mercredi 30 juillet 2014

Haiti


Haiti a vécu une accumulation de malheurs, de cataclysmes naturels,de catastrophes et d’échecs de toutes sortes pendant des siècles. Le colonialisme. L'esclavage. L'humiliation dans les champs de canne et sur les habitations infernales sans oublier le récent séisme dévastateur du 12 janvier 2010, le choléra et la madichonnerie du chikungunya. Nous sommes alors devenus des funambules et des virtuoses de la crise qui nous a minés, laminés. L'Occident est entré, ces temps derniers dans une succession de crises à caractère financier, économique, politique et social. Mais la crise actuelle à l'échelle planétaire est une crise de culture et de civilisation. Prenez garde, mes chers frères occidentaux de ne pas sombrer au fond de l'abîme dans cette descente aux enfers! La pauvre petite Haiti pourrait bien devenir le professeur qui vous aiderait à vous en sortir. Notre longue expérience de victime séculaire est un atout majeur.

Frankétienne (pour Adam Gollner) en souvenir de notre rencontre du 29 juillet 2014 à Delmas)

lundi 26 mai 2014

Leçon de grammaire


Je suis, tu es, elle est
et lui aussi ;
et tous ceux qui étaient, qui furent
et sont très bien.

Nous sommes, nous serons
nous-mêmes ; elle et lui
seront côte à côte et moi, qui ai été,
je serai.

Et si le hasard voulait que quelqu'un
qui n'avait pas été ce jour-là fût,
qu'il soit le bienvenu ! car l'important c'est d'être
et que tout le monde soit.

David Fernandez (1940)

mercredi 21 mai 2014

Le lit des enfants

"Gitana Tropical" (1929), huile sur bois; 46,5 x 38, est le chef-d'œuvre de Victor Manuel Garcia Valdès (Cuba)
Ma cousine d'Alto Songo
venait en vacances chez nous
Elle se glissait dans mon lit :
" On va jouer aux petits poissons."
Le drap était la mer
qui roulait sur nos corps
avec de petits clapotis
avant de retrouver soudain
un silence de brume.
"Les poissons nagent nus."
Alors j’ôtais mon pyjama
et nous nagions ensemble
sous la mer.

Anton Arrufat (Cuba)
(1935)
L'empreinte sur le sable, (1986)

mardi 20 mai 2014

Chemins

Danza afrocubana 1943 - Mario Carreno (1913-1999)

J'ai jeté sur mon dos tout le mystère de la nuit.
Mes yeux se sont mués en étoiles
et j'ai abrité dans ma bouche toute la promesse
d'un jour à naître.

Puis j'ai pris le long chemin noir
avec mon fardeau de lumière
comme un miracle ou un martyre.

Chargée de tous les rêves,
bénie de tous les désirs fous.

Je me suis engagée
sur le long chemin noir
qui commence et n'a pas de fin.

Julia Rodrigues Tomeu  (1913)

(Verbum, 1er année, n°2, 1937)

samedi 17 mai 2014

LA LEGENDE DU PREMIER DRAPEAU



C'était aux plus beaux jours de la terrible guerre 
Ah! comme on était loin de notre temps vulgaire! 
Il avait dit: "Je veux le plus beau des drapeaux!" 
Et l'armée indigène approuvait ce propos. 
Non que nous n'eussions pas, au feu des embuscades,
Pris quelques étendards à des demi-brigades, 
Et déployé superbement sur nos succès 
Ce qui faisait l'orgueil des bataillons français! 
Mais c'étaient les couleurs de la Gloire française 
Et bien que nous eussions gardé la Marseillaise, 
Pour exalter nos cris, notre espoir, nos douleurs, 
Il nous fallait un beau drapeau de deux couleurs! 
......... 
Donc, ce mercredi soir, au bourg de l'Arcahaie, 
Devant ce cirque incomparable de la Baie 
Où la Gonâve dort, entre ses deux détroits, 
Ce jour du dix-huit mai de l'an mil huit cent trois, 
Pour bien montrer qu'un peuple neuf venait d'éclore, 
Dessalines avait pris un drapeau tricolore 
Et, déchirant au cœur le sublime oripeau, 
D'un geste, il arrachait le blanc de ce drapeau. 
C'était pour lui, dans la naissante République 
Un gage d'union, un drapeau symbolique, 
C'était, ce sombre bleu, c'était, ce rouge clair, 
Le mulâtre et le noir contre tous les Leclerc!

(Panorama de la poésie haïtienne, Tome I, Lubin & EducaVision, 1995)