vendredi 27 décembre 2013

Le Noël noir de Kwanzaa

Après Hanoukka et Noël, vient Kwanzaa, la dernière des fêtes de fin d'année aux Etats-Unis. Elle commence le 26 décembre et prend fin le 1er janvier. Le symbole principal de Kwanzaa est un chandelier à sept branches. Le premier soir, les familles allument la bougie noire. Le lendemain, la rouge, puis la verte, et ainsi de suite pendant sept jours. Noir, vert, rouge : les couleurs du nationalisme panafricain.

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jeudi 5 décembre 2013

A Nelson Mandela...




Qui t'a rendu si fort...
Malgré leurs efforts
leur hargne et leur rage
pour te tenir en esclavage,
malgré leur colère
leur apartheid et leur mépris,
tu chantes et tu ris,
tu avances et tu danses
dans ta souffrance...
Comme si ce n'était rien,
tu brises tous ces liens...
Malgré ce triste sort,
tu marches vers la gloire...
Damné de la terre,
homme noir
qui t'a fait si fort...
La vie ne vaut pas la peine
si l'on ne brise ses chaines...
La vie même nous convie
à l'instinct de survie,
contre l'Injustice faire face ...
Contre l'Apartheid il a levé la face,
Enterré vivant, il a su résister,
pour libérer son peuple opprimé ...
Mandela, tu as tracé le chemin,
histoire et gloire écrit le parchemin...

A Nelson Mandela...

Guy Cayemite

samedi 23 novembre 2013

Faites que les mots

Photographie : Christine Le Moigne-Simonis
Faites que les mots
ne puissent être vaincus
redonnez à chaque arbre
sa place dans le vent
que les croix oubliées
sur le bord des chemins
ne soient plus que le signe
d’une imprécise attente

©José Le Moigne
Plourar’h
23 novembre 2013

mercredi 20 novembre 2013

Gaston MONNERVILLE (1897-1991), Un destin d’exception

J’ai plaisir à porter à votre connaissance que vient de paraître :

Jean-Paul BRUNET « Gaston MONNERVILLE (1897-1991), Un destin d’exception », Ibis rouge Editions, septembre 2013.

Professeur émérite d’histoire contemporaine à la Sorbonne (Université Paris-IV), membre du Bureau de la Société des Amis du Président Gaston Monnerville, Jean-Paul Brunet, qui fut dans sa jeunesse un des collaborateurs de Gaston Monnerville, retrace l’itinéraire exemplaire de cet homme d’Etat dont la vie fut consacrée à la défense du droit et qui apparaît comme une conscience de la République.

Si vous souhaitez acquérir ce livre, vous pouvez :

-          vous adresser à votre libraire ;
-          le commander auprès de l’auteur, en précisant si vous voulez une dédicace, et en lui adressant un chèque de 23 euros (frais de port inclus), à l’adresse suivante : 8, rue Pierre Langlade, 92340 BOURG-LA-REINE [jpaul.brunet@hotmail.fr]

J’ajoute, enfin, que l’auteur sera présent au :

       SALON DU LIVRE DES SCIENCES HUMAINES
       Palais de la Porte Dorée, 293 avenue Daumesnil – 75012 PARIS
       Samedi 23 novembre 2013, de 15 à 19 heures
       Stand Ibis Rouge/LCDPU/CID

Il sera heureux de vous y rencontrer

mardi 19 novembre 2013

Arbre

Photographie : Christine Le Moigne-Simonis

          Le passage de l’aigle                                                Pa dremen an erer
           anime la charpente                                             e virvilh framm an doenn
      dans l’aigu des fontaines                                              er feuteunioù lemm
   dans la poussière des combes                                    ‘ barzh ulf an traoniennoù
        qui pense à se venger                                             piv soňj tennaň veňjaňs
        de la fièvre de l’arbre                                            deus terzhienn ar wezenn
        fragile en son aubier                                                  bresk heg wignenn

             ©José Le Moigne                                                Traduction : Sylvain Botrel

lundi 18 novembre 2013

Extrait de "LA BATAILLE DE VERTIERES CONTINUE" Discours prononcé par Louis Mercier à Vertières le 18 Novembre 1936



"...La dernière bataille eut lieu à Vertières, dans ce terrain capricieux et inégal, aux pièges infinis et que nos yeux contemplent. On se battit pendant toute une journée avec la rage du désespoir d’un côté et l’ivresse de la victoire de l’autre, dans le camp noir.

"Derrière Rochambeau, il n’y avait pas seulement 5,000 soldats. Toutes les nations, debout, lui prêtaient une assistance morale. On se battait pour le maintien d’une institution séculaire, armature de l’Europe. Le Général français savait que la défaite de l’armée française allait ruiner le prestige de l’Europe en Amérique et préparer la voie de l’émancipation de toutes les colonies américaines. Lui, vaincu, c’en était fait de L’Europe en Amérique.

"Que d’ombres sur ce champ de bataille ont dû protéger les guerriers noirs. Les balles ne pouvaient pas atteindre un Capois-la-Mort, un Daut, un Gabart et tant d’autres, car 300 millions de victimes anonymes leur offraient un bouclier invisible.

"Pour animer le courage de Dessalines et lui inspirer les gestes à faire, il n’y avait pas seulement le génie puissant de Toussaint-Louverture ; pour seconder ses efforts, il n’y avait pas seulement des soldats loqueteux, affamés, vêtus de peaux de bête ou d’uniformes disparates, armés de mauvais fusils ou de “cercles à barriques”, il y avait, battant la charge, sonnant du clairon, la LIBERTE, cette Déesse heureuse d’être libérée par des Noirs, qui allait reprendre son vol large et, partant d’Haïti, se poser sur toute la terre pour y répandre le baume salutaire de la Charité et de la Fraternité.

"Quel assourdissant fracas de canon! Quelle fusillade meurtrière! Quel cliquetis épouvantable d’armes qui s’entrechoquent ! Cris désespérés des mourants! Appels sinistres des blessés! Invectives des ennemis! Cadavres gisant froids et sanglants sur l’immense champ de bataille qui s’étend du village du Haut-du-Cap jusqu’aux mornes du Cap ! Chevaux qui s’abattent tandis que les cavaliers se redressent, sabre au clair, en criant “En avant!” Généraux qui s’avancent sans sourciller sous le feu meurtrier des canons et des fusils ! Epaulettes et chapeaux qui volent dans l’air, arrachés par des boulets! Soldats qui vont l’arme au bras, méprisant souverainement la mort! Charge de cavalerie! Salut chevaleresque de l’armée française indomptée et invaincue à l’armée indigène indomptable et invincible! Ondée bienfaisante qui vient calmer l’ardeur guerrière des combattants! La retraite précipitée de Rochambeau! La capitulation! L’entrée des troupes au Cap, dans cette citadelle historique dont les trois portes sont protégées par trois forts célèbres ; La Nativité, Vertières, Picolet, formant un triangle symbolique. L’Indépendance venant consolider la Liberté. Le miracle inouï, extraordinaire s’était accompli. Pour la première fois, dans les annales de l’Humanité, des esclaves révoltés avaient eu raison de leurs maîtres arrogants et les avaient jetés à la mer. Haïti a été le théâtre de cet évènement : Vertières devenant le tombeau de l’esclavage..."

VERTIÈRES 2013...


Le combat de Vertières
n'est pas fait de prières,
c'est quand à la bravoure
la liberté vit le jour...

Quand Capois la Mort
a vaincu le sort
sous boulets et mitrailles
l'esclavage, infâmes mailles...

En avant !!! En avant !!!
Les balles sont comme le vent,
quand on n'a point peur,
quand on a un cœur...

Quand mourir est beau
pour sa patrie, son drapeau...
Mais c'était Vertières...
Et Vertières c'était hier...

Guy Cayemite

VERTIERES...



Qu'est devenu Vertières
au temps qui passe
quand nous étions fiers...
Perdu dans le temps hélas!

Qu'est devenu ce sang
versé pour la liberté,
dans un égout béant
de dégoût coulé...

Et qu'est devenu le héro,
dans un coin il pleure
ses fils mendiant au cachot
sans dignité au coeur...

Qu'est devenu Vertières,
il ne fait plus de sens,
enterré dans une bière
sans prière au silence...

Les vraies histoires
ne sont pas écrites,
elles sont plutôt inscrites
dans le sang et la gloire
de ceux qui sont tombés...
Souvent elles sont dérobées
pour servir un certain profit...
Un livre seul suffit
pour en diriger le sens
et dissoudre son essence...
Méfiez-vous des épopées,
mensonges, déguisés en vérités
qui manipulent les droits
à l'insu de tous, d'un tour adroit...

Guy Cayemite

mercredi 13 novembre 2013

Ce pays-là que j'aime (la France)


J'ai écrit ce texte il y a 20 ans. Dire à mes amis français que ma colère contre la France était ciblée. Qu'elle ne s'élevait pas contre tous les Français. Qu'il y avait une France qui savait me toucher, m'émouvoir, me donner envie de croire en la fraternité...
La hideuse actualité, cristallisée autour de de Madame Christiane Taubira m'y a fait repenser... Partage...


Ce pays-là que j’aime
(A Michel Fournillon
Anne Manceron)

Ce pays-là que j’aime, la France
Quand l’automne incendie les forêts
Offrant au ciel des bouquets d’or et de terre cuite
Quand elle s’étire, ronronne et se pelotonne
Dans la brûlure de l’hiver
Quand elle s’étire ronronne encore
Et attend le printemps de toutes les floraisons

Ce pays-là que j’aime, la France
Quand elle oublie de s’oublier
Dans les dédales du quotidien
J’ai pas’ l temps j’ suis trop pressé m’intéresse pas… pas mon problème très peu pour moi…
Quand elle oublie d’être le fief
Des exclusions des expulsions des démissions
Suzeraine
Féodale
Moyenâgeuse dans son jeu d’Ombres et de Lumières

Ce pays-là que j’aime, la France
Quand Edith piaffe dans les coulisses du doute
Quand la Gréco sème au vent
Les « Paroles » ravivées
Quand « l’or du soir qui tombe » brûle le cœur du Poète
Et les troubadours
Les trouvères de l’ère des métros
Font chanter la misère et l’amour
Dans le chœur des voyageurs trop pressés

Ce pays-là, la France
Que j’aimerais si tellement
Si je ne sentais pas,
Souventement,
Le poids de sa carcasse peser de tous ses siècles
Sur ce morceau de moi perdu dans l’océan,
Mon île flottante, ma déraison
Mon archipel d’injustices :
L’Histoire ne sait pas être suave
Je ne sais pas oublier
L’avenir est un fruit
Qui se balance en bout de branche
Au faîte de l’espérance, ballotté par le vent,
Sans cesse reculé, si proche cependant

Ce pays-là, la France
Que je voudrais aimer
En innocence
En déraison
Ce pays-là,
Que j’aime,
Si tellement cependant…

Nicole Cage
 (Paris, 15-10-1993)

jeudi 7 novembre 2013

Bretagne


Chapelles de mon pays
me voici à nouveau
après tellement de siècles   
d’errance contrôlée 
à contempler vos murs
sculptés par la rosée

©José Le Moigne
Plourac’h
7 novembre 2013

lundi 4 novembre 2013

Legs


Maintenant que je suis sur le versant descendant de ma vie, celui où l'on se dit que tout virage pourrait être fatal tout en apercevant, encore, en bas du précipice, la mer et ses promesses d’avenir.

Maintenant que par bouquets défilants au long de la falaise les anthuriums distillent le procès minimum qui en appelle aux gènes.

Perdu entre ma science d'homme et mon désir d'enfance, j'en appelle au silence instigateur de mémoire.

Faisant litière des exigences sclérosées, des abandons battus en brèche dans le jardin des certitudes – La piste, si délicate à définir, se perd dans l'ombre des cromlechs et des razziés du vent.

La piste se perd dans les campêches et les prairies où règne la ciguë.

La piste se perd entre le ciel plombé de fausses connaissances et l'horizon forclos.

La piste se perd dans les bonnes manières et les excuses complaisantes.

Je crie l'Afrique comme un regret qui a la forme d'un déni.

Je hèle le bateau mais le bateau n'existe plus.

Je hèle en vieux loup solitaire tout ce qui fut et qui n'est plus.

Je hèle les alizés d'enfance.

Je hèle le lieu commun.

Je hèle les fausses abstractions.

Je hèle l'espace de la parole unique parce que première.

Je fais office de notaire égaré à jamais dans la poussière du passé.

©José Le Moigne
Échos de l'ïle
L'harmattan 2013

Atjèlman man asou chimen pou mwen rimet lavi, lè éti ou ka di an tjè’wmantjé tonbé pétet sé dènié pa,toupannann titak pli ba, an fon-a, ou ka wè lanmè-a épi bel pawòl lèspwa’y / Atjèlman an patjé boutjé awòm ka flèri alé-viré anlè kan falez-la, ka fè-w wè sa ou yé / Man la ka katjilé man sé an grannom ki konnet yonndé bagay, mé ki sé viré timanmay ; pou mwen pé sa viré chonjé, man pa lé tann an mouch volé / Anni bliyé sa nou té ka mandé atoutfòs, sa nou té konpranndi sé sa ki lavérité,mé éti fòk viré katjilé – Nan lonbraj gwo wòch ek gran van, ou ka ped tras chimen-a ki red menm pou katjilé/ Ou ka garé chimen an mitan kanpech ek savann éti sé zeb-pwézon ki met / Ou ka ped chimen pa asou an siel chajé ek bagay pou vèglé-w, épi liy lorizon ki fèmen / Ou kapedchimen’w lè-w pa sav saki bèl manniè, saki lagrimas / Man ka kriyé Afrik konsidiré sé rigrété ka sanm rifizé / Man ka kriyé bato anmwé, mé pa ni bato ankò / Mwen yonn adan an kwen ka babiyé déyè sa nou té ka wè avan, mé ki disparet / Amwé, man ka kriyé van antan man té timanmay/ Man ka élé sa ki doudouyis / Man ka élé pou sa-w konpranndi ki pa vré / Man ka élé la éti ni ansel pawòl ki bon pas sé li ki prèmié pawòl / Man kon an notè ki garé pou toulong nan lapousiè antanlontan

Traduction : Igo Drané

samedi 26 octobre 2013

A l'automne de la vie


Il pleut, le temps du dehors est moribond, la lumière a chu, et donc voici venu le moment des grandes peurs ancestrales, l'automne cette saison qui effrayait les peuples anciens, qui m'inspire mais dont je n'affectionne, si ce n'est l'émotion que me procure les couleurs de cette nature s’apprêtant à la dormance, je ne peux que me compassionner en assistant à cette longue agonie de la vie, de ce cycle qui se répète depuis le commencement du monde...

Après la joie de l'été, c'est la mélancolie de l'automne qui nous gagne, la lumière est sur son déclin, la vie tout autant, et voilà qu'autour de moi, j'apprends les décès de trois personnes, la mère d'un amie d'enfance qui habitait dans mon quartier et qui nous a quitté à 67 ans d'une crise d'asthme, une voisine âgée de 58 ans emportée par un cancer, et la femme d'un cousin décédée d'un cancer du foie à l'âge de 52 ans...

La mort n'est chose qui m'effraie, d'ailleurs comme tout ceux ayant vécu une mort imminente et vu la lumière, mais un phénomène qui me conforte à faire ce que j'ai à faire, vivre dans le respect de l'autre, de la nature, sans toutefois m'embarrasser des déplaisirs ou des désagréments de la vie, ni donner un point de fixation aux contrariétés dans mon existence...

On est là pour un temps, faisons de ce laps qui nous est dévolu un chef d'oeuvre, telle est ma conception de la vie.

Evariste Zephyrin

vendredi 18 octobre 2013

Glaise

               
Photographie : Christine Le Moigne-Simonis
      
                   L’un après l’autre mes amis
                      s’éloignent du soleil

                   à l’approche du fleuve
                    le palud se fait glaise

                      à l’orée de l’hiver
                  le vent sans coup férir

                     entonne l’hallali
               des algues et des dunes

                   ©José Le Moigne
                          Plourarc’h
                                18 octobre 2013 

mardi 15 octobre 2013

Automne



Le vent tourbillonnant, qui rabat les volets,
Là-bas tord la forêt comme une chevelure.
Des troncs entrechoqués monte un puissant murmure
Pareil au bruit des mers, rouleuses de galets.

L'Automne qui descend les collines voilées
Fait, sous ses pas profonds, tressaillir notre coeur ;
Et voici que s'afflige avec plus de ferveur
Le tendre désespoir des roses envolées.

Le vol des guêpes d'or qui vibrait sans repos
S'est tu ; le pêne grince à la grille rouillée ;
La tonnelle grelotte et la terre est mouillée,
Et le linge blanc claque, éperdu, dans l'enclos.

Le jardin nu sourit comme une face aimée
Qui vous dit longuement adieu, quand la mort vient ;
Seul, le son d'une enclume ou l'aboiement d'un chien
Monte, mélancolique, à la vitre fermée.

Suscitant des pensées d'immortelle et de buis,
La cloche sonne, grave, au coeur de la paroisse ;
Et la lumière, avec un long frisson d'angoisse,
Ecoute au fond du ciel venir des longues nuits...

Les longues nuits demain remplaceront, lugubres,
Les limpides matins, les matins frais et fous,
Pleins de papillons blancs chavirant dans les choux
Et de voix sonnant clair dans les brises salubres.

Qu'importe, la maison, sans se plaindre de toi,
T'accueille avec son lierre et ses nids d'hirondelle,
Et, fêtant le retour du prodigue près d'elle,
Fait sortir la fumée à longs flots bleus du toit.

Lorsque la vie éclate et ruisselle et flamboie,
Ivre du vin trop fort de la terre, et laissant
Pendre ses cheveux lourds sur la coupe du sang,
L'âme impure est pareille à la fille de joie.

Mais les corbeaux au ciel s'assemblent par milliers,
Et déjà, reniant sa folie orageuse,
L'âme pousse un soupir joyeux de voyageuse
Qui retrouve, en rentrant, ses meubles familiers.

L'étendard de l'été pend noirci sur sa hampe.
Remonte dans ta chambre, accroche ton manteau ;
Et que ton rêve, ainsi qu'une rose dans l'eau,
S'entr'ouvre au doux soleil intime de la lampe.

Dans l'horloge pensive, au timbre avertisseur,
Mystérieusement bat le coeur du Silence.
La Solitude au seuil étend sa vigilance,
Et baise, en se penchant, ton front comme une soeur.

C'est le refuge élu, c'est la bonne demeure,
La cellule aux murs chauds, l'âtre au subtil loisir,
Où s'élabore, ainsi qu'un très rare élixir,
L'essence fine de la vie intérieure.

Là, tu peux déposer le masque et les fardeaux,
Loin de la foule et libre, enfin, des simagrées,
Afin que le parfum des choses préférées
Flotte, seul, pour ton coeur dans les plis des rideaux.

C'est la bonne saison, entre toutes féconde,
D'adorer tes vrais dieux, sans honte, à ta façon,
Et de descendre en toi jusqu'au divin frisson
De te découvrir jeune et vierge comme un monde !

Tout est calme ; le vent pleure au fond du couloir ;
Ton esprit a rompu ses chaînes imbéciles,
Et, nu, penché sur l'eau des heures immobiles,
Se mire au pur cristal de son propre miroir :

Et, près du feu qui meurt, ce sont des Grâces nues,
Des départs de vaisseaux haut voilés dans l'air vif,
L'âpre suc d'un baiser sensuel et pensif,
Et des soleils couchants sur des eaux inconnues...

Albert SAMAIN



LAMPEDUSA : CE QUE NOUS DISENT LES GOUFFRES



Toute horreur crée son gouffre
ainsi celle de la Traite à nègres qui fit de l'Atlantique 
le plus grand oublié des cimetières du monde
(crânes et boulets relient les îles entre elles 
et les amarrent aux tragédies du continent)

Le gouffre chante contre l'oubli, 
en roulis des marées 
en mots de sel pour Glissant pour Walcott et pour Kamau Brathwaite
(fascine des siècles dans l'infini de ce présent où tout reste possible)

Celui de l'Atlantique s'est éveillé
clameurs en méditerranée !  
l'absurde des richesses solitaires
les guerres économiques
les tranchées du profit
les meutes et les sectes d'actionnaires
agences-sécurité et agences-frontières
radars et barbelés
et la folie des murs qui damnent ceux qu'ils protègent

chaussures neuves et crânes jeunes font exploser les vieilles concentrations !

les gouffres appellent le monde
les gouffres appellent au monde

l'assise ouverte
les vents qui donnent l'humain
l'humain qui va au vent
les aventures des peurs et des désirs
la seule richesse des expériences menées à la rencontre
les solidarités qui se construisent et qui construisent
les coopérations qui ouvrent et qui assemblent
et le suc et le sel de l'accueil qui ose

L'enfant a eu raison de mettre ses chaussures neuves
ce qu'il arpente au delà de nos hontes
c'est le tranchant des gouffres génériques 
qui signalent sous l'horreur 
et qui fixent sans paupières
l'autre possible ouvert du meilleur de nous

en ombres en foudres en aubes
les gouffres enseignent longtemps

(toute douleur est apprendre et ce chant est connaître)

chant partagé d'une même planète.

Patrick CHAMOISEAU

lundi 14 octobre 2013

Syncope

Avec Barel Copett : Le Lamentin novembre 2006 Photographie : Christine Le Moigne-Simonis

Syncope
        la pluie frappant à contretemps
        sur la caisse claire des nuages
                      Syncope
                        aussi
           la grise fuite des journées
            et les prairies écobuées
                      Syncope
               le roulis des abymes
              sur les flans cuirassés
            des felouques de guerre
                      Syncope
              la gavotte des morts
         sur le pertuis des ossuaires
               Syncope les saisons
           syncope le hennissement
                  maladif  du vent
                syncope le silence

                              ©José Le Moigne
                              Plourarc’h
                              14 octobre 2013

mardi 8 octobre 2013

Awa! (En mode tjou-mwen plen)


Awa !

Pardon. Mais je suis agacée. En mode “tjou mwen plen épi péyi-tala!”
Il y a quelques mois de cela, une amie écrivaine me demande mon adresse email pour me faire parvenir une invitation au Salon du livre organisé par la Région. Je lui donne donc mon adresse et cette histoire de salon du livre me sort complètement de la tête.

La semaine dernière, je reçois sur facebook une invitation à « liker » la page du Salon. Tiens, ce fameux Salon ! Je « like » forcément, je ne peux qu’être favorable à toute initiative de nature à mettre notre littérature en avant. Je m’interroge deux secondes pour savoir si je serai au nombre des auteurs invités, en me faisant la réflexion que si tel était le cas, j’en aurais déjà été informée vu que le Salon a lieu en décembre. Et je passe à autre chose !

Vendredi dernier (le 04 octobre si je ne m’abuse) j’appelle la Région pour une demande d’information pour ma fille Anne. Elle se trouve en Guadeloupe et il est donc plus simple et moins coûteux pour moi d’appeler de sa part. Avant de raccrocher, je demande que l’on me passe le service qui s’occupe du Salon du livre. Mon interlocutrice est très cordiale et aimable, sé vré. Je lui dis : « Ben je viens un peu aux nouvelles concernant le Salon. Voir si l’on m’a, comme d’habitude « oubliée »… Nous plaisantons autour de cette question de mon « oubli systématique » et elle me dit que si je veux avoir une place dans « le carré des auteurs » je dois lui envoyer par email un CV et une demande, ce que je m’engage à faire.

Mais depuis vendredi et jikjodi je n’ai pas pris la peine ni le temps de m’asseoir pour réfléchir à cette histoire de CV et de demande. Jikjodi je n’ai envoyé otjin CV ni demande. Mais ce matin (en ce pluvieux mardi), l’amie écrivaine me relance pour savoir si j’ai reçu mon invitation au Salon. Je lui réponds que je n’ai rien reçu jikjodi, qu’on m’a demandé CV et lettre de motivation (en quelque sorte), que je n’ai encore rien envoyé et qu’il est fort probable que je  n’envoie rien, parce que lui ai-je dit : « Je suis fatiguée de tout ça »…

Oui en vérité, fatiguée de tout ça !
* Si je devais faire la liste des bibliothèques municipales de mon pays qui ne m’ont JAMAIS invitée en tant qu’auteure, ce papier ne suffirait pas !
* Il y a un mois, un ami est allé à la Librairie Antillaise chercher un de mes ouvrages. N’ayant rien trouvé, il se rapproche d’un « vendeur » qui lui rétorque : « Ah si y’a pas qu’elle n’est pas référencée chez nous ! Désolé ! » Et il l’a laissé planté là !
* Je mets quiconque au défi detrouver un de mes ouvrages à la Bibliothèque universitaire (ou peut-être un seul à la BU selon ce que m’en a dit une étudiante qui prépare sa thèse sur mon travail ! Ou ni kouraj mafi !) ou dans une librairie d’isidan !
* Etc, etc, etc…

Et maintenant, je dois demander souplé-mèsi de bien vouloir me faire la ‘tite-favè de bien vouloir m’inviter à votre grand’messe-là ! Et je dois prouver que je mérite d’être invitée en fournissant mes « états de service littéraires » ?

Awa, Nini, elle a pas que ça à faire !
Elle n’a rien à prouver. Elle écrit son compte d’écrire ! Parce que c’est là, dans le lieu de l’écriture que sa vie prend sens et signifiance… Elle écrit aussi pour le bonheur immense de tisser des amitiés littéraires vraies, durables et fécondes avec ses amies et amis poètes, romanciers, dramaturges et musiciens du monde qui, eux, n’ont pas besoin de CV ni de lettre de motivation pour savoir et RECONNAITRE qui elle est !
Du Cameroun au Canada, du Venezuela à l’Albanie, du Bénin à la Roumanie, après un ti rondi vers le Liban ou la Tunisie, après un siak vers El Salvador ou la Macédoine, on n’a pas besoin de CV pour dire qui est Nicole Cage, pour l’inviter à animer des ateliers d’écriture, faire des conférences, donner des récitals où sa parole et sa danse de poétesse-chamane (ainsi que l’appellent ses amis Saúl Ibargoyen et Mariluz Suárez Herrera) chavirent les en-dedans !

Alors si vous vous trouvez dans le Salon du livre de Martinique (auquel je souhaite d'ores et déjà et sincèrement un plein succès parce que notre littérature le mérite), pas la peine de «demander pou mwa », je risque fort de ne pas être là, perdue dans le « carré des auteurs »…
Ceux qui ont besoin de ma parole écrite ou dite, de ma présence « chamanique » savent où et comment me trouver.
En attendant, à présent-lam, je vais écrire la chanson que mon prince m’a « commandée ».
Ah oui, au fait, je suis aussi parolière !

 Nicole Cage,
Schoelcher, le 08 octobre 2013


 PS. en prime, ayen ki pou vou,mes « états de service littéraires ».

Rien que pour vous, un ‘tit morceau de monparcours littéraire

En 1993 Nicole Cage obtient une mention spéciale du Jury du Prix de Poésie Jeunesse du Ministère de la Jeunesse et des Sports et de la Maison de la Poésie à Paris pour son recueil de poèmes pour enfants intitulé «  Lavalas».

En 1996 elle est lauréate du PRIX CASA DE LAS AMERICAS pour un recueil de poèmes-jeunesse « Arc-en-ciel, L’espoir », publié à Cuba en bilingue, traduit par Nancy Morejon(Français-Espagnol) aux éditions Casa de las Américas et Cocultura de Colombie.

En 1998 elle traduit et adapte la pièce du dramaturge cubain Ulises CALA, « El traje » qui est donnée en lecture-spectacle au CMAC dans le cadre de la manifestation « Le temps de lire ».

Cette même année, son premier roman, « C’est vole que je vole» est publié; roman de la folie, de l’enfance massacrée. Elle monte un spectacle autour de ce texte (mise en espace théâtrale avec la musique et des chansons qu’elle écrit elle-même),spectacle qu’elle présente dans différentes bibliothèques.

En 2000 son deuxième roman,« Confidentiel », roman-jeunesse, est publié aux éditions DAPPER.

. Juin 2001, elle représente la Martinique au 11ème Festival International de poésie de Medellin en Colombie.

En Février 2002: « L’Espagnole »,roman aux éditions “Monde noir”, groupe Hatier International.

Juin 2002, elle représente la Martinique à la Rencontre Continentale des Ecrivains en Langues Indigènes à Guadalajara, Mexico, où elle met en espace ses poèmes en créole et espagnol.

Juillet 2002, participe au Sixième Festival International de Poésie de Curtea de Arges en Roumanie et fait partie des trois poètes nominés pour le PRIX INTERNATIONAL DE POESIE DE ROUMANIE. Traduction et publication du recueil « Arc-en-ciel,L’espoir » : Cucurbeu Speranta, par l’Académie internationale Orient-Occident de Roumanie, édition bilingue (français,roumain).

Octobre 2002: Festival international «Ditet e Naimit» République de MACEDOINE sous la présidence d’honneur et effective d’Ismaël KADARE — Elle y reçoit le PRIX OENEUMI de poésie.

Mars 2003 : représente la Martinique au Festival de poésie « La tente d’Ali Ben Geddhem » en Tunisie.

Avril 2003 : la Martinique lui rend hommage à l’initiative des « Griots de la Martinique » lors de la Fête de la poésie An XVI. Un recueil de ses textes publiés et inédits est édité à cette occasion.

Ses poèmes sont traduits en albanais, anglais,arabe, espagnol, macédonien et roumain et paraissent dans des revues littéraires en Albanie, Macédoine (anthologie « Ditët ë Naïmit »), Etats-Unis (MaComere), (San Francisco BayView) Liban, Roumanie, Amérique Latine.

Juin 2005 : Son quatrième roman, « Aime comme musique ou comme mourir d’aimer » est publié aux éditions Le Manuscrit et est finaliste du Prix Gros Sel 2005. Il est réédité en mars 2006 par les éditions Scripta

Juillet 2006 : Publication de « C’est vole que je vole» roman, aux éditions « Les Oiseaux de papier », Bretagne – Prix Gros Sel 2006, Belgique

Mars 2007 : Palabras de paz por tiempos de guerra, poèmes, Editions El perro y la rana/Ministerio de la Cultura de Venezuela, Caracas

Avril 2007 : Et tu dis que tu m’aimes, récit, Edition Lesoiseaux de papier. Ce texte comme contribution à la lutte contre les violences faites aux femmes

Septembre 2007 : Une robe couleur soleil, conte jeunesse, Editions Lafontaine, Case-Pilote, Martinique. Sélectionné en 2008 pour l’exposition internationale The White Ravens, à Munich.

Décembre 2007 : Dèyè pawol sé lanmou, Par-delà les mots, l’amour recueil de poèmes - bilingue préfacé par Frankétienne, K Editions,Fort-de-France

2008 : Participation à l’ouvrage collectif : La peinture en Martinique, HC Editions, Grand Prix du Livre insulaire 2008

Janvier 2009 : Vole avec elle, roman, Editions Acoria, Paris

Janvier 2010 : Medley, nouvelle parue dans le recueil collectif, Drive, l’errance ensorcelée- HC Editions

2010 : Anthologie bilingue (Français/espagnol) Editions : Monte Ávila, Caracas

Septembre 2010 : Entre îles – nouvelle trilingue (français, espagnol, portugais). Horizontes Insulares, Gobierno de Canarias

Janvier 2012 : D’Îles je suis, suivi de Où irait mon crirecueil de poèmes préfacé par Nouréini Tidjani-Serpos, Editions Le Chasseur abstrait

Avril 2012 : O Ayti-m Nouvelle parue dansl’anthologie O Ayti, Ayti O, K Editions, Fort-de-France



Autres festivals de poésie et rencontres littéraires :

. Octobre 2003 : Festival de Tetova en Macédoine et en Albanie
. Mai 2004 : Salvador.Guatemala
. Juin 2004 : Festival International de poésie de Medellin (Colombie)
. Octobre 2005 : Festival International de la Poésie, Trois-Rivières, Québec
. Mai/Juin 2006 :
 . 30 mai-03 juin: The Caribbean Woman Writer as Scholars, Florida International University - Miami
. Juin 2006 : Saint-Maarten Book Fair : présence sur le salon du livre, rencontre avec les collégiens,récitals de poésie
. Juillet 2006 : Festival Mondial de la Poésie du Venezuela
. Juillet 2007 : + promotion, récital poétique à Caracas autour de Palabras de paz por tiempos de guerra. Invitée par la Red de Intelectuales en Defensa de la Humanidad anime des ateliers d’écriture, Las alas del sueño dans plusieurs communautés rurales du Venezuela
                       +Participe au 1er Festival International de Poésie de San Francisco
Novembre 2007 : Participe au Chant des Sirènes, Atrium, Fort-de-France, où elle met en espace une chanson extraite de Et tu dis que tu m’aimes
Mars 2008 : + Salon International des Poètes Francophones du Bénin, à Cotonou. Elle y anime un atelier d’écriture en direction des collégiens et participe avec les  autres poètes invités à plusieurs récitals à travers le pays.
                    + La Havane, Cuba, invitée par la Casa de las Américas et l’Ambassade de France à Cuba dans le cadre de la semaine de la francophonie, elle y donne une conférence intitulée : « Deux langues pour dire l’âme créole » et un récital. Les enfants du célèbre groupe de La Colmenita lui rendent hommage en interprétant ses poèmes extraits du recueil Arc-en-ciel, l’espoir,Prix Casa de las Américas 1996
Avril 2008 : Participe aux premières Rencontres littéraires Afrique Caraïbe Maghreb sous la présidence d’honneur du poète béninois Nouréini Tidjani-Serpos,(sous-directeur général de l’UNESCO chargé de l’Afrique) à Chatenay-Malabry, France. Récitals, séances de dédicaces, causeries
Juin 2009 : Saint-Maarten Book Fair : Dédicaces- rencontres avec élèves autour du conte Une robe couleur soleil-récital de poésie
Juillet 2009 : Congrès de l’American Association of Teachers of French, San José, Californie. Invitée par la Maison de la Francophonie des Amériques, Canada, à donner une conférence : Comment redonner aux jeunes le goût de lire
20, 21 Septembre 2010 :+ Québec, récital poésie et jazz avec le trio Daniel Lessard au Largo- Resto en pré-ouverture du Festival de jazz de la ville de Québec, en prélude au Festival International de Poésie de Trois-Rivières dans le cadre du 2èmeanniversaire du Centre de la Francophonie des Amériques
                                          + Bibliothèque Nationale de Montréal : “Quatre saisons, quatre lumières, quatre couleurs”, récital poésie et jazz avec le trio Daniel Lessard
Décembre 2010 : Festival de poésie 3V, Douala, Cameroun
Printemps des poètes 2011 : Son poème « Dans mon île ne poussent pas les saules » fait partie du corpus de textes des trois auteurs martiniquais (avec Césaire et Zobel) proposés en étude aux élèves des différentes académies.
Avril 2011 : 2èmeCongrès des écrivains de la Caraïbe, Guadeloupe
16 au 20 mai 2011 : Dans le cadre du Colloque « La diversité culturelle dans la Caraïbe » à La Havane,Cuba, présente une conférence sur la littérature jeunesse dans la Caraïbe intitulée : « Ecrire pour la jeunesse: Un choix aux accents de gageure, de paradoxe et… de jubilation »

24 septembre 2011 : en tant que membre du World Poetry Movement, elle organise (comme c’est le cas en divers lieux de la planète ce même jour) un récital de poésie « Lawonn Pawol » au Jardin Littéraire, Savane de Fort-de-France. Lectures, mises en espaces de textes poétiques, slam, musique se côtoient dans une ronde poétique ouverte à tous, y compris aux passants qui se sont arrêtés, ont apprécié et même participé avec chants ou poèmes.

Autres récompenses :
  Mars 2004 : Prix de la Créativité décerné au Liban par la Fondation NAAMAN pour la Culture pour une sélection de poèmes  extraits du recueil inédit « Paroles de paix pour temps de guerre » 
Décembre 2006 : Prix Gros Sel 2006, à Bruxelles, pour son roman, C’est vole que je vole.

Distinction :

Octobre 2006 : Nommée membre d’honneur du Festival International de Poésie de Tetova, Macédoine


Traductions

. Le costume (El traje)  Pièce de théâtre d’Ulises Cala
. Sélection de poèmes de Naji Naaman (créole, espagnol)
.  Le témoignage du père (Testimonio del padre) (Otoniel Guevara)
. Cette ardente fureur de liberté  (Este ardiente furor de libertad) (Carlos Francisco Elias)
. La fable des cavernes (Marcio Veloz Maggiolo)
. A deux voix (A dos voces) (Théâtre de Mariluz Suarez Herrera)
. Paroles de paix pour temps deguerre/Miracle/Femme je suis (Palabras de paz por tiempos deguerra/Milagro/Soy mujer) Nicole Cage-Florentiny


. Comédienne amateur :

°Atelier Théâtre de l’OMCLT deTrinité, dirigé par Bérard Bourdon :
Rôle :Man Cécé dans la pièce Man Cécé,création collective, juin 1998
Un week-end, et tout le tralala création collective, juin 1999
°Juin 2004 : Service Municipal Culture de Trinité : Man Cécé
°Juin 2005, troupe Pa vini kon sa, Maison pour tous Zac du Bac de Trinité : Mise en espace textes : Le goût de vivre et Ridiri de Nicole Cage-Florentiny
° juin 2006, Festival de Théâtre amateur de la ville de Trinité, troupe Pa vini kon sa. Rôle : lapropriétaire dans la pièce Yé clic !de Jeff Florentiny

° Novembre 2011 :Adaptation du conte : Une robecouleur soleil

. Assistante à la mise en scène
° Novembre 2011 : du conte adapté Unerobe couleur soleil joué en séances scolaires au Service Municipal de la Culture de Trinité; mis en scène par Daniély Francisque

samedi 5 octobre 2013

Soleil d’automne

Photographie : Christine Le Moigne-Simonis

Soleil d’automne
 dressant ses pertuisanes
 en face de la douve 
 le vent venu de la frontière
 avec des rêves de taureau 
 prononce 
 dans l’herbe grasse des bastions
 son immuable requiem
 Tant d’ombres se délitent
 sur les murs chaulés
 tant de visages glissent 
 dans la poussière des almanachs
 J’ai refusé les mots 
 de tes paumes fuyantes 

 ©José Le Moigne 
 Le Mans 4 octobre 2013

Soleil lacustre

Photographie : Christine Le Moigne-Simonis

Soleil lacustre
éclairant chichement
l’agonie des tourbières

A la margelle du silence
la fuite des cyprès
délimite l’alleu
et l’espace de guerre

L’acier scintille à l’horizon de l’ost
qui peut prédire
le temps de vie de l’oriflamme 

©José Le Moigne 
Le Mans 5 octobre 2019

dimanche 22 septembre 2013

21 SEPTEMBRE


Au Diamant
j'ai salué tous les crabes
compté les traces et les absences que tricote l'écume

j'ai honoré l'instant

et si les raisiniers  ont stoppé leur provende
reste  
hors mesure hors saisons 
toute de bien-être et de beautés
la récolte sans archives des jeunes algues et du sel

(Cher maître,
j'ai vu dans le langage des grand miroirs du sable
j'ai vu s'achever ce que poursuit le malfini
et que l'oiseau Cohé ne saurait même prophétiser)

Tout est tellement vivant.

Patrick CHAMOISEAU

dimanche 15 septembre 2013

Le chant du temps : la pluie

Vue depuis un des quais du Malécom sur le chouval bwa (manège)
Si à Paris mai cousine avec novembre, en Martinique il en va de même, on pourrait croire que le soleil joue à cache-cache avec la pluie,  cinq minutes de soleil puis deux de pluie,  et ainsi de suite pendant toute la journée, les deux comparses dansent et jouent  à   saute-mouton  sous un ciel gris et des nuages bas.
Au fond les pitons du  ou les mornes du ?


L'air est saturé d'humidité, une humidité qui vous colle à la peau et vous rend poisseux. Ce temps hors saison fatigue et  n'incite à sortir ni à entreprendre, on se cantonne chez soi, on s'occupe comme l'on peut, d'autant que l'alizé souffle un vent plus glacé que d'habitude. Certaines me disent qu'il fait froid, cela pourrait prêter à sourire, vu à la latitude où nous nous trouvons, mais autour de moi,  des personnes s'attifent de petites laines, d'autres  s'affublent de blouson ou de veste voire  s'accoutrent de bonnet  d'hiver.


Fumeurs de cannabis
De ce temps illisible, presque incompréhensible, ma tante y voit la fin des temps. Je ne m'évertue  à lui expliquer, que climat subit les contrecoups de la baisse d'activité du soleil, nous sommes confrontés à un phénomène cyclique et naturel, car  il m'est amusant de les entendre maugréer contre la terre entière, récriminer contre les dépravations des uns et des autres : ne nous en sommes-nous pas à marier des hommes et des hommes, des femmes et des femmes ? 

Pour ces vieilles personnes ce sont les péchés de l'humanité et la mauvaiseté de l'homme, encore plus du nègre,   qui nous précipite vers cette fin des temps.
Les tourterelles se protègent de la pluie
Nous sommes aux derniers jours, le temps du jugement approche !

Malgré les exhortations à ne rien entreprendre, les sollicitations à rester au lit, je suis quand même sorti, un petit tour sur le bord de mer afin de m'insuffler l'âme des gens, de m'animer de l'âme du pays.

Le quai
Sur le premier quai en partant du canal Levassor,  des petits groupes  se sont formés, toujours les mêmes personnes qui les composent, des hommes sont à refaire le monde, ça parle de tout et de rien. 

Ce soir nous avions un grand grec,  un historien, il racontait aux autres l'épopée de Clovis et  du vase de Soissons, des généraux romains,  de Jules César, et j'en passe...

Un malpropre : un pisseur !

J'ai aussi revu la jeune femme de la dernière fois, celle en peine de cœur qui pleurait de tout son soul,  cette fois-ci elle était en joie, rieuse et amoureuse, collée à son petit ami...

La jeune fille
Sur le second quai, les passagers attendant les navettes se dirigeant  vers les Trois Îlets.
En face, les voyageurs qui attendent une navette maritime
Le dernier quai, est la tanière d'une jeunesse divagante, je préfère éviter le contact de ces jeunes  dont la principale occupation est de fumer et vendre de la drogue  au vu et au sus de tous.

L'alizé souffle, sa froideur me cingle le corps, je me dis que la petite laine dont je me moquais naguère  serait la bienvenue. 


Le quai on  s'accoste les paquebots de croisières
Je regarde et scrute ce qui m'environne, peu de pêcheurs à braver l'interdiction de pêche dans la baie des Flamands à cause de la pollution au chlordécone,  dans le ciel  des frégates tournoient, d'autres sternes les rejoignent. A mes pieds, une tourterelle chasse une « colombe », plus loin un zagayak (petit crabe) téméraire, s'approche de moi pour manger les miettes de mon gâteau...

Le  crépuscule s'annonce, mais point de coucher de soleil ou de ciel en feu, la nuit vient tout simplement. Au pied du quai des poissons sautent pour échapper à un prédateur. Et voilà que le vol d'un oiseau me surprend, il fait nuit, un kayali se pose sur  les bords du quai, je le photographie et retourne à mes contemplations de la nuit.

Il n'y a pas foule sur le Malécon (Bord de mer), les gens se sont raréfiés comme la pluie à la saison du carême, les commerces en pâtissent,  ils sont désertés, les bars vides comme les poches de la déveine, dans les restaurants les tables esseulées côtoient des serveuses au sourire rare.

La nuit chemine, l'heure de regagner mes pénates s'amorce, j'avance  dans la ville, la pluie survint, je m'abrite dans le snack Elizé en face de la Savane,  commande  un menu  madras et un jus de prune de cythère. 

Sainte Thérèse, un quartier de Fort de France
La pluie cesse,  de retour  à la maison, je suis accueilli par le chant des petites grenouilles, un chant plus dense que d'habitude, elles fêtent la pluie.

Evariste Zephyrin
texte et photos