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mardi 22 octobre 2019

Haiti, La Mere


Demeure.
De cette crique on raconte tant de belles histoires. Celle de cette indienne Mencia, petite fille d'Anacaona, qui y venait se baigner et s’asseyait langoureusement sur ce grand roc, chantait de sa voix et de sa flûte.
On dit entendre encore sa voix.
Celle aussi de ces rires de femmes baigneuses qu'on apercevait coiffant leur chevelure.
Et celle recente de ce palmiste vu au fond du bassin palmiste l’après midi du tremblement de terre de 2010. Un paysan raconte être dans son jardin en top de la crique, entendant un son caverneux, se penche pour voir le bassin palmiste vidée de son eau et a nu était un palmiste droit debout au beau milieu. Ce fut dit il une émotion très forte pour lui qui n'avait pas compris ce qui se passait.
Ici c'est chez moi,
Là ou je me Terre
Quand je suis en émoi.
Là où je suis MOI.
Femme enfant de la Mere...

O Ludmilla Joseph

dimanche 7 août 2016

L'oiseau symbole de notre drapeau


Il y a un petit oiseau
qui ressemble au drapeau.
Culotte rouge est le nom
qu'on lui donne au canton.
Il est rouge et bleu de couleur
prêt à disparaitre j'ai peur,
beaucoup d'haitiens ignorent
s'il existe même. Dès lors
montons haut notre culture.
Non ! Haiti ne périra pas
ses fils font la ceinture
pour lui protéger les pas...
.
L'oiseau symbole de notre drapeau...

Guy Cayemite



Kanson wouj
.
Gen yon ti zwazo
ki sanble
ak yon drapo...
Li wouj e ble,
Kanson wouj, se non
yo bali lan kanton...
Li prèt
pou disparèt...
Anpil Aysien
pa menm konen
si li ekziste...
An nou monte
kilti nou wo
ak yon ti zwazo...
Ayiti pap peri,
pitit li la avek li...

mercredi 28 janvier 2015

NEDJE

Nedje
Tu n'avais pas seize ans
Toi qui disais venir du Danakil
Et que des blancs pervers
Gavaient d'anis et de whisky
En ce dancing fumeux
De Casablanca
Le soir coulait du sang
Par la fenêtre étroite
Jusqu'aux burnous des Spahis
Affalés contre le bar
Et dessinait là-bas
Au-dessus du désert proche
D'épiques visions
De chocs et de poursuites
De revers et de gloire
Un soir sanglant
Qui n'était qu'une minute
De l'éternel soir sanglant de l'Afrique
Et si triste
Que ta danse s'en imprégna
Et me fit mal au cœur
Comme ta chanson
Comme ton regard
Plongé dans mon regard
Et mêlé à mon âme
Tes yeux étaient pleins de pays
De tant de pays
Qu'en te regardant
Je voyais resurgir
A leurs fauves lumières
Les faubourgs noirs de Londres
Les bordels de Tripoli
Montmartre, Harlem,
Tous les faux paradis
Où les nègres dansent 
Et chantent pour les autres
L'appel proche
De ton Danakil mutilé
L'appel des mains noires fraternelles
Apportaient à ta danse d'amour
Une pureté de premier jour
Et labouraient ton cœur
De grands accents familiers
Tes frêles bras
Élevés dans la fumée
Voulaient étreindre
Des siècles d'orgueil
Et des kilomètres de paysages
Tandis que tes pas
Sur la mosaïque cirée
Cherchaient les aspérités
Et les détours 
Des routes de ton enfance
La fenêtre donnait 
Sur l'Est inapaisé
Cent fois ton cœur y passa
Cent fois la rose rouge brandie
Au bout de tes doigts fins
Orna le mirage
Des portes de ton village
Ta souffrance et ta nostalgie
Étaient connues
De tous les débauchés
Les marins en manœuvre
Les soldats en congé
Les touristes désœuvrés
Qui ont broyé ta poitrine brune
De tout leur vaste ennui 
De voyageurs
Les missionnaires
Et la foule lâche
Ont parfois essayé 
De te consoler
Mais toi seule sais
Petite fille du Danakil
Perdue aux dancings fumeux
De Casablanca
Que ton coeur
Se rouvrira au bonheur
Lorsqu'aux aurores nouvelles
Baignant le désert natal
Tu retourneras danser
Pour tes héros morts
Pour tes héros vivants,
Pour tes héros à naître
Chacun de tes pas
Tes gestes
Tes regards
Ta chanson
Diront au soleil 
Que la terre t'appartient

Roussan Camille 
Casablanca, avril 1940



samedi 17 mai 2014

LA LEGENDE DU PREMIER DRAPEAU



C'était aux plus beaux jours de la terrible guerre 
Ah! comme on était loin de notre temps vulgaire! 
Il avait dit: "Je veux le plus beau des drapeaux!" 
Et l'armée indigène approuvait ce propos. 
Non que nous n'eussions pas, au feu des embuscades,
Pris quelques étendards à des demi-brigades, 
Et déployé superbement sur nos succès 
Ce qui faisait l'orgueil des bataillons français! 
Mais c'étaient les couleurs de la Gloire française 
Et bien que nous eussions gardé la Marseillaise, 
Pour exalter nos cris, notre espoir, nos douleurs, 
Il nous fallait un beau drapeau de deux couleurs! 
......... 
Donc, ce mercredi soir, au bourg de l'Arcahaie, 
Devant ce cirque incomparable de la Baie 
Où la Gonâve dort, entre ses deux détroits, 
Ce jour du dix-huit mai de l'an mil huit cent trois, 
Pour bien montrer qu'un peuple neuf venait d'éclore, 
Dessalines avait pris un drapeau tricolore 
Et, déchirant au cœur le sublime oripeau, 
D'un geste, il arrachait le blanc de ce drapeau. 
C'était pour lui, dans la naissante République 
Un gage d'union, un drapeau symbolique, 
C'était, ce sombre bleu, c'était, ce rouge clair, 
Le mulâtre et le noir contre tous les Leclerc!

(Panorama de la poésie haïtienne, Tome I, Lubin & EducaVision, 1995)

jeudi 15 novembre 2012

La chair abattue



Pour saluer la mémoire de Damaël D’Haïti, un jeune étudiant haïtien froidement assassiné samedi soir par un policier à l'enceinte même de l'Université d'État d'Haiti.-

pour ta liberté
tu as lutté
tu as survécu
tu saignes et tu meurs

pour ta liberté
tes bras comme un arbre charnel
généreux et captif
tu les donnes au chirurgien


pour ta liberté je sens davantage de cœurs
le sang dans ta poitrine
donne de l’écume
à mes veines

ils se défont violemment
de tes pieds
de tes bras
de tout
ceux qui ont roulé ta statue dans la fange

parce que là où les orbites vides verront le jour
elle mettra deux pierres
qui regarderont le futur
et elle fera que de nouveaux bras
et de nouvelles jambes repoussent
dans ta chair abattue


les reliques de ton corps
perdus à chaque blessure
parce que tu es comme l'arbre abattu
qui reverdit
parce que tu es encore en vie

Thélyson Orélien
Anjou, 14 novembre 2012



lundi 19 septembre 2011

Haïti - Social : 100ème anniversaire de la disparition d’Anténor Firmin




Lundi 19 septembre, au Cap Haïtien sera organisé une cérémonie de commémoration à l’occasion du 100ème anniversaire de la disparition de Joseph Anténor Firmin [18 octobre 1850 - 1911], homme politique et auteur haïtien « De l’égalité des races humaines » et de l’essai « M. Roosevelt, Président des États-Unis et la République d'Haïti ».

Une messe sera célébrée à la Cathédrale du Cap Haïtien et un buste, réalisé par Ludovic Booz sera dévoilé au public. Daniel Elie, directeur de l’Institut National pour la Sauvegarde du Patrimoine(ISPAN), profitera des circonstances pour annoncer le projet de restauration de la maison d’Anténor Firmin.

En savoir plus sur Anténor Firmin :
Issu d'une famille modeste du Cap-Haïtien, Joseph Anténor Firmin effectue ses études secondaires au lycée de sa ville natale et commence à enseigner dès l'âge de 17 ans. Il travaille comme employé d'une maison de commerce, professeur, puis Inspecteur des Ecoles ; passionné de politique, il fonde au Cap Haïtien le journal « Le messager du Nord ». Candidat malheureux en 1879 à la députation, il est envoyé en 1883 comme représentant de son pays aux fêtes du centenaire de Bolivar. Refusant un poste de ministre sous la présidence de Lysius Félicité Salomon, il s'exile à Saint-Thomas puis à Paris (1885) où il rencontre Louis-Joseph Janvier et devient membre de la Société d’Anthropologie de Paris.

En 1885, il publie « De l’égalité des races humaines », une réhabilitation de la grandeur historique de la race noire depuis l'Egypte jusqu'à Haïti en réaction à l'Essai sur l'inégalité des races humaines, de Gobineau (1854).

Anténor Firmin est candidat à la présidence à la fin du xixe siècle. Ministre de Florvil Hippolyte en 1891, il résiste aux pressions des États-Unis, qui voulaient installer une base militaire en Haïti, au Môle Saint-Nicolas. En 1905, son essai, « M. Roosevelt, président des États-Unis et la République d'Haïti » eut une grande répercussion, qui prédisait une intervention armée américaine qui, de fait, eut lieu.

jeudi 14 juillet 2011

NE M'APPELEZ PLUS JAMAIS HAITI , MON CŒUR EST EN LAMBEAUX !!!



Les Haïtiens m'ont laissée tomber depuis deux cents ans. 
En 1804 j'étais un géant, j'étais aussi forte que l'Europe d'antan
J'étais l'aboutissement du rêve…
… de millions d'hommes de seconde classe et de race
Deux ans après, 1806, Vertières n'est plus, le colon revient : 
Bruno Blanchet me préside
Mes fils me consomment en demi-tasse : 
dettes, dictatures, anarchismes, populismes et aides
De révolutions en révolutions, de coup d'Etat en coup d'Etat,
… d'élections en élections…
… mon corps s'abime et il se vide de son sang
Dessalines doit se retourner dans sa tombe …
…devant ces petits fils qui me tètent à tue tête
Lui qui rêvait d'égalité entre mes fils,
…lui qui voulait que je sois respectée et redoutée.
Il doit être amer devant ces costards, ces grosses jeeps, ces dollars…
… et les résultats fabriqués des élections de ces chefs légitimes
Cité Soleil, Raboteau, Nan Savane, les Irois, les Kokorat …
…et ceux d'en bas n'auront jamais leur part !
Ces damnés n'ont pas vu où sont passés les chemins de l'espoir, 
les promesses d'Acaau, du manifeste de Praslin et celles de Saint-Jean Bosco.
Ils espèrent tous voir la sortie de cet enfer que je suis,
…ils élisent, la crise s'enlise, et la crasse s'aiguise.
Je succombe à l'évolutionnisme de la mère scorpion,
…crevée pour que vivent mes petits. 
…Je suis un mort-vivant : 
…mes arbres sont calcinés dans la cuisine de mes fils affamés et… inconstants,
…mes rivières sont asséchées, la mer qui m'entoure est vide, 
…mes trottoirs sont des marchés publics...
…je suis désabusée !
Je ne suis plus Haïti…,
je ne suis que le modèle parfait de la misère et de la crasse, …
…le lieu où les autres viennent déverser …
…leur pitié et leur humanisme pour avoir bonne conscience. 
Je suis un pot de terre contre le glaive de mes fils …
…de droite, de gauche et ceux d'aucun camp :
… mes eternels marrons,
… ils ont des amis des deux cotés et leur victoire est assurée !
Pour mes messies, mes leaders charismatiques, mes révolutionnaires, …
…mes nationalistes et mes anti-bourgeois il y a eu le sacre. 
Et pour moi toujours le massacre dans leurs entreprises de démolition. 
La peur m'empoisonne : 
quel sera cette année mon rang dans l'IDH, le RNB/hab et l'IPE ? 
Christophe doit tomber de haut dans son éternité, 
…doit se sentir humilié devant ces fils ratés
Fallait-il faire la Ravine-à-couleuvres, la Butte-Charrier et Vertières…
… pour aboutir à ma déchéance ? 
Mes premiers fils ont fait la Citadelle et…
… mes derniers font Cité l'Eternel, Liberte , de Dieu.. Jalousie…
Mes premiers ont cassé l'esclavage et le colonialisme
… mes derniers cassent mon prestige et mon honneur. 
Ils se font mendiants et assistés. 
Enfants de malheur,
… oh je suis la pute et ils sont mes fils. Eh oui !! Ces fils de p.........
Ce n'est pas les deux cent ans qui m'abusent…
… mais ces fils incestueux qui m'infectent 
Ils étaient là au Pont-Rouge, en 1825, en 1914, 
…en 1950, en 1957, en 1971, en 1990, en 1994 et en 2006..
Mes premiers fils ont fait le Bois-Caïman et la Ravine-à Couleuvres, …
…mes derniers font le Bwa Bande, le Kanpe Kin'n et le Gren'n pwa…
Et j’en passe… 
Ils m'ont imposé Soulouque, Tonton Nord,
les Zinglins, les RPK et les Tontons Macoutes en mariage…
… au lieu de Firmin et du progrès en concubinage...
…Oh ces fils de putes…
Ils m'imposent les plus incultes …
sous couvert de pouvoir au plus nombreux, …
…oh fils pourris qui salissent mes entrailles !
Ils m'appellent Perle des Antilles... 
Ah mes fils font encore leur besoin dans des bocaux, …
des sachets, des canettes et à l'air libre. 
Ils se foutent de moi ces négrillons !!
…Ideologues de la mulâtrie… 
Première république noire, eh oui je l'étais en 1804. Cela se mérite. 
Mais je ne suis plus que l'ombre de moi-même. 
Et depuis, mes fils chéris vous aviez fait quoi ? Canaille et racaille ! 
Je suis devenue la terre des préjugés , des complexés et de l’apartheid
Je plains vos slogans creux et hypocrites. 
J'aurais du être moins chrétienne en faisant dix millions d'avortements, 

Vous me donnez l’envie de vomir
je n'aurais eu aucun de ces marrons comme fils. 
Tonnerre.... 
j'ai bien compté mais mal kalkilé 
Antenor Firmin a fini par avoir raison : 
« mêmes les cochons s'ils le pouvaient me quitteraient....... »
Et l’oncle aura-t-il raison un jour :
…redeviendrons-nous nous-mêmes ?
Quand on sait quel est le prix d'un parlementaire,…
… combien il coûte en ressources financières (mon sang !, mes sueurs !) fallait-il m'imposer ces K2, ces C2, ces J3,JPP2, JTT2 ?
J'en meurs.
Je meurs de ces soulouqueries, de ces lavalasseries, 
…de ces makouteries, de ces JNBisteries…
de ces droite-Gauche et que sais-je. 
Qu'est ce qu'ils Prévalent ? 
Et la Mikiterie ?...la même rengaine ? 
Redeviendrai-je croyante un jour ?
Misères… amertume… déceptions…
Comment seront mes filles et fils demain ?
Toujours le même « chenmanjechen »
Je suis en lambeaux, mes fils n'ont aucune honte, 
…ils ne se culpabilisent pas. 
C’est toujours l’autre le coupable…
…Sacrés éhontés !!
Des nuages noirs qui viennent de Solino et de La Saline,
… de Fond-Verretes, des Gonaïves et de Gran Ravine colorent mon visage.
J'ai honte de moi. 
Qu'une puissance nucléaire ait le courage d'accélérer mon naufrage et d'abréger ma souffrance !
Le séisme du 12 janvier n’a rien fait…
il m’a loupé… 
Je veux rejoindre l'Atlantide… sodome , gomorrhe….
et…
… m'offrir aux archéologues …aux holocaustes…
…au lieu de rester encrassée, violée, édentée,
… pointée du doigt par nos voisins et nos lointains et …
…salie sous les pieds de mes foutus fils.
Ils lavent leurs linges sales en public…
Ils se vendent pour n’importe quoi…
Des putes qui atteignent le fonds , quoi !
De 1806 à 2010 le temps s'est écoulé, il a passé pour rien. 
Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines ,
Henri Christophe, Anne Alexandre Sabes, Capois Lamort et les autres…
…n’avaient rien à y foutre…
…Ils ont perdu leur temps…
Rien n'a changé pour moi. 
…Finissons-en ! 
Ah vous voulez reconstruire !
Reconstruire ma laideur, ma crasse, mon visage ridé, mon estomac vide, mon sang infecté par le cholera du néocolon
…et mon anarchie !
Votre proposition est indécente ! 
Ne m'appelez plus Haïti !! 
C'est ma dernière volonté !
Trop de bottes inconnues et hypocrites se trouvent sur mes entrailles…. 
Et me souillent… et… 
…piétinent allègrement et sadiquement,
…afin de me rappeler… 
Je suis le mauvais exemple à ne pas suivre … 
parce que vous autres colonies des impérialistes … …
Esclaves des temps modernes ...
…devriez rester comme vous êtes… 
…si vous ne voulez pas finir comme moi … 
Mon hardiesse d’avoir été la première Nation composée d’esclaves … 
…à se battre avec bravoure en vue de conquérir son indépendance … 
En battant à plate couture l’armée napoléonienne , …
…La plus grande machine de guerre mondiale … 
…à cette époque-là… 
…Je dois la payer chère… 
… ad vitam aeternam 
Ma dernière volonté… ? 
…Si je dois rester une ‘Nation-assistée’ toute ma vie.., 
…Ne m'appelez plus Haïti !!
…Mon cœur est en lambeaux 
… « KÈ’M AP DÉCHIRÉ ! »
Malgré tout… 
…Un jour…
Je renaitrai de mes cendres …
Et redeviendrai une merveille…
Respectable et…respectée !!!



Andy Limontas

jeudi 7 juillet 2011

A tous qui veulent lire l'histoire de la mulâtrie au présent dans le passé



Un auteur peu connu, Alexandre Bonneau, avait produit un titre en 1862 un document d'une valeur hsitorique: HAITI, SES PROGRES, SON AVENIR. La question des Noirs et des Mulâtres y était clairement évoqué.  Voici ce qu'il écrivit au chapitre VIII de son livre.   


"Ce n'est pas pour flatter les Haïtiens que nous avons pris la plume, mais pour les défendre contre des accusations injustes et pour leur dire des vérités utiles. Ils ont fait des pas en avant, depuis l'organisation donnée au pays par Alexandre Pétion; leurs détracteurs élèvent en vain la voix; si la culture de la canne s'est maintenue pour la production du sirop et du tafia ; si de 35 millions de livres de cafés exportés, on est arrivé à 60 millions; si de 15 millions de livres de campêche, on est parvenu à en exploiter 104 millions ; si la culture renaissante du coton a produit l'année dernière 2,500,000 livres; si l'instruction publique, la justice et les cultes ont été largement réorganisés, n'est-ce pas la preuve éclatante d'un mouvement ascensionnel très-sérieux ; mais à qui la nation est-elle redevable de ces bienfaits, si ce n'est au gouvernement des hommes de couleur ?


Nous le dirons donc avec une entière conviction; les mulâtres sont, quant à présent, les conducteurs nécessaires de la société haïtienne ; ils représentent le progrès au milieu d'elle ; ils sont l'incarnation du génie européen infusé dans le sang des populations africaines, et ceux-là tromperaient la race noire et la pousseraient à sa ruine, qui voudraient lui persuader qu'elle peut se passer d'eux et se gouverner désormais par elle-même. C'est aux hommes de couleur qu'il appartient de rapprocher leurs frères noirs de la civilisation, et de rendre à Haïti, par la liberté, la haute fortune dont elle fut dotée autrefois par l'esclavage. Il ne s'agit pas ici de vaines hypothèses, mais d'une loi providentielle éclatante comme le soleil des Antilles.   


Est-ce à dire que les mulâtres seuls ont droit de remplir les fonctions publiques? Rien n'est plus loin de notre pensée. Nous croyons, au contraire, qu'il est juste, qu'il est indispensable, de confier des emplois à tous les noirs qui sont en mesure de les remplir d'une manière convenable; et les chefs mulâtres l'ont de tout temps compris. Sous Boyer et sous le président Geffrard comme sous Pétion, les noirs instruits et intelligents ont été appelés aux plus hautes dignités ; ils ont siégé en majorité dans les Chambres et dans les tribunaux ; ils ont occupé les grades les plus élevés de l'armée ; ils ont fait partie du conseil des ministres. Tout ce que nous demandons, dans l'intérêt général de la nation, c'est que la direction soit confiée aux plus capables, qui, dans l'état actuel de la société, sont incontestablement les hommes de couleur.   


Noirs et jaunes, soyez donc unis, comme il convient à des hommes nés de la même mère, co-partageants dans le même héritage, et solidaires à tel point qu'on ne saurait léser les intérêts des uns sans mettre en péril les intérêts des autres. Les divisions intestines sont plus fatales à Haïti qu'à aucune autre nation du monde. Celles qui ont éclaté jusqu'à ce jour ont ralenti la marche du pays, et si les noirs ne sont pas, à cet égard, exempts de reproches, les mulâtres, nous ne craignons pas de le proclamer, ont assumé dans les révolutions la responsabilité la plus lourde. Les jaunes se montrent, en général, trop pressés d'arriver; leur pétulance tend au désordre, et beaucoup ont en eux-mêmes une confiance exagérée, qui leur fait trop souvent oublier ce que le peuple a droit d'attendre encore de la sagesse, de la capacité, de l'expérience consommée des hommes qu'ils voudraient évincer de positions conquises par un long dévouement à la chose publique et par d'éminents services.


 Norluck Dorange

Pour Anicia

  Avec bien plus de courage qu’humainement possible  Bien plus d’entêtement de fougue et de foi Qu’humainement supportables  Avec bien plus ...