dimanche 22 septembre 2013

21 SEPTEMBRE


Au Diamant
j'ai salué tous les crabes
compté les traces et les absences que tricote l'écume

j'ai honoré l'instant

et si les raisiniers  ont stoppé leur provende
reste  
hors mesure hors saisons 
toute de bien-être et de beautés
la récolte sans archives des jeunes algues et du sel

(Cher maître,
j'ai vu dans le langage des grand miroirs du sable
j'ai vu s'achever ce que poursuit le malfini
et que l'oiseau Cohé ne saurait même prophétiser)

Tout est tellement vivant.

Patrick CHAMOISEAU

dimanche 15 septembre 2013

Le chant du temps : la pluie

Vue depuis un des quais du Malécom sur le chouval bwa (manège)
Si à Paris mai cousine avec novembre, en Martinique il en va de même, on pourrait croire que le soleil joue à cache-cache avec la pluie,  cinq minutes de soleil puis deux de pluie,  et ainsi de suite pendant toute la journée, les deux comparses dansent et jouent  à   saute-mouton  sous un ciel gris et des nuages bas.
Au fond les pitons du  ou les mornes du ?


L'air est saturé d'humidité, une humidité qui vous colle à la peau et vous rend poisseux. Ce temps hors saison fatigue et  n'incite à sortir ni à entreprendre, on se cantonne chez soi, on s'occupe comme l'on peut, d'autant que l'alizé souffle un vent plus glacé que d'habitude. Certaines me disent qu'il fait froid, cela pourrait prêter à sourire, vu à la latitude où nous nous trouvons, mais autour de moi,  des personnes s'attifent de petites laines, d'autres  s'affublent de blouson ou de veste voire  s'accoutrent de bonnet  d'hiver.


Fumeurs de cannabis
De ce temps illisible, presque incompréhensible, ma tante y voit la fin des temps. Je ne m'évertue  à lui expliquer, que climat subit les contrecoups de la baisse d'activité du soleil, nous sommes confrontés à un phénomène cyclique et naturel, car  il m'est amusant de les entendre maugréer contre la terre entière, récriminer contre les dépravations des uns et des autres : ne nous en sommes-nous pas à marier des hommes et des hommes, des femmes et des femmes ? 

Pour ces vieilles personnes ce sont les péchés de l'humanité et la mauvaiseté de l'homme, encore plus du nègre,   qui nous précipite vers cette fin des temps.
Les tourterelles se protègent de la pluie
Nous sommes aux derniers jours, le temps du jugement approche !

Malgré les exhortations à ne rien entreprendre, les sollicitations à rester au lit, je suis quand même sorti, un petit tour sur le bord de mer afin de m'insuffler l'âme des gens, de m'animer de l'âme du pays.

Le quai
Sur le premier quai en partant du canal Levassor,  des petits groupes  se sont formés, toujours les mêmes personnes qui les composent, des hommes sont à refaire le monde, ça parle de tout et de rien. 

Ce soir nous avions un grand grec,  un historien, il racontait aux autres l'épopée de Clovis et  du vase de Soissons, des généraux romains,  de Jules César, et j'en passe...

Un malpropre : un pisseur !

J'ai aussi revu la jeune femme de la dernière fois, celle en peine de cœur qui pleurait de tout son soul,  cette fois-ci elle était en joie, rieuse et amoureuse, collée à son petit ami...

La jeune fille
Sur le second quai, les passagers attendant les navettes se dirigeant  vers les Trois Îlets.
En face, les voyageurs qui attendent une navette maritime
Le dernier quai, est la tanière d'une jeunesse divagante, je préfère éviter le contact de ces jeunes  dont la principale occupation est de fumer et vendre de la drogue  au vu et au sus de tous.

L'alizé souffle, sa froideur me cingle le corps, je me dis que la petite laine dont je me moquais naguère  serait la bienvenue. 


Le quai on  s'accoste les paquebots de croisières
Je regarde et scrute ce qui m'environne, peu de pêcheurs à braver l'interdiction de pêche dans la baie des Flamands à cause de la pollution au chlordécone,  dans le ciel  des frégates tournoient, d'autres sternes les rejoignent. A mes pieds, une tourterelle chasse une « colombe », plus loin un zagayak (petit crabe) téméraire, s'approche de moi pour manger les miettes de mon gâteau...

Le  crépuscule s'annonce, mais point de coucher de soleil ou de ciel en feu, la nuit vient tout simplement. Au pied du quai des poissons sautent pour échapper à un prédateur. Et voilà que le vol d'un oiseau me surprend, il fait nuit, un kayali se pose sur  les bords du quai, je le photographie et retourne à mes contemplations de la nuit.

Il n'y a pas foule sur le Malécon (Bord de mer), les gens se sont raréfiés comme la pluie à la saison du carême, les commerces en pâtissent,  ils sont désertés, les bars vides comme les poches de la déveine, dans les restaurants les tables esseulées côtoient des serveuses au sourire rare.

La nuit chemine, l'heure de regagner mes pénates s'amorce, j'avance  dans la ville, la pluie survint, je m'abrite dans le snack Elizé en face de la Savane,  commande  un menu  madras et un jus de prune de cythère. 

Sainte Thérèse, un quartier de Fort de France
La pluie cesse,  de retour  à la maison, je suis accueilli par le chant des petites grenouilles, un chant plus dense que d'habitude, elles fêtent la pluie.

Evariste Zephyrin
texte et photos

dimanche 8 septembre 2013

La généalogie d'Aimé Césaire


Les archives départementales m'ont offert l'arbre généalogique d'Aimé Césaire. C'est un précieux document, qui a été réalisé pour le centenaire du poète. On y découvre les premiers ancêtres connus du chantre de la négritude, sans précision de dates pour la plupart d'entre eux ou plutôt d'entre elles, car c'étaient surtout des femmes, majoritairement esclaves. Il y a Jeannette, mais aussi Henriette, et Anne, ainsi que Marie-Victoire. Une autre, Elisabeth Berthra, née en 1795, dispose d'un patronyme, ce qui était rare pour les esclaves, a l'époque. Une autre enfin, Marie Catherine Tarade, est mentionnée comme étant une mulâtresse libre. Au milieu de toutes ces femmes, on trouve un homme, prénommé Barbe. Il est esclave lui aussi. Le premier de la famille à porter le nom de Césaire apparaît en 1813. Il est né esclave a Grand-Anse. Il sera affranchi en 1833, quinze ans avant l'abolition de l'esclavage. Césaire était agriculteur, alors que sa femme, Jacqueline, née en Afrique, sans plus de détails, et affranchie également en 1833, était blanchisseuse. Quand on observe de plus près les noms des ancêtres suivants du poète, il y a deux détails qui frappent. Il y a d'abord un prénom qui revient souvent. C'est le prénom Rose. Il y a les esclaves Rose Rosalba et Luce Rose Sovil, nées respectivement en 1802 et 1815. Il y a Rose Pamphile, née aussi en 1815, ainsi que les agricultrices Rose Césaire (1836) et Rose Bacarolle (1847). Le deuxième détail qui frappe est un nom qui revient par deux fois dans la généalogie d'Aimé Césaire. L'une de ses ancêtres s'appelle Juliette Soveur et l'un de ses ancêtres Sabin Sauveur. On comprend mieux, avec autant de Sauveur et de Rose dans la famille de cet homme, d'où lui venaient sa passion de la nature et son leadership naturel...

Serge Bile

vendredi 6 septembre 2013

La porte du Pérou (1),


Nonobstant la prodigue déveine et l'abondante misère de nous autres, nous nous semonçons  aux banquets des faméliques  et à celui des réprouvés, car comment en serait-il autrement, nous hommes-diasporiques dont   les déportements nous ont drossé en terres étrangères,  en terre "archipélisée", en terre continentale par une épissure, une fissure, que dis-je, une  béance, une gigantesque faille esclavée pluri-centenaire,  nous naufrageant en jours néfastes ci-devant -  Vous ici et pas ailleurs, quoique le sang se dispersa sur tous les flots, sur tous les ailleurs possibles, même les imprévisibles, comme devant nourrir la bouche de malheur d'un dieu affamé, celle d'un diable albescent, dont la progéniture comme  des serpents pullulent en sinistres accidents et en sombres tragédies sur cette planète, l'ensanglantant plus que de besoin, plus que de raison... 

– Nous voilà tel  un fleuve charriant  des flots d'avanies  ou  un cabrouet sur une trace charroyant sa cargaison d'opprobres et de mépris, ballottant ce peuple-continent si puissamment envasé au mitan de nulle part et en butte  à l'humanité...

Tony Mardaye

jeudi 5 septembre 2013

Les Lampadaires


Les lampadaires éclairent le soir, lorsque le ciel se rubéfie et que la nuit succède au jour. C'est une nouvelle inspiration qui naît dans l'instant, une nouvelle magie qui ensorcelle et vous inscrit dans son humeur...

Evariste Zephyrin