mardi 13 avril 2010

Retour au pays


Pour Prisca


Je ne pouvais nommer
les arbres
les poissons et les fleurs

mais je savais la mer
je savais le soleil
la pluie
aussi
comme une douche chaude

l'air sentait le piment
la mangue et la vanille

on voyait des lucioles
le soir au ras des feuilles
on entendait monter
la marée des criquets
le bruit sourd d'un avion
au ras des alizés

la nuit était rapide
puissante
pleine de vie

puis le matin naissait
à la proue des gommiers
allumant la rosée
en haut des flamboyants


Fort de France
Août 1979


José Le Moigne
Poèmes du sel et de la terre
Editions L’arbre à paroles


Diffusion : www.rezolibre.com
12 euros

source

lundi 12 avril 2010

actualisation du thème de la diversité 2500 ans après Aristote


Professeur de littérature à l'université de l'Illinois à Chicago, Walter Benn Michaels a publié en 2006 un ouvrage consacré à l'instrumentalisation de la diversité contre l'égalité.
En 2008 déjà, Nicolas Sarkozy voulait constitutionnaliser la question de la diversité ethnique. Il faut dire que mise à part l'extrême-droite, le sujet de la « diversité » fait aujourd'hui l'unanimité politicienne – la contestation ne se fait qu'en terme de degrés, des Indigènes de la République jusqu'à l'Elysée. Il n'y a donc plus de débat. Honnie l'unité culturelle, place à la différenciation généralisée. Or, cette racialisation des enjeux sociaux occulte les inégalités réelles, celles entre riches et pauvres. Depuis 1983 – année d'abandon par les socialistes de l'idée de rupture avec le libéralisme, la lutte contre les discriminations est devenu LE projet de société, le fait totalisant, combat d'autant plus pratique qu'il s'avère compatible avec la pérennisation libérale et la soumission au Marché – à gauche comme à droite. Mais comme le résume l'auteur, ce combat est une « parodie de justice sociale », c'est une méthode de gestion de l'inégalité sous les apparences de la diversité-égalité. Peu importe que les pauvres le restent, du moment que les riches sont issus de la diversité. En effet, le « consensus libéral » ne vise à réduire que les inégalités pernicieuses pour le Marché. Il est ainsi préférable de combattre le racisme plutôt que la pauvreté. A noter par ailleurs qu'un thuriféraire de cette doctrine, Louis Schweitzer, président de la HALDE en 2006, était aussi président du MEDEF international. A partir de là, il est aisément compréhensible qu'on s'efforce de diversifier pour en réalité légitimer les élites, pas pour les faire disparaître. En outre, avec les manuels de gestion de la diversité en entreprise (dixit les frères Rabasso, experts en la matière...), cette diversité est devenue un impératif économique (la « formation à la diversité » représente une industrie de 10 milliards d'euros annuels) ; les différences identitaires ont supplanté les différences économiques. Dans ce domaine, la gauche précède la droite, et les désaccords de façade ne visent en réalité qu'à se distinguer électoralement malgré un projet commun. Ainsi, socialistes et Sarkozy sont bien plus proches que Sarkozy et Le Pen.
Exclusivement identitaires, les débats ne remettent nullement en cause l'économie de marché. Certains aspects, comme la repentance, sont bons pour les affaires. La main d'oeuvre bon marché n'exerce pas son « droit de partir » du fait du contexte idéologique, lequel est donc, pour le patron, un outil de fidélisation plus pertinent qu'une augmentation de salaire. Quant à la voie suivie par la France, elle s'aligne progressivement sur les pays anglo-saxons : les inégalités s'accroissent. Mais soyons rassurés, la couleur des exploitants se diversifie, une diversité tout sauf économique...

*

La race a prétendument disparu en tant que concept. En réalité, elle est plus que jamais présente, avec ses deux versants, « mauvais » – racisme – et « bon » – antiracisme et exaltation de la diversité (ne concerne néanmoins ni le poids, ni la taille, ni les cheveux, etc.). Racisme et antiracisme envisagent tous deux la société sous l'angle de la race. Dès 1978 avec la « discrimination positive », aux Etats-Unis, la race est une condition d'admission universitaire. Dans les statistiques des campus, la diversité géographique laisse place à la diversité raciale. L'aveuglement aux couleurs a ainsi été remplacé par la conscience des couleurs, comme le note Michaels : « Plutôt que de nous efforcer de traiter les gens comme si leur race n'avait pas d'importance, nous allions désormais reconnaître et même glorifier leur identité raciale ». Quant à la méritocratie, on va prétendre qu'elle peut s'exprimer enfin librement du fait de cette politique de discrimination positive. Les différences entre individus sont désormais considérées comme individuelles, du fait de l'égalité culturelle prétendument rétablie entre les groupes. En réalité, la discrimination positive – toujours sur critères raciaux, jamais sur critères sociaux – va à l'encontre de la méritocratie, dont elle donne l'illusion de l'existence. Aux Etats-Unis, à l'Université, on trouve 3% d'enfants issus du quart socio-économique le plus faible, contre 74% du plus haut. La discrimination s'attaque à un faux problème : les Noirs n'ont pas accès à l'Université non pas parce qu'ils sont noirs, mais parce qu'ils sont pauvres. L'effet de légitimation disparaît s'il est révélé que la richesse est le facteur prépondérant d'accès à l'université, et que le peu de pauvres présents servent de faire-valoir pour légitimer la pseudo-méritocratie des riches.
En outre, par un glissement sémantique insidieux, le mot « culture » a remplacé le mot « race ». On ne parle d'ailleurs pas de société multiraciale mais de société multiculturelle, de même qu'on parle aisément de fierté culturelle mais pas de fierté raciale. La culture est aujourd'hui le supplétif de la race, le multiculturalisme ne désignant pas autre chose. Ce remplacement sémantique, d'après Michaels, aurait deux causes : 1) la culture s'apprend plus qu'elle ne s'hérite, elle est le produit d'une éducation ; 2) « la culture est un concept plus mou que celui de race ». Comme il le note, ces définitions sont toutefois contradictoires, car pour définir ce qui appartient à la culture blanche ou noire, il faut auparavant définir le Blanc et le Noir indépendamment de leur culture. Ainsi, comme il le résume, « la culture ne peut pas remplacer notre concept de race conçue comme une réalité biologique […] La notion de culture s'avère totalement dépendante de celle de race », d'où l'incohérence d'euphémismes qui changent « les Noirs sont forts au basket parce qu'ils sautent plus haut » en « le basket joue un rôle important dans la culture noire ».
La race a été délaissée d'un point de vue biologique pour être réintroduite « comme entité sociale ou culturelle ». Devenu flou, le concept de race a étendu son application à toute différence. Aujourd'hui, les scientifiques l'évoquent comme un « mythe ». Pour eux, il y aurait plus de différences génétiques entre deux Noirs d'Afrique qu'entre un Noir et un Belge, et les différences physiques n'entraîneraient pas de différence de race. Cependant, Lewontin, un des tenants de cette vision, affirme tout de même que les races n'existent pas « en tant que représentation biologique, et non sociale » – ou comment parler de race sans admettre le concept.
En réalité, la discrimination économique du Marché a remplacé la discrimination d'Etat. Sur ce plan économique, les inégalités de classes – dont l'impact psychologique est moindre – sont volontairement occultées, et la tendance de l'opinion recoupe dans ce domaine un sentiment de moyennisation, cependant démenti par la réalité. Le « classisme », voilà l'ennemi. Peu importe donc que dans les universités américaines, on trouve plus de noirs que de pauvres, ou que l'écart du taux de non-assurés américains soit plus important entre classes qu'entre races. Cette vision fait partie des stratégies volontaires de gestion de l'inégalité, palliant la nécessité de leur réduction. Le « système » n'a plus ensuite qu'à faire de la diversité un enjeu national, pour mieux reléguer au second plan les questions économiques et faire voter les pauvres, aliénés, contre leurs intérêts de classe. Là-dessus, gauche et droite se confondent : la droite néolibérale préfère la notion de statut à celle de classe, la gauche néolibérale celle de culture (à noter que la gauche est la première à attribuer des identités et préconise d'apprécier la différence plutôt que de l'éliminer). Sur les campus américains, les étudiants s'auto-identifient d'ailleurs selon leur race, non selon leur classe.
Il importe alors peu que l'évolution des droits civiques se fasse actuellement au détriment de la poursuite de l'intérêt économique, car la « guerre des cultures » arrange bien plus le pouvoir que la « lutte des classes ». Pour masquer les inquiétudes suscitées par la globalisation de l'économie, l'identité raciale a remplacé l'idéologie politique, l'heure est à l'apologie de la vie partagée avec « l'autre ». Suite logique, la cohabitation culturelle mène au relativisme culturel. Toutes les cultures sont jugées égales, l'égalité est donc présente, et tout débat sur les inégalités économiques est évacué. De là à la repentance envers « l'autre », mon égal, il n'y a qu'un pas que le marché franchit allègrement, cédant aux revendications victimaires et ouvrant les vannes au primat de la « solidarité raciale », gommant les différences de classes, stratégie postmoderne du « diviser pour mieux régner ». En corollaire, les violences conjugales sont exposées au débat, et leur dimension socioéconomique gommée, étendue à toutes les classes pour là aussi en cacher les vraies causes, et les transformer en simple problème inter-sexe.
Enfin, stratégie ultime d'aliénation, il faut faire en sorte que le pauvre ne ressente plus sa pauvreté. En termes de diversité, « respecter les pauvres » devient « respecter l'autre », ni mieux ni pire. L'antiracisme est ainsi passé de la subversion à la gestion : le patron préfère gérer la diversité – quand elle n'est pas imposée, jusqu'à en obtenir le « label diversité » comme c'est désormais le cas en France – que de payer un salaire décent. Les différences de classe sont donc aisément transformées en diversité, tout comme en France, où on augmente la représentativité à la télévision plutôt que de s'atteler à réduire la pauvreté. La classe est ainsi devenue un dérivé de la race, mais en tant que simple différence, non comme problème. En résumé, « la politique de l'idéologie néolibérale implique le respect des pauvres, pas l'élimination de la pauvreté ». Alors que le libéralisme occultait la différence de classes, le néolibéralisme masque le devoir de leur résorption. Michaels prend comme exemple à l'appui l'émission Wife Swap (en France « On a échangé nos mamans ») : on y inculque qu'être regardé de haut par les riches est plus grave que d'être pauvre. Cette vision est entre autres relayée en France par les départements de sciences humaines des universités, dont le prétendu gauchisme n'est donc en réalité que le secteur recherche et développement du néolibéralisme.
Citations :
« Si vous cherchez les grandes foules, l'enthousiasme festif et le sens de la solidarité, c'est à la Gay Pride que vous les trouverez. Le seul problème, c'est que la Gay Pride n'a rien à voir avec la recherche de l'égalité économique – et que fêter la « diversité » ne peut pas être une voie acceptable vers l'égalité économique ».
« Peut-être faudra-t-il attendre que le nombre de Blancs en situation de souffrance atteigne la masse critique pour qu'on commence à se rendre compte que le problème, ce n'est pas le racisme, c'est le néolibéralisme ».
« La monétarisation des techniques de discrimination implique non pas simplement de nouvelles méthodes pour maintenir les indésirables à l'écart, mais aussi une redéfinition des indésirables – non pas les Noirs ni les Juifs, mais les pauvres ».
« La discrimination positive sur critères raciaux est une sorte de pot-de-vin collectif que les riches se versent à eux-mêmes, afin de se permettre de continuer à ignorer l'inégalité économique ».

Livre : "Les étoiles noires" de Lilian Thuram


Un jour de 1968, Charles Trenet avait affirmé à la télévision française, que «les noirs étaient de grands enfants, qu’ils n’ont rien inventé, pas même construit les pyramides d’Egypte». C’était dire à quel point le fou chantant avait une méconnaissance des cultures et du monde Nègre. Pourtant Cheikh Anta Diop, dans son ouvrage «Nations Nègres et Cultures» paru en 1954, avait déjà démontré que les Pharaons, issus de la haute Egypte-Nubie (Soudan actuel) étaient des Nègres. Mais aujourd’hui, qui connaît et peut citer un savant, un philosophe, une résistante noirs? Pas grand monde. Les livres d’histoires sont muets à ce sujet. Or, avoir des repères historiques, philosophiques c’est important pour chaque peuple. Un peuple sans histoire, c’est comme un arbre sans racines, il ne peut que s’assécher et ne pas évoluer ou pire encore, on peut aussi lui inculqué une histoire qui n’est pas la sienne. Donc l’acculturer et selon que l’on soit le chasseur ou le lion celle-ci n’a pas le même sens pour tout le monde.

C’est partant de ce constat que Lilian Thuram, a souhaité parler de ses Etoiles Noires, connues ou inconnues. Certes, l’homme du Mondial 98 n’est pas historien. On peut lui en faire le reproche, mais au moins cet ouvrage, accessible à tous, à le mérite de donner l’envie d’en savoir plus sur ces hommes et ses femmes qui ont donné leur lettre de noblesse à ce peuple noir, qu’on a jeter en pâture aux 4 coins de la planète. De Lucy à Barak Hussein Obama, en passant par Poutchkine, Harriet Tubman, Sheikh Modibo Diarra, Mumia Abu Jamal etc., que de chemin(s) parcouru(s) au prix d’une lutte acharnée, à l’instar de cette vieille dame âgée de 96 ans, née aux States pendant l’apartheid et qui un soir de novembre 2008 pleurait d’émotion et de fierté en voyant «son petit-fils Président du Monde». L’histoire moderne de la diaspora noire peut aussi se résumer dans le parcours de vie du rappeur Tupac Shakur. Né en prison d’une mère membre du Black Panthers Party, il nous cria la stricte vérité sur notre société, qu’il paiera prématurément de sa vie. S’il y a juste un oubli, ce sont les Dumas grand-père (Général des armées révolutionnaires), père et fils dont on voudrait aujourd’hui que les auteurs respectifs de d’Artagnan et de La Dame aux Camélias, soit purement blancs.

On comprend donc la nécessité d’un tel ouvrage, surtout en direction des adolescents. Non pour affirmer une suprématie mais pour (r)établir une vérité occultée. Apprendre son histoire pour mieux se connaître, apprendre l’histoire de l’autre pour mieux le connaître et pour mieux se comprendre. Le savoir est une arme, l’enrichissement par nos différences est un pari, et Thuram n’est pas homme à perdre ses paris. Il nous l’a prouvé en 1998, il nous le démontre encore aujourd’hui à travers sa fondation.

Lilian Thuram, Mes Etoiles Noires, éditions Philippe Rey

Fondation Lilian Thuram – Education contre le racisme:www.thuram.org

Mariam Seri Sidibe

samedi 10 avril 2010

Mot-macumba

le mot est père des saints
le mot est mère des saints
avec le mot couresse on peut traverser un fleuve
peuplé de caïmans
il m'arrive de dessiner un mot sur le sol
avec un mot frais on peut traverser le désert
d'une journée
il y a des mots bâton-de-nage pour écarter les squales
il y a des mots iguanes
il y a des mots subtils ce sont des mots phasmes
il y a des mots d'ombre avec des réveils en colère
d'étincelles
il y a des mots SHANGO
il m'arrive de nager de ruse sur le dos d'un mot dauphin

aimé Césaire

lundi 5 avril 2010

La Francophonie : représentations, réalités et perspectives

Le Département de français et d’italien de l’Université Tulane présente

La Francophonie : représentations, réalités et perspectives
par Robert CHAUDENSON, Université de Provence

mercredi 7 avril à 18h00
114 Newcomb Hall (Faculty Lounge)

Robert Chaudenson est le fondateur et l’ancien président du Comité International des Etudes Créoles. Il a publié de nombreux livres dans le domaine des études créoles francophones, dont Des hommes, des îles, des langues (1992), La créolisation : théorie, applications, implications (2003), Vers une autre idée et pour une autre politique de la langue française (2006), et Education et langues. Français, créoles, langues africaines (2006).

« Le titre de cette conférence est déjà celui d’un livre que j’ai publié il y a près de ving ans (en 1991), ce qui tend à prouver que les choses n’ont guère évolué, même si près de deux décennies ont passé.

En dépit des efforts pour mettre en place des approches plus rigoureuses, en traitant toutes les situations de francophonies à l’aide d’une grille d’analyse unique et commune (cf. R. Chaudenson et D. Rakotomalala, Situations linguistiques de la francophonie. Etat des lieux, 2004), les décideurs politiques, nationaux et internationaux, continuent à ignorer ces données pourtant disponibles.

Non seulement la francophonie a considérablement évolué depuis sa création institutionnelle, à Niamey en 1970, puisque le nombre des Etats qui s’y rattachent, selon des modalités diverses, a pratiquement triplé, mais on persiste à confondre cette Francophonie (avec majuscule) qui, de plus en plus, n’est qu’institutionnelle, avec la francophonie linguistique proprement dite, le paradoxe étant que des Etats, où le pourcentage de francophones effectifs est élevé, ne font pas partie de cette Francophonie où l’on trouve, en revanche des Etats où le pourcentage de francophones réels est des plus réduits.

Il est donc indispensable d’évaluer ces « représentations » (populaires, pseudo-scientifiques ou politiques) et d’en établir de nouvelles, ce qui ne peut évidemment se faire que par la prise en compte des « réalités », ce qui pourrait permettre enfin d’envisager de réelle « perspectives » d’action et donc de mettre enfin en place des politiques efficaces et adaptées. »

jeudi 1 avril 2010

Deux poèmes reniés d'Aimé Césaire




Découvrez deux des Sept poèmes reniés écrits entre 1948 et 1950 : "Varsovie" et "La guerre qu'ils veulent nous faire c'est la guerre du printemps".

III
Varsovie
1948

ici la brique est le ricanement du mal
briques sur les rues dispersées
briques sur les juifs massacrés
briques briques briques
fers tordus moignons nus rats sas tas sur tas
linceul

ici la brique est la syllabe la plus simple du cauchemar
ici la brique s'emmêle à la brique comme le corps au cadavre
ici la brique est l'accumulation des jours frappés en plein soleil
et des lettres sans réponse

ici le raz de marée s'appelle brique
le buisson ardent s'appelle brique
brique l'éruption volcanique
brique le hoquet
brique la secousse sismique
brique les trois balles dans la peau
brique la vomissure du soldat

il y a des briques sur l'odeur des morts
des briques sur le dernier sursaut
des briques sur l'innocence des mots

mais qu'importe que jours et nuits
semblent un champ non défait des griffes d'une escadre de sauterelles assassinées
brique c'est désormais hors du monde le pas premier du monde
brique chaque poussée de l'enfant en avance sur l'encoche
brique la frêle marche énorme du pétrel sur le grondement montant des eaux

brique surtout
l'aile feu de l'oiseau feu

et à jamais
plus fort que l'ostensible mât blanc
le sabre de la sirène ou le trou du dragon
toute aile
jusqu'au lait qui nourrit la naissance méconnue d'un astre
L'ESPOIR
notre ESPOIR
moins fort seulement
que les prairies bleues où se balancent les yeux de tes enfants
POLOGNE

et l'insolence tranquille des vastes tournesols.

Aimé Césaire
30 août 1948

"Varsovie" a été publié dans Action, en date du 8-14 septembre 1948

V
La guerre qu'ils veulent nous faire
c'est la guerre au printemps
1949

Aimé Césaire, député de la Martinique, vient lire à la Conférence
son dernier poème, le plus beau, Aragon présente Césaire en ces termes :
« Lui et moi, nous avons fait, à des époques différentes,
le même chemin et, au moment où il pa prendre la parole,
je dois vous dire que c'est avec une grande émotion
que l'ancien surréaliste que je sais salue en
Aimé Césaire le grand poète qui fut surréaliste comme moi,
un des plus grands parmi les poètes politiques d'aujourd'hui,
et que l'on peut ranger à cêtê de Pablo Meruda et de Maiakftwski. »

Ni jour
Ni nuit
Ceci n'est pas un roman
Là guerre qu'ils veulent nous faire» c'est la guerre au printemps
Il n'est ni jour ni nuit
Quand Baruch parle nouvelle voix d'ange
Ça fait un bruit d'Hiroshima
Quand Mister Churchill sourit aux anges
Je vois brûler Hiroshima

Dans les taudis d'Europe de Flande ou de la Chine
Il est clair qu'on est mort trop peu ce printemps-ci
Pour que James Forrestal recouvre la raison
Brûlez en cierge Hiroshima

Ni jour ni nuit
Ceci n'est pas un roman
Il n'y a jamais de roman dans le coeur des coffres-forts
Et pourtant simples gens
Vous avez raison de croire au printemps
Simplement plus haut que l'or
Et le pouvoir des coffres-forts
Des cris de femme
Et le printemps superbe de la colère des hommes

O Guerre sous nos talons
Ceci n'est pas un roman
Nous parlons mais c'est au nom de continents
De Paris, de Moscou, de Pékin
De New-York qui charge mal l'antique Yenin
Au nom de l'oeuvre de nos mains
Au nom des fleuves qui sont des mains
Au nom des haines oubliées
Ceci n'est pas un roman

Cuve obscure entassement de Broadway
Étage par étage un building monte Jamais vu furie de vivre

Des hommes bâtissent un monde nouveau
Ceci n'est pas un roman

Occident orient
la déraison est de vous séparer
pour dire où le soleil a passé
ma bouche n'est qu'un va-et-vient de rayons
tics roses poussent dans la toundra glacée

Je parle au nom des champs
Au nom des tombes
Au nom des plaies mal fermées
Au nom Afrique des hommes courbés sur leur silence
Je parle au nom de notre force qui démêle la a née de l'événement
Au nom des yeux qui ne voient pas encore
Au nom des bouches qui ont soif
Grèce au nom des hommes qui brisent leurs liens
Asie au nom des rêves qui montent de loin

Partout au nom de l'homme qui veut voir loin
Hommes du crime» hommes des banques
un coeur qui bat dans une foule
Ceci n'est pas un roman
C'est vrai il vous faut compter avec nous
Mieux que légion
nous sommes la foule
Foisonnement de peuples et leur grondement

Ce poème a été prononcé par Aimé Césaire lors de la conférence nationale du Mouvement des intellectuels français pour la défense de la paix qui s'est tenue en avrïl 1949 à Paris. Il a été publié pour la première fois dans les colonnes du journal L'Humanité en date du 27 avril 1949, et repris dans Justice le 12 mai 1949. Nous le reproduisons avec le texte qui l'introduit dans les deux journaux.


Edition établie par David Alliot
Une vingtaine d'exemplaires en vente au prix de 400 euros. Renseignements : 7poemesrenies@gmail.com

Flamme


Dans la nuit
La flamme lancinante
D' une bougie blessée
Les reflets bleus de la noyade

Dans la nuit
Balbutient les notes de survie
Un regard palpite sous le cil
L' émotion fébrile

Dans la nuit
Bascule et glisse l' insomnie
Une larme muette
Frissonne au bord du miroir ébréché

Dans la nuit
Les éclats illusoires
Intenses et rebelles
Danse la flamme sans espoir

Jocelyne Mouriesse

Pour Anicia

  Avec bien plus de courage qu’humainement possible  Bien plus d’entêtement de fougue et de foi Qu’humainement supportables  Avec bien plus ...