Blog dédie au poète Aimé Césaire notamment à son oeuvre, sa poésie et collectant les articles qui ont été publiés sur ce grand homme martiniquais
Affichage des articles dont le libellé est aime cesaire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est aime cesaire. Afficher tous les articles
mercredi 27 janvier 2016
"Nous ne livrerons pas le monde aux assassins d'aubes"
"Nous ne livrerons pas le monde aux assassins d'aubes" : clausule du discours de Christiane Taubira, citant Aimé Césaire, dont le texte exact est :
" il n’est pas question de livrer le monde aux assassins
d’aube
la vie-mort
la mort-vie
les souffleteurs de crépuscule
les routes pendent à leur cou d’écorcheurs
comme des chaussures trop neuves
il ne peut s’agir de déroute
seuls les panneaux ont été de nuit escamotés
pour le reste
des chevaux qui n’ont laissé sur le sol
que leurs empreintes furieuses
des mufles braqués de sang lapé
le dégainement des couteaux de justice
et des cornes inspirées
des oiseaux vampires tout bec allumé
se jouant des apparences
mais aussi des seins qui allaitent des rivières
et les calebasses douces au creux des mains d’offrande
une nouvelle bonté ne cesse de croître à l’horizon ".
(Aimé Césaire, "Nouvelle bonté".)
dimanche 8 septembre 2013
La généalogie d'Aimé Césaire
Les archives départementales m'ont offert l'arbre généalogique d'Aimé Césaire. C'est un précieux document, qui a été réalisé pour le centenaire du poète. On y découvre les premiers ancêtres connus du chantre de la négritude, sans précision de dates pour la plupart d'entre eux ou plutôt d'entre elles, car c'étaient surtout des femmes, majoritairement esclaves. Il y a Jeannette, mais aussi Henriette, et Anne, ainsi que Marie-Victoire. Une autre, Elisabeth Berthra, née en 1795, dispose d'un patronyme, ce qui était rare pour les esclaves, a l'époque. Une autre enfin, Marie Catherine Tarade, est mentionnée comme étant une mulâtresse libre. Au milieu de toutes ces femmes, on trouve un homme, prénommé Barbe. Il est esclave lui aussi. Le premier de la famille à porter le nom de Césaire apparaît en 1813. Il est né esclave a Grand-Anse. Il sera affranchi en 1833, quinze ans avant l'abolition de l'esclavage. Césaire était agriculteur, alors que sa femme, Jacqueline, née en Afrique, sans plus de détails, et affranchie également en 1833, était blanchisseuse. Quand on observe de plus près les noms des ancêtres suivants du poète, il y a deux détails qui frappent. Il y a d'abord un prénom qui revient souvent. C'est le prénom Rose. Il y a les esclaves Rose Rosalba et Luce Rose Sovil, nées respectivement en 1802 et 1815. Il y a Rose Pamphile, née aussi en 1815, ainsi que les agricultrices Rose Césaire (1836) et Rose Bacarolle (1847). Le deuxième détail qui frappe est un nom qui revient par deux fois dans la généalogie d'Aimé Césaire. L'une de ses ancêtres s'appelle Juliette Soveur et l'un de ses ancêtres Sabin Sauveur. On comprend mieux, avec autant de Sauveur et de Rose dans la famille de cet homme, d'où lui venaient sa passion de la nature et son leadership naturel...
Serge Bile
lundi 24 juin 2013
Frantz Fanon est mort (Aimé Césaire)
Frantz Fanon est mort. Nous le savions condamné depuis de long mois, mais contre toute raison, nous espérions, tellement nous le connaissions volontaire, capable de miracle, et tellement aussi il apparaissait essentiel à notre horizon d'homme. Et voilà qu'il faut se rendre à l'évidence. Frantz Fanon est mort à 37 ans. Vie courte mais extraordinaire. Et, brève, mais fulgurante, illuminant une des plus atroces tragédies du 20e siècle et illustrant de manière exemplaire la condition humaine elle-même, la condition de l'homme moderne. Si le mot engagement a son sens, c'est avec Frantz Fanon qu'il le prend. Un violent, a-t-on dit de lui. Et il est bien vrai que Fanon s'institua théoricien de la violence, la seule arme, pensait-il, du colonisé contre la barbarie colonialiste.
Mais sa violence était, sans paradoxe, celle du non violent, je veux dire la violence de la justice, de la pureté, de l'intransigeance. Il faut qu'on le comprenne : sa révolte était éthique, et sa démarche de générosité. Il n'adhérait pas à une cause. Il se donnait. Tout entier. Sans réticence. Sans partage. Il y a chez lui l'absolu de la passion.
Médecin, il connaissait la souffrance humaine. Psychiatre, il était habitué à suivre dans le psychisme humain le choc des traumatismes. Et surtout homme « colonial », né et inséré dans une situation coloniale, il le sentait, il la comprenait comme nul autre, l'étudiant scientifiquement, à coup d'introspection comme à coup d'observation.
Et c'est devant cette situation qu'il se révolta. Alors quand, médecin en Algérie, il assista au déroulement des atrocités colonialistes, ce fut la rébellion. Il ne lui suffit pas de prendre fait et cause pour le peuple algérien, de se solidariser avec l'Algérien opprimé, humilié, torturé, abattu, il choisit. Il devint Algérien. Vécut, combattit, mourut Algérien.
Théoricien de la violence, sans doute, mais plus encore de l’action. Par haine du bavardage. Par haine de la lâcheté. Nul n’était plus respectueux de la pensée, plus responsable devant sa propre pensée, plus exigeant à l’égard de la vie dont il n’imaginait pas qu’elle pût être autre chose que pensée vécue.
Et c’est ainsi qu’il devint un combattant. Ainsi aussi qu’il devient un écrivain, un des plus brillants de sa génération.
Sur le colonialisme, sur les conséquences humaines de la colonisation et du racisme, le livre essentiel est un livre de Fanon : Peaux noires et masques blancs. Sur la décolonisation, ses aspects et ses problèmes, le livre essentiel est un livre de Fanon : Les damnés de la terre [dont on peut lire des extraits ici, NDLR].
Toujours, partout, la même lucidité, la même force, la même intrépidité dans l'analyse, le même esprit de « scandale » démystificateur.
Sans doute, bien des intellectuels et de toute couleur avaient-ils étudié le colonialisme et en avaient démonté les ressorts, expliqué les lois. Mais avec Fanon, c'est dans un monde de schémas, de coupes et de diagrammes, l'invasion de l'expérience. Et l'indemnité du témoignage palpitant encore de l'événement à quoi il est attaché, l'irruption de la vie atroce, la montée des fusées éclairantes de la colère. Frantz Fanon est celui qui vous empêche de vous boucher les yeux et de vous endormir au ronron de la bonne conscience.
Bien sûr, il y a chez lui de l'injustice, mais c'est toujours au nom de la justice. Et du parti pris, mais sans lapalissade, c'est qu'à ses risques et périls, il a pris parti, et le bon.
J'insiste, nul n'était moins nihiliste, je veux dire moins gratuitement violent que Fanon. Comme ce violent était amour, ce révolutionnaire était humanisme.
Qu'on lise Les Damnés de la Terre : si dans le dernier chapitre du livre, il dresse contre l'Europe un réquisitoire passionné. Ce n'est pas par sous-estimation de l’Europe, par manque d'admiration pour la pensée européenne. Au contraire, c'est pour s'être montrée « parcimonieuse avec l'homme, mesquine, carnassière avec l'homme ». Et ce n’est pas par hasard que le chapitre consacré précisément à la violence débouche sur cette phrase insolite : « Réhabiliter l'homme, faire triompher l'homme partout une fois pour toutes, réintroduire l’homme dans le monde, l'homme total ».
Tel fut Fanon : homme de pensée et homme d'action. Et, homme d'action et homme de foi. Et, révolutionnaire et humaniste. Et, celui qui transcenda d'un seul coup et comme d'un impétueux élan les antinomies du monde moderne où tant d'autres s'enlisent. Il y a des vies qui constituent des appels à vivre. Des « paraclets », disait le poète anglais Hopkins. On peut appliquer le mot à Fanon en le dépouillant de son contexte religieux et mystique. Celui qui réveille, et celui qui encourage. Et, celui qui somme l'homme d'accomplir sa tâche d'homme et de s'accomplir lui-même, en accomplissant sa propre pensée.
Dans ce sens Frantz Fanon fut un « paraclet ». Et c'est pourquoi sa voix n'est pas morte. Par delà la tombe, elle appelle encore les peuples à la liberté et l'homme à la dignité.
A. Césaire
dimanche 10 février 2013
ANTHOLOGIE INTERNATIONALE « AIME CESAIRE EN 100 MOTS, BEAUTES ET SPLENDEURS DE LA NATURE »
Le centenaire de naissance d'Aimé
Césaire (26 juin 1913-26 juin 2013), est l'occasion de découvrir sa
littérature. Aimé Césaire nous invite et nous incite à aller jusqu'au bout de
nous-mêmes pour découvrir les secrets cachés de sa poésie. Cet amoureux de la
nature, qu’il connaissait et respectait, puisait en elle force et inspiration.
J'ai puisé 100 mots dans ses
différents ouvrages, depuis le « Cahier d'un retour au pays natal »,
Éditions Présence africaine (1939), jusqu'à son dernier, « Nègre je suis,
nègre je resterai, Entretiens avec Françoise Vergès, Albin Michel (2005),
nous montrant l'omniprésence de la nature. Bien que la plupart des mots soient
écrits au pluriel, j’ai pris la liberté de me les approprier en les mettant au
singulier.
Ces 100 mots correspondent à 100
bougies, et 10 mots réunis à 10 thèmes de la nature.
Aussi, je vous invite à faire
tout comme je l’ai fait, corps et connaissance avec les mots qui lui étaient
devenues familiers, et composer un poème, un haïku, un tanka, une citation, une
histoire, ou une nouvelle de votre choix. Les peintres et les photographes sont
également sollicités pour apporter leur
pierre à l'illustration de cet ouvrage.
CONDITIONS DE
PARTICIPATION
Début : 4 février et clôture : 30 juin 2013.
Les contributeurs peuvent écrire 5 textes maximum.
Les textes seront inédits,
n'ayant jamais été primés, ni laurés auparavant.
Chaque texte ne dépassera pas 40 vers. Il sera
dactylographié en caractères standards droits, non fantaisie, au recto d'une
page blanche de format A4 (21x29 cm).
Le thème et le mot choisis seront mentionnés en haut à
gauche de chaque exemplaire. Également vos nom, prénom, qualité, adresse,
téléphone et courriel.
Les meilleurs textes feront partis de l'anthologie publiée
par un éditeur.
Quels que soient votre pays, vos origines, vous êtes les
bienvenus, car Aimé Césaire est l'homme universel qui a su rassembler tous les
peuples sous sa bannière.
La participation est gratuite.
Les envois seront adressés
à : Madame Ozoua SOYINKA par courriel : ozoua.soyinka@yahoo.fr
Les envois seront effectués sous
la seule responsabilité du candidat. Quelles que soient les réclamations et les
suites au plan judiciaire, elles ne sauraient engager les organisateurs.
LES THEMES
LES ARBRES
Arbre du voyageur
Baobab
Caïmitier
Flamboyant
Kaïcédrat
Mélèze
Noyer
Olivier
Pêcher
Sycomore
LES ELEMENTS NATURELS
Arc-en-ciel
Air
Eau
Feu
Foudre
Nuage
Pluie
Tempête
Tonnerre
Vent
L'ENVIRONNEMENT
Berge
Désert
Forêt
Lande
Mangrove
Piton
Plaine
Ravin
Volcan
Steppe
LES FLEURS
Anémone
Coryanthe
Géranium
Gerbera
Glaïeul
Hibiscus
Lys
Orchidée
Poinsettia
Zinnia
LES FRUITS
Abricot
Banane
Cerise
Grenade
Letchi
Mangue
Noix
Orange
Raisin
Sapotille
LES GEMMES & METAUX
Aigue-marine
Diamant
Jade
Jaspe
Obsidienne
Argent
Cuivre
Or
Radium
Uranium
LES INSECTES
Araignée
Criquet
Fourmi
Grillon
Luciole
Mygale
Papillon
Ravet
Sauterelle
Termite
LA MER
Algue
Conque
Galet
Houle
Iode
Marée
Oursin
Rocher
Sable
Vague
LES OISEAUX
Aigrette
Colibri
Cormoran
Épervier
Faucon
Grive
Hirondelle
Mouette
Perroquet
Tourterelle
LES POISSONS
Ablette
Baleine
Cachalot
Dauphin
Morue (terreneuvienne)
Murène
Piranha
Rémora
Requin
Squale
mercredi 21 mars 2012
Une salle de réunion du ministère de l'éducation nationale portera le nom d'Aimé Césaire
Je vous informe qu’un certain nombre de salles de réunion du ministère de l’éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative viennent de faire l’objet d’une dénomination. Les personnalités dont les noms désigneront les salles ainsi retenues, à titre de manifestation de l’estime et de la reconnaissance de l’institution à leur égard, ont toutes marqué profondément l’histoire de l’éducation.
Aimé Césaire (ex-Salle du privé, 110 rue de Grenelle) professeur de lettres au lycée Victor-Schoelcher de Fort-de-France, de 1939 à 1945, produit une oeuvre littéraire qui marque à la fois la littérature et l’histoire, en particulier dans la dénonciation de la colonisation et la promotion de cultures jusque-là dominées ou méconnues.
lundi 19 mars 2012
CSLR - 66eme anniversaire des Départements d'Outre-mer
Ce jour, 19 mars 2012, est le soixante sixième anniversaire de l’érection de la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la Réunion, en Département français, par une loi votée par L’Assemblée Nationale Constituante le 19 mars 1946.
COHESION SOCIALE ET LIBERTES REPUBLICAINES souhaite un joyeux anniversaire à tous les originaires des départements d’outremer et leurs amis et les invite à relire un extrait du discours historique par lequel Aimé Césaire introduisit ce projet de loi devant l’Assemblée Nationale Constituante le 12 mars 1946.
Amédée ADELAIDE
Président de CSLR
extrait de discours : Aimé CÉSAIRE en pièce jointe
(Assemblée Nationale Constituante, 12 mars 1946)
Mesdames, messieurs, les propositions de loi qui vont sont soumises ont pour but de classer la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion et la Guyane française proprement dite en départements français.
Avant même d’examiner le bien fondé de ce classement, nous ne pouvons manquer de saluer ce qu’il y a de touchant dans une telle revendication de vieilles colonies.
…
Mesdames, messieurs, c’est là un fait sur lequel il convient d’insister : dans ces territoires où la nature s’est montrée magnifiquement dangereuse règne la misère la plus injustifiable.
Il faut, en particulier, avoir visité les Antilles pour comprendre ce qu’il y a de faux dans la propagande officielle qui tend à les présenter comme un paradis terrestre. En réalité, dans des paysages qui comptent parmi les plus beaux du monde on ne tarde pas à découvrir des témoignages révoltants de l’injustice sociale. A côté du château où habite le féodal – l’ancien possesseur d’esclaves – voici la case la paillote avec son sol de terre battue, son grabat, son humble vaisselle, son cloisonnement de toile grossière tapissée de vieux journaux. Le père et la mère sont aux champs. Les enfant y seront dès huit ans ; ils feront partie de ce qu’on appelle là-bas « les petites bandes » d’un terme qui rappelle assez curieusement « les petites hordes » de Fourier. La tâche est rude sous le soleil ardent ou parmi les piqûres de moustiques. Au bout de quelques années, pour celui qui s’y adonne et qui n’a pour tromper sa faim que les fruits cuits à l’eau de l’arbre à pain, il y a la maladie et l’usure prématurée.
Voilà la vie que mènent les trois quarts de la population de nos îles.
Si, plus favorisé, plus instruit, l’Antillais échappe à la servitude de la glèbe il deviendra petit fonctionnaire, et injustement repoussé des cadres généraux auxquels ses diplômes français devraient donner accès, refoulé dans des cadres dits « locaux », loin du ministre des colonies, loin de ses faveurs, sans garantie contre l’arbitraire du gouverneur, sans audience rue Oudinot, à la fois humilié et désarmé, il végétera, soumis à toutes les brimades d’une administration impitoyable.
En réalité, dans des pays qui sont pourtant vieille citoyenneté française, la notion de « cadre local » est une survivance fâcheuse du code de l’indigénat, survivance contre laquelle doivent s’élever tous ceux qui, comme nous, sont partisans de la doctrine : « à diplôme égal, ou à travail égal, salaire égal ». (Applaudissements à l’extrême gauche et sur les bancs.)
Pour nous résumer, nous n’hésitons pas à affirmer que, dans l’état actuel des choses, près d’un million de citoyens français, natifs des Antilles, de la Guyane et de la Réunion, sont livrés sans défense à l’avidité d’un capitalisme sans conscience et d’une administration sans contrôle. Et alors, on se prend répéter le mot de Diderot :
« Avoir des esclaves n’est rien. Ce qui est intolérable, c’est d’avoir des esclaves en les appelant citoyens. » (Applaudissements à l’extrême gauche à gauche et au centre.)
Assimiler les Antilles et leurs sœurs à la France ne signifie pas seulement introduire plus de justice dans la société d’outre-mer, cela signifie aussi prendre l’initiative d’une politique qui, à brève ou longue échéance, assainira l’économie de ces territoires en arrachant à de véritables monopoles privés des industries dont dépend toute la vie de ces colonies.
On comprendra ce que nous voulons dire lorsque nous préciserons, pour tout le monde, que l’économie antillaise, comme l’économie réunionnaise est faussée parce qu’elle se trouve dans la dépendance de dix familles qui, après s’être mises à l’abri de la concurrence mondiale par le jeu de complicités qu’il faudra dénoncer un jour, réussissent à imposer leurs produits à la métropole à des taux supérieurs aux prix mondiaux, comme elles imposent au prolétariat antillais ou réunionnais les salaires les plus bas du monde.
C’est dire que pour des raisons non seulement sociales, mais encore économiques, nous souhaitons de toutes nos forces l’extension aux Antilles et aux territoires analogues du grand mouvement qui a été inauguré en France et qui tend, sur la base des nationalisations, à organiser la production et surtout à la développer en fonction de l’intérêt général et non plus de quelques intérêts privés.
Bref, nous demandons à l’Assemblée d’approuver les trois propositions qui lui sont présentées parce que nous pensons qu’il ne doit pas y avoir deux capitalismes : le capitalisme métropolitain que l’on combat et qu’on limite, et le capitalisme d’outre-mer que l’on tolère et que l’on ménage. (Applaudissements.)
Nous en arrivons à nos conclusions.
L’assimilation qui vous est proposée est conforme aux vœux des populations.
Dès 1838, le conseil colonial de la Guadeloupe réclamait pour les populations antillaises le droit « d’être soustraites à l’exception coloniale » et d’être « replacées dans le droit commun des Français ».
En 1865, le baron de Lareinty, délégué de la Martinique au comité consultatif, formulait de la manière suivante les aspirations de la colonie :
« On répète sans cesse que les colonies sont françaises par leurs sentiments, par leur territoire, par leurs idées et par leur esprit de nationalité ; rien n’est plus vrai ; elle sont unies à la France par tout ce qui peut créer un lien indestructible…Mais si on le reconnaît, qu’on n’hésite donc plus à proclamer que les colons doivent jouir des droits attachés à la qualité de citoyens français et vivre sous des institutions qui sont, en France, l’un des éléments les plus puissants de la nationalité…C’est là ce qui leur manque ; des institutions surannées élèvent entre la France et les colonies, qui sont aussi la France, une barrière qu’il est temps d’abaisser. »
Ce que les représentants de la Martinique et de la Guadeloupe disaient déjà sous la Monarchie ou sous l’Empire, les parlementaires antillais le reprirent à l’adresse de la IIIe République.
Le 15 juillet 1890. M. Isaac sénateur de la Guadeloupe, et M. Allègre, sénateur de la Martinique, déposaient sur le bureau du Sénat une proposition de loi tendant à classer la Martinique et la Guadeloupe en départements français.
En 1915, MM. René Boisneuf et Lagrosillière, respectivement députés de la Guadeloupe et de la Martinique, déposaient une proposition de loi dans le même sens.
En 1919, c’est au tour de M. Henry Lémery, député de la Martinique.
Et ce ne sont pas seulement les parlementaires antillais qui réclament l’assimilation. Ce sont également les assemblées locales des deux colonies.
Parmi les innombrables vœux qu’elles émettent à cet effet, nous ne voulons vous en lire qu’un : le plus récent. C’est celui que le conseil général de la Martinique a voté en novembre 1945 lors de sa première réunion :
« Le conseil général de la Martinique, réuni en session ordinaire, salue l’Assemblée nationale constituante, le Gouvernement de la République française et son chef le général de Gaulle. Il fait confiance aux élus du peuple, à l’Assemblée constituante pour une véritable renaissance française par l’application intégrale du programme du C.N.R. et son extension aux vieilles colonies françaises, notamment en ce qui concerne les industries clés. Il espère que la nouvelle constitution française fera droit aux revendications unanimes et constantes des vieilles colonies en ce qui concerne leur assimilation aux départements français. Le conseil général s’engage à collaborer pour développer le prestige de la France qu’il désire voir forte et heureuse. Vive la République ! Vive la France ! »
Ce vœu, si noblement exprimé, nous vous demandons de le prendre en considération.
Nous savons que certains essaient de soulever contre le projet des objections d’un ordre très particulier, des objections d’ordre financier notamment. Nous savons que certains seraient assez partisans d’ajourner la réforme, sous prétexte qu’elle coûterait peut-être à la France.
Ces objections nous les réfuterons plus longuement quand l’occasion s’en présentera, comme nous les avons réfutées dans notre rapport annexe.
Cependant, dès maintenant, je tiens à dire que si l’admission de nouveaux territoires dans la famille française doit imposer des charges nouvelles à la métropole, elle lui apporte aussi des ressources nouvelles et des budgets parfaitement équilibrés.
Et puis j’ajoute – et c’est par là que je veux terminer – que si, par impossible, l’application de la loi nouvelle devait entraîner pour la France des dépenses supplémentaires, il serait indigne de ce pays, indigne de cette Assemblée, de s’arrêter, en un problème aussi important, à d’aussi mesquines considérations.
Depuis quelque temps, notre pensée se reporte invinciblement à la grande époque de 1848. A cette époque aussi, de graves questions se posaient et parmi elles, comme aujourd’hui, la question coloniale. Il s’agissait de savoir si on allait abolir, ou non, l’esclavage.
En ce temps là, comme aujourd’hui, on se rendait compte que le vieux système ne pouvait durer, mais on hésitait à faire le geste décisif qui allait le précipiter dans l’oubli.
Et il y avait des gens pour dire : « l’esclavage est abominable, certes, et moralement indéfendable. Mais, voyez comme il coûterait cher à la France de l’abolir. »
Eh bien ! en 1848, un grand homme s’est levé : c’était un alsacien. Victor Schoelcher (Applaudissements), que les noirs de mon pays ne sont pas prêts d’oublier. Mettant l’honneur de la nation au dessus de tout et s’insurgeant contre
je ne sais quelle dictature de la comptabilité, il prononça une phrase qui mérite d’être redite :
« Ce serait 260 millions que la métropole aurait à payer pour faire disparaître la servitude qui souille encore quelques terres françaises. La France doit donner cette somme ; et elle la donnera. Il faudrait désespérer de la grande nation si l’on pouvait douter d’obtenir des Chambres, l’argent nécessaire pour désinfecter les colonies. Elle a pu donner un milliard aux émigrés ; et elle ne pourrait payer l’affranchissement ! Nous ne voulons pas le croire ! Il ne s’agit pas du Trésor ; il s’agit de la morale ! »
Eh bien ! Mesdames, messieurs, nous avons confiance dans cette Assemblée, certains qu’elle n’entachera son geste d’aucun marchandage.
Quatre colonies, arrivées à leur majorité demandent un rattachement plus strict à la France.
Vous apprécierez cette pensée à sa juste valeur, j’en suis sûr, à cette heure où l’on entend des craquements sinistres dans les constructions de l’impérialisme.
Ce que nous demandons, c’est de faire que l’expression « France d’outre-mer » ne soit pas une vaine figure de rhétorique.
Plus ambitieusement encore, nous vous demandons, par une mesure particulière d’affirmer solennellement un principe général, à savoir que, dans ce cadre que l’on commence à appeler l’Union française il ne doit plus y avoir de place, pas plus entre les individus qu’entre les collectivités, pour des relations de maîtres à serviteurs, mais il doit s’établir une fraternité agissante aux termes de laquelle il y aura une France plus que jamais unie et diverse, multiple et harmonieuse, dont il est permis d’attendre les plus hautes révélations. (Applaudissement.)
Lien pour l'intégralité du discours
http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/images/rapport-520.pdf
dimanche 19 février 2012
Hors des jours étrangers
mon peuple
quand
hors des jours étrangers
germeras-tu une tête tienne sur tes épaules renouées
et ta parole
le congé dépêché aux traîtres
aux maîtres
le pain restitué la terre lavée
la terre donnée
quand
quand donc cesseras-tu d'être le jouet sombre
au carnaval des autres
ou dans les champs d'autrui
l'épouvantail désuet
demain
à quand demain mon peuple
la déroute mercenaire
finie la fête
mais la rougeur de l'est au coeur de balisier
peuple de mauvais sommeil rompu
peuple d'abîmes remontés
peuple de cauchemars domptés
peuple nocturne amant des fureurs du tonn
erre
demain plus haut plus doux plus large
et la houle torrentielle des terres
à la charrue salubre de l'orage
Aimé Césaire
Ferrements,
dimanche 8 janvier 2012
« UNE BROCHURE QU’IL EST DU DEVOIR DE CHAQUE MARTINIQUAIS DE LIRE ET DE RELIRE » par Aimé CESAIRE
« Voilà une brochure dont on peut affirmer que sa lecture apprendra sur notre pays plus que tous les traités de géographie ou toutes les études de spécialistes. Il s’agit du rapport présenté par Camille Sylvestre à la XIème Conférence de la Fédération Communiste de la Martinique.
Oui, les 75 pages du rapport du comité fédéral constituent un irremplaçable document sur la question martiniquaise, un dossier qu’il est du devoir, je ne dis pas seulement de chaque militant communiste, je dis de chaque martiniquais, de lire et de relire.
Et d’abord, elles ont le mérite de définir avec toute la précision désirable ce qu’est la Martinique ; ni un département français, ni « un morceau de la France », encore moins selon les mots d’un journaliste du « Parisien Libéré », de fâcheuse mémoire, une de ces plus belles filles que la France entretien, on ne sait par quel caprice pervers, aux portes des Etats-Unis, mais, et tout platement, par delà les ruses du langage officiel et en rupture avec les fictions juridiques, une colonie, une colonie au même titre ou avec la même absence de titre que le plus dénué des territoires d’outre-mer.
La « belle affaire », dira-t-on !
Et bien oui, c’est un mérite, qu’on ne peut pas ne pas apprécier, quand on sait la diabolique persévérance avec laquelle le mensonge officiel essaye de fausser la conscience martiniquaise en l’empêchant précisément de prendre conscience de la réalité martiniquaise.
On devine bien que nous ne sommes là qu’au seuil de l’analyse.
Mao-Tsé-Toung cite cet aphorisme de Soun-Tsé qu’il érige en règle d’or de la lutte révolutionnaire : « connais ton adversaire et connais toi, toi- même, tu seras invincible ». Et c’est à quoi s’emploie Camille Sylvestre : permettre aux Martiniquais non seulement de se connaître mais aussi de connaître l’adversaire. L’adversaire ? On a compris qu’il s’agit de l’incroyable système qui écrase notre pays, paralyse son initiative, nous exploite et nous humilie. On a souvent dit et avec raison qu’il pèse sur le peuple martiniquais une sujétion : celle de la caste féodale des békés. Mais cette oppression féodale a tendu à occulter dans les esprits une autre connaissance pourtant indispensable : celle de l’oppression impérialiste. Et c’est là que Camille Sylvestre apporte des lumières décisives Que l’impérialisme prodigue des discours sur sa propre générosité ; qu’il distribue savamment de fausses perspectives ; qu’il dissimule la main de fer des réalités dans le gant des phrases de velours, il n’importe. Aux phrases, Camille Sylvestre oppose des faits. Aux mots, des chiffres. Et le tableau est aussi sombre que véridique ; oppression économique par le jeu de guillotine du pacte colonial ; oppression politique, dont la pratique, singulièrement facilitée par la mise en place de l’assimilation, se traduit par l’éviction chaque jour plus poussée des Martiniquais des postes de direction et de contrôle ; oppression sociale qui livre notre peuple à l’effroyable misère des bas salaires et du chômage ainsi qu’à l’infamie de la discrimination raciale ; bref tout cet ensemble qui fait de notre pays un pauvre pays exploité comme aucun et où supplémentairement à beaucoup d’autres, l’oppression culturelle vient enlever au colonisé jusqu’à la conscience et à la fierté de lui-même.
Mais alors dira t-on comment en sortir ? En tout cas Camille Sylvestre montre que le peuple martiniquais n’en prend pas son parti ; qu’il n’accepte pas ; qu’il n’a jamais accepté ; que son histoire c’est l’effort tenace et pathétique d’un peuple qui refuse de désespérer ; tout entier tendu dans une lutte héroïque pour l’amélioration de ses conditions de vie et contre le statut inique qui lui est imposé. Et que de faits mémorables jalonnent cette histoire, de la geste héroïque de Delgrès à la dernière grande grève de 85 jours des ouvriers agricoles, des révoltes d’esclaves à la dernière grande grève martiniquaise de la fonction publique (NDLR : 1953) !
On voit bien ce qui dans cette brochure appellerait aujourd’hui de la part de son auteur des réserves ou des retouches : je veux parler du dessein plus que flou des perspectives offertes au peuple Martiniquais. Que sommes-nous ? Une colonie. Que faire ? Combattre le colonialisme ! Tout cela est fort bien. Une dernière question s’impose : Où allons-nous ? On voudrait une réponse…Mais la brochure est datée : Août 1955. C’est dire que pas mal d’eau a coulé sous les ponts. Depuis il y a eu l’élaboration de notre plate-forme électorale. Depuis il y a eu les élections de janvier 1956 et l’adhésion massive qui a été donnée par le peuple martiniquais à notre programme, un programme fondé pour l’essentiel sur la revendication pour les Martiniquais de la gestion de leurs propres affaires.
C’est dire que notre critique n’en est pas une et que le rapport de Camille Sylvestre à la XIème Conférence Fédérale pour n’être pas absolument à jour n’en a pas moins le mérite de fixer un moment capital de la politique de notre Parti : celui qui précède et prépare un bond en avant décisif. »
Aimé CESAIRE
Source : Justice jeudi 2 février 1956
lundi 28 mai 2007
Aimé CÉSAIRE extrait du recueil de poésie Ferrements
un brouillard monta
le même qui depuis toujours m'obsède
tissu de bruits de ferrements de chaînes sans clefs
d'éraflures de griffes
d'un clapotis de crachats
un brouillard se durcit et un poing surgit
qui cassa le brouillard
le poing qui toujours m'obsède
et ce fut sur une mer d'orgueil
un soleil non pareil
avançant ses crêtes majestueuses
comme un jade troupeau de taureaux
vers les plages prairies obéissantes
et ce furent des montagnes libérées
pointant vers le ciel leur artillerie fougueuse
et ce furent des vallées au fond desquelles
l'Espérance agita les panaches fragiles des cannes à sucre de janvier
Louis Delgrès je te nomme
et soulevant hors silence le socle de ce nom
je heurte la précise épaisseur de la nuit
d'un rucher extasié de lucioles…
Delgrès il n'est point de printemps
comme la chlorophylle guettée d'une rumeur émergeante de morsures
de ce prairial têtu
trois jours tu vis contre les môles de ta saison
l'incendie effarer ses molosses
trois jours il vit Delgrès de sa main épeleuse de graines ou de racines
maintenir dans l'exacte commissure de leur rage impuissante
Gobert et Pélage les chiens colonialistes
Alentour le vent se gifle de chardons
d'en haut le ciel est bruine de sang ingénu
Fort Saint-Charles je chante par-dessus la visqueuse étreinte
le souple bond d'Ignace égrenant essouflée
par cannaies et clérodendres la meute colonialiste
Et je chante Delgrès qui aux remparts s'entête
trois jours Arpentant la bleue hauteur du rêve
projeté hors du sommeil du peuple
trois jours Soutenant soutenant de la grêle contexture de ses bras
notre ciel de pollen écrasé…
Et qu'est-ce qu'est-ce donc qu'on entend
le troupeau d'algues bleues cherche au labyrinthe des îles
Voussure ombreuse de l'écoute
la seule qui fût flaireuse d'une nouvelle naissance
Haïti aisance du mystère
l'étroit sentier de houle dans la brouillure des fables…
Mais quand à Baimbridge Ignace fut tué
que l'oiseau charognard du hurrah colonialiste
eut plané son triomphe sur le frisson des îles
alors l'Histoire hissa sur son plus haut bûcher
la goutte de sang je dis
où vint se refléter comme en profond parage
l'insolite brisure du destin…
Morne Matouba
Lieu abrupte. Nom abrupt et de ténèbres En bas
au passage Constantin là où les deux rivières
écorcent leurs hoquets de couleuvres
Richepanse est là qui guette
(Richepanse l'ours colonialiste aux violettes gencives
friand du miel solaire butiné aux campêches)
et ce fut aux confins l'exode du dialogue
Tout trembla sauf Delgrès…
O mort, vers soi-même le bond considérable
tout sauta sur le noir Matouba
l'épais filet de l'air vers les sommets hala
d'abord les grands chevaux du bruit cabrés contre le ciel
puis mollement le grand poulpe avachi de fumée
dérisoire cracheur dans la nuit qu'il injecte
de l'insolent parfum d'une touffe de citronelle
et un vent sur les îles s'abattit
que cribla la suspecte violence des criquets…
Delgrès point n'ont devant toi chanté
les triomphales
flûtes ni rechigné ton ombre les citernes
séchées ni l'insecte vorace n'a patûré ton site
O Briseur Déconcerteur Violent
Je chante la main qui dédaigna d'écumer
de la longue cuillère des jours
le bouillonnement de vesou de la grande cuve du temps
et je chante
mais de toute la trompette du ciel plénier et sans merci
rugi le tenace tison hâtif
lointainement agi par la rigueur téméraire de l'aurore !
Je veux entendre un chant où l'arc-en-ciel se brise
où se pose le courlis aux plages oubliées
je veux la liane qui croît sur le palmier
(c'est sur le tronc du présent notre avenir têtu)
je veux le conquistador à l'armure descellée
se couchant dans une mort de fleurs parfumées
et l'écume encense une épée qui se rouille
dans le pur vol bleuté de lents cactus hagards
je veux au haut des vagues soudoyant le tonnerre de midi
la négrillonne tête désenlisant d'écumes
la souple multitude du corps impérissable
que dans la vérité pourrie de nos étés
monte et ravive une fripure de bagasses
un sang de lumière chue aux coulures des cannaies
et voici dans cette sève et ce sang dedans cette évidence
aux quatre coins des îles Delgrès qui nous méandre
ayant Icare dévolu creusé au moelleux de la cendre
la plaie phosphorescente d'une insondable source
Or
constructeur du cœur dans la chair molles des mangliers
aujourd'hui Delgrès
aux creux de chemins qui se croisent
ramassant ce nom hors maremmes
je te clame et à tout vent futur
toi buccinateur d'une lointaine vendange.
le même qui depuis toujours m'obsède
tissu de bruits de ferrements de chaînes sans clefs
d'éraflures de griffes
d'un clapotis de crachats
un brouillard se durcit et un poing surgit
qui cassa le brouillard
le poing qui toujours m'obsède
et ce fut sur une mer d'orgueil
un soleil non pareil
avançant ses crêtes majestueuses
comme un jade troupeau de taureaux
vers les plages prairies obéissantes
et ce furent des montagnes libérées
pointant vers le ciel leur artillerie fougueuse
et ce furent des vallées au fond desquelles
l'Espérance agita les panaches fragiles des cannes à sucre de janvier
Louis Delgrès je te nomme
et soulevant hors silence le socle de ce nom
je heurte la précise épaisseur de la nuit
d'un rucher extasié de lucioles…
Delgrès il n'est point de printemps
comme la chlorophylle guettée d'une rumeur émergeante de morsures
de ce prairial têtu
trois jours tu vis contre les môles de ta saison
l'incendie effarer ses molosses
trois jours il vit Delgrès de sa main épeleuse de graines ou de racines
maintenir dans l'exacte commissure de leur rage impuissante
Gobert et Pélage les chiens colonialistes
Alentour le vent se gifle de chardons
d'en haut le ciel est bruine de sang ingénu
Fort Saint-Charles je chante par-dessus la visqueuse étreinte
le souple bond d'Ignace égrenant essouflée
par cannaies et clérodendres la meute colonialiste
Et je chante Delgrès qui aux remparts s'entête
trois jours Arpentant la bleue hauteur du rêve
projeté hors du sommeil du peuple
trois jours Soutenant soutenant de la grêle contexture de ses bras
notre ciel de pollen écrasé…
Et qu'est-ce qu'est-ce donc qu'on entend
le troupeau d'algues bleues cherche au labyrinthe des îles
Voussure ombreuse de l'écoute
la seule qui fût flaireuse d'une nouvelle naissance
Haïti aisance du mystère
l'étroit sentier de houle dans la brouillure des fables…
Mais quand à Baimbridge Ignace fut tué
que l'oiseau charognard du hurrah colonialiste
eut plané son triomphe sur le frisson des îles
alors l'Histoire hissa sur son plus haut bûcher
la goutte de sang je dis
où vint se refléter comme en profond parage
l'insolite brisure du destin…
Morne Matouba
Lieu abrupte. Nom abrupt et de ténèbres En bas
au passage Constantin là où les deux rivières
écorcent leurs hoquets de couleuvres
Richepanse est là qui guette
(Richepanse l'ours colonialiste aux violettes gencives
friand du miel solaire butiné aux campêches)
et ce fut aux confins l'exode du dialogue
Tout trembla sauf Delgrès…
O mort, vers soi-même le bond considérable
tout sauta sur le noir Matouba
l'épais filet de l'air vers les sommets hala
d'abord les grands chevaux du bruit cabrés contre le ciel
puis mollement le grand poulpe avachi de fumée
dérisoire cracheur dans la nuit qu'il injecte
de l'insolent parfum d'une touffe de citronelle
et un vent sur les îles s'abattit
que cribla la suspecte violence des criquets…
Delgrès point n'ont devant toi chanté
les triomphales
flûtes ni rechigné ton ombre les citernes
séchées ni l'insecte vorace n'a patûré ton site
O Briseur Déconcerteur Violent
Je chante la main qui dédaigna d'écumer
de la longue cuillère des jours
le bouillonnement de vesou de la grande cuve du temps
et je chante
mais de toute la trompette du ciel plénier et sans merci
rugi le tenace tison hâtif
lointainement agi par la rigueur téméraire de l'aurore !
Je veux entendre un chant où l'arc-en-ciel se brise
où se pose le courlis aux plages oubliées
je veux la liane qui croît sur le palmier
(c'est sur le tronc du présent notre avenir têtu)
je veux le conquistador à l'armure descellée
se couchant dans une mort de fleurs parfumées
et l'écume encense une épée qui se rouille
dans le pur vol bleuté de lents cactus hagards
je veux au haut des vagues soudoyant le tonnerre de midi
la négrillonne tête désenlisant d'écumes
la souple multitude du corps impérissable
que dans la vérité pourrie de nos étés
monte et ravive une fripure de bagasses
un sang de lumière chue aux coulures des cannaies
et voici dans cette sève et ce sang dedans cette évidence
aux quatre coins des îles Delgrès qui nous méandre
ayant Icare dévolu creusé au moelleux de la cendre
la plaie phosphorescente d'une insondable source
Or
constructeur du cœur dans la chair molles des mangliers
aujourd'hui Delgrès
aux creux de chemins qui se croisent
ramassant ce nom hors maremmes
je te clame et à tout vent futur
toi buccinateur d'une lointaine vendange.
Inscription à :
Articles (Atom)
Pour Anicia
Avec bien plus de courage qu’humainement possible Bien plus d’entêtement de fougue et de foi Qu’humainement supportables Avec bien plus ...
-
Petite découverte d'un carnaval de renommé internationale au Venezuela... Au Venezuela c'est comme au Brésil il y a plusieurs types ...
-
Allocution de Patrick Chamoiseau. Réception du Prix de l’excellence à vie au Center For Fiction de New York. 10 décembre 2024. L’écrivain is...
-
Édouard Coradin, dit Yvandoc, né en 1906 et mort en 1984, était un poète et homme de lettres, mais aussi une figure de l'histoire et d...






