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vendredi 18 avril 2014

POUR GABRIEL GARCIA MARQUEZ


Frère

ton escorte la voici

cent grappes de goyaviers en fleurs
tout autant de goyaves : saveurs puissantes en parfums d’alizés
deux trois galions fantômes où des musiques se dansent
et quelques autres enracinés dans des forêts d’errances

grands bouts d’éternité dans le secret des mots
haute tension de l’image
bouleversement de la vision dans un temps circulaire
somptueuses saisies du monde

puissance !

ce que tu avais vu de la littérature nous incline encore

(ici, l’initiation, le commencement et le recommencement
sont faits d’admiration)

ta Caraïbe avale toutes les Amériques
elle en connaît le lien
et ce qui chante ici et qui enchante
dans ces îles et ces rives
ces peuples créés
situations superbes et lieux inoubliables
nomment sur ton passage ce qui les a nommés

puissance
puissance

ne saurait disparaître l’insolitude solaire

Patrick CHAMOISEAU

17 04 2014

mardi 15 octobre 2013

LAMPEDUSA : CE QUE NOUS DISENT LES GOUFFRES



Toute horreur crée son gouffre
ainsi celle de la Traite à nègres qui fit de l'Atlantique 
le plus grand oublié des cimetières du monde
(crânes et boulets relient les îles entre elles 
et les amarrent aux tragédies du continent)

Le gouffre chante contre l'oubli, 
en roulis des marées 
en mots de sel pour Glissant pour Walcott et pour Kamau Brathwaite
(fascine des siècles dans l'infini de ce présent où tout reste possible)

Celui de l'Atlantique s'est éveillé
clameurs en méditerranée !  
l'absurde des richesses solitaires
les guerres économiques
les tranchées du profit
les meutes et les sectes d'actionnaires
agences-sécurité et agences-frontières
radars et barbelés
et la folie des murs qui damnent ceux qu'ils protègent

chaussures neuves et crânes jeunes font exploser les vieilles concentrations !

les gouffres appellent le monde
les gouffres appellent au monde

l'assise ouverte
les vents qui donnent l'humain
l'humain qui va au vent
les aventures des peurs et des désirs
la seule richesse des expériences menées à la rencontre
les solidarités qui se construisent et qui construisent
les coopérations qui ouvrent et qui assemblent
et le suc et le sel de l'accueil qui ose

L'enfant a eu raison de mettre ses chaussures neuves
ce qu'il arpente au delà de nos hontes
c'est le tranchant des gouffres génériques 
qui signalent sous l'horreur 
et qui fixent sans paupières
l'autre possible ouvert du meilleur de nous

en ombres en foudres en aubes
les gouffres enseignent longtemps

(toute douleur est apprendre et ce chant est connaître)

chant partagé d'une même planète.

Patrick CHAMOISEAU

dimanche 22 septembre 2013

21 SEPTEMBRE


Au Diamant
j'ai salué tous les crabes
compté les traces et les absences que tricote l'écume

j'ai honoré l'instant

et si les raisiniers  ont stoppé leur provende
reste  
hors mesure hors saisons 
toute de bien-être et de beautés
la récolte sans archives des jeunes algues et du sel

(Cher maître,
j'ai vu dans le langage des grand miroirs du sable
j'ai vu s'achever ce que poursuit le malfini
et que l'oiseau Cohé ne saurait même prophétiser)

Tout est tellement vivant.

Patrick CHAMOISEAU

jeudi 14 juin 2012

« Récitation pour Hector Bianciotti »



« Il y aura sans doute une bourrasque rétive sur la Pampa, un soupir italien dans les lettres les plus belles, et bien sûr le tressaillement de cette langue de France offerte à l’autre imaginaire ­­̶ venu de loin, venu d’ailleurs et de nulle part ̶ soumise à la vision subtile, océanique, et tellement large des grands lecteurs.
Toute l’origine projetée dans l’horizon, tant de langues désirées, de passages assumés, sous l’arc-en-ciel des sentiments !
J’ai gardé la douceur de la voix, les beautés de l’accent, l’élégance inscrite dans une majesté simple, la courtoisie princière, cette ouverture aux étrangetés créoles du jeune apprenti romancier accueilli à l’entrée du palais, et puis cette présence fidèle, l’exigence attentive…
Alors voilà : ce qui hurle aujourd’hui, qui hurlera longtemps, à chaque paupière et dans chaque ronde du sang, ce qui suspend la perte et qui défait l’absence,
Hector, c’est tout l’honneur d’une amitié, et d’une reconnaissance, et d’une lumière très proche du plus profond vivant, instruite des mutations de l’amour, soucieuse des plus beaux indicibles de la littérature élevés aux longues spirales du chant et aux murmures intelligents de la mélancolie. »
Patrick Chamoiseau

Pour Anicia

  Avec bien plus de courage qu’humainement possible  Bien plus d’entêtement de fougue et de foi Qu’humainement supportables  Avec bien plus ...