lundi 29 septembre 2014

Un matin calme


La nuit s'en est allée avec ses rêves et le jour éclot d'un matin calme.
Dans le ciel embrumé, le soleil s'est caché dans les nuages blanchâtres.
Le lac majeur entre montagnes et plaines semble encore endormi,
sa surface bleuie se nuance de gris, les eaux du lac chatoient ses reflets,
comme voulant multiplier ses facettes et son attrait dans un matin calme.
Le vent ne s'est pas levé, pas encore, celui du nord est attendu...
Dans ce matin calme, dans ce matin immobile,
pas la moindre palme ne crépite ou ne valse sur son stipe,
pas la moindre feuille ne vole ou ne danse sur sa branche.
Le vent ne s'est pas levé, pas encore, le vent du nord est attendu.
Dans le jardin, la blancheur de la brume vaporeuse se viride.
Dans ce matin calme, les oiseaux matineux conversent et chantent.
Le corbeau émet trois croassements, bousculant le matin, puis se tait.
La mésange charbonnière zinzinule, le rougequeue gringotte et trille.
Dans les herbes, les criquets, les grillons et les autres insectes stridulent.
Dans les fleurs, les infatigables abeilles sont déjà à la récolte,
les camélias d'automne bourdonnent de vie, les abeilles la visitent.
Dans le lointain, j'entends venir le grondement des voitures,

comme l'amorce du matin qui s'éveille aux tumultes  de la vie,
Puis ce sont les cloches des églises qui sonnent.
Le matin calme est révolu, le temps de l'homme et du bruit est venu.
Evariste Zephyrin  

mercredi 30 juillet 2014

Haiti


Haiti a vécu une accumulation de malheurs, de cataclysmes naturels,de catastrophes et d’échecs de toutes sortes pendant des siècles. Le colonialisme. L'esclavage. L'humiliation dans les champs de canne et sur les habitations infernales sans oublier le récent séisme dévastateur du 12 janvier 2010, le choléra et la madichonnerie du chikungunya. Nous sommes alors devenus des funambules et des virtuoses de la crise qui nous a minés, laminés. L'Occident est entré, ces temps derniers dans une succession de crises à caractère financier, économique, politique et social. Mais la crise actuelle à l'échelle planétaire est une crise de culture et de civilisation. Prenez garde, mes chers frères occidentaux de ne pas sombrer au fond de l'abîme dans cette descente aux enfers! La pauvre petite Haiti pourrait bien devenir le professeur qui vous aiderait à vous en sortir. Notre longue expérience de victime séculaire est un atout majeur.

Frankétienne (pour Adam Gollner) en souvenir de notre rencontre du 29 juillet 2014 à Delmas)

lundi 26 mai 2014

Leçon de grammaire


Je suis, tu es, elle est
et lui aussi ;
et tous ceux qui étaient, qui furent
et sont très bien.

Nous sommes, nous serons
nous-mêmes ; elle et lui
seront côte à côte et moi, qui ai été,
je serai.

Et si le hasard voulait que quelqu'un
qui n'avait pas été ce jour-là fût,
qu'il soit le bienvenu ! car l'important c'est d'être
et que tout le monde soit.

David Fernandez (1940)

mercredi 21 mai 2014

Le lit des enfants

"Gitana Tropical" (1929), huile sur bois; 46,5 x 38, est le chef-d'œuvre de Victor Manuel Garcia Valdès (Cuba)
Ma cousine d'Alto Songo
venait en vacances chez nous
Elle se glissait dans mon lit :
" On va jouer aux petits poissons."
Le drap était la mer
qui roulait sur nos corps
avec de petits clapotis
avant de retrouver soudain
un silence de brume.
"Les poissons nagent nus."
Alors j’ôtais mon pyjama
et nous nagions ensemble
sous la mer.

Anton Arrufat (Cuba)
(1935)
L'empreinte sur le sable, (1986)

mardi 20 mai 2014

Chemins

Danza afrocubana 1943 - Mario Carreno (1913-1999)

J'ai jeté sur mon dos tout le mystère de la nuit.
Mes yeux se sont mués en étoiles
et j'ai abrité dans ma bouche toute la promesse
d'un jour à naître.

Puis j'ai pris le long chemin noir
avec mon fardeau de lumière
comme un miracle ou un martyre.

Chargée de tous les rêves,
bénie de tous les désirs fous.

Je me suis engagée
sur le long chemin noir
qui commence et n'a pas de fin.

Julia Rodrigues Tomeu  (1913)

(Verbum, 1er année, n°2, 1937)

samedi 17 mai 2014

LA LEGENDE DU PREMIER DRAPEAU



C'était aux plus beaux jours de la terrible guerre 
Ah! comme on était loin de notre temps vulgaire! 
Il avait dit: "Je veux le plus beau des drapeaux!" 
Et l'armée indigène approuvait ce propos. 
Non que nous n'eussions pas, au feu des embuscades,
Pris quelques étendards à des demi-brigades, 
Et déployé superbement sur nos succès 
Ce qui faisait l'orgueil des bataillons français! 
Mais c'étaient les couleurs de la Gloire française 
Et bien que nous eussions gardé la Marseillaise, 
Pour exalter nos cris, notre espoir, nos douleurs, 
Il nous fallait un beau drapeau de deux couleurs! 
......... 
Donc, ce mercredi soir, au bourg de l'Arcahaie, 
Devant ce cirque incomparable de la Baie 
Où la Gonâve dort, entre ses deux détroits, 
Ce jour du dix-huit mai de l'an mil huit cent trois, 
Pour bien montrer qu'un peuple neuf venait d'éclore, 
Dessalines avait pris un drapeau tricolore 
Et, déchirant au cœur le sublime oripeau, 
D'un geste, il arrachait le blanc de ce drapeau. 
C'était pour lui, dans la naissante République 
Un gage d'union, un drapeau symbolique, 
C'était, ce sombre bleu, c'était, ce rouge clair, 
Le mulâtre et le noir contre tous les Leclerc!

(Panorama de la poésie haïtienne, Tome I, Lubin & EducaVision, 1995)

Drapeau 2014...


Drapeau,
tu as animé
notre courage,
guidé nos pas
vers la liberté...
Malgré les mitrailles
tu n'as pas
failli 
à nos batailles
contre l'esclavage...
A l'assaut
au vent
vers le levant,
Haiti...

Guy Cayemite

dimanche 11 mai 2014

Guy Cayemite To Zephyrin Evariste....


La mère est le héros
de chaque jour
qui nourrit notre âme
du pain chaud
de l'amour,
la flamme
d'un phare,
la console
qui guide
à bon port
notre navire
égaré
dans la nuit,
l'égide
d'un sourire
qui luit
et nous console
malgré vents et marrées.

vendredi 18 avril 2014

POUR GABRIEL GARCIA MARQUEZ


Frère

ton escorte la voici

cent grappes de goyaviers en fleurs
tout autant de goyaves : saveurs puissantes en parfums d’alizés
deux trois galions fantômes où des musiques se dansent
et quelques autres enracinés dans des forêts d’errances

grands bouts d’éternité dans le secret des mots
haute tension de l’image
bouleversement de la vision dans un temps circulaire
somptueuses saisies du monde

puissance !

ce que tu avais vu de la littérature nous incline encore

(ici, l’initiation, le commencement et le recommencement
sont faits d’admiration)

ta Caraïbe avale toutes les Amériques
elle en connaît le lien
et ce qui chante ici et qui enchante
dans ces îles et ces rives
ces peuples créés
situations superbes et lieux inoubliables
nomment sur ton passage ce qui les a nommés

puissance
puissance

ne saurait disparaître l’insolitude solaire

Patrick CHAMOISEAU

17 04 2014

mardi 1 avril 2014

Un cri...


Un cri pendu se brise
un rire perdu se casse
à gorge de lampe éteinte. 
Il faudra bien inventer
d’autres voix incandescentes
à recycler nos oreilles
à mieux capter
le feu des chemins neufs
l’opulence du silence.

Frankietienne

lundi 10 mars 2014

En ressouvenance


Un parfum déjà respiré sur son corps, une musique croisée dans la foule, un lieu déjà parcouru et voici mes souvenirs qui me ramènent à une femme. Soudainement, j'entends ses rires cristallins qui transcendent le temps, éclipsent le passé et bousculent mon présent, puis c'est au tour de son sourire de résonner devant mes yeux, de grossir jusqu'à exploser en émotions fougueuses. Me voici en réajustement de rémanences, de réécriture d'occasions cannibalisées par ce temps qui crée la vie et la mort, mais pour l'heure, en me ressouvenant d'elle, je balle mes rêves, mon âme danse.

Evariste Zephyrin

lundi 3 mars 2014

Carnaval des deux rives : la polémique monte sur le web


Le Carnaval des deux rives se déroule chaque année à Bordeaux le premier dimanche de mars. Placé sous le thème de la Chine, il a « coloré la ville ce samedi après-midi », comme le soulignent nos confrères du Sud-Ouest.

Mais depuis hier soir de nombreuses photos circulent sur le net, dont certaines sont à la une du fameux site Fdesouche, un des blogs d’actualité les plus lus en France. En cause, plusieurs clichés qui semblent donner raison à la « théorie du grand remplacement », chère à Renaud Camus.


Cet écrivain met, depuis plusieurs années en garde, contre « le choc le plus grave qu’ait connu notre patrie depuis le début de son histoire puisque, si le changement de peuple et de civilisation, déjà tellement avancé, est mené jusqu’à son terme, l’histoire qui continuera ne sera plus la sienne, ni la nôtre », ciblant notamment le « remplacement » des français de souche par d’autres peuples, principalement venus du Maghreb et d’Afrique.

En réalité, il s’agirait d’un grand nombre d’antillais venus de toute la France, pour un carnaval très populaire dans cette communauté.

mercredi 12 février 2014

Pas de lune


Ce ne sont pas les lunes
Qui manquent
Et pourtant
Elles n'ont pas le même chancelant
Dévorant champ d'ébène

Ce ne sont pas les lunes
Qui manquent
Cependant
Ce son d'elles
Frémissant dans les faux-semblants

Rempart hagard
Juvénile né nu phare

O voile ambivalent
Des lunes adolescentes

Jocelyne Mouriesse
2 février 2014,

jeudi 6 février 2014

Tu manques à la tendresse



Refrain
Comandante Comandante 
Inconsolable est la tendresse
Inconsolable l’espérance
La terre sans toi est orpheline
Comandante Comandante 
Ta voix ton chant percent la nuit 
Marti Bolivar Louverture
Vivent encore à travers toi
Comandante Comandante 
Tu as donné corps à leurs rêves
Avec l’amour de ton peuple 
Avec l’amour pour seule arme
Comandante Comandante 

Ils disaient le rêve impossible
Ils disaient le renoncement
Ils disaient les peuples soumis
L’implacable loi du pétrole
L’horizon clos du capital

Et le peuple n’avait qu’à se taire
L’abrutissement comme compagnon
Livres et musées terres interdites
Alphabet obscurs hiéroglyphes 
Violence désordre uniques recours

Mais tous les rêves de Marti
La folle folie de Bolivar
L’audace terrible de Louverture
Et le chant triste de ton peuple
Grondaient en toi hantaient tes nuits

Présents qui luttent aubes qui chantent
Bonheur d’apprendre et de grandir
Soif de construire un jour nouveau
Un peuple un rêve désir ardent
Flamme vive Nuestra América

Nicole Cage, mars 2013

mercredi 8 janvier 2014

Chemin du court exil

Photographie : Christine Le Moigne-Simonis

1
Présent dans l’au-delà des souches
ton nom  
mais
n’est-ce-pas ton ombre
déchire l’opacité
d’un passé lagunaire

2

La roue grince
le bief se trouvant
étréci par l’orage
quelques herbes cardées
trahissent la mousson

3

Un arbre
sur la montagne
pour une nouvelle gravitation
sphères

4

La mousse vue d’en haut
dessine le tracée
de  forteresses graves

5

Qui t’a fait ruine
dit-il
l’arbre a besoin de l’eau
pour saillir la parole

6

Libre sur la cloture
si rare en son image

le vent


©José Le Moigne
Portuaires
Chambelland / Le Pont de l’Epée
1985

vendredi 3 janvier 2014

Croquis en forme de bestiaire


 
In Jacques Basse "Portraits dédicacés" Editions Raphaëlle de Surtis



Insecte encore nourri
des dures racines de l'hiver

abeille au torse roux
aux pattes frémissantes

brumeuse comme
un port anglais

2

La main parfois s’étire
comme un vieux chat persan

mais moi
oiseau marcheur des hautes latitudes

les poissons qu’on me jette
ne me concilient pas

3

Au plus dur de la nuit
dans la fumée des douves

parfois quand maladroit
il heurte la muraille

il pense au roman vrai
d’une fausse trahison

4

Ô mon cheval
mon beau cheval

passant passé
presqu’en allé

la nuit le bruit
me désennuie


©José Le Moigne
Portuaires
Chambelland / Le Pont de l’Epée
1985