jeudi 18 juillet 2013

Echo de l'île / Vient de paraître

Visage
                   où la ravine
             dessine son passage
            à la croisée du temps

                    Femme
             qui a trop marché
                  trop lutté
          trop perdu de combats

                Et qui avance
                    la nuit
           sous l’ombre tutélaire
            des gris tamariniers


                       José Le Moigne
                       La Louvière 14 février 2010

 
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=40830

                        Fidji ta-a
                   Eti tan ki fè tan
                        kité mak

                         Fanm
             ki maché twòp maché
               ki goumen an twòp
               ki ped twòp konba

          Mé fanm ka fè chimen’y
                       lannuit
                  anba lonbraj
      sé vié pié-tomaren  véyatif la

                      Traduction créole
                      Igo Drané

lundi 8 juillet 2013

Hirondelle

Swallow Flock DEFWR F 6-9-10 03

Pareil à une conque
et comme elle résonnant

au vent lunaire qui s’attiédit
sur les façades grises

je suis cette hirondelle
que tu croyais frôler

Valenciennes
Place d'Armes
19 août 1992 

José Le Moigne
Des villes par dessus les saisons
La Bartavelle éditeur
1993

jeudi 27 juin 2013

Regards Caraïbes

Dans le cadre des « Regards Caraïbes », l’association Yehkri.com A.C.C. invite au vernissage de l’exposition Agora Mundo sous le patronage de George Paul Langevin, Ministre déléguée à la Réussite éducative auprès du ministre de l’Éducation nationale.

Le  mardi 9 juillet 2013
A la Galerie –Cité internationale des arts - 18 rue de l'Hôtel de Ville 75004 Paris -M° Pont Marie ou Saint-Paul-Tél. : 01 42 78 71 72 -www.citedesartsparis.fr

En présence de 13 artistes emblématiques invités avec le soutien du Conseil Régional de la Martinique, de la DAC Martinique à venir présenter leurs recherches picturales, sculpturales et photographiques, à travers un regard syncrétique de l’art contemporain, ils invitent au voyage qui court  de la négritude à la contemporanéité.

 Artistes :
Claude Cauquil, Mickaël Caruge, René Louise, Louis Laouchez, Jean Marie-Louise, Christian Bertin, Régis Granville, Thierry Jarrin, Vincent Gayraud , Joel Zobel, Norville Guirouard Aizé , Cat Mira, Henri Vigana

lundi 24 juin 2013

Frantz Fanon est mort (Aimé Césaire)


Frantz Fanon est mort. Nous le savions condamné depuis de long mois, mais contre toute raison, nous espérions, tellement nous le connaissions volontaire, capable de miracle, et tellement aussi il apparaissait essentiel à notre horizon d'homme. Et voilà qu'il faut se rendre à l'évidence. Frantz Fanon est mort à 37 ans. Vie courte mais extraordinaire. Et, brève, mais fulgurante, illuminant une des plus atroces tragédies du 20e siècle et illustrant de manière exemplaire la condition humaine elle-même, la condition de l'homme moderne. Si le mot engagement a son sens, c'est avec Frantz Fanon qu'il le prend. Un violent, a-t-on dit de lui. Et il est bien vrai que Fanon s'institua théoricien de la violence, la seule arme, pensait-il, du colonisé contre la barbarie colonialiste.

Mais sa violence était, sans paradoxe, celle du non violent, je veux dire la violence de la justice, de la pureté, de l'intransigeance. Il faut qu'on le comprenne : sa révolte était éthique, et sa démarche de générosité. Il n'adhérait pas à une cause. Il se donnait. Tout entier. Sans réticence. Sans partage. Il y a chez lui l'absolu de la passion.

Médecin, il connaissait la souffrance humaine. Psychiatre, il était habitué à suivre dans le psychisme humain le choc des traumatismes. Et surtout homme « colonial », né et inséré dans une situation coloniale, il le sentait, il la comprenait comme nul autre, l'étudiant scientifiquement, à coup d'introspection comme à coup d'observation.

Et c'est devant cette situation qu'il se révolta. Alors quand, médecin en Algérie, il assista au déroulement des atrocités colonialistes, ce fut la rébellion. Il ne lui suffit pas de prendre fait et cause pour le peuple algérien, de se solidariser avec l'Algérien opprimé, humilié, torturé, abattu, il choisit. Il devint Algérien. Vécut, combattit, mourut Algérien.

Théoricien de la violence, sans doute, mais plus encore de l’action. Par haine du bavardage. Par haine de la lâcheté. Nul n’était plus respectueux de la pensée, plus responsable devant sa propre pensée, plus exigeant à l’égard de la vie dont il n’imaginait pas qu’elle pût être autre chose que pensée vécue.

Et c’est ainsi qu’il devint un combattant. Ainsi aussi qu’il devient un écrivain, un des plus brillants de sa génération.

Sur le colonialisme, sur les conséquences humaines de la colonisation et du racisme, le livre essentiel est un livre de Fanon : Peaux noires et masques blancs. Sur la décolonisation, ses aspects et ses problèmes, le livre essentiel est un livre de Fanon : Les damnés de la terre [dont on peut lire des extraits ici, NDLR].

Toujours, partout, la même lucidité, la même force, la même intrépidité dans l'analyse, le même esprit de « scandale »  démystificateur.

Sans doute, bien des intellectuels et de toute couleur avaient-ils étudié le colonialisme et en avaient démonté les ressorts, expliqué les lois. Mais avec Fanon, c'est dans un monde de schémas, de coupes et de diagrammes, l'invasion de l'expérience. Et l'indemnité du témoignage palpitant encore de l'événement à quoi il est attaché, l'irruption de la vie atroce, la montée des fusées éclairantes de la colère. Frantz Fanon est celui qui vous empêche de vous boucher les yeux et de vous endormir au ronron de la bonne conscience.

Bien sûr, il y a chez lui de l'injustice, mais c'est toujours au nom de la justice. Et du parti pris, mais sans lapalissade, c'est qu'à ses risques et périls, il a pris parti, et le bon.

J'insiste, nul n'était moins nihiliste, je veux dire moins gratuitement violent que Fanon. Comme ce violent était amour, ce révolutionnaire était humanisme.


Qu'on lise Les Damnés de la Terre : si dans le dernier chapitre du livre, il dresse contre l'Europe un réquisitoire passionné. Ce n'est pas par sous-estimation de l’Europe, par manque d'admiration pour la pensée européenne. Au contraire, c'est pour s'être montrée « parcimonieuse avec l'homme, mesquine, carnassière avec l'homme ». Et ce n’est pas par hasard que le chapitre consacré précisément à la violence débouche sur cette phrase insolite : « Réhabiliter l'homme, faire triompher l'homme partout une fois pour toutes, réintroduire l’homme dans le monde, l'homme total ».

Tel fut Fanon : homme de pensée et homme d'action. Et, homme d'action et homme de foi. Et, révolutionnaire et humaniste. Et, celui qui transcenda d'un seul coup et comme d'un impétueux élan les antinomies du monde moderne où tant d'autres s'enlisent. Il y a des vies qui constituent des appels à vivre. Des « paraclets », disait le poète anglais Hopkins. On peut appliquer le mot à Fanon en le dépouillant de son contexte religieux et mystique. Celui qui réveille, et celui qui encourage. Et, celui qui somme l'homme d'accomplir sa tâche d'homme et de s'accomplir lui-même, en accomplissant sa propre pensée.

Dans ce sens Frantz Fanon fut un « paraclet ». Et c'est pourquoi sa voix n'est pas morte. Par delà la tombe, elle appelle encore les peuples à la liberté et l'homme à la dignité.

A. Césaire

Á travers corridors anonymes

Á travers corridors anonymes
et ruelles aux noms bizarres 
elle parvint à grimper 
sur les hauteurs de Pétionville. 
Aujourd’hui
pathétique péripatéticienne
rescapée du dernier séisme
elle porte entre ses jambes
dans ses entrailles labourées
des kilomètres de trottoirs
et des cargaisons d’humiliations.
Elle a déjà traversé la vie
de périls nocturnes 
en péripéties d’abîme.
Il faut marcher très tard
en plein mitan de la nuit
pour frôler sa solitude
et sa douleur inépuisable .
C’est l’Immortelle de Mackenzy Orcel.
C’est la Nedje de Roussan Camille.
C’est une « Jeunesse » éparpillée 
déboussolée déconcertée 
gaspillée sacrifiée 
mutilée massacrée
par les horribles vents d’une hypothétique modernité.
Paradoxalement on l’appelle « La Fraîcheur ».

Frankétienne


Toute la moelle du hasard

Toute la moelle du hasard
se retrouve dans l’intensité
du regard que nous projetons
sur l’Univers et sur nous-mêmes 
en perpétuelle fusion interactive. 
Et la sève du destin
circule de manière continue 
dans nos rêves et nos paroles
qui reproduisent les formes 
et les gestuelles de nos corps 
dans l’infinie spirale des clartés et des ombres. 

Frankétienne

Tu es le SOUFFLE !

Tout se casse
tout se brise
au milieu de la malpasse.
Comment pourras-tu flairer
l’essence des fleurs qui s’envolent
si tes gestes se dispersent
au tourbillon des vents fous ?
Rallume ton être
ton corps entier
au flux de ta mémoire.
Tu es déjà
le café que tu savoures
la chair que tu touches
le parfum que tu respires.
Tu es la VIE !
Tu es le SOUFFLE !

Frankétienne

Pour Anicia

  Avec bien plus de courage qu’humainement possible  Bien plus d’entêtement de fougue et de foi Qu’humainement supportables  Avec bien plus ...