. A l'issue contestée du Congrès, l'émigration rompt avec le PCM et il participe à la création des "Martiniquais Communistes Résidents en France" (MRCF), organisation qui rejoindra le Pati Kominis pou Lendépandans ek Sosyalizm (PKLS) après sa constitution en mai 1984.

Pierre participera à tous les combats de l'émigration contre le monopole d'Air France, pour les congés bonifiés, pour que vive Radio VOKA, contre la répression, pour la création d'une organisation de masse de l'émigration.

Au cours des années quatre-vingt, il joue un rôle actif dans les activités de l'Alliance Révolutionnaire Caraïbe (ARC).

Internationaliste jusqu'au bout des ongles, il conçoit son combat dans le cadre de la lutte des peuples et des ouvriers du monde entier. Il participa à de nombreux voyages de solidarité et de dénonciation du colonialisme français. Il anime le combat avec les immigrés contre la montée du racisme. Il apporte un soutien concret aux militants basques, ce qui lui vaudra des poursuites de la justice française.
Pierre est aussi artiste. il ne pouvait rester sans que ses mains ne fassent et ne créent un objet ou une œuvre. Il met ce don au service de son engagement.
Sa réussite en 1997 à un concours d'entrée dans la fonction publique territoriale lui permet de réaliser son rêve en retournant en Martinique avec sa compagne Murielle.

Sur le sol national, il a milité particulièrement au sein du PKLS où il coordonnait sa direction nationale.

Fermement attaché au combat national, il condamnait les trahisons et les compromissions qui minent le camp patriotique et les dénonçaient avec ironie et mépris. Communiste, il haïssait et réprouvait la société capitaliste d'exploitation et d'oppression. il ne doutait pas un seul instant que, même si la lutte était difficile, complexe et longue, la Martinique serait bientôt indépendante et que le capitalisme avait son avenir derrière lui.

En 2007, il a une maladie cardiaque qui fait craindre pour sa vie. Après une grave opération, il en ressort plus vivant et déterminé que jamais.
Mais le 26 décembre 2009, à 53 ans, au petit matin, avec cette discrétion qui le caractérisait, il est parti subitement et sans cri.

Sa vie aura été celle du combat permanent. Il laisse un vide qui ne pourra jamais être comblé.

mercredi 9 décembre 2009

Conférence de Rodolf Etienne à l'Habitation Clément

Aimé Césaire et le créole ! Le sujet a beaucoup fait couler l'encre. Il a fait l'objet de nombreuses recherches. Comme par exemple dans "Aimé Césaire" de la spécialiste Lilyan Kesteloot en 1989, ou encore dans "Une Traversée paradoxale du siècle" de l'écrivain martiniquais Raphaël Confiant, en 1994.

De manière lapidaire, dans "Les créolistes et Aimé Césaire : une filiation complexe", l'universitaire Jeanne Chiron, écrit : "Césaire aliéné ?".

Elément de réponse le 10 décembre 2009, à l'Habitation Clément, lors d'une conférence-débat organisée par l'association "Tous Créoles".

vendredi 4 décembre 2009

Aimé Césaire Précurseur d’une métamorphose


I. Tracé d’une aliénation

Eléments de définition

Puisqu’il en faut une pour ouvrir le débat, considérons la définition suivante du terme créole, tirée du dictionnaire Larousse,

n. et adj. d’abord attesté sous les formes hispanisantes crollo (1598), criollo (1643), puis francisé en créole, en 1670. Il est emprunté à l’espagnol criollo (1590), lui-même emprunté au portugais crioulo, seulement attesté en 1632 au sens de « métis noir né au Brésil ». Ce mot est dérivé, avec un suffixe mal éclairci, de cria, dérivé régressif de criar « élever » (espagnol criar), issu du latin creare, signifiant « créer ».

(…)

L’expression langue créole, attestée en 1688 et reprise au XIXème siècle, est probablement un emprunt direct au portugais, à en juger par la localisation de la première attestation relative au créole portugais parlé au Sénégal[1]. Et jusqu’à la fin du XIXème siècle, les créoles étaient considérées comme une simple altération du français, de l’anglais, du néerlandais, du portugais ou de l’espagnol. Leur apparition est liée à l’esclavage, réunissant des locuteurs de plusieurs langues africaines et ceux d’une langue européenne.

(…)

Guy Hazaël-Massieux, dans son exposé « Une légitimité du troisième type : la légitimité créole », confirme : « D’un mot qui au départ servait à classer des personnes en croisant le lieu de naissance et l’origine parentale, on est passé à un adjectif qui peut s’appliquer au langage, au mode de vie et pour finir à une société et à un modèle social ».

Le créole est aujourd’hui langue nationale aux Seychelles, à Maurice et en Haïti.

Cette définition qui a suscité de très nombreux commentaires a l’avantage, pour le cas qui nous intéresse, de préciser une certaine généalogie.

En la confrontant de façon arbitraire, aux analyses de Moreau de Saint-Méry et de l’Abbé Grégoire, nous tâcherons d’exprimer le Tracé d’une aliénation.

Des Hommes. Des idées.

Médéric Moreau de Saint-Méry, né à Fort-Royal, en Martinique, le 13 janvier 1750 est issu d’une lignée très tôt inscrite dans la magistrature coloniale. Son père, Bertrand Médéric Moreau, était substitut du procureur du roi, tandis que son grand-père, Jean Médéric, fut commis du greffier du Conseil supérieur, puis juge criminel et civil. Ainsi, Médéric Moreau de Saint-Méry jouissait-il d’une renommée certaine dans la haute société de la colonie. Et c’est en suivant une voie toute indiquée qu’il sera nommé au Parlement de Paris en 1771, puis avocat au Cap, à Saint-Domingue, en 1776.

Franc-maçon progressiste et assidu, il figure parmi les fondateurs des fameux Cercle des Philadelphes[2] et Club Massiac[3]. Philanthrope, il revendique néanmoins dans ses ouvrages et prises de position le despotisme légal du régime esclavagiste et la ségrégation contre les Libres de couleur, affirmant, ou réaffirmant le cas échéant, le fameux « préjugé de couleur ». Député de la Martinique à la Constituante, il sera l’une des figures de proue de la controverse qui, en 1791, aboutit à la consécration constitutionnelle de l’esclavage[4].

Médéric Moreau de Saint-Méry semble avoir toujours été agité entre ses principes familiaux, ses ambitions réformistes et ses origines créoles. Il meurt, dans une relative pauvreté, le 28 janvier 1819. Il est surtout connu pour sa théorie arithmétique de l’épiderme ou classification du métissage.

Henri Grégoire, dit l’Abbé Grégoire est né à Vého, près de Lunéville, en région Lorraine, le 4 décembre 1750. Ecclésiastique, issu d’une famille de paysans pauvres, il sera de toutes les grandes batailles en faveur des droits de l’Hommes et du Citoyen, de 1789 à 1831, année de sa mort.

Dès son premier ouvrage Essai sur la régénération civile, morale et politique des Juifs, publié en 1789, Grégoire prendra part à tous les débats idéologiques et politiques de son temps, soit au sein de l’Assemblée Constituante, soit à la Convention, soit au sein même du Clergé.

On doit notamment à l’Abbé Grégoire : De la littérature des nègres, ou Recherches sur leurs facultés intellectuelles, leurs qualités morales et leur littérature, ouvrage publié en 1808, qui fera pendant longtemps office de référent, suscitant l’admiration des uns contre l’indignation des autres. En septembre 1801, il est de ceux qui manifestent violemment face à Napoléon Bonaparte leur opposition à l’envoi de l’expédition Leclerc[5] contre le nouveau gouvernement de Toussaint Louverture.

Calomnié, rejeté par l’Eglise, démuni, mais néanmoins estimé du peuple, l’Abbé Grégoire meurt à Paris le 20 mai 1831.

Farouches adversaires des querelles législatives sur les colonies liées à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, Moreau de Saint-Méry et l’Abbé Grégoire nous ont légué une somme d’œuvres qui nous éclairent entre autres, sur les conceptions créoles de leur époque.

Suite

jeudi 3 décembre 2009

AIMÉ CÉSAIRE, LE « FIL ET LA TRAME » CRITIQUE ET FIGURATION DE LA COLONIALITÉ DU POUVOIR


Comme une gifle sur nos visages absents, le verbe d’Aimé Césaire claque sur nos consciences et demeure, alors que l’homme s’en est déjà allé depuis le 17 avril 2008. Sa disparition aura suscité de nombreuses réactions dans le monde entier, mais ce repos définitif le rend plus vivant que jamais tant il a créé un désir de poésie ; ce même repos le redimensionne tant sa pensée impertinente attise la résistance, l’exploration de soi, de l’autre et du monde. Et si notre intervention rejoint le vaste concert d’hommage auquel il a droit, elle est aussi l’occasion d’examiner la position littéraire, philosophique et politique d’Aimé Césaire dans l’univers intellectuel de la diaspora afro-antillaise entre 1950 et 1970. Pour ce faire, Buata B. Malela se propose d’étudier la relation qu’entretient Aimé Césaire avec les autres producteurs littéraires à partir d’une analyse des expériences concrètes dans leur production culturelle respective. L’auteur se demande également si, chez Césaire, les rapports de proximité avec soi-même et l’altérité passent par une déconstruction de l’épistémologie héritée de l’aliénation incarnée par des figures de proximité comme Toussaint Louverture, le roi Christophe, Lumumba, etc. ? Et quel est le statut de ces figurations dans le discours césairien ?

Buata B. Malela

est né à Kinshasa en 1979. Docteur en philosophieet lettres de l’université libre de Bruxelles, docteur en littératuregénérale et comparée de l’université Paul-Verlaine (Metz), il s’intéresse à la sociologie des littératures francophones d’Afrique, desCaraïbes et d’Europe ainsi qu’aux études postcoloniales. Parallèlement, il étudie les relations entre philosophie et littératureau sein de la diaspora euro-africaine et africaine-américaine, enfinles questions relatives aux rapports entre mondialisation et littératures. De plus, B. B. Malela a enseigné les littératures de langue française(Afrique, Antilles, Belgique et France) à l’University ofLanguages (Bakou, Azerbaïdjan), puis à l’University of Silesia(Katowice, Pologne). Il est l’auteur d’une monographie consacrée aux Écrivains afroantillais à Paris (1920-1960). Stratégies et postures identitaires (Paris, Karthala, coll.Lettres du Sud, 2008).

http://www.anibwe.com/edition.php ?action=7&id=389

dimanche 29 novembre 2009

Présence africaine au musée du quai Branly




Le musée du quai Branly accueille jusqu'au 31 janvier 2010 une exposition thématique autour de la revue littéraire Présence africaine.


Depuis le 10 novembre, le musée des arts et civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques dévoile une série d'ouvrages, de photographies et d'enregistrements audiovisuels sur l'émancipation culturelle africaine. Suivant un parcours chronologique, à partir des années 20, l'exposition retrace l'émergence de diverses tribunes pour la pensée et les revendications du monde noir, dont la revue Présence africaine.

L'intellectuel sénégalais, Alioune Diop, l'a créée en 1947, dans le but , selon ses termes, "d'ouvrir à la collaboration de tous les hommes de bonne volonté (Blancs, Jaunes ou Noirs), susceptibles d'aider à définir l'originalité africaine et de hâter son insertion dans le monde moderne". De nombreux artistes y ont participé, tels Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Richard Wright, Léopold Sédar Senghor ou André Gide.

Présence africaine reprend l'initative du sénégalais Lamine Senghor de donner la parole aux Noirs, dès les années 20, dans le périodique La voix des nègres. Les écrivains martiniquais Aimé Césaire et Paulette Nardal perpétuent, à partir de 1937, cette ambition culturelle panafricaine en publiant La Revue du Monde Noir, Légitime Défense ou encore Tropiques.

Une saison au Congo de Césaire: Lumumba, tragédie actuelle



Une saison au Congo du Martiniquais Aimé Césaire a été présentée, avec succès, samedi à Tunis, par les comédiens du Théâtre national Daniel Sorano. C'est dans le cadre des Journées théâtrales de Carthage qui se tiennent du 11 au 22 novembre 2009.

(Envoyée spéciale à Tunis) - La troupe dramatique de Sorano a présenté samedi aux Journées théâtrales de Carthage la pièce d'Aimé Césaire, Une Saison au Congo, d'après une adaptation de Seyba Traoré. Dès l'entame, une voix-off campe le décor. On est en 1960. Le Congo (Zaïre) vient d'obtenir son indépendance sur décision du roi des Belges, cédant aux exigences des leaders politiques du pays, tel Patrice Lumumba. L'euphorie des indépendances est perceptible dans tout le Congo. On trinque à la liberté.

Le morceau ‘Indépendance Cha Cha’ du musicien congolais Joseph Kabasele sert à la fois de fond sonore à la pièce et de slogan pour le peuple. La mise en scène de Seyba Traoré est essentiellement centrée sur le personnage de Patrice Lumumba. Récemment nommé Premier ministre, il tente d'apaiser les ardeurs irrédentistes. ‘Oublions nos rivalités et nos ambitions particulières et dominons nos querelles tribales’, lance-t-il à ses compatriotes. Le leader congolais veut ‘un Congo libre et unis’. Son pays est miné par des dissensions internes. Des velléités séparatistes le guettent, à l’image du Katanga, région riche en ressources naturelles. Les richesses minières et énergétiques du Congo sont pillées sans vergogne par les puissances étrangères, symbolisées sur scène par des hommes masqués, habillés en costumes et rodant la nuit, munis de torches. Cette atmosphère préfigure le chaos dans lequel le pays va bientôt basculer. Le colonel Mobutu se proclame Premier ministre, en direct sur les ondes. Lumumba apprend la nouvelle en même temps que le peuple, resté, lui, en marge des événements.

La pièce passe ensuite directement à l’intervention des Casques bleus. La demande d’aide de Lumumba au Ghanéen Nkrumah reste sans suite. Le leader congolais sera ensuite arrêté. A-t-il été exécuté ? Par qui ? La pièce ne donne pas de précisions sur la fin de l'homme politique congolais. Mais sur les planches le personnage de Patrice Lumumba reste debout, la chemise tachée de sang. Le fantôme du leader congolais semble toujours hanter ce pays ruiné par les guerres civiles. Presque cinquante ans après son indépendance, la situation du Congo n'a pas beaucoup changé. Les vautours et les démons de la violence rodent encore. C'est pourquoi le texte du poète martiniquais, Aimé Césaire, écrit en 1967, garde toute sa force et son actualité.

Patrice Lumumba (1925-1961) est interprété par le comédien sénégalais Ibrahima Mbaye qui a su faire ressortir toute la dimension tragique de la pièce. Dans l'ensemble, les comédiens de Sorano ont tiré leur épingle du jeu. Si l'on sait que durant toute la représentation (1 heure 45), il leur a fallu un effort supplémentaire de concentration pour ne pas être perturbés par les nombreuses entrées et les sorties des spectateurs passant parfois au milieu de la scène ! Le cadre, le Théâtre Etoile du nord de Tunis, était visiblement inadapté à la représentation de la pièce.La salle a cependant apprécié le romantisme révolutionnaire d'Une Saison au Congo, pièce jouée en français. Bien que majoritairement arabe, le public a été touché par le jeu juste des comédiens sénégalais. Les Tunisois connaissent d'ailleurs bien le héros congolais, dont une rue de la ville porte son nom.

Fatou K. SENE

mardi 10 novembre 2009

« Paroles et silences d'Aimé Césaire »

Ce vendredi 6 novembre, à 19 heures 30, le centre culturel du bourg du Lamentin accueille « Paroles et silences d'Aimé Césaire » , sur une mise en scène de José Alpha. La gare Saint Lazare est le lieu de cette histoire. Celle d'un balayeur nègre « Pongo » venu de la Martinique en 1932 et qui raconte aux passants sa rencontre avec les autres : les Français de l'Hexagone, les Antillais, les Guyanais, les Africains, les Réunionnais et bien d'autres...

Conçue à partir des oeuvres politiques et poétiques d'Aimé Césaire, « Discours sur le colonialisme » , « Et les chiens se taisaient » , « La Tragédie du roi Christophe » , « Ferrements » , cette pièce propose une véritable alchimie du verbe césairien avec comme « liant » des extraits de textes de René Ménil, André Lucrèce, Khalil Gibran et Amadou Hampathé Bâ.
Du pur bonheur...

Sur scène on retrouve Jean Claude Duverger et les danseurs du groupe hip-hop Ékymose, les musiciens Christian Charles-Denis (percussions), Lucien Joly (saxophone).

Jean Claude Duverger dans le rôle du nègre Pongo débordant d'énergie communique avec le public pendant plus de quatre-vingt minutes.

Au final : un moment exquis, du pur bonheur. Pour André Lucrèce qui a soutenu le metteur en scène dans sa recherche : « cette pièce se présente comme une véritable fresque relatant le combat des Martiniquais pour l'affirmation de leur identité. Le rôle d'Aimé Césaire dans ce combat ayant été évidemment déterminant » .
Un spectacle à découvrir...

- Tarifs : 12 euros pour les plus de 15 ans ; 8 euros pour les moins de 15 ans.

- Tickets en vente :
Centre Culturel du Bourg : 0596.51.15.33.
Centre Culturel de Basse-Gondeau : 0596.50.82.71.
Centre Culturel de Petit Bambou : 0596.57.02.18.

Cent poèmes de Aimé Césaire. Edition établie par Daniel Maximin


Cent poèmes de Aimé Césaire. Edition établie par Daniel Maximin. Edition Omnibus, 2009, 216 pages :

Le poète par lui-même et par... Daniel Maximin

Le poète guadeloupéen Daniel Maximin coordonne, depuis les années 1980, l’édition de la poésie de Aimé Césaire. Il vient de publier une anthologie de cent poèmes essentiels, configurée thématiquement et illustrée par des photographies qui rappellent le parcours et les affinités électives du poète défunt. Un album à feuilleter, à lire et à préserver dans nos musées personnels.

On connaît la fidélité de Daniel Maximin à Aimé Césaire. La fidélité admirative d’un poète à son aîné. Celle d’un fils spirituel aussi. Enfin, Maximin est sans doute l’Antillais qui connaît le mieux l’œuvre littéraire et profondément militante du grand poète martiniquais et universel, disparu en 2008, à l’âge canonique de 95 ans. Césaire, qui connaissait l’érudition et le talent de son jeune compère et compatriote, qu’il avait eu l’occasion de voir à l’œuvre dans des salons et des colloques consacrés à ses écrits, lui avait demandé dès les années 1980 de coordonner sa poésie. Depuis, Daniel Maximin poursuit inlassablement son travail de mise en lumière de la parole poétique césairienne qu’il qualifie de «parole essentielle». Et d’expliquer : «Et pour cet homme de paroles, maître de l’oralité autant que de l’écriture, c’est en définitive surtout la poésie qui constitue sa «parole essentielle», réunissant les héritages culturels de trois continents, et qui en fait à coup sûr un des grands poètes de ce siècle, dont l’exemple et la lecture donnent à nous tous, ses lecteurs de par le monde, «la force de regarder demain».»
Cent poèmes de Aimé Césaire qui est paru cette année s’inscrit dans le vaste travail que Maximin a entrepris pour mieux faire connaître la parole poétique césairienne, en l’éclairant sous des angles différents. L’angle choisi pour l’ouvrage en question est thématique : «Un album où se conjuguent les thèmes majeurs de Aimé Césaire : la Caraïbe natale, la décolonisation des peuples et des esprits, la modernité poétique, l’engagement politique, l’amour, la liberté, qui ont fait de lui l’un des plus importants poètes du XXe siècle», peut-on lire sur la fiche de présentation de l’éditeur. Intitulées «Ouvertures», «Poétique», «Histoire», «Iles», «Géographie cordiale», «Afriques», «Elles», «Présences», «Portrait Parcours», les neuf séquences thématiques qui ordonnent le livre se veulent les étapes d’un parcours de construction identitaire et spirituel. Un parcours semé de découvertes exceptionnelles sur le monde et soi-même, dont la poésie césairienne, présentée dans l’ordre chronologique, restitue l’atmosphère quasi-mystique, comme dans ce chapitre consacré à l’Afrique : «Et subitement l’Afrique parla/ce fut pour nous an neuf/l’Afrique selon l’us/de chacun nous balaya le seuil d’une torche enflammée/reliant la nuit traquée/et toutes les nuits mutilées/de l’armée marée des nègres inconsolés/au plein ciel violet piqué de feux.»

Enfin, ce qui fait l’originalité de ce volume, ce sont les illustrations : photographies puisées dans l’album personnel du poète et reproductions de tableaux de Wilfredo Lam, l’artiste frère. Chaque séquence s’ouvre sur un tableau de Lam au titre évocateur et surréel («Femme aux oiseaux», «Le chant des osmoses», «Marcheuse des îles», «Lumières de la forêt»...). A travers leurs couleurs lumineuses, leurs formes souvent géométriques et la configuration suggestive de leurs éléments constitutifs, ces tableaux entrent en résonance avec l’univers poétique césairien, établissant un réseau de sens qui va du poète à l’artiste, de l’écrit aux traces et coloris. Mais peut-être plus que les tableaux de Lam, ce sont les illustrations de paysages caribéens -qui ont été, on le sait, des sources d’inspiration importantes pour Césaire- qui révèlent combien cette poésie est réellement universelle, puisant son matériau non seulement dans les parcours hu-mains, mais aussi dans le végétal, le volcanique et le géologique. Elle relie la parole aux parois résistantes de la matière qui la renvoie à son tour en échos à travers les éléments, commandant «aux îles d’exister».

Tirthankar CHANDA ((Mfi)

Le couronnement d'un ardent combat


Emprisonné à Bourg-Egalité (Bourg-la-Reine), Nicolas de Condorcet est retrouvé mort dans sa cellule, de causes encore obscures, le 29 mars 1794. Près de deux mois auparavant, le 4 février, la Convention avait aboli l'esclavage dans les colonies françaises, en un grand élan d'enthousiasme. Un vacarme grandiloquent qui rattrapait plus de quatre ans d'un assourdissant mutisme : la Déclaration de 1789, qui assurait que "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits", avait tout bonnement oublié ces Noirs enchaînés dans les îles, réduits légalement à l'état de "biens meubles" par le Code noir, édicté en 1685.

Pourchassé par la Terreur, cloîtré chez sa protectrice, Mme Vernet, Condorcet voit cette loi couronner un de ses plus ardents combats. En 1781, ses Réflexions sur l'esclavage des Nègres, écrites sous le pseudonyme de Joachim Schwartz, avaient été le premier ouvrage d'un philosophe des Lumières entièrement consacré à cette avanie du temps. L'abbé Raynal, dans l'Histoire des deux Indes, Rousseau, dans le Contrat social, Voltaire, dans Candide, ainsi que d'autres esprits s'étaient émus, mais émus seulement, du sort des Africains mis en servitude. Condorcet, lui, instruit un implacable procès, avance l'illégitimité de cette pratique, et réfute les arguments économiques des défenseurs.

Il rejoint, en 1788, la Société des amis des Noirs, qui ne milite, dans un premier temps, que pour l'abolition de la traite. Un concours de circonstances, comme la Révolution sut en précipiter, aboutit à une abolition au débotté, en 1794. De fait, elle ne sera réellement appliquée qu'en Guadeloupe, avant que Napoléon ne rétablisse l'esclavage, en 1802. Cette première abolition restera largement la "farce grandiose" moquée par Aimé Césaire. Prudent, Condorcet se donnait soixante-dix ans pour en finir avec la servitude des Noirs. La véritable abolition interviendra finalement en 1848. Soixante-sept ans après la sortie de son livre.

Benoît Hopquin

mercredi 28 octobre 2009

Césaire à l'affiche


Le Studio littéraire lance sa 7e saison lundi avec pour première escale Cabaret Césaire. Imaginé par Rodney Saint-Éloi, ce spectacle est conçu autour du Cahier d'un retour au pays natal, pour rendre hommage à Aimé Césaire, mort en avril 2008 à Fort-de-France. Ce cabaret met en vedette Franz Benjamin, Mireille Métellus, Pascale Montreuil et Michel Vézina, à la 5e Salle de la Place des Arts.

Marguerite Yourcenar

Le 23 novembre, Françoise Faucher lira, au Studio-Théâtre, quelques pages d'Alexis ou le Traité du vain combat, premier roman de Marguerite Yourcenar. La comédienne a rencontré l'auteure, première femme élue à l'Académie française, lors d'un entretien diffusé à l'émission Femme d'aujourd'hui en 1975.

Victor Klemperer

Stéphane Lépine se lancera dans l'aventure de la lecture publique en puisant dans les pages du Journal de Victor Klemperer. Ce livre est un témoignage sur la montée du national-socialisme et la persécution des Juifs dans la ville de Dresde, complètement détruite par les Alliés en février 1945. Depuis 2000, le codirecteur artistique du Studio littéraire multiplie les séjours à Dresde. C'est donc un regard « intéressé » qu'il jettera sur ce journal de résistance sous le nazisme, au Studio-Théâtre, le 30 novembre.

Flannery O'Connor

Pour le dernier rendez-vous de l'automne 2009, l'auteur et comédien Robert Lalonde lira des extraits de Flannery O'Connor, à la Cinquième Salle, lundi 7 décembre. Le Québécois a parlé de cette écrivaine du Sud des États-Unis dans Le Monde sur le flanc de la truite et Le Vacarmeur. Les textes choisis sont tirés de deux recueils de nouvelles, d'essais et de lettres réunis sous le titre L'Habitude d'être.

Le PPM et la stratégie de l'égo.


Au moment où la Martinique se trouve dans un marasme économique et sociétal, confrontée à plus de 37'000 chômeurs, plus de 20 % de pauvres, un recours sans cesse accru d’une frange de la population à la banque alimentaire, une pauvreté tendant à se généraliser auprès des couches moyennes, une paupérisation de l’ensemble de la société, hormis bien sûr les possédants, nous croyons que nous étions en droit d’attendre autre chose de la motion de synthèse «POUR UNE CONSTITUTIONNALISATION DE L’AUTONOMIE», émanant de la convention du Parti Progressiste Martiniquais s’étant déroulée à Rivière salée, le 12 septembre 2009.

Le PPM se devait d’apporter un début de réponse à la crise qui nous frappe, une ébauche de solution aux problèmes que rencontre nos compatriotes ou même prendre part aux débats sur l’évolution statutaire de façon sincère et franche et non de manière serpentale ou serpenteuse.

Il ne nous apparaît pas que le PPM joue le rôle qui lui est imparti, ces louvoiements ne sont pas dignes du parti de feu Aimé Césaire, il ne s’agit de sa prise de position à travers la synthèse, si tentée que ce soit la sienne, mais de la manière dont elle est présentée.

Nous nous sommes questionnés quant à savoir l’opportunité de ce texte allant en porte à faux avec les éloges que nous avons pu lire ou les glapissements des louangeurs entendus.

Ce texte est un brouillamini indigeste se donnant une apparence savantasse en utilisant un jargon ou un charabia juridico-administratif, incompréhensible pour le commun, et quant on connaît la base électorale du PPM on se demande s’il ne se moque pas du monde.

Est-ce si difficile d’écrire un texte qui soit à la portée du plus grand nombre ? Comme cela n’a pas été fait nous nous proposons de le déchiffrer, démonter les mécanismes et artifices sémantiques de la motion de synthèse, car ce texte à nos yeux mérite d’être explicité:



CONVENTION DUPPM 12 SEPTEMBRE 2009 : MOTION DE SYNTHÈSE 
«POUR UNE CONSTITUTIONNALISATION DEL’AUTONOMIE»

PRÉAMBULE

L’évolution institutionnelle voulue par les élus du Congrès et votée à la majorité les 18 décembre 2008 et 18 juin 2009 contient deux objectifs liés à une même ambition:

la création d’une collectivité unique;

le changement de régime politique vers l’article 74 de l’actuelle constitution française.

Nous, Parti historique de l’émancipation martiniquaise réuni en convention, le 12 septembre 2009 à Rivière Salée,

Le PPM utilise un argument d’autorité, il fait prévaloir une légitimité de l’histoire, celle d’une antériorité historique. Mais le simple fait d’être le plus ancien ne fonde pas une légitimité, ni la justesse des propos.

Considérant que la Constitution Française ne reconnaît pas l’existence de la personnalité collective Martiniquaise et nie la notion de Peuple;

C’est une technique qui n’a pas de matérialité. Imaginez que vous reprochez à votre enfant pas encore né, d’être un garçon. Si l’un de vos proches avait cette attitude probable que vous vous poserez des questions sur sa santé mentale.

La constitution française ne reconnaît qu’un peuple, le peuple français puisque c’est la constitution française.

Toutefois, supposons que la constitution française veuille reconnaître le peuple martiniquais, il eut été souhaitable au préalable de définir la notion de peuple martiniquais, ce qui jusqu’à maintenant n’a pas été fait.

Qu’est-ce qui fonde le peuple martiniquais, le droit du sol (jus solis) ou le droit du sang (jus sanguinis) ou est-ce une combinaison des deux.

Il ne peut y avoir de peuple que s’il y a filiation, symbolique ou étatique.

Considérant la nécessité de respecter la personnalité collective du Peuple Martiniquais ;

Comment respecter ce qui n’a aucune réalité légale, pas de réalité sociologique, ni même historique car indéfinie ?

Considérant que pour opérer un changement de statut et de régime politique, le peuple doit être parfaitement informé avant le vote, ce qui ne peut être le cas aujourd’hui;

Il appartient aux partis politiques en premier lieu, tels le PPM et autres, d’informer les populations de leurs projets, si ce n’est pas fait, on peut leur imputer directement la responsabilité.

Considérant la nécessité d’une Autonomie garantissant les règles démocratiques d’une nouvelle gouvernance;

Cette phrase est un non-sens. L’autonomie infère subséquemment de nouvelles règles de gouvernance, car on change de modèle sociétal.

Considérant que le danger serait d’accéder à une autonomie sans pouvoir, une autonomie de dépendance;

Deux prépositions antinomiques. La définition de l’autonomie est justement d’acquérir une indépendance, mais il est probable que l’autonomie politique ne débouche pas sur une autonomie économique, si c’est le cas, c’est que le projet politique a été mal défini et nous pouvons parler d’autonomie carencée.

Considérant la nécessité du maintien du principe de l’égalité des droits et des acquis sociaux gagnés de haute lutte par le Peuple Martiniquais;

Lesquels, sont-ils indépendants des acquis sociaux gagnés par l’ensemble des Français, entre autres les acquis de 1936 ?

Considérant l’impérieuse nécessité de privilégier une Autonomie qui permet de conjuguer l’égalité des droits avec droit à l’initiative et à la différence; laquelle autonomie que tout changement de statut dans la précipitation ne ferait que compromettre;

L’autonomie n’est pas l’indépendance, nos droits sont garantis par la constitution de 58, la spécialité législative générée par le changement de statut n‘implique pas une remise à zéro des acquis sociaux, mais l’ajoutance de compétences dévolues à l’assemblée unique.

Considérant, par rapport à l’urgence de la situation actuelle, que la consultation prévue par la Constitution doit se tenir dans les meilleurs délais, permettant ainsi d’éviter une incertitude, trop longue, préjudiciable à la relance économique et à la paix sociale;

C’est le passage à l’article 74 qui sera susceptible de garantir la paix sociale et la relance économique, nous eûmes aimé connaître les déterminants de cette relance?

Ce qui aujourd’hui menace la paix sociale, c’est le chômage endémique, l’accroissement de la misère tendant à se généraliser, la paupérisation, et le fait que des dizaines de milliers de personnes aient recours à la banque alimentaire pour se sustenter, la violence et le fort sentiment d’être dans une colonie avec des droits différenciés, donc une inégalité des droits de fait.

Considérant que tout report de cette consultation à la demande des tenants du 74, n’aura, en outre, pour conséquence que de bafouer tous les principes démocratiques alors que rien ne justifie le report de la consultation du Peuple Martiniquais et encore moins le report des élections régionales;

Encore faudrait-il qu’une date ait été retenue pour la consultation du peuple toujours indéfini.

Nous réaffirmons la position prise par les élus du Parti Progressiste Martiniquais, lors des débats du congrès des élus : 
Nous proposons :

De faire bloc dans un consensus qui s’inscrit dans le temps, dans le cadre d’une démarche globale et d’un accord entre le Peuple Martiniquais et le Peuple Français.Un processus qui serait compatible avec les réalités politiques du moment.

Le peuple martiniquais ne serait pas le peuple français ? L’autonomie n’est pas censée nous faire étranger à la France.

Ce processus comporterait deux étapes:

- Une consultation immédiate du peuple visant à la mise en place d’une collectivité unique disposant de compétences élargies au titre d’une expérimentation par habilitation pour six ans, à partir d’un mode de scrutin intégrant la représentation territoriale.

A première vue, un processus difficile à mettre en œuvre, il faudrait une modification de la constitution, opération relativement lourde. Enclencher un tel processus, revient à ouvrir la boite à Pandore, chaque département, chaque région voudra son assemblée à la carte, ce qui sera ingérable.

Ceci est un leurre politique ou un moyen de renvoyer à Mathusalem des questions à régler.

– Une seconde consultation, au bout de cette période de six ans, destinée au changement de statut, sur la base des propositions concrètes que notre expérimentation nous aura permis d’élaborer.

Le changement de statut s’opérera après l’établissement de l’assemblée unique, dans le cas où l’assemblée unique serait repoussée comme ce fut le cas en … le changement de statut ne s’imposera car lié à la proposition

Cette période de six ans sera une période d’expérimentation, d’apprentissage et d’auto-institution des responsabilités nécessaires à une gouvernance globale, transversale et cohérente.

Quelles sont les modalités de cette expérimentation ?
Quel est le protocole défini ?
La grille permettant la lecture de cette expérimentation ?

Pendant cette période, notre réflexion active, éclairée par l’action, permettra une négociation responsable avec l’Etat Français, en vue du changement de statut, ce qui constituera une méthode imparable pour éviter tous les dangers et toutes les incohérences d’une aventure mal préparée.

Qu’est-ce une réflexion active ? Que l’on ne me réponde pas une réflexion qui débouche sur une action.

L’autonomie fusse-elle négociée ou imposée, n’évitera pas le risque ou les incohérences.

Ce qui doit préluder à l’autonomie est un plan de développement économique, susceptible de créer des emplois et faire reculer la misère. Si cette condition n’est pas respectée la population n’échangera pas la proie pour l’ombre.

Cette période permettra également la mise en cohérence des politiques publiques, la fusion des deux collectivités locales, l’organisation des outils de gouvernance locale, la détermination des moyens de cette gouvernance.

Ainsi, c’est en pleine connaissance de cause que le peuple se prononcera et comme le dit Aimé CESAIRE: «le droit de s’autodéterminer et de s’autogouverner dans un cadre constitutionnel démocratiquement débattu et librement accepté.»

Il faut laisser feu Aimé Césaire en dehors de tous ces salmigondis politiques.

Pourquoi ne pas dire tout simplement que le PPM n’est pas favorable à l’article 74 ?

Et qu’il sera favorable à l’autonomie que dans 14 ou 15 ans, une fois que les présidents de département et de région ne seront plus ?

Sous couvert de l’intérêt d’un pseudo peuple martiniquais, ce texte a été pesé à l’aune de l’ambition d’un homme ou juste pour nous endormir.

La Martinique n’est pas censée être le terrain de jeu des ambitions de pouvoir d’untel ou d’une telle, il me semble qu’il est temps d’abandonner la mentalité du «sauve qui peut», afin qu’ensemble nous trouvions les voies d’un développement concerté, respectueux des hommes et de notre environnement.

Que la population choisisse le 74 ou se satisfasse du 73, ce n’est pas le plus important, ce qui importe c’est que la Martinique ne devienne pas un champ de ruine, un pays violent ou la misère prédomine et que tout un chacun n’aie qu’un rêve, c’est de la quitter, ma foi ce qui se passe avec une certaine intensité dans quelques pays caribéens voisins.

Voilà notre vrai défi, et la question à se poser: est-ce que le vivre ensemble sera-t-il possible dans cinq ans en Martinique ?
Tony Mardaye

Le « statu quo » est celui de nos politiques

Depuis quelques semaines, certaines personnalités prétendent se livrer à une exégèse soi-disant objective de la pensée du président de la République suite à son discours de juin 2009, à l'aéroport Aimé-Cesaire. Il est vrai que le président de la République a affirmé à cette occasion que « la récente crise nous a rappelé à quel point le statu quo n'était pas nécessairement la meilleure voie » .

D'ailleurs, cette volonté, il l'affirme aussi dans l'Hexagone où il souhaite que s'engagent de profondes réformes des institutions. Depuis, ceux qui se voudraient les seuls défenseurs d'une Martinique plus responsable veulent nous faire croire que Nicolas Sarkozy, qu'ils soupçonnaient de néocolonialisme il y a peu de temps encore, approuve, voire soutient, leur volonté d'imposer aux Martiniquais un passage en force à leur « article 74 conduisant à l'autonomie » .

Mais beaucoup de Martiniquais présents à l'aéroport Aimé-Césaire ce jour là, ont clairement compris que le statu quo auquel Nicolas Sarkozy faisait allusion était, avant tout, celui du marasme dans lequel la plupart de ceux qui prônent aujourd'hui le « 74 » ont plongé le pays depuis près de 25 ans.

Pour s'en convaincre, il suffit de relire le discours du président de la République pour l'entendre aussi affirmer que : « 'ai toujours été ouvert à la question de l'évolution institutionnelle, sans en faire toutefois une priorite ? » . « Les Martiniquais seront libres de choisir, en leur âme et conscience, le chemin qu'ils souhaitent emprunter... Pour ma part, je n'ai, à ce stade, pas de préférence à faire valoir entre tel ou tel modèle d'évolution institutionnelle... Différents scénarios sont possibles et parfaitement respectables : le statu quo ; la création d'une collectivité unique dans le cadre de l'actuel article 73 ou le statut autonome de l'article 74... »

Le vrai changement est celui des engagements

Il ajoute que « l'évolution institutionnelle peut aussi se concevoir comme un processus, une démarche comportant plusieurs étapes. Par exemple, on pourrait imaginer dans un premier temps, la création d'une collectivité unique de l'article 73, assortie d'un pouvoir normatif renforcé ?. Après plusieurs années, et à l'issue d'une évaluation du fonctionnement de cette collectivité unique, une seconde étape, vers plus d'autonomie, pourrait être engagée » .

Il est vrai que personne ne pourrait comprendre que nous fassions le choix de laisser notre pays dans la paralysie et la torpeur, conséquences de l'incapacité de nos deux présidents d'Assemblées à impulser un véritable développement économique, cherchant sans arrêt auprès d'un Etat-tiroir-caisse, la réponse financière au moindre problème. Oui! C'est bien à un changement d'ère (et peut-être « d'air » ) et de génération, auquel Nicolas Sarkozy nous encourage... un changement dans nos relations réciproques avec l'Hexagone pour plus de responsabilités, pour une véritable prise en mains de notre avenir, pour plus d'audace dans nos projets, pour une construction et un développement gagnant-gagnant.

Oui! Le débat est pour nous, comme le dit Nicolas Sarkozy, « celui du juste degré d'autonomie. Celui de la responsabilité. Celui de l'équation unité/singularité ? » .

Mais où dit-il que le vide de la proposition d'un article 74, échappatoire trouvée par des élus qui n'ont aucun projet pour le pays et qui veulent fuir leur responsabilité, serait la seule voie pour nous ?

Qu'engager la Martinique dans une aventure non préparée sur la base de discours incantatoires qui ne répondent à aucune des questions concrètes que se posent les Martiniquais, serait LA solution ; et que l'État apporterait sa caution financière à cette belle affaire ?

Pourquoi, quelques jours après le discours de Nicolas Sarkozy, le Premier ministre, François Fillon, aurait-il pris le risque de contredire le président de la République en déclarant aux Réunionnais : « Vous voulez être des Français comme les autres. Vous voulez les mêmes institutions que les autres (...). Ce message, je le reçois avec enthousiasme et je l'appuierai aussi souvent qu'il s'exprimera » ?

Non, concitoyens martiniquais, ne nous laissons pas tromper. Si le seul choix que nous proposait le Président de la République était celui d'un « miraculeux » article 74, pourquoi aurait-il alors prévu une deuxième consultation pour une évolution, oui une évolution, mais cette fois dans le cadre sécurisant de l'article 73 ?

Ce ne sont pas ceux qui agitent les sirènes d'une autonomie, légitimement désirable à terme dans toute évolution d'un individu, d'un peuple, d'un pays, qui assumeront les conséquences d'un saut, sans parachute, dans le vide de leur statut 74 improvisé! Ceux pour qui la chute sera la plus dure sont, de toute évidence, les plus fragiles.

Il suffit pour s'en convaincre d'écouter les plaidoyers vibrants des députés de Polynésie, du préfet de St Pierre-et-Miquelon ou du sénateur de St Martin, toutes trois Collectivités régies par l'article 74. On comprend alors que si l'Egalité de droits garantie par l'article 73 ne résout pas tout, elle permet pour le moins d'amortir le choc violent de la crise pour les plus démunis.

Les temps ont changé depuis l'après-guerre et les indispensables décolonisations. Dans le monde de ce XXIe siècle, ceux qui gagnent sont ceux qui ont compris qu'il fallait savoir se regrouper pour exister sur la scène mondiale, mais se regrouper dans le respect des identités et particularismes, dans une démarche de symbiose enrichissante.

Si le temps est venu de la Responsabilité, de déployer nos atouts à partir de notre propre vision, de contribuer à la production de nos propres richesses, rien n'autorise les illusionnistes à jouer avec le destin d'un peuple!

Nous sommes convaincus que les hommes en place et leur clientélisme délétère ont une lourde responsabilité dans la situation désespérante que nous vivons.

Nous devons préparer le changement profond et indispensable pour la Martinique, le vrai changement, en prenant des engagements clairs avec le peuple tout entier, et les acteurs socio-économiques en particulier.

Oui! L'assemblée unique dans l'article 73 est un premier pas vers plus de cohésion, plus de clarté, qui doit nous permettre de refonder notre projet de société.
Oui! Nous devons avancer, sinon la pression mondiale nous l'imposera! Mais nous devons le faire, « au pas du peuple » , dans le consensus le plus large possible, et avec le nécessaire pragmatisme qui permettra de préserver nos acquis et l'égalité des droits si chèrement conquis par nos ainés.

C'est pourquoi, solidement ancré dans les valeurs républicaines et démocratiques de ma famille politique, alliant solidarité active et responsabilité entre-preneuriale, je considère, en mon nom personnel et dans le contexte actuel, que le rassemblement de toutes les forces de progrès est une démarche moderne, responsable et donc souhaitable, pour construire l'édifice institutionnel du socle démocratique de la Martinique de demain.

Christian Rapha, porte-parole de Evolution 73

PASSONS A L’OFFENSIVE

Discours de Georges Erichot, Secrétaire général du PCM

mercredi 28 octobre 2009

Il m’est donné, en tant que représentant du Parti Communiste Martiniquais, d’être le premier à prendre la parole au nom des partis politiques, à l’occasion de ce premier meeting du Rassemblement Martiniquais pour le Changement.

Est-ce une reconnaissance ? En tout cas, je le ressens comme tel, et j’éprouve une joie immense en ce jour qui marque la concrétisation de ce rêve caressé depuis si longtemps par mon Parti, rêve de voir la gauche authentique, les démocrates et les forces de progrès, mettre de côté leurs divergences, et se rassembler sur l’essentiel, pour mener ensemble ce combat si exaltant et tenter de sortir notre pays de la dramatique situation dans laquelle il s’enfonce chaque jour d’avantage.

En disant cela, je pense à tous ces militants anticolonialistes, communistes pour la plupart, qui ont si chèrement payé pour leur engagement contre tous les méfaits du colonialisme et du capitalisme ainsi que pour l’émancipation du peuple martiniquais.

Un long chemin parcouru

André Aliker, assassiné en 1934 pour avoir dénoncé la gigantesque fraude fiscale organisée avec la complicité de l’administration coloniale.

Camille Sylvestre déchu de ses droits civils politiques pour avoir réclamé le droit des Martiniquais à gérer leurs propres affaires.

Militants syndicalistes emprisonnés pour s’être engagés dans les luttes sociales aux côtés des travailleurs afin d’arracher des mains des gouvernements de droite les avantages sociaux dont leurs relais locaux se prétendent être aujourd’hui les plus grands défenseurs.

Armand Nicolas, Georges Mauvois, Walter Guitteaud, Guy Dufond ont eu à subir les foudres du pouvoir colonial à travers l’ordonnance scélérate de 1960.

Que de chemin parcouru depuis leur 11ième Conférence fédérale, les 6 et 7 août 1955 où les Communistes, moins de 10 ans seulement après s’être battus pour la départementalisation, reconnaissaient que l’assimilation niait “le caractère colonial de notre pays, masque l’oppression et de ce fait désarmait les masses populaires”.

Et de réclamer déjà, en 1955, “la participation plus large des Martiniquais à la gestion de leurs propres affaires”. Mais notre réflexion ne s’arrêta pas là puisque le 24 février 1960 notre Parti adopta un projet de nouveau statut pour la Martinique, “territoire fédéré à la République française”, c’est-à-dire l’Autonomie.

Ceux qui s’étaient engagés dans ce combat étaient présentés par les assimilationnistes comme “des traîtres à la mère patrie”.

Que de chemin parcouru puisque depuis sa révision de 2003, l’article 74 de la Constitution française nous reconnaît le droit de revendiquer “un statut qui tient compte des intérêts propres de chacun des territoires au sein de la République”.

Une longue liste de reniements

Que de chemin parcouru, mais aussi que d’obstacles, de pièges, de reniements restant à surmonter.

Reniements de ceux qui, au Congrès ont voté pour le passage à l’article 74 et qui se présentent comme les victimes d’on ne sait quelle pression pour leur arracher leur vote.

Reniement, une fois de plus, des dirigeants de cet autre parti qui, chaque fois que cette autonomie dont ils prétendent en être les pères est à portée de main reculent. En 1981 ils ont décrété le moratoire et aujourd’hui ils proposent la “troisième voie d’une autonomie constitutionalisée”, appelant ouvertement à voter contre l’article 74, le seul qui permet d’accéder à l’autonomie. Ils signent de fait un accord avec les oxydés de la droite conservatrice, prenant le risque d’enfermer quasi définitivement notre pays dans le cadre de l’article 73, privant nos Elus de ce véritable pouvoir de décision qui leur donnerait les moyens de mettre en œuvre une politique nouvelle. Car, il est tant de sortir de ce millefeuille institutionnel synonyme de paralysie, d’impuissance et de gaspillage.

La fin d’un cycle

Après l’abolition de l’esclavage en 1848, la départementalisation-assimilation en 1946, la régionalisation en 1982, nous voilà arrivés à “la fin d’un nouveau cycle historique”, comme le reconnaît enfin le président de la République lui-même.

Comment, après tant d’échecs de tous ces plans de développement qui nous ont été imposés, comment aujourd’hui, face à une situation aussi dramatique, peut-on vouloir persister à s’enfermer dans le cadre de cet article 73 qui ne permet d’accéder qu’à quelques miettes de compétences nouvelles, pour une durée de deux ans et au prix d’un parcours législatif digne de celui d’un combattant et dont l’issue n’est jamais certaine ?

Les ennemis de toujours

L’histoire de notre pays est jalonnée de tentatives désespérées de ceux qui se sont toujours opposés aux moindres changements qui ont amélioré le sort de notre peuple.

Ce sont ceux-là qui, en 1848 avaient tenté de persuader les esclaves d’attendre que leurs bons maîtres veuillent bien leur accorder la liberté.

Ce sont ceux-là qui, en 1946 se battaient contre la départementalisation et l’égalité des droits voulues par les communistes, s’étaient opposés à l’instauration de la Sécurité sociale. Aujourd’hui, ils se présentent sans vergogne, comme étant les plus ardents défenseurs des acquis sociaux qu’ils ont tant combattus.

Ce sont ceux-là mêmes encore qui, en 1982, présentaient la régionalisation et le projet d’assemblée unique comme l’antichambre de l’indépendance.

Esclavagistes hier, néocolonialistes et profiteurs d’aujourd’hui qui ont fait fortune dans cette économie d’import consommation, alliés à la grande bourgeoisie française, ils entendent perpétuer ce système de néo-colonie départementale qui leur convient si bien.

A chaque rendez-vous de notre pays avec son histoire, par réflexe de classe, ils s’attachent désespérément au passé et à leurs privilèges et ne finissent par accepter le changement qu’après avoir vérifié qu’il ne touche en rien à leurs privilèges. Ils ont pu retarder notre marche en avant, mais ils ne sont jamais parvenus à l’arrêter !

En réalité, ils ont toujours un retard sur le train de l’histoire !

Les autres mystifications

Et que dire de ceux qui, par un calcul machiavélique, nous proposent une soi-disant période d’expérimentation dans le cadre de l’article 73, en nous promettant d’obtenir une nouvelle révision de la Constitution, puis de passer à l’autonomie dans 6 ans ou aux calendes grecques, espérant que le temps aura déjà éloigné de la scène publique les deux principaux porte drapeaux de notre combat pour l’autonomie, à savoir Claude Lise et Alfred Marie-Jeanne.

Calcul sordide, calcul cynique, calcul machiavélique de ceux qui prétendent être les dépositaires de la pensée si humaniste d’Aimé Césaire !

Pas question d’attendre plus longtemps

Mais camarades et amis, il n’est plus possible d’attendre, car il y a le feu dans la maison. La crise sociale et sociétale de février-mars dernier, que les adversaires du changement présentent comme étant responsable de la débâcle économique actuelle n’a été en fait que le révélateur de ce ras le bol profond vécu dans presque toutes les couches sociales de la population.

Chômage massif, faiblesse chronique de l’économie, pauvreté et exclusion en hausse, jeunesse à la dérive, grignotage et empoisonnement de nos terres agricoles, ravages d’une défiscalisation mal conçue, dépossession par les Martiniquais de leur patrimoine, génocide par substitution, problème des 50 pas géométriques, de la cherté de vie ou des transports…etc.

Nous voilà plongés dans une situation lourde de dangers pour l’avenir et de laquelle il nous faut absolument sortir.

C’est pourquoi le Rassemblement Martiniquais pour le Changement qui regroupe l’ensemble des forces et des personnalités de progrès favorables à l’autonomie est passé à l’offensive.

D’abord sur la base d’une argumentation claire, précise et objective pour combattre la campagne de peur amplifiée ces temps-ci par les adversaires du changement, pour réfuter point par point les arguments mensongers qu’ils continuent de distiller dans la population sur la perte des avantages sociaux où la perspective de l’indépendance.

Leur acharnement est tel qu’ils vont jusqu’à mettre en doute la parole de leur chef, Nicolas Sarkozy, qui en maintes circonstances a clairement situé les enjeux de la prochaine consultation en déclarant notamment le 29 juin 2009 que “Le débat.... n’est donc pas celui de l’indépendance… mais du juste degré d’autonomie, Celui de la responsabilité”. Les voilà qui, en dépit des mises en garde du président de la République, se sont remis à souffler sur les brasiers de la peur.

Camarades, amis, nous avons suffisamment d’arguments pour faire mentir les pseudo sondages, pour démystifier les craintes, rassurer nos compatriotes, les convaincre de l’impérieuse nécessité de nous donner collectivement les moyens de peser sur notre avenir en disposant de plus de plus de pouvoirs.

Car nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins. Nous n’avons pas le droit de manquer ce rendez-vous historique.

Ceux qui prônent le statu quo et qui n’ont de projet que la satisfaction de leurs ambitions personnelles ou la défense des intérêts de ceux qui dominent l’économie du pays, en se contentant d’une politique d’assistanat (en régression d’ailleurs), prennent une lourde responsabilité face aux générations présentes et avenir en leur faisant croire que la France continuera indéfiniment à nous donner le biberon.

L’Autonomie : un moyen, pas une fin

L’accession à une certaine l’autonomie, que seul permet le passage à l’article 74, n’est pas pour nous une fin en soi, mais un moyen de disposer des pouvoirs législatifs et réglementaires pour mettre en œuvre une véritable politique de développement endogène, durable et de justice sociale.

Une politique qui devra s’appuyer sur les forces vives du pays pour satisfaire d’abord les besoins de notre population, réduire cette dépendance si dangereuse vis-à-vis de l’extérieur, s’attaquer aux intolérables injustices et aux inégalités, et offrir de réelles perspectives à notre jeunesse.

Passer à l’offensive

L’heure n’est donc plus aux hésitations, Camarades, passons donc à l’offensive.

Unis nous sommes plus forts. Dans l’unité, marchons vers la victoire pour une Martinique au travail et responsable au sein d’une République française qui semble enfin reconnaître notre droit à la différence.

Pour sa part, le Parti communiste est décidé à participer pleinement à ce combat pour l’émancipation politique et sociale de notre peuple !

Vive le rassemblement martiniquais pour le changement ! En avant pour l’autonomie ! Travaillons à convaincre nos compatriotes de la nécessité de passer à l’article 74.

vendredi 16 octobre 2009

Israël en Afrique, à la quête d’un paradis perdu

Dans son inoubliable «Discours sur le colonialisme», Aimé Césaire dénoncera le primat accordé par les Européens à l’expiation du génocide hitlérien dans une démarche visant à occulter ce qu’il estime être le plus grand génocide de l’histoire moderne, la mise en esclavage de l’Afrique et la traite négrière. La rupture entre Juifs et Noirs est intervenue précisément durant la période de la décolonisation de l’Afrique. Afficher un soutien résolu à l’indépendance d’Israël, et, carboniser, dans le même temps, les Algériens à Sétif et à Guelma, faucher à la mitraille les Sénégalo-maliens à Thiaroye, les Camerounais et les Malgaches sur leur sol national, pour étouffer toute velléité d’indépendance africaine, a paru aberrant à bon nombre d’Africains, qui y ont vu la marque d’une collusion entre les pays occidentaux et le nouvel Etat juif naissant.

Aimé Césaire, sur l'ensauvagement de l'Europe



« Il faudrait d'abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l'abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu'il y a au VietNam une tête coupée et un oeil crevé et qu'en France on accepte, une fillette violée et qu'en France on accepte, un Malgache supplicié et qu'en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s'opère, une gangrène qui s'installe, un foyer d'infection qui s'étend et qu'au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de 1'Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l'ensauvagement du continent. »

Ce texte là, qui parle précisément de l'Europe
dit aussi tout de l'ensauvagement macoute
et des années qui suivirent
et de la colonisation du peuple haïtien par une
minorité qui ne recule devant aucune
violence.
Chez cette minorité il y a comme dit Césaire :
"une gangrène qui s'installe, un foyer d'infection qui s'étend et qu'au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés..."
Le peuple haïtien, les paysans, les ouvriers, les artisans
travaillent énormément -quand il peuvent-
Ils ont énormément souffert d'une exploitation sans pitié
et sans fards
ils ont perdu beaucoup des leurs en se rendant à des combats
sans armes
et menés par des traites.

Maintenant, peuple haïtien, il faut faire une pause
Il faut laisser les colonisateurs
de l'intérieur
qui s'agitent face aux prochaines élections présidentielles.
faire leurs petites affaires patriotiques.

Peuple haïtien, Il faut profiter de cette pause
pour soigner tes blessures
pour apprendre à mieux t'organiser
pour apprendre à ne pas faire confiance au premier quidam venu
pour apprendre à repérer les agents infiltrés dans tes rangs
payés pour mettre des noms de personnes sur des listes
qui dans la nuit, au cours d'une descente de ninja "descendus"
des beaux quartiers, seront tuées

Peuple haïtien, tout ceci tu le sais
Tu as la mémoire des luttes menées
du marronage, en passant par l'Indépendance
jusqu'à aujourd'hui
C'est plus de 200 ans de luttes
qui t'ont laissé affaibli
Fais une pause pour t'occuper de tes propres affaires
des affaires d'eau
des affaires d'agriculture
des affaires de santé
des affaires de sécurité
des affaires d'alphabétisation
des affaires d'éducation.

Fais une pause, peuple haïtien
et occupe toi de tes affaires
pas de celles du pasteur
pas de celles du curé
pas de celles du granneg
pas celle du (de la) patron(ne) d'ONG

Profites que les macoutes
ne soient pas encore officiellement de retour
pour créer des comités de quartier
pour prendre en charge ton environnement
comme tu avais commençé à le faire en 1986
avant que la bande à Namphy, Avril et tous ces cruels
professionnels en coups d'Etat
ne te tombe dessus, tue, viole et torture.

Fais une pause peuple haïtien
n'écoutes pas ceux qui passent leur temps à te dénigrer
à te traiter de Nul, Aryere, paresseux
c'est pour mieux t'exploiter
ou pour faire de beaux romans.
Reprends confiance en toi, peuple haïtien
Celui qui a l'information la fait passer
Celui qui sait lire apprend aux autres

Peuple haïtien fait une pause
pour apprendre à
vivre de manière autonome
à organiser tes propres réseaux.
à créer tes propres structures.
Partout dans le monde des groupes
sont prêts à t'aider.

Fais une pause, peuple haïtien
parce que AUCUN dialogue n'est possible
avec les élites colonisatrices actuellement
Peuple haïtien, tu ne peux RIEN
apprendre de ces "élites" colonisatrices
ces élites se trouvent dans un état de décivilisation
qui correspond à cette description de Césaire :
"la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l'abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale,.."

Salles-la-Source. Esclavage, se libérer des chaînes

Le café littéraire et musical du 13 octobre, à Pont-les-Bains, a marqué le début des manifestations publiques : « Regards sur l'esclavage ».

Un public important a été chaleureusement accueilli dans une salle agréablement préparée avec le soutien logistique du comité des fêtes. Christian Viguier a remercié participants et intervenants et présenté tant la soirée que l'ensemble des manifestations organisées en octobre et novembre. Lectures, musique, chansons, vidéo, se sont harmonieusement enchaînées, interprétées avec talent.

Des témoignages, des images, des textes et des poèmes, particulièrement forts, traduisant toute la violence dont ont été et, hélas ! sont encore l'objet tous ces hommes, femmes et enfants arrachés à leur famille, à leur pays, traités et vendus comme du bétail. Avant d'interpréter un poème d'Aimé Césaire, fondateur du mouvement littéraire de la négritude et anticolonialiste convaincu, Geneviève Foure a raconté que celui-ci avait souhaité recevoir le livre de Marcel Koufinkana, « Les Esclaves noirs sous l'ancien régime », mais que, décédé entre-temps, le livre ne lui était jamais parvenu. L'hommage de Françoise Mercier, coordonnatrice du projet, à Marcel Koufinkana, son compagnon décédé, père de sa fille Mona, a été très émouvant.

Tous les intervenants ont été applaudis et tous seraient à citer, mais une mention particulière sera attribuée à Stéphane et son saxo, à Cécile, Isabelle, Alain et Daniel, à la chorale de Lusine et bien évidemment à Christian Viguier qui fut ovationné.

Ce dernier, donnant rendez-vous au Manoir de Valady le 6 novembre, à 20 h 30, pour la conférence « Les Nouveaux Esclaves du capitalisme » de Patrick Herman, concluait : « Pour ne pas oublier, pour ne pas rester indifférents, pour ne pas accepter l'inacceptable, pour se libérer nous-mêmes de nos propres chaînes et pour garder l'espoir, merci à tous ».

dimanche 4 octobre 2009

Bienvenue à la Maison des civilisations

Il est bon de connaître mieux son passé. Cela pour comprendre son présent et pour appréhender de manière constructive l’avenir. La Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise sera, je l’espère dans ce sens. Soit c’est un mémorial, soit c’est un lieu capable d’initier la réflexion et la pensée. Donner du sens à la vie ; tel est notre devoir dans ce monde “grand village”. Il est si tourmenté en chocs multi ethniques et guerres sous jacentes de civilisations. Nous accéderons à la paix nécessaire, au bien être de l’humanité lorsque l’Est et l’Ouest dialogueront et Nord et Sud partageront. Il n’est pas question d’idéalisme béat mais de réalisme. La négritude a donné corps à une âme et une identité antillaise et africaine. Le métissage devrait donner naissance à la réalité du 21e siècle au monde. Si des contrées comme le Brésil, les USA d’aujourd’hui et à notre niveau la Réunion peuvent faire figure de laboratoire, nous nous devons de réfléchir aux risques de la négation du multiculturalisme. La Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise et du monde en serait le phare, le lieu d’échange où nous nous abandonnons à la diatribe politicienne ou nous profitons de cet outil, ou encore ça nous passe au-dessus de la tête. Car nous le voyons bien l’enjeu est de rendre cette maison aux Réunionnais. Que cela soit une appropriation du contenu du plus grand nombre. Et non pas une confiscation par des chercheurs et autres universitaires. La Nouvelle-Calédonie possède la maison Jean Marie Tjibaou, la Martinique compte sur la négritude d’Aimé Césaire. La Réunion mérite d’avoir un tel outil. Et éviter dans les prochaines échéances électorales un argument fallacieux d’un enjeu politique. Bienvenue donc à la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise

P. Condapanaïkew

dimanche 27 septembre 2009

Cahier d’un retour impossible au pays natal


Le vingtième ouvrage de Khal Torabully, poète mauricien majeur, intitulé Cahier d’un retour impossible au pays natal est paru aux Editions K'A d'André Robèr.

La littérature ou plus particulièrement la poésie a t-elle une valeur performative ? C'est aussi le défi des auteurs de la créolité. Khal Thorabully fondateur mauricien de la coolitude est ce rêveur sacré qui défend le peuple de l'île de Diego Garcia là où la lâcheté des hommes cautionne la raison du plus fort.

Comme à Guantanamo de Cuba dans la mer Caraïbe, les USA maintiennent une base militaire dans l'Océan Indien sur cet atoll situé au sud-est de l'archipel des Chagos, au mépris du droit international. "Un agneau se désaltérait dans le courant d'une onde pure, Un loup survint à jeûn qui cherchait aventure, Et que la faim en ces lieux attirait"...

"Après avoir arpenté Cuba, le Mexique et d’autres espaces, le poète mauricien prend fait et cause pour le peuple de Diégo Garcia qui, arraché à sa terre et parqué dans les faubourgs de Maurice, réclame un retour au pays natal. Dans la traversée du cri de ces sans-voix, il n’est pas sans rappeler Aimé Césaire, son grand complice, pour qui le poème est un suprême acte de résistance. Résultat ? "Un texte, puissant acte d’amour pour le peuple chagossien, ce Petit Poucet, qui en ce moment même, enchaîne procès après procès contre l’Angleterre, qui excisa Diégo Garcia, pour le louer aux Américains, et ce au mépris des lois internationales les plus élémentaires."

Raphaël Confiant considère Torabully comme le plus grand poète de la créolité. Quant à Césaire, il assurait que ses écrits lui ont permis de "retrouver toute son humanité".

Littérature francophone : anthologie de la poésie nègre et malgache


L'Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française de Léopold Sédar Senghor est le premier ouvrage dans les lettres françaises regroupant exclusivement 16 poètes du monde noir.

Avant cette anthologie, l'année 1947 avait vu la parution de 2 anthologies mettant en valeur l'émergence de nouveaux auteurs francophones issus de l'empire colonial. Il s'agit de Poètes d'Expression française 1900-1945 par Léon-Gontran Damas et de Les plus beaux écrits de l'Union Française et du Maghreb par Mohamed El Kholti, Léopold Sédar Senghor, Pierre Do Dinh, Rakoto Ratsimamanga et Ralajmihiatra (pour respectivement le Maghreb, l'Afrique subsaharienne, l'Indochine et Madagascar).

Grâce à l'Anthologie de la poésie nègre et malgache de Senghor, pour la première fois, en 1948, les intellectuels français et du monde entier découvraient avec stupéfaction une nouvelle écriture de poètes nègres et malgaches utilisant la langue française pour véhiculer une vision nègre du monde s'inscrivant dans un "racisme anti-raciste" (Jean-Paul Sartre) ou dans une "Sainte révolte" (René Maran).

Seize poètes noirs originaires de différentes régions de l'empire colonial français figuraient dans cette anthologie-manifeste du mouvement littéraire de la négritude : le Guyanais Léon-Gontran Damas (1912-1978) ; les Martiniquais Gilbert Gratiant (1901-1985), Etienne Léro (1909-1939), et Aimé Césaire (1913-2008) ; les Guadeloupéens Guy Tirolien (1917-1988) et Paul Niger (1917-1962) ; les Haïtiens Léon Laleau (1892-1979), Jacques Roumain (1907-1944), Jean-Fernand Brière (1909-1992), et René Bélance (1915-2004) ; les Sénégalais Birago Diop (1906-1989), Léopold Sédar Senghor (1906-2001) et David Diop (1927-1960) ; et les Malgaches Jean-Joseph Rabéarivelo (1901-1937), Jacques Rabémananjara (1913-2005) et Flavien Ranaivo (1914-1999). Par la suite, ils ont été rejoints par les poètes de la négritude de la génération des années 50 à savoir l'Ivoirien Bernard Dadié, le Congolais Martial Sinda, le Guinéen Keïta Fodéba, le Camerounais Elongué Epanya Yondo, le Dahoméen Paulin Joachim, le Sénégalais Lamine Diakhaté et quelques autres. Chacun de ces poètes apportaient leurs particularités régionales nègres au sein du grand mouvement littéraire de la négritude parisienne qui commence en 1921 avec Batouala, véritable roman nègre de René Maran et s'achève en 1960 avec les indépendances africaine et malgache.
L'anthologie-manifeste de la négritude eut un grand retentissement car sa parution concordait avec la commémoration du centenaire de l'abolition définitive de l'esclavage en France. Pour marquer cet événement national d'un sceau indélébile, Vincent Auriol, le Président de la République de l'époque fait transférer au Panthéon à la fois les cendres de Victor Schœlcher, le père de l'abolition de l'esclavage français, et celles d'un descendant d'esclave africain, le grand résistant guyanais Félix Éboué. Ce dernier fut un ardent défenseur de la France Libre au moment où la liberté française était bafouée par l'Allemagne nazie. En sa qualité de gouverneur de l'Oubangui Chari (Centrafrique), Éboué œuvre pour permettre au général de Gaulle de prendre pied à Brazzaville de manière à en faire la capitale de la France libre.

De plus, le prestige de l'Anthologie-manifeste de la négritude vient aussi du fait qu'elle fut parrainée par l'éminent Professeur d'université Charles-André Julien et par le maître à penser de toute une génération de l'après-guerre, Jean-Paul Sartre.

Soixante ans plus tard, il nous reste de beaux poèmes nègres et malgaches marqués par le temps, un patrimoine littéraire, que nous devons découvrir ou redécouvrir avant de le léguer à nos enfants, car un homme sans mémoire est un homme sans chemin.


Thierry Sinda
Francophonie Actualités,
(27/09/2009)

samedi 26 septembre 2009

traduction en créole

du Cahier d’un retour au pays natal

d’Aimé Césaire par Raphaël Confiant

Nan finisman wouvè-jou a…

Chapé kò’w, man té ka di’y, djel kolbòkò ki ou yé, djel fimel-bef, chapé kò’w, man hay sousèkè lalwa ek jannton lespérans. Chapé kò’w sakré vié kalté tjenbwa, pinez ti zibié. Epi man té ka tounen kò-mwen anlè paradi éti li ek konpè’y té ped bon kalté ped, nofwap pasé fidji an fanm ka bay baboul, ek lè ou gadé, flitijay an katjil ki pa jenmen avanni ka ba mwen balansin, man té ka swen van-an, man té ka démaré sé zonbi-a ek man té ka tann ka monté lot bò chinpontonng-lan, an lavalas toutwel ek tref savann ki man toujou ka chayé nan fonn-tjè mwen a wotè alanvè ventjem chanmot sé kay pi hototo a ek pou sa pwan pokosion kont djokté ka dégrennen sé labadijou-a, la éti an model soley lavilérien ka balvènen lannuit kon lajounen.


Nan finisman wouvè-jou-a, lans flègèdè ka tijé, lé Zantiy bouden vid, lé Zantiy éti lavéret ka potjé, lé Zantiy éti tafia ka déblozé, ankayé ki yo yé adan labou larad-tala, adan lapousiè lavil-tala ankayé malman.


Nan finisman wouvè-jou a, bobo rach-mabab, kouyonnè, solitè a anlè bles sé dlo-a ; sé moun-mapipi a ki pa ka témwayé a ; flè san ki ka fennen ek gayé adan van ensiswatil la kontel rélé-anmwé an bann jako-répet ; an vié ti lavi ka griyen ba’w an ti manniè manti-mantè, lapo-djel li kalé épi an lapérozité ki dékadi ; an vié kalté lanmizè ki la ka déchèpiyé anba soley-la, adan an péla ; an vié péla ki ka krévé èvè klok tied zafè nou la ka viv la abo, nou sé zéwo douvan an chif.


Nan finisman wouvè-jou a, anlè pi frajil ti sitjet tè-tala éti divini krach-édifè’y ka dépasé an manniè malélivan – volkan ké pété, dlo tou-touni ké chayé-alé sé mak matrité soley-la ek ké rété anni an voukoum-dlo tied éti zwézo lanmè ka bekté – plaj sé rev-la ek lévé-doubout foudok la.


Nan finisman wouvè-jou a, lavil plat la dé katjé’y wouvè, éti lespriy trilbiché, époufé anba chaj jéométrik an lakwa ki toujou ka viré koumansé, tet-red anba sò’y, bouch-li koud, kontrayé an tout manniè, enkapab pwofité silon nannan latè-tala, jennen, chikté, amnwennzi, bwarenng di zannimo ek piébwa.


Nan finisman wouvè-jou a, lavil plat tala dé fant katjé’y wouvè…


Ek adan lavil flijé tala, konpanyi moun ka djélé tala ki pasé si-telman bitjoumakwenn di djélé’y kon lavil-tala di balan’y, di sans-li, san pies kalté entjet, lot bò véritab rel-li, sel-la ki ou té ké voudré i djélé a padavwè sé anni li ou ka santi ki ta’y ; padavwè ou ka santi i ka viv andidan’y nan tjek tou-séré lonbway ek lògey ki fon toubannman, adan lavil ladjé tala, krey-moun tala lot bò rel lafen’y, lanmizè’y, gawoulé’y, rayisans-li, krey-moun tala si-telman bavadez ek bouch koud la.


Adan lavil ladjé tala, krey-moun dwol tala ki pa ka sanblé tjokanblok la, ki pa ka migannen a : michel-moren pou dékouvè la éti pou i déliennen, pou i pwan lanmè sèvi gran savann, pou i fè flent. Krey-moun tala ki pa sa fè krey, krey-moun tala, ou ka rann kò’w kont di sa, si obidjoulman li yonn anba soley-tala, memn manniè an fanm ka rélé blipman anba lapli ek ka ba’y lod pa fè tan tonbé ; oben an sin lakwa vitman-présé san pies kalté rézon ou pé wè ; oben manniè ta zannimo sérié akwèdi yo bwè dlo frapé ek manniè blip ta tjek madigwàn lakanpay, ka anni ladjé pisa’y tou doubout, janm-li wouvè di-set lajè, red-é-dri.


Nan finisman wouvè-jou a, lavil-tala ek laliwonday lad li, dépotjolay-li, lafen’y, lapérez-li ki séré nan fondok fandas, lapérez-li ki doubout adan sé piébwa-a, lapérez-li ki fouyé andidan latè-a, lapérez-li ki an driv nan siel-la, lapérez-li ki akoumonslé ek ti fifin lafimen lapérozité’y.


Nan finisman wouvè-jou a, mòn-la épi zègo entjet li ek manniè piòpiò’y – san ankavé’y ka fè soley chodé’y pwan lavol.


Nan finisman wouvè-jou a, flamn difé renté mòn-la, akwèdi an pléré gwo-dlo éti yo toufonnen anlè bòday déblozay plen san’y, las ka chaché an chimen ki ka déchèpiyé ek ki ka dérikonnet kò’y.


Nan finisman wouvè-jou a, mòn djokoti a douvan agouloutri entjet kon tatjet la ki plen épi lakataw ek moulen an, ka vonmi pianm-pianm, avanniz nonm-li, mòn-la ki li yonn la ek san’y ki dévidé atè-a, mòn-la ek longan lonbway li, mòn-la ek fifin-dlo lapè’y, mòn-la ek bidim lanmen van’y’lan.

vendredi 25 septembre 2009

AIME CESAIRE ET MES SOUVENIRS D'ENFANCE :


Les années ont passé. Mes cheveux ont blanchi sous le poids du racisme, de l’humiliation et de l’injustice. Pourtant, les images de mon enfance et mes rêves sont restés intacts et n’ont pris aucune ride grâce au chantre de la négritude et au visionnaire Césaire.

Je me souviens de ma première rencontre avec Aimé Césaire, c’était l’année où, pour la première fois, j’étais parvenu à enlever l’écosse d’une noix de coco sans coutelas sur une plage du Carbet à la Martinique en me servant d’une – roche - comme j’avais vu faire les anciens. J’avais mal aux mains, mais j’étais très fier. Revenu à Fort-de-France, plus précisément aux Terres-Sainvilles, j’y ai trouvé une très grande effervescence. Les anciens parlaient du discours du camarade Césaire. Une estrade de fortune, sans décor, avait été plantée en face du cours complémentaire.

La joie et l’espérance se lisaient sur le visage de mes parents.


Ils parlaient de dignité, de liberté, de négritude et non de l’histoire de France ou d’Europe et du bourrage de crâne systématique que nous enseignait l'école qui voulait nous persuader que nos ancêtres étaient des gaulois. Je me souviens avoir vu Césaire grimper des marches de fortune pour se trouver sur l’estrade de circonstance. Debout, au milieu de cet espace, Césaire m’apparut immense. Après différentes péripéties dues aux problèmes techniques de l’époque (sono et éclairage défaillants) – ce qui amusait tous les enfants que nous étions – Puis, arriva le tour de Césaire de s’adresser au peuple. Ce fut le silence le plus complet. Pas une mouche n’osait voler. Césaire a commencé son discours. Je ne comprenais pas tous les termes qu'il employait. Je ne saisissais pas tout ce qu’il disait, mais j’étais fasciné par la sincérité qui se dégageait de ses paroles et des mots qui claquaient comme un coup de fouet.

Tarzan ne serait plus jamais notre héros


Mes souvenirs me ramènent à la fin de son discours. Je me vois courant derrière sa voiture pieds nus de Terres-Sainvilles, au centre ville. En faisant le trajet en sens inverse, nous étions toute une bande d’enfants qui avaient acquis la certitude que Tarzan ne serait plus jamais notre héros. Le lendemain au réveil, je savais avec plus de certitude que l’arrogance des békés, le mépris de certains d’entre eux, découlait d’un crime dont nous étions les victimes et que nous n’avions aucune raison de nous sentir complexés. Je savais désormais que mes origines provenaient de la souffrance, de l’humiliation, de l’esclavage et du viol que tout un peuple avait du endurer pendant des décennies.

Le stade de l’amitié…

Mon dernier souvenir public du chantre de la négritude se situe en Afrique, au Sénégal, au stade de l’amitié. C’était l’époque où les nègres du monde avaient décidé de faire un retour à la source de leur histoire. Nous étions des dizaines milliers à vouloir remonter à la source de nos souffrances et à vouloir comprendre les raisons objectives de la lente agonie de notre Afrique chérie. Dans le stade, devant plus de cinquante milles hommes, femmes et enfants survoltés, Césaire s’est appliqué à répondre à Malraux, le représentant de De Gaulle, qui avait parlé de la culture noire avec la condescendance coutumière, voire le paternalisme habituel des européens de cette époque. La réponse de Césaire fut cinglante et sans concession d’aucune sorte. Il a démonté un à un les arguments de Malraux. Dans un tonnerre d’applaudissement où les tambours et les chants donnaient à ce lieu un aspect irréel dans ce crépuscule qu’on ne trouve qu’en Afrique. Voilà qu’un nègre donnait la leçon à un intellectuel français. Malraux avait préféré partir pour la France dès la fin de son intervention.

Afrique … Afrique…

Et puis Césaire a parlé de l’Afrique à nous, ses enfants échoués aux quatre coins du monde. Nous nous trouvions là à boire ses paroles,subjugués. Nous les nègres venus des confins du monde, ceux d’Amérique, des Caraïbes, du Brésil, de toute la planète terre, au gré des escales de bateaux négriers. Nous étions là debout prêts à hurler avec lui notre espérance. Césaire était lui aussi debout, tel un chêne, haranguant cette foule immense et criant à la face du monde "qu'il est place pour nous aussi au rendez-vous de la conquête". Quand il eut fini, et que sa voiture le transportant à Dakar, eut démarré – j’ai voulu courir derrière elle comme à Terres-Sainvilles -, mais les années avaient passé et je l’ai regardée s’éloigner. Mon enfance venait de me quitter, mais mes espoirs étaient ravivés.

André Richol

mardi 22 septembre 2009

Les rencontres franco-asiatiques: Synthèse sur « Afrique, je te ...


Les films, « Afrique, je te plumerai » et « Aimé Césaire : Une voix pour l’histoire » (parties I-III) représentent les voix des colonisés dans un monde en train de changer. « Une voix » touche plus la rédécouverte de l’identité culturelle des peuples colonisés avant et au moment de la retraite européene de l’Afrique ; « Afrique » parle plutôt des effets durables de colonisation sur les pays (Cameroun en particulier) qui, libres maintenant de la contrôle européen, luttent à trouver l’equilibre dans le monde post-colonial. Ensemble, toutes les deux offrent une vue dans quelques grandes thèmes de la colonisation et nous laissent examiner la « fin » de l’époque coloniale par les yeux des colonisés.

Suite

lundi 14 septembre 2009

Hortefeux démission

Tu es jeune ou tu es vieux, tu es un homme ou une femme, tu veux assainir le paysage politique français, fais un geste de salubrité pour ton pays, signe la pétition et n'oublie pas de la faire signer par ta famille.


PETITION

samedi 12 septembre 2009

Book overview


Aimè Cèsaire is arguably the best known poet in the French Caribbean. His poetry and drama have established his formidable reputation as the leading francophone poet and elder statesman of the twentieth century. In this study Gregson Davis examines the evolution of Cèsaire's poetic career and his involvement with many of the most seminal political and aesthetic movements of the twentieth century. Davis relates Cèsaire's extraordinary dual career as writer and elected politician to the recurrent themes in his writings. As one of the most profound critics of colonialism, Cèsaire, the acknowledged inventor of the famous term 'negritude', has been a hugely influential figure in shaping the contemporary discourse on the postcolonial predicament. Gregson Davis's account of Cèsaire's intellectual growth is grounded in a careful reading of the poetry, prose and drama that illustrates the full range and depth of his literary achievement.

Lire: Cambridge studies in african and caribbean litterature

Denise Colomb aux Antilles (1948-1958)


du 29 septembre au 27 décembre 2009

Denise Colomb a réalisé deux grands reportages en Martinique, en Guadeloupe et en Haïti, en 1948 et 1958. Le premier voyage a été initié par Aimé Césaire qui lui a confié sa toute première commande en l’invitant à se joindre aux commémorations du centenaire de l’abolition de l’esclavage dans les Antilles françaises (1848-1948). Elle y est retournée dix ans plus tard, avec une commande de la Compagnie générale transatlantique et a alors également pris des clichés en couleur.
Ces deux reportages, qui traitent de la vie quotidienne et des coutumes antillaises, constituent l’ensemble thématique le plus important, en termes de quantité et de qualité (9 100 prises de vue), dans le fonds Denise Colomb, en dehors de son travail sur les peintres. Ces deux dates (1948-1958) marquent symboliquement la grande période d’activité de Denise Colomb pendant laquelle elle exprime le mieux sa vision humaniste.

À partir de 1999, Denise Colomb et Noël Bourcier, commissaire de l’exposition, ont commencé une sélection de photographies, rassemblé les écrits de voyages (notes ethnographiques et réflexions) ainsi que des articles de presse (notamment l’article cosigné Colomb/Césaire dans Regards). Mais ce projet n’a pu voir le jour du vivant de Denise Colomb, disparue le 1er janvier 2004, à l’âge de 101 ans.


5 euros à l'Hôtel de Sully
62, rue Saint-Antoine 75004 Paris
Du mardi au vendredi de 12h à 19h
Samedi et dimanche de 10h à 19h
Fermeture le lundi

jeudi 10 septembre 2009

« Dominer toutes les formes de violence » : Trois questions à Norman Finkelstein


"Le poète caribéen Aimé Césaire a écrit : « Il y a une place pour tous au rendez-vous de la victoire ». Vers la fin de sa vie, ses horizons politiques s’étant élargis, Edward Saïd citait souvent cette maxime. Nous devrions en faire, nous aussi, notre credo. Nous voulons nourrir un mouvement, et non pas inventer de toutes pièces un nouveau culte. La victoire à laquelle nous aspirons est une victoire inclusive, et non pas exclusive ; cette victoire n’est aux dépens de personne. Ce dont il s’agit, c’est d’être victorieux, sans avoir vaincu. Personne n’est perdant, et nous sommes tous gagnants, si, ensemble, nous défendons la vérité et la justice. « Je ne suis pas anti-anglais. Je ne suis pas antibritannique. Je ne suis contre aucun gouvernement. » Ne devrions-nous pas dire, nous aussi, que nous ne sommes pas antijuifs, que nous ne sommes pas anti-Israël, ni, d’ailleurs, antisionistes ? Le prix de la victoire sur lequel nos yeux doivent rester rivés, c’est les droits de l’homme, la dignité humaine, l’égalité humaine. A quoi riment, sérieusement, ces tests au papier de tournesol, du type : « Etes-vous, ou avez-vous jamais été sioniste ? » ?"