samedi 23 novembre 2013

Faites que les mots

Photographie : Christine Le Moigne-Simonis
Faites que les mots
ne puissent être vaincus
redonnez à chaque arbre
sa place dans le vent
que les croix oubliées
sur le bord des chemins
ne soient plus que le signe
d’une imprécise attente

©José Le Moigne
Plourar’h
23 novembre 2013

mercredi 20 novembre 2013

Gaston MONNERVILLE (1897-1991), Un destin d’exception

J’ai plaisir à porter à votre connaissance que vient de paraître :

Jean-Paul BRUNET « Gaston MONNERVILLE (1897-1991), Un destin d’exception », Ibis rouge Editions, septembre 2013.

Professeur émérite d’histoire contemporaine à la Sorbonne (Université Paris-IV), membre du Bureau de la Société des Amis du Président Gaston Monnerville, Jean-Paul Brunet, qui fut dans sa jeunesse un des collaborateurs de Gaston Monnerville, retrace l’itinéraire exemplaire de cet homme d’Etat dont la vie fut consacrée à la défense du droit et qui apparaît comme une conscience de la République.

Si vous souhaitez acquérir ce livre, vous pouvez :

-          vous adresser à votre libraire ;
-          le commander auprès de l’auteur, en précisant si vous voulez une dédicace, et en lui adressant un chèque de 23 euros (frais de port inclus), à l’adresse suivante : 8, rue Pierre Langlade, 92340 BOURG-LA-REINE [jpaul.brunet@hotmail.fr]

J’ajoute, enfin, que l’auteur sera présent au :

       SALON DU LIVRE DES SCIENCES HUMAINES
       Palais de la Porte Dorée, 293 avenue Daumesnil – 75012 PARIS
       Samedi 23 novembre 2013, de 15 à 19 heures
       Stand Ibis Rouge/LCDPU/CID

Il sera heureux de vous y rencontrer

mardi 19 novembre 2013

Arbre

Photographie : Christine Le Moigne-Simonis

          Le passage de l’aigle                                                Pa dremen an erer
           anime la charpente                                             e virvilh framm an doenn
      dans l’aigu des fontaines                                              er feuteunioù lemm
   dans la poussière des combes                                    ‘ barzh ulf an traoniennoù
        qui pense à se venger                                             piv soňj tennaň veňjaňs
        de la fièvre de l’arbre                                            deus terzhienn ar wezenn
        fragile en son aubier                                                  bresk heg wignenn

             ©José Le Moigne                                                Traduction : Sylvain Botrel

lundi 18 novembre 2013

Extrait de "LA BATAILLE DE VERTIERES CONTINUE" Discours prononcé par Louis Mercier à Vertières le 18 Novembre 1936



"...La dernière bataille eut lieu à Vertières, dans ce terrain capricieux et inégal, aux pièges infinis et que nos yeux contemplent. On se battit pendant toute une journée avec la rage du désespoir d’un côté et l’ivresse de la victoire de l’autre, dans le camp noir.

"Derrière Rochambeau, il n’y avait pas seulement 5,000 soldats. Toutes les nations, debout, lui prêtaient une assistance morale. On se battait pour le maintien d’une institution séculaire, armature de l’Europe. Le Général français savait que la défaite de l’armée française allait ruiner le prestige de l’Europe en Amérique et préparer la voie de l’émancipation de toutes les colonies américaines. Lui, vaincu, c’en était fait de L’Europe en Amérique.

"Que d’ombres sur ce champ de bataille ont dû protéger les guerriers noirs. Les balles ne pouvaient pas atteindre un Capois-la-Mort, un Daut, un Gabart et tant d’autres, car 300 millions de victimes anonymes leur offraient un bouclier invisible.

"Pour animer le courage de Dessalines et lui inspirer les gestes à faire, il n’y avait pas seulement le génie puissant de Toussaint-Louverture ; pour seconder ses efforts, il n’y avait pas seulement des soldats loqueteux, affamés, vêtus de peaux de bête ou d’uniformes disparates, armés de mauvais fusils ou de “cercles à barriques”, il y avait, battant la charge, sonnant du clairon, la LIBERTE, cette Déesse heureuse d’être libérée par des Noirs, qui allait reprendre son vol large et, partant d’Haïti, se poser sur toute la terre pour y répandre le baume salutaire de la Charité et de la Fraternité.

"Quel assourdissant fracas de canon! Quelle fusillade meurtrière! Quel cliquetis épouvantable d’armes qui s’entrechoquent ! Cris désespérés des mourants! Appels sinistres des blessés! Invectives des ennemis! Cadavres gisant froids et sanglants sur l’immense champ de bataille qui s’étend du village du Haut-du-Cap jusqu’aux mornes du Cap ! Chevaux qui s’abattent tandis que les cavaliers se redressent, sabre au clair, en criant “En avant!” Généraux qui s’avancent sans sourciller sous le feu meurtrier des canons et des fusils ! Epaulettes et chapeaux qui volent dans l’air, arrachés par des boulets! Soldats qui vont l’arme au bras, méprisant souverainement la mort! Charge de cavalerie! Salut chevaleresque de l’armée française indomptée et invaincue à l’armée indigène indomptable et invincible! Ondée bienfaisante qui vient calmer l’ardeur guerrière des combattants! La retraite précipitée de Rochambeau! La capitulation! L’entrée des troupes au Cap, dans cette citadelle historique dont les trois portes sont protégées par trois forts célèbres ; La Nativité, Vertières, Picolet, formant un triangle symbolique. L’Indépendance venant consolider la Liberté. Le miracle inouï, extraordinaire s’était accompli. Pour la première fois, dans les annales de l’Humanité, des esclaves révoltés avaient eu raison de leurs maîtres arrogants et les avaient jetés à la mer. Haïti a été le théâtre de cet évènement : Vertières devenant le tombeau de l’esclavage..."

VERTIÈRES 2013...


Le combat de Vertières
n'est pas fait de prières,
c'est quand à la bravoure
la liberté vit le jour...

Quand Capois la Mort
a vaincu le sort
sous boulets et mitrailles
l'esclavage, infâmes mailles...

En avant !!! En avant !!!
Les balles sont comme le vent,
quand on n'a point peur,
quand on a un cœur...

Quand mourir est beau
pour sa patrie, son drapeau...
Mais c'était Vertières...
Et Vertières c'était hier...

Guy Cayemite

VERTIERES...



Qu'est devenu Vertières
au temps qui passe
quand nous étions fiers...
Perdu dans le temps hélas!

Qu'est devenu ce sang
versé pour la liberté,
dans un égout béant
de dégoût coulé...

Et qu'est devenu le héro,
dans un coin il pleure
ses fils mendiant au cachot
sans dignité au coeur...

Qu'est devenu Vertières,
il ne fait plus de sens,
enterré dans une bière
sans prière au silence...

Les vraies histoires
ne sont pas écrites,
elles sont plutôt inscrites
dans le sang et la gloire
de ceux qui sont tombés...
Souvent elles sont dérobées
pour servir un certain profit...
Un livre seul suffit
pour en diriger le sens
et dissoudre son essence...
Méfiez-vous des épopées,
mensonges, déguisés en vérités
qui manipulent les droits
à l'insu de tous, d'un tour adroit...

Guy Cayemite

mercredi 13 novembre 2013

Ce pays-là que j'aime (la France)


J'ai écrit ce texte il y a 20 ans. Dire à mes amis français que ma colère contre la France était ciblée. Qu'elle ne s'élevait pas contre tous les Français. Qu'il y avait une France qui savait me toucher, m'émouvoir, me donner envie de croire en la fraternité...
La hideuse actualité, cristallisée autour de de Madame Christiane Taubira m'y a fait repenser... Partage...


Ce pays-là que j’aime
(A Michel Fournillon
Anne Manceron)

Ce pays-là que j’aime, la France
Quand l’automne incendie les forêts
Offrant au ciel des bouquets d’or et de terre cuite
Quand elle s’étire, ronronne et se pelotonne
Dans la brûlure de l’hiver
Quand elle s’étire ronronne encore
Et attend le printemps de toutes les floraisons

Ce pays-là que j’aime, la France
Quand elle oublie de s’oublier
Dans les dédales du quotidien
J’ai pas’ l temps j’ suis trop pressé m’intéresse pas… pas mon problème très peu pour moi…
Quand elle oublie d’être le fief
Des exclusions des expulsions des démissions
Suzeraine
Féodale
Moyenâgeuse dans son jeu d’Ombres et de Lumières

Ce pays-là que j’aime, la France
Quand Edith piaffe dans les coulisses du doute
Quand la Gréco sème au vent
Les « Paroles » ravivées
Quand « l’or du soir qui tombe » brûle le cœur du Poète
Et les troubadours
Les trouvères de l’ère des métros
Font chanter la misère et l’amour
Dans le chœur des voyageurs trop pressés

Ce pays-là, la France
Que j’aimerais si tellement
Si je ne sentais pas,
Souventement,
Le poids de sa carcasse peser de tous ses siècles
Sur ce morceau de moi perdu dans l’océan,
Mon île flottante, ma déraison
Mon archipel d’injustices :
L’Histoire ne sait pas être suave
Je ne sais pas oublier
L’avenir est un fruit
Qui se balance en bout de branche
Au faîte de l’espérance, ballotté par le vent,
Sans cesse reculé, si proche cependant

Ce pays-là, la France
Que je voudrais aimer
En innocence
En déraison
Ce pays-là,
Que j’aime,
Si tellement cependant…

Nicole Cage
 (Paris, 15-10-1993)

jeudi 7 novembre 2013

Bretagne


Chapelles de mon pays
me voici à nouveau
après tellement de siècles   
d’errance contrôlée 
à contempler vos murs
sculptés par la rosée

©José Le Moigne
Plourac’h
7 novembre 2013

lundi 4 novembre 2013

Legs


Maintenant que je suis sur le versant descendant de ma vie, celui où l'on se dit que tout virage pourrait être fatal tout en apercevant, encore, en bas du précipice, la mer et ses promesses d’avenir.

Maintenant que par bouquets défilants au long de la falaise les anthuriums distillent le procès minimum qui en appelle aux gènes.

Perdu entre ma science d'homme et mon désir d'enfance, j'en appelle au silence instigateur de mémoire.

Faisant litière des exigences sclérosées, des abandons battus en brèche dans le jardin des certitudes – La piste, si délicate à définir, se perd dans l'ombre des cromlechs et des razziés du vent.

La piste se perd dans les campêches et les prairies où règne la ciguë.

La piste se perd entre le ciel plombé de fausses connaissances et l'horizon forclos.

La piste se perd dans les bonnes manières et les excuses complaisantes.

Je crie l'Afrique comme un regret qui a la forme d'un déni.

Je hèle le bateau mais le bateau n'existe plus.

Je hèle en vieux loup solitaire tout ce qui fut et qui n'est plus.

Je hèle les alizés d'enfance.

Je hèle le lieu commun.

Je hèle les fausses abstractions.

Je hèle l'espace de la parole unique parce que première.

Je fais office de notaire égaré à jamais dans la poussière du passé.

©José Le Moigne
Échos de l'ïle
L'harmattan 2013

Atjèlman man asou chimen pou mwen rimet lavi, lè éti ou ka di an tjè’wmantjé tonbé pétet sé dènié pa,toupannann titak pli ba, an fon-a, ou ka wè lanmè-a épi bel pawòl lèspwa’y / Atjèlman an patjé boutjé awòm ka flèri alé-viré anlè kan falez-la, ka fè-w wè sa ou yé / Man la ka katjilé man sé an grannom ki konnet yonndé bagay, mé ki sé viré timanmay ; pou mwen pé sa viré chonjé, man pa lé tann an mouch volé / Anni bliyé sa nou té ka mandé atoutfòs, sa nou té konpranndi sé sa ki lavérité,mé éti fòk viré katjilé – Nan lonbraj gwo wòch ek gran van, ou ka ped tras chimen-a ki red menm pou katjilé/ Ou ka garé chimen an mitan kanpech ek savann éti sé zeb-pwézon ki met / Ou ka ped chimen pa asou an siel chajé ek bagay pou vèglé-w, épi liy lorizon ki fèmen / Ou kapedchimen’w lè-w pa sav saki bèl manniè, saki lagrimas / Man ka kriyé Afrik konsidiré sé rigrété ka sanm rifizé / Man ka kriyé bato anmwé, mé pa ni bato ankò / Mwen yonn adan an kwen ka babiyé déyè sa nou té ka wè avan, mé ki disparet / Amwé, man ka kriyé van antan man té timanmay/ Man ka élé sa ki doudouyis / Man ka élé pou sa-w konpranndi ki pa vré / Man ka élé la éti ni ansel pawòl ki bon pas sé li ki prèmié pawòl / Man kon an notè ki garé pou toulong nan lapousiè antanlontan

Traduction : Igo Drané