vendredi 24 septembre 2010

EN SOUVENIR DE PATRICK SAINT-ELOI

 
Le poète s’en est allé
Il avait goût de mer  et parfum d’arc-en-ciel
L’amour chantait à travers lui
Comme un songe de bambou
Et le cerf-volant faisait chanter le vent

Poète
Tu berçais l’île
Et la farine était douce dans ta voix d’arbre-à-pain
Et les étoiles clignaient de l’œil
Et nous habitions avec toi le feu créole de l’amour
Et nous habitions  avec toi la chevelure des vanilles

Qui portera pour nous le chapeau des étoiles ?
Qui demandera justice et réparation?
Qui tressera les fils du soleil ?

Fils de l’étoile filante
De l’illumination
De la révélation
De la révolution secrète des orchidées
Nous voilà silencieux
Au creux même de la douleur
Etourdi comme iguanes du midi

Patrick  s’en est allé
Les étoiles ne chantent plus
Et le ciel à voix basse chuchote une prière d’écume
Et nous voilà faisant peuple
Feuilles d’un même arbre blessé
Bourgeonnant une saison d’harmonie
Pour la Soif Etanchée des mots
Plus doux
Plus créoles
Plus aimants
Plus amants

La voix s’en est allée
C’était voix d’incendie
Voix de cassave chaude
Et d’anses fragiles creusant nos  rêves
A l’heure où la mer tend un bouquet d’algues douces au balancement des îles
A l’heure où l’abeille murit son miel dans un chant d’acacia
La voix s’en est allée
Voler plus haut
Chanter plus loin
Et nous sommes sourds de nos propres hurlements
Géreurs de nos silences
Chantant déjà la nostalgie du chant
Comme d’une absence la perle inconsolée
Filez étoiles
Filez
La musique est à nous
Même si nous l’offrons à la fraternité du ciel

Ernest Pépin
22 septembre 2010

dimanche 19 septembre 2010

Le blanc pour hommager Patrick saint Eloi !

La veillée de Patrick St-Eloi aura lieu ce mardi soir à partir de 18h au Stade du Moule où il sera exposé. L'ensemble de la profession artistique lui rendra hommage. Artistes et musiciens sont priés de se rapprocher de Frédéric Caracas.

Les obsèques du chanteur auront lieu le  22 septembre 2010  au cimetière du Moule en Guadeloupe.

Hommage à Patrick Saint Eloi

À ceux qui sont partis
vers ce raide horizon
où tout voyage s’accompli
j’offre ces quelques mots
au détour de ma page
quelques feuilles en sursis
sur le bord du canal
et le silence qui succède
aux bacchanales de la vie

©José Le Moigne
La Louvière
18 septembre 2010

PATRICK SAINT-ELOI S’EST RAPPROCHE DES ETOILES…

On mesure l’importance d’un artiste au fait que ses œuvres parviennent à toucher ceux d’entre nous qui n’ont pas la fibre artistique ou, plus exactement, qui ne portent pas d’intérêt à son domaine artistique particulier. On connaît ainsi des gens qui lisent très peu, mais qu’un livre ou deux a marqué pour la vie et qui les lisent et relisent sans cesse. Il en va de même pour la musique. Il y a des gens comme moi qui n’y connaissent absolument rien, mais qui un jour, par hasard, on entendu un son ou une voix qui les a comme tétanisés. Le jour où j’ai entendu pour la première fois «Rev an mwen» de Patrick St-Eloi (comme celui où j’ai entendu «Siwo» de Jocelyne Beroard), j’ai eu le sentiment de pénétrer, comme par effraction, dans une dimension qui jusque là m’était inconnue, voire interdite. On ne guérit pas, en effet, de cette infirmité qui s’appelle, je crois, l’absence d’oreille musicale.

Il y avait d’abord cette profonde tendresse que St-Eloi savait imprimer à notre langue matricielle, le créole, laquelle, il faut bien l’avouer, marquée par les siècles de brutalité esclavagiste, en a toujours manqué. Qu’on le veuille ou non, le créole fut longtemps, l’idiome de la résistance, du cri, de l’exhortation comme dans le «gwo-ka» ou le «bèlè» ou, à l’inverse, celle de la grivoiserie, de l’insouciance ou de la (feinte) gaieté comme dans nos vieilles biguines du temps-longtemps. Saint-Eloi, Joslin, Marthély, Jacob Desvarieux et tous ceux de Kassav ont permis au créole de pénétrer dans un nouveau territoire: celui de la tendresse créole. On comprend mieux pourquoi le public féminin de St-Eloi était si nombreux et si demandeur de ses mots qui, sans doute, réveillaient en elles ce besoin d’amour vrai qu’hélas, nous les hommes antillais, savons fort peu leur donner. Je l’ai compris lors d’un concert à l’Atrium, il y a deux ans, quand j’ai vu jeunes filles, jeunes femmes et femmes d’âge mur se lever comme un seul…homme (même la langue nous piège) pour accompagner le zouk-lover. Chanter, se balancer, taper des mains, crier même parfois. Bien entendu, je fus incapable de me joindre à elles et suis demeuré engoncé dans mon siège.

VOULOIR-EXISTER

St-Eloi avait aussi le souci des textes bien écrits, des images qui plongent dans l’imaginaire antillais, à l’inverse de la foultitude de ses imitateurs et autres épigones qui se contentent de bêler «Kè an mwen ka fè mwen mal». Le mal d’amour qu’il chantait n’avait rien à voir avec les petits «lenbé» ou les insignifiants «gwo-pwel» qui parsèment la vie de chacun d’entre nous et qui ne portent pas à conséquence. Derrière la peine de cœur, il y avait dans les textes de St-Eloi, la souffrance d’un pays, la colère sourde d’un peuple, le vouloir-exister d’une culture que le Maître a toujours méprisée et qu’il nous a malheureusement appris à mépriser à notre tour. 

Nous avons mis du temps à le comprendre. Soyons honnêtes! Beaucoup d’entre nous, surtout parmi les militants nationalistes, avons été au départ contrariés (pour ne pas dire révulsés) par la chanson-fétiche de Kassav: «Zouk-la sé sel médikaman nou ni». Nous étions sensibles à la beauté de cette chanson, à son rythme extraordinaire tout en étant perplexes face au message qu’il semblait transmettre: celui de la résignation. Hormis le zouk, point de salut, avions nous compris à l’époque. Avec le temps, grâce à St-Eloi, à Béroard et aux autres, nous avons fini par réaliser que nous nous trompions sur toute la ligne. Cette phrase ne signifiait pas que nous devions cesser de lutter et nous complaire dans la seule musique, en l’occurrence le zouk, mais tout au contraire que ce dernier était le remède qui nous permettrait de retrouver l’estime de nous-mêmes. Le zouk nous donnait une force intérieure qui nous renforçait dans le combat que nous menions contre l’indignité et l’ignominie du système en place. St-Eloi nous entraînait à être nous-mêmes, à devenir nous-mêmes, c’est-à-dire Créoles, fils et filles d’un peuple mis à genoux, d’une langue et d’une culture sans cesse bafouées.

VERITE UNIVERSELLE

On comprend, là encore, pourquoi le succès de Kassav fut international et non pas simplement antillais ou hexagonal. Voir des Japonais se trémousser dans un concert alors même que leur identité est aux antipodes de la nôtre, les voir reprendre en chœur les chansons en créoles de St-Eloi et des autres, langue qu’ils ne comprennent bien entendu pas, n’est pas anodin. Tout œuvre d’art qui porte en elle la vérité de son peuple est forcément universelle: vase chinois de l’époque des Ming, statuette congolaise, masque rituel papou, tissage amérindien, fado portugais, flamenco andalou, «Don Quichotte», le Ramayana indien, légendes scandinaves etc.

Patrick Saint-Eloi s’est rapproché des étoiles. Il vit désormais parmi ses semblables. À nous, il a laissé, une intonation, un phrasé, des vocables qui continueront longtemps, très longtemps, à nous enchanter et surtout à nous rappeler qui nous sommes à l’heure où, toute honte bue, nous nous enfonçons de manière inexorable dans cette fausse modernité qui, à terme, nous conduira à la disparition pure et simple en tant que peuple. 

Raphaël Confiant
18. Septembre 2010

Combustibles étranges et soleils noirs des lucidités.

Le communisme a affûté la poétique de Neruda ; le colonialisme a stimulé Kipling ; la fureur raciste a exalté Céline ; la religion a sublimé Dante ; la damnation esclavagiste a explosé Faulkner ; le colonialisme a déclenché Césaire ; l’explosion du monde en nous a éveillé Glissant…La littérature surgit d’étranges combustibles. Nous reste la beauté de la flamme… et les cendres de l’inadmissible.
 
De L’étranger de Camus : L’aveuglement colonialiste au cœur vivant d’une belle âme, un peuple entier, et l’attentat, qui disparaissent dans le trou noir d’une lucidité diffuse sur l’humaine condition.

Patrick Chamoiseau

vendredi 17 septembre 2010

SONJE MONA !


Dimanche 19 septembre 2010
A 17 heures 30, sur l’Esplanade de l’Atrium
          

TAM-TAM

(Toutes les Armes Miraculeuses de Tous les Artistes Martiniquais)

Alfred Varasse et un collectif d’artistes vous invite à honorer la mémoire d’Eugène Mona, avec Max Nilecam, le groupe Héritage, …

En partenariat avec l’Atrium
 

"Je me situe comme un homme à la recherche de lui-même, comme un homme qui doit gravir la montagne qu'il est lui-même, qui doit aller beaucoup plus loin que le sommet. Toutes les embûches que je peux rencontrer fortifient mon âme, mon corps." - Eugène MONA (13 septembre 1943 – 21 septembre 1991)
 
Infoline : 06 96 27 88 81

mercredi 15 septembre 2010

LES NOIRS AMÉRICAINS. DES CHAMPS DE COTON À LA MAISON BLANCHE de Nicole Bacharan

Le 28 août 2010, petite provocation à Washington : les meneurs des Tea Parties, mouvement populiste droitier essentiellement blanc, organisent une manifestation au coeur de la capitale fédérale. C'est le jour anniversaire du discours prononcé quarante-sept ans plus tôt en ce même lieu, au pied du Mémorial Lincoln, par le pasteur noir Martin Luther King. "Je fais un rêve", disait King, celui d'une Amérique où les femmes et les hommes "seront jugés non sur la couleur de leur peau mais sur leur personnalité"

On a cru le "rêve" accompli ou presque quand une majorité d'électeurs a, en novembre 2008, élu un Noir à la Maison Blanche, Barack Obama. On a cru "l'Amérique réconciliée". Mais deux ans plus tard, de façon subliminale ou beaucoup moins parfois, les animateurs des Tea Parties questionnent "l'américanité" d'Obama. Ils le font pour une seule raison : il est noir. Et ils le font avec succès : près d'un quart des Américains disent le président "kényan" ; 18 % le croient "musulman" - bref, un clandestin, "pas de chez nous".

L'élection d'Obama n'aurait rien changé ? Non, elle est le plus formidable marqueur de l'évolution de l'Amérique sur la question raciale - question consubstantielle à la naissance de la République américaine au XVIIIe siècle. Elle témoigne du chemin parcouru par les Noirs américains, la seule minorité qui n'était pas volontaire pour le Nouveau Continent. C'est l'histoire d'une longue lutte qui commence avec le traumatisme original, une immense et singulière tragédie : la traite des Noirs et l'esclavage.

L'héritage est lourd, il pèse encore. Il a profondément marqué l'histoire des Noirs américains - en fait, celle des Etats-Unis tout court. Le grand mérite du livre de Nicole Bacharan est dans cette manière de montrer comment l'histoire du pays est intimement liée à celle du mouvement d'émancipation des Noirs américains. Elles se confondent. On ne comprend pas la guerre de Sécession sans saisir la place de l'esclavage dans l'économie du sud des Etats-Unis. On ne comprend pas l'intensité de la lutte pour les droits civiques sans savoir ce qu'a été la ségrégation raciale. On ne comprend pas ce que sont aujourd'hui les deux grands partis américains, les démocrates et les républicains, sans en revenir au moment où les premiers ont perdu le Sud - après le vote sur l'égalité civique en 1963.
On ne comprend pas les "guerres culturelles" qui divisent aujourd'hui l'Amérique - entre les villes et les banlieues, les côtes et l'intérieur - sans revisiter la grande révolte des années 1960 et la contre-révolte qu'elle a suscitée dans les années 1980. On ne comprend pas la victoire d'Obama sans étudier la montée en puissance des Noirs dans le Parti démocrate et dans la politique locale, etc.

Réconciliation

C'est tout cela que raconte Nicole Bacharan, l'une des meilleures spécialistes françaises des Etats-Unis, de manière vivante et précise. Etudiants, prenez note : le livre présente en annexe quelques textes de référence et une chronologie sur quatre siècles des grands moments de la lutte des Noirs américains.

Nicole Bacharan est prudemment optimiste. L'Amérique est sur le - lent - chemin de la réconciliation. Le sort des Noirs américains s'est considérablement amélioré. La politique de discrimination positive a eu ses mérites. Il y a une bourgeoisie noire, grande et petite. Mais toujours des ghettos, toujours trois fois plus de pauvres dans la communauté noire, et une proportion alarmante de jeunes en prison, etc. Ce livre raconte une évolution, pas une révolution.

LES NOIRS AMÉRICAINS. DES CHAMPS DE COTON À LA MAISON BLANCHE de Nicole Bacharan. Tempus, 618 p., 11 €.
Alain Frachon

Pour Anicia

  Avec bien plus de courage qu’humainement possible  Bien plus d’entêtement de fougue et de foi Qu’humainement supportables  Avec bien plus ...