jeudi 23 juin 2011

L'intarissable Frankétienne



Frankétienne est né en 1936 à Ravine-Sèche, petit village de la province de l'Artibonite d'une mère noire, très jeune et d'un père industriel américain blanc dont il garde la peau claire et les yeux verts. Dans le quartier populaire du Bel-Air, il va bientôt devoir assumer cette différence qui lui vaut des surnoms péjoratifs, dévalorisants comme blan mannan, blan popan qui désigne le blanc pauvre en Haïti. Très intelligent, Frankétienne fait de brillantes études, il est diplômé de l'Ecole nationale des hautes études internationales. Il fonde sa propre école où il enseigne presque toutes les matières. Il entre en littérature sous les influences de la romancière Marie Vieux Chauvet et les poètes de Haïti littéraire en publiant en 1938 un recueil de poésie Chevaux de l'avant-jour et un roman Mûr à crever en 1968 qui annonce ce bouleversement que son oeuvre va provoquer dans la littérature haïtienne par l'éclatement de l'écriture. Peu à peu sa personnalité se forge, il se dégage de ses premières influences pour aller plus loin dans sa quête de création absolue qui bouscule le langage à sa limite extrême. Il fonde le Mouvement spiralisme avec deux autres écrivains qui vont eux aussi devenir majeurs : Jean-Claude Fignolé et René Philoctète. Dès Mûr à crever, il énonce une première définition du spiralisme conforme à son oeuvre : 


Le spiralisme cerne la vie au niveau des associations (par les couleurs, les sons, les lignes, les mots) et des connexions historiques (par les situations dans l'espace et le temps). Non dans un circuit fermé. Mais suivant une spirale. D'une richesse telle que chaque nouvelle spire, plus élargie, plus élevée que la précédente, agrandit l'arc de vision. [...]  En ce sens comme moyen d'expression-efficient par excellence-le spiralisme utilise le genre total où sont mariés harmonieusement la description romanesque, le souffle poétique, l'effet théâtral, les récits, les contes, les esquisses autobiographiques, la fiction. De Ultravocal, récit polyphonique d'une grande densité poétique où s'entremêlent le je le tu le nous à l'Oiseau schizophone où il a atteint l'extrême délire du langage jusqu'à construire des phrases composées entièrement de néologismes, en passant par Dezafi premier roman en créole haïtien, roman de déconstruction formelle et renaissance de la conscience, et Eros-chimère, Frankétienne n'a jamais abandonné ses manières de pyromane.  En plus d'une quarantaine de livres, roman, poésie, théâtre, spirale, il a illustré l'esthétique du chaos et « la spirale enflammée de violence et d'horreurs ».  Bien que sur les planches du monde entier avec Garnel Innocent pour jouer sa dernière pièce de théâtre Melovivi ou le piège qui évoque la catastrophe du 12 janvier, il a eu le temps de parachever un livre de 568 pages intitulé Textamentaires qui annonce par le titre que c'est l'un de ses derniers livres qui seront des testaments, les derniers cahiers de fin de voyage. Textamentaires est un voyage à l'intérieur de l'être, le moi va à la recherche de la conscience par des fulgurances poétiques. C'est une spirale plutôt poétique plus ou moins ouverte, mais toujours exigeante dans ses images qui brûlent indéfiniment pour exorciser l'angoisse existentielle et le chaos. 

Corps inouï d'éclairs intarissables  
je me retire du dérisoire 
je m'abstrais du tangible 
sans jamais m'évanouir 
pour retrouver mon être  
dans l'opulence des voyages intuitifs 
au présent perpétuel 
de l'énergie intemporelle

Frankétienne
Textamentaires
Spirale 2010

lundi 20 juin 2011

Soirée à la mémoire de Mongo Beti (1932-2001)

Le 23 juin 2011 à 20 h  au Fiap, 30 rue Cabanis 75014 Paris (métro Saint Jacques ou Glacière)  organisée par Survie Paris Ile-de-France



Mongo Beti, écrivain mondialement connu, Alexandre Biyidi Awala pour l’état-civil, professeur agrégé de lettres classiques au lycée Corneille de Rouen, a vécu 41 ans en France. Il est l’auteur de quinze ouvrages : douze romans et trois essais politiques, et de très nombreux articles, notamment dans la revue Peuples Noirs Peuples Africains qu’il a fondée en 1978. Son long exil lui a été très douloureux. Son œuvre fut largement censurée, alors que ses textes témoignent de la dure réalité africaine, ignorée de la plupart des français.

Nous avons souhaité lui redonner la parole grâce au témoignage de ses proches. Ils évoqueront sa personne, son œuvre, son retour auCameroun, ses réalisations qui nous permettent d’appréhender la vie actuelle au Cameroun.

Film sur Mongo Beti, et conférence-débat avec
Odile Biyidi-Awala (Tobner) son épouse et sa plus proche collaboratrice, présidente de Survie

 Ambroise Kom qui a recueilli ses dernières confidences dans Mongo Beti parle, sur "Mongo Beti dans l’imaginaire camerounais"

 Thomas Deltombe co-auteur du volume historique "Kamerun : aux origines oubliées de la Guerre de la France contre l’Afrique", paru aux Editions La Découverte en Janvier 2011, sur "La guerre d’indépendance du Cameroun vue par Mongo Beti"

 François Gèze éditeur de La France contre l’Afrique, sur "Les éditions François Maspero face à la censure des livres anticolonialistes"

 Yves Mintoogue membre de la Société des Amis de Mongo Beti (SAMBE).

 En modératrice : Augusta Epanya de l’Union des Populations du Cameroun

MONGO BETI PARLE, Testament d’un esprit rebelle, Entretiens avec Ambroise KOM, 320 pages, 18 € Les Editions Homnisphères, 21 rue Mademoiselle 75015 Paris 01 46 63 66 57, info@homnispheres.com Collection Latitudes Noires

Dans les milieux littéraires, intellectuels et politiques africains, Mongo Beti (1932-2001) est entré dans l’histoire tant son écriture et ses opinions ont suscité et suscitent encore débats et controverses. Reconnu dès 1954 comme l’un des écrivains de langue française les plus importants, il fut cependant censuré à la fois en France et dans de nombreux pays africains pour ses dénonciations de toutes les formes de colonisation, du néocolonialisme, des dictatures et de la Françafrique. Polémiste redoutable, pamphlétaire infatigable, romancier renommé et travailleur acharné, il fut pendant plus de 30 ans un écrivain exilé. Par crainte légitime des pièges et persécutions dont il pouvait être l’objet, il avait instauré une distance entre lui et quiconque cherchait à l’approcher, ce qui n’a pas facilité le travail des chercheurs autour de son œuvre. MONGO BETI PARLE, recueil de discussions et d’entretiens avec Ambroise Kom, est le testament d’un intellectuel hors norme qui, par son engagement total en faveur de la liberté en Afrique en général et au Cameroun en particulier, a inspiré plusieurs générations de leaders. C’est aussi un ouvrage de réflexions d’un libre penseur, avec ses ambiguïtés, ses paradoxes mais également son attachement viscéral à l’Afrique, au Cameroun et à son coin de pays natal.

jeudi 16 juin 2011

Qui sont les Haïtiens ?


"C’est un peuple d’un passé glorieux, situé dans le Bassin de la Caraïbe. Par sa révolution contre l’esclavage, imposé par les puissances colonialistes occidentales, il est devenu le 1er janvier 1804 la première république noire. Il a marqué l’histoire de l’humanité en imposant le principe de l’égalité entre tous les hommes, qu’ils soient jaunes, noirs ou blancs. C’est un peuple inventeur. De la rencontre des pratiques culturo-religieuses de l’Afrique et de l’Europe sur la terre d’Haïti, ce peuple a développé une nouvelle religion, le vaudou, qui demeure comme toute religion énigmatique pour plus d’un, mais aussi intégratrice dans la culture haïtienne. Le peuple haïtien, à plus de 80% de créolophones, est aussi le grand contributeur du développement de la langue créole dans la Caraïbe et dans le monde. Si le créole est parlé par environ 20 millions d’habitants sur la terre, la moitié d’entre eux sont des Haïtiens. La culture haïtienne, représentative de la culture caribéenne, est créole. Or, la créolité, symbole de l’unité dans la diversité des cultures, sera le nouveau visage de la Culture du Monde."

Louis-Auguste Joint

mercredi 15 juin 2011

La littérature haïtienne perd un écrivain inclassable



L’écrivain Francklin M. Allien est décédé le 29 avril dernier, dans son appartement de Medford, au Massachusetts, où il vivait en reclus depuis des décades. Son grand ami, le professeur Joseph Ferdinand, nous invite à découvrir cet auteur inclassable dont l’œuvre est très peu connue, mais qui pourtant a une place de choix dans l’histoire de la littérature haïtienne.

Originaire de Chardonnières, petite ville haïtienne située dans le Département du Sud, Francklin Allien se donne une solide formation académique en embrassant, pour satisfaire son insatiable appétit de savoir, des disciplines aussi variées que le Droit, le Service social et les Lettres (à l’École normale supérieure de Port-au-Prince). À l’instar de la plupart des jeunes universitaires haïtiens à la fin de l’année 1965, il profite de la première occasion pour mettre de la distance entre lui et la mère patrie où le règne de terreur instauré par le dictateur François Duvalier emplissait les uns et les autres d’une peur panique. 

L’occasion, en l’occurrence, c’était une invitation d’aller rejoindre en Afrique les centaines de ses compatriotes qui œuvraient comme professeurs dans la République démocratique du Congo, en particulier. 

Après seulement deux ans, il sent le besoin de respirer un air nouveau. Le voilà alors installé à Ottawa, au Canada, où, grâce à son diplôme en Service social, il n’a pas de peine à trouver du travail. Mais son intention n’était pas de passer le reste de sa vie à cette tâche, il avait vocation de professeur et c’est le domaine dans lequel il choisira de faire carrière. Comme il visait l’enseignement universitaire, il devait commencer par retourner à l’école pour se préparer. Il complétera avec succès les programmes de Maîtrise et de Doctorat ès lettres à l’Université d’Ottawa (1974). 

Peu de temps après, on le retrouve au Danemark marié à une fille de ce pays, Lisbeth Kisager. Il y passera les neuf prochaines années avant de retourner en Amérique à la suite d’un divorce à l’amiable.

Il n’est pas retourné en Amérique les mains vides. C’est pendant son séjour au Danemark qu’il achève et fait publier en 1977 à La Pensée Universelle de Paris, son O Canada, mon pays, mes amours, un roman génial et qui s’impose tant par l’audace créatrice d’Allien que par l’usage d’un style où humour, fantaisie et poésie gardent constamment sous leur contrôle tutélaire une densité langagière époustouflante, prête, si on la laissait faire, à agresser le lecteur. Du jamais vu encore chez nous. Oui, Allien se veut novateur en s’appropriant tous azimuts les penchants transgressifs de la modernité dont l’écriture de l’époque faisait panache.

Et puis, le silence comme une chape de plomb ! On n’entendra plus parler de Francklin Allien. Or son destin d’écrivain n’a rien à voir avec celui d’un Arthur Rimbaud ou d’un Villard « Davertige » Denis. Réfugié dans une solitude forcée à cause des déficiences de santé chroniques qui le frappent, encore dans sa prime jeunesse, pour la peupler, cette solitude, comme le recommande l’une de ses idoles littéraires, Baudelaire (« Qui ne sait pas peupler sa solitude ne saura jamais être seul dans la multitude »), il n’arrête cependant pas d’écrire. 

C’était par-dessus tout une affaire de vie et de mort. Il écrit, dit-il, comme on respire, pour vivre. À sa mort, il a laissé en manuscrits, complètement achevés, pas moins de seize (16) ouvrages de fiction et de réflexions introspectives avec, en plus, trois tomes d’un Journal volumineux où il cerne le monde autour de lui et en lui, un monde comme lui seul pouvait le percevoir à travers le prisme déformant de sa psyché si singulière, en déroulant ses splendeurs en vraies « rêveries d’un promeneur solitaire »

Dans le testament notarié qu’il a signé dès 2008, c’est à moi, son fidèle ami depuis notre rencontre à l’École normale supérieure en 1961, qu’il confie la tâche de faire ce qu’il n’a pas pu ou voulu faire de son vivant : la publication de son immense œuvre. Je me dois de relever le défi pour deux raisons : d’abord pour honorer la parole donnée à un vieil ami, un frère d’une générosité sans borne, toujours prêt à donner à ses amis tout ce qu’il a et même ce qu’il n’a pas. 

Enfin, j’ai la ferme conviction, ayant déjà lu une très grande partie de cette œuvre, que quand celle-ci sera connue, on n’hésitera pas à proclamer Francklin Allien un phénomène littéraire, l’un des plus grands créateurs littéraires de notre génération, un fleuron de la littérature haïtienne et, j’ose l’affirmer, une brillante étoile au firmament de la littérature universelle.

Ma certitude de réussir vient aussi du fait que j’ai trouvé en Rodney Saint-Éloi, le dynamique directeur de Mémoire d’encrier, un partenaire déterminé à ne pas me laisser échouer parce que, pour ce qu’il sait déjà de cette œuvre inédite, il me retrouve dans mon jugement que publier Allien c’est rendre service à notre littérature en particulier et en général à la littérature universelle.

Cher Francklin, vieux frère, bon voyage ! De ces tourments qui minaient si lamentablement ton existence terrestre tu n’as plus maintenant aucun souvenir. C’est fini, F I N I. Désormais tu n’as plus besoin de feindre, par réflexe d’auto-flagellation, de préférer ton statut de marginal au privilège de vivre dans un environnement où l’on ne craint pas de poser le pied sur une mine dissimulée. Tu peux jouir sans vergogne de ton repos bien mérité dans l’éternité de la joie de ne plus être. Tu peux en toute sérénité prendre possession du bonheur après lequel tu as tant soupiré tout le long de ta lente descente de poète maudit dans l’abysse infernal de ce monde.



Joseph Ferdinand

[1] Enseignant au Saint Michael’s College de Colchester, au Vermont

mardi 14 juin 2011

Une nouvelle autochtonie


Comme les Antilles, La Réunion est née de la mise en contact des populations culturellement différentes, venues des quatre coins du monde, que "le maelström de l’Histoire" a réunies au cœur de la mer indiaocéanique.

Pour les auteurs de l’Éloge, la Créolité laisse entendre que rien ne demeure d’une identité originelle en dehors de quelques « traces » infimes. Elle se caractérise par l’absence d’origine, du moins l’origine est dans la Créolité même, c’est-à-dire dans la mise en contact brutal… des populations culturellement différentes. L’un d’eux précise : « Le point de départ, le point génésique » de l’identité créole — antillaise, réunionnaise, mauricienne, seychelloise… — ce n’est ni l’Afrique, ni l’Inde, ni la Chine originelles, « mais la cale du bateau, un lieu d’effondrement majeur. En descendant dans la cale, on ne descendait pas dans un autre monde, mais dans une autre vie où il fallait réinventer les dieux, les certitudes, tout refaire » (Patrick Chamoiseau, “Le Monde”, 26 avril 1998).

L’image du bateau-négrier comme ventre est également présente chez Edouard Glissant et avec la même ambivalence. Le bateau-négrier n’est pas seulement ce qui détruit et rejette, mais également le ventre qui enfante : « Le ventre de cette barque-ci te dissout, te précipite dans un non-monde où tu cries. Cette barque est une matrice, le gouffre-matrice. Génératrice de ta clameur ». (Poétique de la Relation, 1990, p. 18). 

On comprend que Patrick Chamoiseau puisse dire que « les populations qui sont le produit d’une créolisation, d’un métissage culturel, biologique n’ont pas la possibilité de se raccrocher à une source lointaine » (“Le Monde”, 26/04/1998). Cette déclaration nous concerne, car le processus de créolisation n’est pas propre au seul continent américain. D’où l’insistance des auteurs de l’Éloge sur les images d’une création inédite, d’« une entité anthropologique nouvelle », d’« humanité nouvelle »,  de « nouvelle dimension de l’homme ». Jean Bernabé estime même que « la créolisation est, en son principe, le vecteur d’une nouvelle autochtonie » (cité par Chancé Dominique, 2002 ; Bernabé, 1996).

Sans prendre position, nous tenons à souligner que cette conception de la Créolité ne reflète pas la complexité des préoccupations identitaires de nos divers groupes socioculturels, ici à La Réunion. Le concept de Réunionnité semble correspondre le mieux à notre situation.

Une Réunionnité une et diverse

Comme les Antilles, La Réunion est née de la mise en contact des populations culturellement différentes, venues des quatre coins du monde, que "le maelström de l’Histoire" a réunies au cœur de la mer indiaocéanique. Dans le contexte de violence de la plantation — esclavage, engagisme, colonisation — ces populations ont été amenées, malgré elles, à se côtoyer durablement et à multiplier leurs interactions.

De ce processus dit de créolisation, entendu comme « une dynamique de la perte, de l’emprunt et de la création » (MCUR, 2009), est née une langue, une musique, diverses traditions rituelles et pratiques culturelles et un savoir-faire spécifiques dans divers domaines. Bref, une culture dite créole née sous le signe du contact de civilisations qui se sont rencontrées dans ce lieu, sur cette terre réunionnaise. Cette culture créole est partagée par tous. C’est notre tronc culturel commun (Laurence Pourchez, 2005).

Cependant, « la rencontre, l’interférence, le choc, les harmonies et les disharmonies »(Glissant) entre ces diverses cultures et civilisations n’ont pas eu pour résultat leurs effacements. Mieux, leurs apports culturels sont restés assez vivants pour permettre aux Réunionnais de nos divers mondes de résister au rouleau compresseur de l’assimilation de la colonisation. Aujourd’hui, dans un désir d’affirmation identitaire, ces cultures retrouvent un nouveau souffle et s’affirment de plus en plus dans l’espace public, tout en cherchant à se rattacher à leur source d’origine respective.

Bref, à côté d’un tronc culturel que tous les Réunionnais partagent et qui s’enrichit progressivement, coexistent des cultures propres à nos différents groupes socioculturels, cultures spécifiques qui font partie de notre patrimoine commun. Ensemble, elles constituent la culture réunionnaise, notre Réunionnité, toujours en construction. C’est sous le signe de notre Réunionnité, une et diverse, que s’opèrent où devront s’opérer nos relations interculturelles, sociales, économiques et politiques.

Si à La Réunion, la culture créole, résultat de notre processus de créolisation, — que certains qualifient de Kréolité — ne constituent qu’une partie de la culture réunionnaise, aux Antilles ce que les auteurs de l’“Éloge de la Créolité” et d’autres appellent la Créolitéest une « Totalité » qui inclut tous les éléments de la culture antillaise. Ainsi, s’il va de soi qu’aux Antilles « la Créolité a vocation à irriguer toutes les nervures de notre réalité pour en devenir peu à peu le moteur » (Éloge, p. 29), à La Réunion, cette vocation revient à la Réunionnité, une et diverse.

De ce fait, lorsqu’on s’affirme comme Réunionnais, on s’affirme identitairement, mais c’est une identité multiple et ouverte. Pour parler comme les auteurs de l’“Éloge de la Créolité”, notre Réunionnité exprimée, frémit de la vie de toutes nos cultures particulières et de notre culture créole commune. Sé nout Zarlor kiltirèl.

Reynolds Michel

(Fin)(Sources  : Ghasarian Christian, “Patrimoine culturel et ethnicité à La Réunion”, in Revue Ethnologie française, juillet-septembre 1999. Bernabé Jean, Chamoiseau Patrick, Confiant Raphaël, “Éloge de la Créolité” Ed. Bilingue, Gallimard, 1990.Chancé Dominique, “Diaspora et créolité”, in Cahiers Charles V, n° 31, 2002.Bernabé Jean, “La Créolité : problématiques et enjeux”, in Alain Yacou (éd), “Créoles de la Caraïbe”, Paris, Kartala, 1996.MCUR, Rapport d’information sur la MCUR/DGADD/2009, Edit. Région Réunion, 2009.Pourchez Laurence, “Métissages à La Réunion : entre souillure et complexité culturelle”, in Africultures, n°62, janvier-mars 2005. 
Glissant Édouard, “Traité du Tout-Monde, Poétique IV”, Paris, Gallimard, 1997)

lundi 6 juin 2011

Ouverture d'un musée des arts africains à Caracas



Un musée afro-américain à Caracas pour faire redécouvrir aux Vénézuéliens leurs origines africaines.
François-Xavier Freland/RFI
Par François-Xavier Freland
Un musée d'art africain vient d'être inauguré à Caracas, dans le cadre de la semaine de l'Afrique dans le monde. Il abrite une collection privée, celle de la fondation Nelson Sanchez Chapellin. C'est le premier musée de cette ampleur en Amérique du Sud, dans un pays, le Venezuela, qui semble redécouvrir ses origines africaines.

Nelson Sanchez Chapellin, fondateur et collectionneur du musée d'art afro-américain de Caracas.
François-Xavier Freland/RFI
« Nous sommes débordés, on vient tout juste d'ouvrir, et les classes de collège défilent. Nous ne nous attendions pas à un tel succès ». Nelson Sanchez Chapellin, fondateur du musée, la soixantaine adolescente, chemise colorée, sautille presque de joie entre les statues, les lances, les cimiers Ciwara, l'antilope légendaire des bambara, des portraits en bronze d'artistes vénézuéliens, une ou deux Kora, des tapis et quelques pagnes.« Nous voulons faire redécouvrir aux vénézuéliens, leurs origines africaines, afin qu'ils en soient fiers, précise Nelson. On oublie trop souvent que les Noirs africains avaient découvert le continent latino-américain bien avant Christophe Colomb. Et puis c'est l'Afrique mère, le continent où tout a commencé, nous sommes tous des Africains. »
3000 objets de la fondation

Intérieur du musée d'art afro-américain de Caracas
François-Xavier Freland/RFI
Selon lui, certaines pièces du musée, très anciennes, ont plusieurs siècles. On y trouve surtout des masques Nok et objets divers de l'Ethnie Yoruba, d'origine béninoise ou nigérienne, autrefois décimée par l'esclavage, et dont sont originaires la plupart des Latino-Américains, Brésiliens en tête mais aussi, Cubains ou Vénézuéliens. « Et encore, vous n'avez rien vu, lorsque l'annexe sera achevée d'être construite juste à côté, lorsque nous aurons installé tous les systèmes de sécurité, les visiteurs pourront découvrir toute la collection, les plus de 3000 objets de la fondation. »
30 ans de voyages à travers toute l'Afrique, et notamment celle de l'Ouest, ont permis à cet ancien économiste issu d'une célèbre famille locale et à son ami Morris Matza, Egyptien érudit originaire d'Alexandrie, de constituer ce véritable trésor ethnologique. « Nous achetons tout sauf ce que nous troquons », précise Nelson avec un sourire, qui n'hésite pas à critiquer l'attitude immorale des premiers anthropologues anglais ou français, qui « pillèrent » selon lui l'Afrique mythique.
Cela me rappelle mon pays 

Hector Griffin est chargé d'animer au musée les débats autour de l'oeuvre du poète sénégalais Leopold Sedar Senghor.
François-Xavier Freland/RFI
Une jeune sénégalaise qui visite pour la première fois le musée s'arrête devant la statue d'une poule. « C'est un animal légendaire dans mon village, je suis sérère, et cela me rappelle mon pays », explique-t-elle, alors que Nelson la prend déjà par le bras pour lui proposer de venir au prochain débat sur le poète président sénégalais Léopold Sédar Senghor, et de venir préparer le mafé, le célèbre plat ouest-africain à base de pate d'arachides. L'animateur du débat Hector Griffin, ancien ambassadeur du Venezuela dans plusieurs pays d'Afrique,  décline en un français presque parfait quelques vers poétiques du chantre de la négritude. Lui, qui, une pointe d'ironie dans les yeux, prétend parler « petit nègre »lorsqu'il s'exprime dans la langue de Molière, est encore plus enjoué à l'heure d'évoquer ce tout nouveau temple de l'art africain au Venezuela : « Je viens d'un petit village où il n'y avait que des descendants d'esclaves. Pour moi qui me faisais traiter encore ce matin de « sale négro » par ma voisine, c'est une véritable revanche un tel muséeFace au racisme, je n'ai que mépris, ma réponse, c'est la tolérance et le souvenir. Beaucoup de Vénézuéliens oublient qu'ils ont du sang noir dans les veines ».
Ouvrir les portes de l’Africanité

POUR UN APERÇU, CLIQUEZ CI-DESSOUS
Le tout nouveau musée de l'art afro-américain, a fier allure, sur les trois étages d'une vieille bâtisse 1930, repeinte volontairement dans les tons ocres de l'Afrique sub-saharienne, cette couleur de terre qui n'est pas sans rappeler les cases en pisé des bords du Niger. « Nous adorons le Mali, s'enthousiasme Nelson, d'ailleurs, grâce au directeur du Musée National de Bamako, nous avons rencontré un vieux sage qui nous a littéralement ouvert les portes de l'Africanité ».

Souleymane Bachir Diagne reçoit le Prix Edouard Glissant



Le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, 56 ans, recevra, mercredi 8 juin à Paris, le Prix Edouard Glissant, qui récompense chaque année, depuis 2002, une œuvre littéraire d’un auteur ou d’un artiste fidèle aux valeurs de l’écrivain martiniquais et qui traite de la diversité culturelle, les relations Nord-Sud, la raison post-coloniale, le métissage et toutes les formes d’émancipation, rapporte l'agence de presse sénégalaise. 


Professeur d’études francophones et de philosophie à l’université de Columbia et membre du Conseil du futur de l’Unesco, M. Diagne, professeur invité au Collège de France, a publié de nombreux travaux dans les domaines de l’histoire de la logique et de la philosophie, en particulier dans le monde islamique et en Afrique. 

Dans « 100 mots pour l’Islam », publié en 2001, le philosophe musulman « explique une suite de notions religieuses, juridiques et politiques qui tournent autour de l’Islam qui n’est pas examiné du point de vue de la foi, mais dans une perspective politique et historique ». 


Egalement auteur, entre autres, de « Léopold Sédar Senghor : L’art africain comme philosophie » et de « Comment philosopher en islam », M. Diagne est un admirateur du philosophe et poète musulman originaire du Pakistan Muhammad Iqbal et a consacré plusieurs livres à son sujet. 


A l'occasion de la remise de la récompense, un hommage sera rendu mercredi à Edouard Glissant, décédé la 3 février dernier à l’âge de 82 ans, à la Maison de l’Amérique latine, à Paris. 


Une conférence du journaliste Edwy Plenel, fondateur du site Mediapart, sur « l’œuvre et les engagements » de l’écrivain martiniquais, fondateur des concepts d’« antillanité », de« créolisation » et de « tout-monde », concept qui s’interroge sur la survie des peuples au sein d’une mondialisation source de nombreux conflits identitaires à travers le monde, sera prévue à cet effet. 


Il a été créé en 2002 à l’initiative de l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, avec le concours de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF), de la Maison de l’Amérique Latine et du Réseau France-Outremer (RFO). 

Les intéllectuels faussaires



14 refus d’éditeurs. Oui, vous lisez bien : il y a 14 éditeurs qui ont refusé de publier le manuscrit que je leur avais envoyé sur « les intellectuels faussaires », ceux qui mentent sciemment au public et pourtant restent les stars des médias. Comment ont-ils justifié leur choix ? Certains étant des éditeurs universitaires le trouvaient trop polémique, d’autres estimaient que je mettais en cause certains de leurs auteurs. Mais il y eut également le cas fréquent d’éditeurs me disant qu’ils avaient apprécié le livre, qu’ils en ont partagé les analyses et démonstrations mais qu’ils ne pouvaient pas prendre le risque de le publier car ils ne voulaient pas se fâcher avec des gens puissants dans le milieu de l’édition et des médias.
La France est un pays de liberté mais, dans ce domaine, l’autocensure, la protection des puissants au mépris du public fonctionnent. Publier un livre contre certaines figures du monde médiatique français serait-il aussi difficile que de publier un livre critique vis-à-vis de Ben Ali en Tunisie avant la révolution du Jasmin ? Il y a des gens qu’il ne faut pas mettre en cause, car ils ont des moyens de rétorsion. Nous sommes dans un tout petit monde où éditeurs, chroniqueurs et éditorialistes vivent en vase clos. On verra bien si les réseaux sociaux, si la mobilisation de la base arrivera à être plus forte que l’entre soi du petit monde éditorial.
Je publie, en effet aux éditions Jean-Claude Gawsewitch le 20 mai ce livre intitulé « Les intellectuels faussaires ». Il démontre les multiples mensonges, contre-vérités, voire même affabulations, que de nombreux intellectuels et experts commettent sans pour autant voir leur statut remis en cause ou leur présence dans les médias contestée. Je ne parle pas là d’erreurs, tout le monde peut en commettre, quoi que certains en abusent, mais de mensonges volontaires. À condition d’aller dans le sens des vents dominants et notamment de faire de l’islam une menace terrorisante, cela passe comme une lettre à la poste. Pour certains, vérités et mensonges se valent. Il n’y a pas de différence. Ces experts et intellectuels dont la mission serait d’éclairer le public, en réalité le trompent. C’est cette connivence qui suscite la coupure entre le public, qui n’est pas dupe et les élites.
On verra ce qu’il adviendra de ce livre, s’il sera étouffé par les censeurs discrets ou si le pari courageux de Jean-Claude Gawsewitch, auquel je rends hommage, sera récompensé.
Pascal Boniface, Les Intellectuels faussaires – Éditions JC Gawsewitch, Mai 2011, 247 pages iris-france.org

vendredi 3 juin 2011

Le rythme fatigué de ma main



" Le rythme fatigué de ma main " ....un de mes deux derniers nés, à paraitre sous peu....une main qui, par crainte de tout perdre, de se perdre, s'efforce de tout écrire, de tout produire, jusqu'à l`épuisement.

jeudi 2 juin 2011

1. Première participation d’Haïti à la Biennale de Venise


Le pavillon d'Haïti présentera pendant cette Biennale, deux évènements artistiques en parallèle : «Haïti Royaume de ce Monde» jusqu’au 31 juillet 2011, une exposition itinérante de l'Haïtien Giscard Bouchotte, qui exposera les œuvres de 15 artistes (Sergine André, Élodie Barthelemy, Mario Benjamin, Maxence Denis, Edouard Duval-Carrié, Frankétienne, Guyodo, Sébastien Jean, Killy, Tessa Mars, Pascale Monnin, Paskö, Barbara Prézeau Roberto Stephenson, Hervé Télémaque, Patrick Vilaire) vivant en Haïti et dans la diaspora, et une exposition extérieure fixe, intitulée « Death and Fertility » (Mort et Fertilité) conçu par l'artiste italien Daniele Geminiani avec le support du photographe et de l'éditeur anglais Leah Gordon. Le pavillon de la République d'Haïti rendra hommage à Édouard Glissant, écrivain et philosophe des Caraïbes récemment disparu.