lundi 8 février 2016

L'agir


Agir et réagir quand les barrières les récifs les écueils les impasses les obstacles les embûches et les murailles nous provoquent tribord bâbord devant derrière devers revers jusqu’à nous transformer en guerrier fasciné par le feu musical des combats impossibles. 

 Frankétienne

La Martinique a eu Aimé Césaire. La Côte d'Ivoire a Bernard Dadié. Le célèbre écrivain a aujourd'hui 100 ans.



Pour marquer l'événement, l'Unesco lui remettra un Prix pour toute son œuvre le 11 février 2016 au Palais de la culture d’Abidjan

Bernard Dadié est donc né en 1916. En 1933, à 17 ans, il écrit la pièce de théâtre "Les villes", premier texte littéraire moderne ivoirien. En 1936, il écrit sa deuxième pièce sur le roi du Sanwi.

Premier dramaturge, premier poète moderne, premier romancier, premier auteur de contes et légendes modernes, il sera aussi le premier ministre ivoirien de la Culture en 1977.

Bernard Dadié est le dernier survivant des écrivains classiques africains de la génération de Léopold Sédar Senghor, Alioune Diop, Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas.

Serge Bilé

mercredi 27 janvier 2016

"Nous ne livrerons pas le monde aux assassins d'aubes"


"Nous ne livrerons pas le monde aux assassins d'aubes" : clausule du discours de Christiane Taubira, citant Aimé Césaire, dont le texte exact est :
" il n’est pas question de livrer le monde aux assassins
d’aube
la vie-mort
la mort-vie
les souffleteurs de crépuscule
les routes pendent à leur cou d’écorcheurs
comme des chaussures trop neuves
il ne peut s’agir de déroute
seuls les panneaux ont été de nuit escamotés
pour le reste
des chevaux qui n’ont laissé sur le sol
que leurs empreintes furieuses
des mufles braqués de sang lapé
le dégainement des couteaux de justice
et des cornes inspirées
des oiseaux vampires tout bec allumé
se jouant des apparences
mais aussi des seins qui allaitent des rivières
et les calebasses douces au creux des mains d’offrande

une nouvelle bonté ne cesse de croître à l’horizon ".
(Aimé Césaire, "Nouvelle bonté".)

dimanche 11 octobre 2015

Le pays


Tricherie et supercherie
des aumônes sans hormone
pièges engueusés de volupté factice
promesses pilules dorées d’ivresse
thérapies fragmentées
en charpies d’humanitarisme
pays coffré sous perfusion
pays paralysé sous analyses
pays de l’idiote cocobéance
pays de la niaise bêgouaiserie
et de la rance déconstombrance.
Pays ravagé naufragé
aux vives incitations
des horreurs insidieuses.

Frankétienne

jeudi 8 octobre 2015

Je vagabonde avec mes rêves...


Je me surprends souvent à croire que je peux vivre sans le monde ou plutôt dans un petit monde à moi. Mon petit coin perdu, entre ciel et mer semble bien me suffire. Loin de tout, je vagabonde avec mes rêves tout comme dans mes randonnées à travers ces sentiers perdus, autrefois foulés par les marrons de la liberté. Je revois mon pays, cette perle des Antilles, à l'époque forêt ou le figuier, le mapou, le cèdre, le sablier, l’acajou, le trompete, le casque, l’indigotier, le saman, l’abricotier abritaient fièrement sous leurs pieds ces hordes d’hommes et de femmes révoltés en quête d’un repos bien mérité après une nuit de combat contre ces étrangers qui dérangent.

Je suis leurs traces, un peu peureuse, mais mes pas incertains ne cessent de me guider vers ces caves et ces grottes qui ont servis a l'époque à cacher un de ces hommes, évadé d’habitations prisons, traqué par ces chiens et ces hommes à cheval prêt à leur ôter la vie. Je nomme ceux que j’ai connu dans mes visions, je salue leur mémoire en jetant ici trois gouttes d’eau ou plutôt en laissant la brise jouer avec la flamme d’une bougie ou encore en y jetant du clairin et plutôt sept pièces de monnaie avant de “jamber” une rivière…

Je chante aussi sur les routes mêlant ma voix Claire à celle des oiseaux, des cigales, des coqs et des poules jacassant après une pondaison. Il y a aussi ces rencontres avec un des descendants de marrons, aujourd’hui appelés “neg andeyo” et pourtant si incrustés dans ces terres. 

Ou êtes vous donc aujourd’hui ?

Il semble que le besoin de liberté se fait encore sentir chez nous. Il semble que la Fraternité fait encore rêver chez nous. Il semble que l’égalité reste encore une chimère chez nous… Il semble qu’on a besoin de vous, Zinga, Larose, Kange, Sylla, Sanglaou, Anbwase, Ganga, Makaya, NoelPriyeur, Sousi,Kpoul, Alaou, Yayou, Papillon, Toya, Klermesine, Henriette, Cécile, Marinette, Marijanne, Romène La Prophétesse…. esprits guerriers de Jean Francois, de Biassou,de Bookman, de Papillon, de Dessalines, de Fatra baton, de Télémaque venez donc hanter les nuits de nos hommes trop enclins ces jours-ci a vendre leur dignité pour quelques sous...

Je souris, déjà partie, yeux ouverts vers ce passé qui m’obsède et qui donne aussi un sens á ma vie d'aujourd’hui… puisque je vis sur leurs traces…


O Ludmilla Joseph

Je suis une négresse


À ceux qui se sont sentis offusqués lorsque j'ai dit que notre société était raciste ; je vous présente mes plus plates excuses , que Dieu l'en préserve, elle est le modèle même de la philanthropie et de la tolérance !!!

Comment ai je pu l'oublier, pourtant enfant déjà on me l'avait si bien inculqué !!!
Je me souviens qu'à la maison, mon frère qui me dépasse de deux ans me donnait l'adorable petit nom "Négro" ; oh rien de bien méchant même si aujourd'hui ce terme est banni, c'est juste parce que ma peau est un peu plus foncée que celle des autres membres de ma famille et quand on est Kabyle voyez vous, on se doit d'être bien blanc pour être beau !!!

Alors de la bouche cruelle d'un gamin châtain clair comme il se doit, seul héritier de la dynastie de surcroît et avec le privilège de porter les bijoux de la famille ; tout est permis pardi !!!

Au village de mon père on m'appelait "Taberkant", c'est mignon aussi, ça veut juste dire qu'on m'avait oubliée un peu trop longtemps dans le four, ou que la nature avait un peu forcé sur la mélanine. Sacrée nature qui se permet de ces mutations sans tenir compte de la bonne ancestrale tradition !!!

À Bougie ville natale de ma mère, ville de clarté et de lumière ; comme l'indique si bien son nom, le sombre n'était pas bien vu, et souvent j'avais entendu mes illustres grandes tantes ; aux yeux verts et bien blondes demander à ma mère comment avait elle fait pour avoir une fille aussi différente !!!

Heuuu... en y réfléchissant maintenant, c'était presque une indécente et grave accusation.....mon père aurait dû se sentir indigné, ou était ce ma grand mère qui a été un peu olé olé en travaillant avec Frantz Fanon.... humm ce serait vraiment intéressant !!!

Khalti Mouni, paix à son âme, très populaire à la rue du Vieillard pour son extrême beauté et non moins extrême gentillesse ( Tout Bougie craignait sa langue), m'appelait tendrement "Khedoudja ennigro ", pauvre femme ayant vraiment existé et dont on affublait les misérables brunes de son surnom ; ou alors " El messbougha", il faut dire aussi qu'elle avait la fibre artistique ; férue de culture elle adorait apparemment la peinture !!!

Un peu plus tard au mariage de ma grande soeur, on fût navré que l'adolescente que j'étais n'avait pas le même teint de porcelaine ; "Ayouhhh quel dommage, machi bidha " disait une parente du marié ; la belle mère de ma soeur croyant avoir quelque chose à justifier lui répondait "C'est le bronzage , elle n'est pas comme ça d'habitude".

"Je préfère mon teint basané à ta tête de navet trop cuit sans texture et sans saveur pauvre imbécile bouffie et sans vie ", je l'avais pensé mais je ne le lui avais pas dit, j'étais beaucoup trop polie !

Et c'est ainsi que j'ai grandi en apprenant qu'on jugeait la personne sur la couleur de sa peau ; mais attention, ce n'est pas du racisme ....hacha ......juste une préservation de la race ........

Aujourd'hui encore quand je marche dans la rue et que je vois les cheveux décolorés avec agressivité, lissés, brûlés, torturés, teints, méchés, high lightés, sunlightés ; je réalise qu'il est encore difficile d'accepter son statut de brune et qu'il est préférable d'être une "Blonda Bla Rebbi", avec sept couches de fond de teint clair et une paire de lentilles de couleur ; que d'être une "zerga" bien typée, si on veut être conforme aux lois de la blanche beauté dans notre société (algérienne).

Pourtant nous sommes Africains et le noir nous va si bien.

Mais non voyons nous ne sommes pas racistes, pardonnez moi mes chers concitoyens ....quant à toi Simone pardonne notre stupidité.

Taous Ait

vendredi 25 septembre 2015

Septembre le divin ou l'épi et la palme


Les heures, les mois, êtres divinisés, dont nous perdons le sens, mais  dont nous continuons d’honorer la présence céans. Ressentant ou comprenant intuitivement la symbolique qui nous relie inconsciemment aux astres, nous frôlons les étoiles léans, nous accrochons l’espoir, nous sommes à l’image  de la divinité, nous sommes la finalité de la création, nous sommes divins.

Des heures et des mois ont passé par l’an. Septembre, le septième naguère, le neuvième aujourd’hui survint. Septembre le vendangeur, mois figuré au signe zodiacal anthropologisé, le seul, vierge de toute intention, si ce n’est d’une  détermination entêtante à s’élever  vers les cieux, à la rencontre des Dieux, mais comme Icare, l’homme chute du haut de ses illusoires prétentions.    

Septembre la vendangeuse, c’est ainsi que j’aime à la nommer, ce mois revêtant  la pourpre et où le paysage se rubéfie au retour des corneilles craillant et des corbeaux criant,  annonciateurs du froid.

Et je m’imagine  en siècles décalés, sur un chemin cahoté, regardant des moines ventrus sous la bure ayant bombancé les jours et ripaillé les heures, le visage rubescent, titubant, s’entraidant pour avancer dans l’ivresse du soir et croisant à un bout de chemin,  un bouvier barbu, sale, rustre  aiguillonnant ses bœufs pour les faire avancer vers l'étable.
 

La scène se confond en siècles mythifiés, bergers, bergères, satyres et silènes avinés sur la trace envahissent la campagne vineuse.  Silène sur un âne monté philosophe. Priape enferré dans ses pulsions obscènes, les nymphes ne lui cédant en rien. Le cortège parade, les jeunes crient, les femmes tambourinent, les cymbales sonnent, les flûtes sifflent,  les ménades chantent, les bacchantes dansent.  La horde frénétique se partage la coupe de Bacchus, Pan et Eros sont annexés, la folie règne, une religion naît, le culte orgiastique renaît.

Septembre l'odoriférant aux solennités enguirlandées de myrte ou festonnées de narcisse. Septembre la terreuse agréait l'offrande propitiatoire,  le porc, la truie, la laie ; Septembre recevait aussi le bélier en holocauste. Septembre le moissonneur portant la gerbe de Cérès  dont le romancier dépeint l'humeur : « Avant les labours d'hiver, la Beauce, à perte de vue, se couvrait de fumier, sous les ciels pâlis de septembre.»

Septembre odore les couleurs, septembre redessine les odeurs, l’émotion est septembrale, je suis de septembre.

Tony Mardaye

Pour Anicia

  Avec bien plus de courage qu’humainement possible  Bien plus d’entêtement de fougue et de foi Qu’humainement supportables  Avec bien plus ...