vendredi 13 janvier 2012

L'Artocarpe vous invite au vernissage de l'artiste Karim Blèus

Jeudi 19 Janvier 2012
à partir de 18h00

Suite au succès de l’expo à la nouvelle galerie T&T de Jarry du 22 decembre, Karim Blèus (Haiti) a decidé de presenter ses ouvres, avec la collaboration de l’artiste François Piquet.

Karim, en residance à l’Artocarpe jusq’au 28 janvier, travaille depuis sept ans l’art de la récupération avec des matériaux tels que le bois et le métal, dans un souci constant de montrer la transformation perpétuelle de la matière. Il ne veut s’enfermer dans aucun discours,aucune théorisation. Il aborde les thèmes librement et offre au regard un champ d’interprétation assez large à travers une transcription des gestes du quotidien : rigueur, amertume, joie, péripétie, par des matériaux rencontrés sur son chemin : cuillères,fourchettes, plaques de fer, fils métalliques.

Ne manquez pas, on vous attend!





jeudi 12 janvier 2012

Laché de mots

A pas feutrés rougeoyants
Dans le murmure du jour
Qui sifflote sa fin arrivant


Les clapotis nullement en reste
Bercent la mesure déclinante...


Emmanuelle Desché Bramban

La mesure



Dans les voies froides du bois Roi où les joies sans emploi cheminent sans entrave dans de grands chemins. Et le vent sous l’arbre charroie de belles odeurs, dont la rumeur de l’humeur soulève des rêves où sur la grève des mouettes adossées à l’océan réclament une trêve aux falaises. Assis sur la margelle du puits de l’oncle, je puise à la dénature de la terre le soufre de la vie, car le fou sur le trône à l’aune de sa tragédie, impatiente les grandes chaleurs de ce monde, à vouloir réduire la démesure des semblants du hasard à sa frénésie.

Tony Mardaye

Déclin, poésie d’Évariste Zephyrin

Déclin

Le fleuve dessine ses motifs 
L’eau comme en miroitement 
Reflète des lumières. 

 Un soleil sanguin au loin se couche 
La nuit déjà s’approche.

Evariste Zéphyrin

lundi 9 janvier 2012

Lettre ouverte d'une femme à l'homme qu'elle aime...

Larivyè lajwa. Photo Philippe Bourgade
Je me crois, me pense, me ressens féministe… Mais je n’ai nulle honte à dire qu’avec toi j’ai trouvé… mon maître ! (Non mes sœurs féministes ne vous offusquez pas !)

Mon maître, celui qui n’a cure de mes soté-maté-babiyé et qui, obstiné, continue de m’aimer parfois bien malgré moi, celui qui ne cesse de me désigner ma propre lumière, celui-là si indulgent pour mes trébuchements mais si inflexible avec mes hésitations, mes latranblad-kapon ! Celui-là qui a le toupet de me contredire même en sachant ce qu’il encourt ! Celui-là nullement impressionné par mes « tempêteuses » colères et qui sait m’obliger en douceur à exprimer le meilleur de ce que je suis à force d’exalter le meilleur en moi… Celui-là dont les épaules savent se faire asile pour mes cyclones intérieurs, dont les mains et les mots pétrissent et polissent mon âme libertaire avec l’infinie patience, la tendresse amusée et l’inconditionnel amour du Maître spirituel. Celui-là dont les yeux amoureux sculptent mon corps et le rendent à sa virginité originelle… Celui-là par la grâce de qui je deviens tour à tour disciple et prêtresse, courtisane et pucelle, Mère du monde et enfant abîmée par la faim et le poids des questions sans réponse.

Celui-là qui n’a pas pris ses jambes à son cou ce jour, où, épouvantée et solennelle, je lui ai avoué qu’entre ses mains, qu’entre les silences et les étonnements de son cœur, il tenait ma toute vie…

Je crois oh mon amour avoir cherché et épuisé tous les moyens de t’effrayer, de t’acculer à renoncer à moi. Je t’ai parlé de moi avec la distance dont on parlerait d’une étrangère au passé trop lourd ou mystérieux... Et cette étrangère que je tenais à distance et d’une condescendante distance, tu lui as pris la main dans un geste qui était déjà de l’amour, de la façon la plus naturelle qui soit. Et elle te questionnait encore : « Est-ce bien moi, vraiment ? Suis-je vraiment celle-là que tu vois, que tu veux ? Veux-tu me parler d’elle et m’apprendre à la connaître et à l’aimer ? Peux-tu ? » Et ta réponse était ce sourire à la fois si doux et entendu, ta réponse était cette main obstinément et doucement tendue vers moi, cette étrangère…

Et aujourd’hui que la vie te malmène, aujourd’hui où tu te sens aussi désemparé qu’un enfant brusquement orphelin, c’est à moi qu’il revient de prendre ta main ; de te rappeler à quel point elle sait, cette main tienne, accomplir des miracles. C’est à moi qu’il revient de t’inviter à écouter l’écho de tes propres mots, leur lumineuse résonance afin que le son de ta propre voix te rappelle que tu connais déjà toutes les réponses aux questions que tu n’oses pas poser. Te rappeler aussi que le Maître en toi sait que sur l’autre versant de ton calvaire, le chemin d’ascension n’attend que de s’ouvrir à tes pas en une lumineuse épiphanie.

Alors nous aurons gagné le droit de goûter au sang glorieux de la vigne, à l’or tremblant du miel…
Tienne,

Nicole Cage

dimanche 8 janvier 2012

« UNE BROCHURE QU’IL EST DU DEVOIR DE CHAQUE MARTINIQUAIS DE LIRE ET DE RELIRE » par Aimé CESAIRE


« Voilà une brochure dont on peut affirmer que sa lecture apprendra sur notre pays plus que tous les traités de géographie ou toutes les études de spécialistes. Il s’agit du rapport présenté par Camille Sylvestre à la XIème Conférence de la Fédération Communiste de la Martinique.

Oui, les 75 pages du rapport du comité fédéral constituent un irremplaçable document sur la question martiniquaise, un dossier qu’il est du devoir, je ne dis pas seulement de chaque militant communiste, je dis de chaque martiniquais, de lire et de relire.

Et d’abord, elles ont le mérite de définir avec toute la précision désirable ce qu’est la Martinique ; ni un département français, ni « un morceau de la France », encore moins selon les mots d’un journaliste du « Parisien Libéré », de fâcheuse mémoire, une de ces plus belles filles que la France entretien, on ne sait par quel caprice pervers, aux portes des Etats-Unis, mais, et tout platement, par delà les ruses du langage officiel et en rupture avec les fictions juridiques, une colonie, une colonie au même titre ou avec la même absence de titre que le plus dénué des territoires d’outre-mer.

La « belle affaire », dira-t-on !

Et bien oui, c’est un mérite, qu’on ne peut pas ne pas apprécier, quand on sait la diabolique persévérance avec laquelle le mensonge officiel essaye de fausser la conscience martiniquaise en l’empêchant précisément de prendre conscience de la réalité martiniquaise.

On devine bien que nous ne sommes là qu’au seuil de l’analyse.

Mao-Tsé-Toung cite cet aphorisme de Soun-Tsé qu’il érige en règle d’or de la lutte révolutionnaire : « connais ton adversaire et connais toi, toi- même, tu seras invincible ». Et c’est à quoi s’emploie Camille Sylvestre : permettre aux Martiniquais non seulement de se connaître mais aussi de connaître l’adversaire. L’adversaire ? On a compris qu’il s’agit de l’incroyable système qui écrase notre pays, paralyse son initiative, nous exploite et nous humilie. On a souvent dit et avec raison qu’il pèse sur le peuple martiniquais une sujétion : celle de la caste féodale des békés. Mais cette oppression féodale a tendu à occulter dans les esprits une autre connaissance pourtant indispensable : celle de l’oppression impérialiste. Et c’est là que Camille Sylvestre apporte des lumières décisives Que l’impérialisme prodigue des discours sur sa propre générosité ; qu’il distribue savamment de fausses perspectives ; qu’il dissimule la main de fer des réalités dans le gant des phrases de velours, il n’importe. Aux phrases, Camille Sylvestre oppose des faits. Aux mots, des chiffres. Et le tableau est aussi sombre que véridique ; oppression économique par le jeu de guillotine du pacte colonial ; oppression politique, dont la pratique, singulièrement facilitée par la mise en place de l’assimilation, se traduit par l’éviction chaque jour plus poussée des Martiniquais des postes de direction et de contrôle ; oppression sociale qui livre notre peuple à l’effroyable misère des bas salaires et du chômage ainsi qu’à l’infamie de la discrimination raciale ; bref tout cet ensemble qui fait de notre pays un pauvre pays exploité comme aucun et où supplémentairement à beaucoup d’autres, l’oppression culturelle vient enlever au colonisé jusqu’à la conscience et à la fierté de lui-même.

Mais alors dira t-on comment en sortir ? En tout cas Camille Sylvestre montre que le peuple martiniquais n’en prend pas son parti ; qu’il n’accepte pas ; qu’il n’a jamais accepté ; que son histoire c’est l’effort tenace et pathétique d’un peuple qui refuse de désespérer ; tout entier tendu dans une lutte héroïque pour l’amélioration de ses conditions de vie et contre le statut inique qui lui est imposé. Et que de faits mémorables jalonnent cette histoire, de la geste héroïque de Delgrès à la dernière grande grève de 85 jours des ouvriers agricoles, des révoltes d’esclaves à la dernière grande grève martiniquaise de la fonction publique (NDLR : 1953) !

On voit bien ce qui dans cette brochure appellerait aujourd’hui de la part de son auteur des réserves ou des retouches : je veux parler du dessein plus que flou des perspectives offertes au peuple Martiniquais. Que sommes-nous ? Une colonie. Que faire ? Combattre le colonialisme ! Tout cela est fort bien. Une dernière question s’impose : Où allons-nous ? On voudrait une réponse…Mais la brochure est datée : Août 1955. C’est dire que pas mal d’eau a coulé sous les ponts. Depuis il y a eu l’élaboration de notre plate-forme électorale. Depuis il y a eu les élections de janvier 1956 et l’adhésion massive qui a été donnée par le peuple martiniquais à notre programme, un programme fondé pour l’essentiel sur la revendication pour les Martiniquais de la gestion de leurs propres affaires.

C’est dire que notre critique n’en est pas une et que le rapport de Camille Sylvestre à la XIème Conférence Fédérale pour n’être pas absolument à jour n’en a pas moins le mérite de fixer un moment capital de la politique de notre Parti : celui qui précède et prépare un bond en avant décisif. »

Aimé CESAIRE
Source : Justice jeudi 2 février 1956

lundi 2 janvier 2012

L’homme est la déception de Dieu

Pour comprendre l’homme, ses motivations et ses pulsions, il faut l’appréhender sous l’angle de l’égoïsme, un être dédié au plaisir, un être voué à  sa propre jouissance.

E.Z

Homme,

Je suis un homme pont, un homme diasporique, je porte le monde dans mes veines et des races dont j'ignore...

Et un sang juif qui  me tue !

EZ