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lundi 19 septembre 2011

Haïti - Social : 100ème anniversaire de la disparition d’Anténor Firmin




Lundi 19 septembre, au Cap Haïtien sera organisé une cérémonie de commémoration à l’occasion du 100ème anniversaire de la disparition de Joseph Anténor Firmin [18 octobre 1850 - 1911], homme politique et auteur haïtien « De l’égalité des races humaines » et de l’essai « M. Roosevelt, Président des États-Unis et la République d'Haïti ».

Une messe sera célébrée à la Cathédrale du Cap Haïtien et un buste, réalisé par Ludovic Booz sera dévoilé au public. Daniel Elie, directeur de l’Institut National pour la Sauvegarde du Patrimoine(ISPAN), profitera des circonstances pour annoncer le projet de restauration de la maison d’Anténor Firmin.

En savoir plus sur Anténor Firmin :
Issu d'une famille modeste du Cap-Haïtien, Joseph Anténor Firmin effectue ses études secondaires au lycée de sa ville natale et commence à enseigner dès l'âge de 17 ans. Il travaille comme employé d'une maison de commerce, professeur, puis Inspecteur des Ecoles ; passionné de politique, il fonde au Cap Haïtien le journal « Le messager du Nord ». Candidat malheureux en 1879 à la députation, il est envoyé en 1883 comme représentant de son pays aux fêtes du centenaire de Bolivar. Refusant un poste de ministre sous la présidence de Lysius Félicité Salomon, il s'exile à Saint-Thomas puis à Paris (1885) où il rencontre Louis-Joseph Janvier et devient membre de la Société d’Anthropologie de Paris.

En 1885, il publie « De l’égalité des races humaines », une réhabilitation de la grandeur historique de la race noire depuis l'Egypte jusqu'à Haïti en réaction à l'Essai sur l'inégalité des races humaines, de Gobineau (1854).

Anténor Firmin est candidat à la présidence à la fin du xixe siècle. Ministre de Florvil Hippolyte en 1891, il résiste aux pressions des États-Unis, qui voulaient installer une base militaire en Haïti, au Môle Saint-Nicolas. En 1905, son essai, « M. Roosevelt, président des États-Unis et la République d'Haïti » eut une grande répercussion, qui prédisait une intervention armée américaine qui, de fait, eut lieu.

vendredi 2 septembre 2011

Mercredi 7 Septembre 2011 Soiree Performance 18h00 Institut francais en Haiti




Soyez a l'heure!

Joelle Ferly
Contemporary Art - Guadeloupe
www.revayiti.com (voir les photos d'Azor, de la performance du Champ-de-Mars durant laquelle l'artiste est restee 24 debout sans boire, ni manger...)
www.artocarpe.net (bilingual website)


Actuellement en residence d'artiste en Haiti jusqu'au 10 Septembre 2011 avec la structure AfricAmericA
Laureate du programme Caraibes en Creation - Institut Francais

Phones:
Haiti:  44 10 28 93  (numero de portable ne commencant pas par 3 mais bien local!)
Guadeloupe; French Caribbean: 00 (590) (0)6 90 30 27 43

jo.ferly@yahoo.co.uk
skype: joelleart
Facebook: Jo Ferly Joelle

Recent and future exhibitions:
• Fondation Clement, (Horizontes Insulares exhibition), Martinique - Nov. 2011
• Museo de Arte Moderno, (Horizontes Insulares exhibition), Republica Dominicana- July 2011
• Visa Pour la Creation: Laureate du programme CulturesFrance -Residence en Haiti, June-Sept '11
• Centro de Arte Contemporaneo Wifredo Lam, (Horizontes Insulares exhibition), Cuba Aout 2011
• Museo de Arte Contemporáneo de Funchal, Madeira, (Horizontes Insulares exhibition), Feb.2011
• Global Caribbean -Museo de Arte Contemporaneo (MAC) de Puerto Rico February - May 2011
• Festival Mondial des arts negres, Dakar, Senegal - Dec. 2010 (curated by Dominique Fontaine)
• Global Caribbean - Musée des Arts Modestes, Sete, France - Juin - Sept. 2010
• IES Canarias Cabrera Pinto - Tenerife, (Horizontes Insulares exhibition), Sept. 2010
• Centro de Arte La Regenta, (Horizontes Insulares exhibition, curated by Orlando Britto) Las Palmas city - May 2010
• IBW Film Festival, Tricycle Theatre, London UK - Mar. 2010
• Clark University, USA - Jan. 2010
• Miami Art Basel - Global Caribbean, Haitian Pavillon, Miami, USA - Dec. 2009 (cur. by E. Duval Carrie)
• Pavillon de la Ville de Pointe-a-Pitre, (Latitudes Exhibition), Guadeloupe - Nov. 2009
• MAC'09, Le Marin, Martinique - November 2009
• Museo de Arte contemporaneo de Panama Ciudad (Latitudes Exhibition) - Aug. 2009
• Ghetto Biennale, Haiti - August 2009
• L'Artocarpe, Art contemporain, Le Moule, Guadeloupe - June 2009
• Art Bemao,(Contemporary art fair curated by Jean-Marc Hunt) Guadeloupe - June 2009
• Havana Bienale, Cuba - March 2009 (Latitudes Exhibition)
• Fondation Clement, (Entrevues exhibition, curated by Suzy Landau) Martinique – Feb. - May 2009
• Neme Art centre - Cyprus - September 2008
• Tjibaou Art centre, New Caledonia (Latitudes Exhibition, curated by Regine Cuzin) - 2008


InvitationIFHSept11

jeudi 7 juillet 2011

A tous qui veulent lire l'histoire de la mulâtrie au présent dans le passé



Un auteur peu connu, Alexandre Bonneau, avait produit un titre en 1862 un document d'une valeur hsitorique: HAITI, SES PROGRES, SON AVENIR. La question des Noirs et des Mulâtres y était clairement évoqué.  Voici ce qu'il écrivit au chapitre VIII de son livre.   


"Ce n'est pas pour flatter les Haïtiens que nous avons pris la plume, mais pour les défendre contre des accusations injustes et pour leur dire des vérités utiles. Ils ont fait des pas en avant, depuis l'organisation donnée au pays par Alexandre Pétion; leurs détracteurs élèvent en vain la voix; si la culture de la canne s'est maintenue pour la production du sirop et du tafia ; si de 35 millions de livres de cafés exportés, on est arrivé à 60 millions; si de 15 millions de livres de campêche, on est parvenu à en exploiter 104 millions ; si la culture renaissante du coton a produit l'année dernière 2,500,000 livres; si l'instruction publique, la justice et les cultes ont été largement réorganisés, n'est-ce pas la preuve éclatante d'un mouvement ascensionnel très-sérieux ; mais à qui la nation est-elle redevable de ces bienfaits, si ce n'est au gouvernement des hommes de couleur ?


Nous le dirons donc avec une entière conviction; les mulâtres sont, quant à présent, les conducteurs nécessaires de la société haïtienne ; ils représentent le progrès au milieu d'elle ; ils sont l'incarnation du génie européen infusé dans le sang des populations africaines, et ceux-là tromperaient la race noire et la pousseraient à sa ruine, qui voudraient lui persuader qu'elle peut se passer d'eux et se gouverner désormais par elle-même. C'est aux hommes de couleur qu'il appartient de rapprocher leurs frères noirs de la civilisation, et de rendre à Haïti, par la liberté, la haute fortune dont elle fut dotée autrefois par l'esclavage. Il ne s'agit pas ici de vaines hypothèses, mais d'une loi providentielle éclatante comme le soleil des Antilles.   


Est-ce à dire que les mulâtres seuls ont droit de remplir les fonctions publiques? Rien n'est plus loin de notre pensée. Nous croyons, au contraire, qu'il est juste, qu'il est indispensable, de confier des emplois à tous les noirs qui sont en mesure de les remplir d'une manière convenable; et les chefs mulâtres l'ont de tout temps compris. Sous Boyer et sous le président Geffrard comme sous Pétion, les noirs instruits et intelligents ont été appelés aux plus hautes dignités ; ils ont siégé en majorité dans les Chambres et dans les tribunaux ; ils ont occupé les grades les plus élevés de l'armée ; ils ont fait partie du conseil des ministres. Tout ce que nous demandons, dans l'intérêt général de la nation, c'est que la direction soit confiée aux plus capables, qui, dans l'état actuel de la société, sont incontestablement les hommes de couleur.   


Noirs et jaunes, soyez donc unis, comme il convient à des hommes nés de la même mère, co-partageants dans le même héritage, et solidaires à tel point qu'on ne saurait léser les intérêts des uns sans mettre en péril les intérêts des autres. Les divisions intestines sont plus fatales à Haïti qu'à aucune autre nation du monde. Celles qui ont éclaté jusqu'à ce jour ont ralenti la marche du pays, et si les noirs ne sont pas, à cet égard, exempts de reproches, les mulâtres, nous ne craignons pas de le proclamer, ont assumé dans les révolutions la responsabilité la plus lourde. Les jaunes se montrent, en général, trop pressés d'arriver; leur pétulance tend au désordre, et beaucoup ont en eux-mêmes une confiance exagérée, qui leur fait trop souvent oublier ce que le peuple a droit d'attendre encore de la sagesse, de la capacité, de l'expérience consommée des hommes qu'ils voudraient évincer de positions conquises par un long dévouement à la chose publique et par d'éminents services.


 Norluck Dorange

mercredi 6 juillet 2011

Le ‘’ Konpa’’ : identité haïtienne.


Né, en 1955, le fils légitime du saxophoniste haïtien, Nemours Jean Baptiste : le ‘’Konpa Dirèk’’ fête ses cinquante six ans ce 2011 avec un bilan plus ou moins positif, grâce à la promotion d’une mosaïque de groupes musicaux, comme : Magnum Band, Bossa Combo, Jazz des jeunes, Zenglen, Carimi, Invincibles, Jouvenceaux, Tropicana, Septen, etc. Des aînés musclés et des jeunes élégants.

Le ‘’Konpa’’ et une partie de son histoire…
De la Rumba cubaine au Konpa haïtien en passant par le Callipso trinidadien, les meilleurs rythmes dansants du monde viennent de la Caraïbe, cette partie du monde où se situe Haïti.

Chaque île de ce bassin possède sa propre tradition, et richesse musicale, et le ‘’konpa’’ représente l’une des forces de cette zone, il est cet innovation rythmique sortie d’une compétition musicale entre deux grands architectes d’exception, Nemours Jean Baptiste et Wébert Sicot. C’est en effet à la fin des années 1955 que c’est deux ‘’compères’’ après avoir débuté et joué dans ‘’L’ensemble aux calebasses’’ fondaient chacun de leur côté un groupe musical. C’est là que le ‘’konpa dirèk’’ va connaître son premier été. 

Le Saxophoniste Nemours Jean Baptiste lancait, en 1955, le ‘’ ’konpa dirèk’’, et Wébert Sicot, de son côté, exécutait non seulement la cadence rampa mais jouait aussi d’autres rythmes locaux tels que le rada, le pétro, le boléro, ce qui engendrait une rivalité entre Nemours Jean Baptiste et Wébert Sicot, qui devenaient les deux fers de lance de la musique haïtienne. De cette lutte musicale fratricide, le ‘’konpa dirèk’’ a survécu. 

Les différentes sources de la musique Haïtienne.
Il est très difficile de parler d’une d’influence musicale bien précise ‘’konpa dirèk’’, si certains connaisseurs pensent qu’il a puisé dans plusieurs sources : dont le Jazz américain et la musique Cubaine (Boléro), d’autres disent qu’il est le fruit du mariage de trois cultures : l’Europe, l’Afrique, et la Caraïbe. 

Les européens, les africains se sont introduits dans l’île et ce mélange d’ethnies et de civilisation a favorisé la naissance d’une expression musicale très variée, vouée à la détente, basée sur une formule que certains disent, encore proches du calypso, d’autres du flamenco, ou du meringue dominicain une meringue lente et caractérisée par une emphase lourde sur le rythme l’accent, la mélodie, l’improvisation. Elle a prisé également dans beaucoup de bassins musicaux de la région d’Amérique du sud, mais le ‘’Konpa’’ reste et demeure la forme de musique la plus populaire parce c’est une musique complexe faite sur la percussion épicée de corde et de cuivre. 




Plusieurs groupes musicaux et talentueux artistes haïtiens ont fait le bonheur, et la promotion de cette musique très affectionnée, prisée par les mélomanes du monde entier, des groupes tels que : Tabou Combo, System band, Skah Shah, Magnum band, Coupé Cloué, Bossa Combo, Dp Express, Tropicana, les Frères de Jean, Septentrional, avec eux, la musique haïtienne, dans le futur exercera un véritable leadership sur le bassin caraïbe. Les musiciens qui ont contribué au développement du ’konpa dirèk’’, sont le génial maestro du cadence Rempa, Wébert Sicot, l’excellent chanteur à la voix douce et mélodieuse du super Jazz des jeunes, Gérard Dupervil, le roi Coupé Cloué, Ti manno de son vrai nom Antoine Rossini Jean Baptiste, Pour ne citer que ceux-là. 

Un essaim de jeunes musiciens assure l’avenir de cette musique populaire dansante haïtienne, qu’on danse avec le cœur et les tripes : le Konpa dirèk.

Emerson VILBRUN

bonzouti.com

jeudi 23 juin 2011

L'intarissable Frankétienne



Frankétienne est né en 1936 à Ravine-Sèche, petit village de la province de l'Artibonite d'une mère noire, très jeune et d'un père industriel américain blanc dont il garde la peau claire et les yeux verts. Dans le quartier populaire du Bel-Air, il va bientôt devoir assumer cette différence qui lui vaut des surnoms péjoratifs, dévalorisants comme blan mannan, blan popan qui désigne le blanc pauvre en Haïti. Très intelligent, Frankétienne fait de brillantes études, il est diplômé de l'Ecole nationale des hautes études internationales. Il fonde sa propre école où il enseigne presque toutes les matières. Il entre en littérature sous les influences de la romancière Marie Vieux Chauvet et les poètes de Haïti littéraire en publiant en 1938 un recueil de poésie Chevaux de l'avant-jour et un roman Mûr à crever en 1968 qui annonce ce bouleversement que son oeuvre va provoquer dans la littérature haïtienne par l'éclatement de l'écriture. Peu à peu sa personnalité se forge, il se dégage de ses premières influences pour aller plus loin dans sa quête de création absolue qui bouscule le langage à sa limite extrême. Il fonde le Mouvement spiralisme avec deux autres écrivains qui vont eux aussi devenir majeurs : Jean-Claude Fignolé et René Philoctète. Dès Mûr à crever, il énonce une première définition du spiralisme conforme à son oeuvre : 


Le spiralisme cerne la vie au niveau des associations (par les couleurs, les sons, les lignes, les mots) et des connexions historiques (par les situations dans l'espace et le temps). Non dans un circuit fermé. Mais suivant une spirale. D'une richesse telle que chaque nouvelle spire, plus élargie, plus élevée que la précédente, agrandit l'arc de vision. [...]  En ce sens comme moyen d'expression-efficient par excellence-le spiralisme utilise le genre total où sont mariés harmonieusement la description romanesque, le souffle poétique, l'effet théâtral, les récits, les contes, les esquisses autobiographiques, la fiction. De Ultravocal, récit polyphonique d'une grande densité poétique où s'entremêlent le je le tu le nous à l'Oiseau schizophone où il a atteint l'extrême délire du langage jusqu'à construire des phrases composées entièrement de néologismes, en passant par Dezafi premier roman en créole haïtien, roman de déconstruction formelle et renaissance de la conscience, et Eros-chimère, Frankétienne n'a jamais abandonné ses manières de pyromane.  En plus d'une quarantaine de livres, roman, poésie, théâtre, spirale, il a illustré l'esthétique du chaos et « la spirale enflammée de violence et d'horreurs ».  Bien que sur les planches du monde entier avec Garnel Innocent pour jouer sa dernière pièce de théâtre Melovivi ou le piège qui évoque la catastrophe du 12 janvier, il a eu le temps de parachever un livre de 568 pages intitulé Textamentaires qui annonce par le titre que c'est l'un de ses derniers livres qui seront des testaments, les derniers cahiers de fin de voyage. Textamentaires est un voyage à l'intérieur de l'être, le moi va à la recherche de la conscience par des fulgurances poétiques. C'est une spirale plutôt poétique plus ou moins ouverte, mais toujours exigeante dans ses images qui brûlent indéfiniment pour exorciser l'angoisse existentielle et le chaos. 

Corps inouï d'éclairs intarissables  
je me retire du dérisoire 
je m'abstrais du tangible 
sans jamais m'évanouir 
pour retrouver mon être  
dans l'opulence des voyages intuitifs 
au présent perpétuel 
de l'énergie intemporelle

Frankétienne
Textamentaires
Spirale 2010

mercredi 15 juin 2011

La littérature haïtienne perd un écrivain inclassable



L’écrivain Francklin M. Allien est décédé le 29 avril dernier, dans son appartement de Medford, au Massachusetts, où il vivait en reclus depuis des décades. Son grand ami, le professeur Joseph Ferdinand, nous invite à découvrir cet auteur inclassable dont l’œuvre est très peu connue, mais qui pourtant a une place de choix dans l’histoire de la littérature haïtienne.

Originaire de Chardonnières, petite ville haïtienne située dans le Département du Sud, Francklin Allien se donne une solide formation académique en embrassant, pour satisfaire son insatiable appétit de savoir, des disciplines aussi variées que le Droit, le Service social et les Lettres (à l’École normale supérieure de Port-au-Prince). À l’instar de la plupart des jeunes universitaires haïtiens à la fin de l’année 1965, il profite de la première occasion pour mettre de la distance entre lui et la mère patrie où le règne de terreur instauré par le dictateur François Duvalier emplissait les uns et les autres d’une peur panique. 

L’occasion, en l’occurrence, c’était une invitation d’aller rejoindre en Afrique les centaines de ses compatriotes qui œuvraient comme professeurs dans la République démocratique du Congo, en particulier. 

Après seulement deux ans, il sent le besoin de respirer un air nouveau. Le voilà alors installé à Ottawa, au Canada, où, grâce à son diplôme en Service social, il n’a pas de peine à trouver du travail. Mais son intention n’était pas de passer le reste de sa vie à cette tâche, il avait vocation de professeur et c’est le domaine dans lequel il choisira de faire carrière. Comme il visait l’enseignement universitaire, il devait commencer par retourner à l’école pour se préparer. Il complétera avec succès les programmes de Maîtrise et de Doctorat ès lettres à l’Université d’Ottawa (1974). 

Peu de temps après, on le retrouve au Danemark marié à une fille de ce pays, Lisbeth Kisager. Il y passera les neuf prochaines années avant de retourner en Amérique à la suite d’un divorce à l’amiable.

Il n’est pas retourné en Amérique les mains vides. C’est pendant son séjour au Danemark qu’il achève et fait publier en 1977 à La Pensée Universelle de Paris, son O Canada, mon pays, mes amours, un roman génial et qui s’impose tant par l’audace créatrice d’Allien que par l’usage d’un style où humour, fantaisie et poésie gardent constamment sous leur contrôle tutélaire une densité langagière époustouflante, prête, si on la laissait faire, à agresser le lecteur. Du jamais vu encore chez nous. Oui, Allien se veut novateur en s’appropriant tous azimuts les penchants transgressifs de la modernité dont l’écriture de l’époque faisait panache.

Et puis, le silence comme une chape de plomb ! On n’entendra plus parler de Francklin Allien. Or son destin d’écrivain n’a rien à voir avec celui d’un Arthur Rimbaud ou d’un Villard « Davertige » Denis. Réfugié dans une solitude forcée à cause des déficiences de santé chroniques qui le frappent, encore dans sa prime jeunesse, pour la peupler, cette solitude, comme le recommande l’une de ses idoles littéraires, Baudelaire (« Qui ne sait pas peupler sa solitude ne saura jamais être seul dans la multitude »), il n’arrête cependant pas d’écrire. 

C’était par-dessus tout une affaire de vie et de mort. Il écrit, dit-il, comme on respire, pour vivre. À sa mort, il a laissé en manuscrits, complètement achevés, pas moins de seize (16) ouvrages de fiction et de réflexions introspectives avec, en plus, trois tomes d’un Journal volumineux où il cerne le monde autour de lui et en lui, un monde comme lui seul pouvait le percevoir à travers le prisme déformant de sa psyché si singulière, en déroulant ses splendeurs en vraies « rêveries d’un promeneur solitaire »

Dans le testament notarié qu’il a signé dès 2008, c’est à moi, son fidèle ami depuis notre rencontre à l’École normale supérieure en 1961, qu’il confie la tâche de faire ce qu’il n’a pas pu ou voulu faire de son vivant : la publication de son immense œuvre. Je me dois de relever le défi pour deux raisons : d’abord pour honorer la parole donnée à un vieil ami, un frère d’une générosité sans borne, toujours prêt à donner à ses amis tout ce qu’il a et même ce qu’il n’a pas. 

Enfin, j’ai la ferme conviction, ayant déjà lu une très grande partie de cette œuvre, que quand celle-ci sera connue, on n’hésitera pas à proclamer Francklin Allien un phénomène littéraire, l’un des plus grands créateurs littéraires de notre génération, un fleuron de la littérature haïtienne et, j’ose l’affirmer, une brillante étoile au firmament de la littérature universelle.

Ma certitude de réussir vient aussi du fait que j’ai trouvé en Rodney Saint-Éloi, le dynamique directeur de Mémoire d’encrier, un partenaire déterminé à ne pas me laisser échouer parce que, pour ce qu’il sait déjà de cette œuvre inédite, il me retrouve dans mon jugement que publier Allien c’est rendre service à notre littérature en particulier et en général à la littérature universelle.

Cher Francklin, vieux frère, bon voyage ! De ces tourments qui minaient si lamentablement ton existence terrestre tu n’as plus maintenant aucun souvenir. C’est fini, F I N I. Désormais tu n’as plus besoin de feindre, par réflexe d’auto-flagellation, de préférer ton statut de marginal au privilège de vivre dans un environnement où l’on ne craint pas de poser le pied sur une mine dissimulée. Tu peux jouir sans vergogne de ton repos bien mérité dans l’éternité de la joie de ne plus être. Tu peux en toute sérénité prendre possession du bonheur après lequel tu as tant soupiré tout le long de ta lente descente de poète maudit dans l’abysse infernal de ce monde.



Joseph Ferdinand

[1] Enseignant au Saint Michael’s College de Colchester, au Vermont

Pour Anicia

  Avec bien plus de courage qu’humainement possible  Bien plus d’entêtement de fougue et de foi Qu’humainement supportables  Avec bien plus ...