mercredi 29 juillet 2026

Pour Anicia

 



Avec bien plus de courage qu’humainement possible 

Bien plus d’entêtement de fougue et de foi

Qu’humainement supportables 

Avec bien plus de larmes retenues

De rires détenus de tendresses contenues 

Qu’humainement endurables

Avec les poings serrés à faire saigner tes mains

Avec le parti-pris et jusqu’à la partialité que requiert tout combat de David contre Goliath

Avec la portion congrue dévolue aux petits bonheurs tout simples, aux petits plaisirs gratuits 

Avec ton corps de roseau gracile que le vent plie sans pouvoir le rompre

Avec tes yeux de fureur et d’insondable mystère 

Avec ta passion de comète acceptant de ralentir sa course pour l’appétit d’un Péyi

Tu as traversé cette vie

Femme péléenne

Enfant inarrêtable

Soeur mère amie camarade élève aimée

Détestée aussi, comme d’aucuns détestent la vérité 

Peut-être iront-ils même jusqu’à sabrer le somptueux alcool 

Ils ignorent qu’un cri issu du cœur ne peut jamais mourir 

Eïa preuse guerrière le Péyi te garde au creux de l’âme !

Nicole Cage, Vauclin, le 23 juillet 2026


jeudi 16 avril 2026

Plaidoyer pour le respect du droit international et des garanties judiciaires

 

L'intervention armée des États-Unis contre une embarcation suspectée de trafic de stupéfiants soulève des questions fondamentales quant au respect des normes juridiques internationales. Cet acte, s'il est avéré comme une exécution extrajudiciaire, constitue une violation caractérisée des principes inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l'homme (DUDH) de l'ONU, ainsi que dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

La violation des principes fondamentaux

L'article 10 de la DUDH dispose que :

« Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. »

En substituant la force létale à une procédure judiciaire régulière, cet acte annihile la présomption d'innocence et le droit à un procès équitable. La lutte contre le narcotrafic, bien que légitime, ne saurait justifier l'usage de méthodes qui s'affranchissent de toute reddition de comptes et privent les individus de leur droit inaliénable à la défense.

L'exigence de responsabilité internationale

Aucun État, quelle que soit sa puissance, ne peut s'absoudre de ses obligations au titre du droit international public. L'usage de la force doit rester strictement encadré par les principes de nécessité et de proportionnalité, et ne peut en aucun cas servir de substitut à la justice pénale internationale.

Dès lors, il incombe aux instances internationales et aux États attachés à l'État de droit de se saisir de ces faits. La responsabilité des donneurs d'ordres, au plus haut sommet de l'appareil exécutif — y compris celle de Donald Trump — doit être examinée par les juridictions idoines.

Le silence de la communauté internationale face à de telles pratiques risquerait de créer un précédent dangereux, où l'arbitraire militaire l'emporte sur la souveraineté du droit.

Et au regard du droit international de la mer :

L'illégalité de l'usage de la force létale en mer

1. La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (Montego Bay)

Même si les États-Unis ne l'ont pas ratifiée, ils en reconnaissent la plupart des dispositions comme relevant du droit coutumier.

Le droit de visite (Article 110) : Un navire de guerre peut arraisonner un navire civil s'il y a des motifs sérieux de soupçonner un trafic de stupéfiants. Cependant, cette procédure doit se limiter à la vérification des documents et, si nécessaire, à un examen à bord.

L'usage de la force : La jurisprudence internationale (notamment l'affaire du S/S I'm Alone ou l'affaire du Saiga) stipule que l'usage de la force doit être une mesure de dernier ressort, doit être proportionné et éviter autant que possible de mettre des vies en danger. Bombarder une embarcation sans sommation ni tentative d'arrestation contrevient directement à ces principes.

2. Souveraineté et Eaux territoriales

Dans les eaux internationales (Haute Mer) : Aucun État ne peut exercer de juridiction répressive sur un navire étranger sans l'accord de l'État du pavillon (sauf cas de piraterie ou de traite d'esclaves). Détruire un navire de manière unilatérale est un acte d'agression.

Dans les eaux territoriales d'un État tiers : Si les USA frappent un navire dans les eaux d'un autre pays sans son consentement, cela constitue une violation de la souveraineté territoriale de cet État, en plus de l'atteinte aux droits humains des passagers.

3. La distinction entre Police des Mers et Acte de Guerre

Le droit international distingue l'application de la loi (law enforcement) de la conduite des hostilités (conduct of hostilities).

Le trafic de drogue est un crime de droit commun, pas un acte de guerre.

En traitant des suspects comme des "cibles militaires" plutôt que comme des "prévenus", les donneurs d'ordres contournent les garanties du droit pénal pour appliquer une logique de neutralisation physique, ce qui s'apparente à un crime d'agression ou à un homicide volontaire sous couvert d'autorité étatique.

Tony Mardayé 

lundi 16 décembre 2024

FAITES SORTIR LES ELFES !



Allocution de Patrick Chamoiseau.

Réception du Prix de l’excellence à vie au Center For Fiction de New York. 10 décembre 2024.

L’écrivain islandais Thor Vilhjálmsson, me raconta un jour cette très belle histoire. Il admirait beaucoup l’écrivain français Michel Butor, grand partisan du Nouveau Roman. Ce mouvement littéraire avait réussi à élargir les limites de la fiction romanesque, à une époque où celle-ci paraissait ne plus rien comprendre à la complexité du monde. 

Thor Vilhjálmsson appela Butor pour l’inviter à donner une conférence dans son petit pays de rochers, de glaciers, de geysers et de volcans. Quand Vilhjálmsson eut Butor au bout du fil, il lui formula l’invitation la plus chaleureuse qui soit. Michel Butor l’écouta poliment mais, peu enclin à voyager vers cette île de mousse grise, il lui bredouilla les excuses que les écrivains utilisent pour échapper à une invitation... Qu’il avait du travail... Qu’il était fatigué... Que les voyages en avion ne lui convenaient pas... et-cætera, et-cætera. 

Mais, Thor n’était pas homme à se décourager. Comme il était lui-même un grand romancier, un fils béni de l’art de conter, il eut soudain l’idée qui allait tout changer. Sur un ton mystérieux, il expliqua à Butor que si l’Islande n’était qu’une île de glace et de cailloux, elle détenait malgré tout une vertu extraordinaire qu’il fallait voir absolument. Intrigué, Michel Butor lui demanda : Laquelle ? Nous sommes environ 400 000 habitants, poursuivit Vilhjálmsson, mais la nuit, notre population double pour s’élever à plus de 800 000 âmes ! 

— Ah bon ? Et ... pourquoi ? s’étrangla Butor. 

— C’est parce que la nuit, murmura Vilhjálmsson, les elfes sortent des rochers et viennent vivre parmi nous !

— J’arrive tout de suite ! lui répondit Butor. 

Cette petite histoire illustre à merveille l’importance que nous devons accorder à la fiction narrative. Qu’elle passe par la littérature ou par d’autres formes d’expression artistique, son rôle est d’enchanter les ombres qui nous entourent, de faire jaillir des roches et des glaciers, toutes sortes d’éclats et de merveilles. Avant de conquérir la planète, homo sapiens l’avait d’abord imaginée. Plutôt que de se limiter à une vision utilitaire ou prosaïque, il l’avait enveloppée de ses propres narrations. Ce faisant, avant même de peupler une quelconque géographie, il a de tous temps habité son propre imaginaire. Malgré le bruit et la fureur, l’être humain a toujours su rendre la terre désirable en y projetant de grands enchantements. Homo-sapiens est, par essence, un créateur de mondes. Il a su accompagner ses souffrances, ses résistances, ses pensées, ses fondations, de tous les fastes qui remplissaient ses imaginations. C’est au cœur de ses propres utopies narratives qu’il a trouvé moyen d’inventer des chemins, de dégager des solutions, de gravir les montagnes ou de franchir les océans. 

Face à l’inquiétant paysage d’aujourd’hui – l’effondrement du vivant, les désordres climatiques, les reculs de la démocratie, les spectres du fascisme, du racisme, de la haine et de la division – nous avons besoin, plus que jamais, des puissances de la narration. Nous devons, nous pouvons, imaginer un autre monde, inspiré par ce que la fiction peut nous apprendre de la danse des lucioles et des visites de la Beauté. Nous avons l’obligation de deviner en nous la vie que nous voulons, de rêver ses contours, et de retrouver, dans cette nuit qui menace, la haute capacité à faire sortir les elfes !

C’est avec le sentiment de cette urgence, et de cette certitude, que je me sens proche de ceux qui m’ont précédé ici : Toni Morrison, Kazuo Ishiguro, Wole Soyinka, Salman Rushdie. Nous avons besoin d’eux, et leurs livres font partie de nos armes pacifiques les plus miraculeuses. 

Je pense aussi à ceux qui peuplent mon écriture de leurs présences magiques : à William Faulkner, à Gabriel Garcia Márquez, à Aimé Césaire, à Édouard Glissant, à Frantz Fanon, à Saint-John Perse, à René Char, à Victor Segalen, à James Baldwin, à Zora Neale Hurston... et à tant d’autres !... Je sais que l’on n’écrit pas pour recevoir des distinctions, mais cela fait toujours plaisir de se voir offrir les signes de l’amitié. Des soirées comme celle-ci honorent avant toute chose, les paysages, jusqu’ici invaincus, de nos littératures. 

C’est d’abord en leur nom que je vous dis merci ! 

Merci au Center for Fiction.

Merci à ceux qui le soutiennent et à vous tous qui êtes ici ! 

Merci à M. Errol Mac Donald pour son amicale fidélité, et merci à tous ceux qui travaillent pour que la lecture se développe, que la poésie vive et que le livre circule. 

Et maintenant : libérez les lucioles et faites sortir les elfes ! 

Patrick CHAMOISEAU.

vendredi 27 septembre 2024

René ou ka voyajé

 


Mon fidèle parmi les fidèles, mon ami, mon frère, l'indomptable René Silo est parti jeudi et je suis inconsolable. Triste, triste à pleurer. C'est une partie de moi-même que j'ai perdue, de ce passé militant partagé avec lui, de ces moments exceptionnels de fraternité et d'amitié absolue.

J'avais quitté précipitamment la région où nous siégions en plénière pour le rejoindre en soins palliatifs. C'est comme si je sentais qu'il m'appelait et que je devais faire vite. Il ne répondait déjà plus à ses deux filles, à son épouse et à Katiana qui m'avait prévenu. En entendant ma voix, il est sorti de sa léthargie comme un miracle, a ouvert les yeux, m'a souri, m'a dit qu'il était content que je sois là et nous avons parlé quelques minutes, ses dernières minutes. Des mots précieux, volés dans un dernier sursaut à la mort qui se rapprochait. Au texto de Valérie Pécresse me demandant de l'embrasser, il a dit: "elle est formidable cette Dame". Cela a été ses derniers mots. Il a ensuite tourné la tête et est entré doucement dans un autre monde.

Je n'imaginais pas qu'il allait partir si vite.

Une semaine avant, il m'accueillait à Ris-Orangis chez Katiana qui partageait sa maladie depuis un an. Elle avait eu la délicatesse de s'éclipser pour nous laisser avec nos souvenirs. 

Nous étions inséparables depuis un quart de siècle. Précurseur de l'influence ultramarine dans l'hexagone, il était un militant acharné pour le sport et les outre-mer. Il a été de tous mes combats, toujours à mes côtés au Collectifdom, à la délégation interministérielle, pendant le CIOM, au CREFOM que j'ai créé, à la région Île-de-France, avec Valérie Pécresse. Trop faible pour se déplacer, je lui avais dédié publiquement le chanté nwel de décembre 2023 qu'il manquait pour la 1ère fois. Nous avons longuement parlé cet après-midi-là, de son enfance à Trois-Rivieres, de la mort de sa mère, de cette femme qui l'avait prévenu en lui demandant d'arrêter de siffloter en rentrant de l'école, de son enfance tourmentée, de son parcours qui l'avait conduit dans l'hexagone, de ses engagements, de notre rencontre et de nos combats, de la médaille de la jeunesse et des sports que je lui avais remise, du comité des sages qu'il avait créé avec Henri Bortalis et Freddy Loyson pour trancher les querelles associatives. De mille choses.

En le voyant si fort, je ne pouvais pas imaginer qu'il ne lui restait qu'une semaine à vivre.

René est parti vers d'autres rives. Et je pense à lui, à ceux qu'il a laissé, aux milliers de jeunes qu'il a sauvé de la rue, aux centaines d'Antillais entrés à la RATP grâce à lui, à ces dizaines d'associations qu'il a soutenues. A nos compagnons de lutte. 

Bon voyage vieux frère. Adan an dot soley!


Patrick Karam 



mardi 16 janvier 2024

CARNAVAL . D'où vient exactement " le Touloulou " ?


Auteur d'un ouvrage sur le carnaval il y a une dizaine d'années, Aline Belfort a travaillé plus récemment sur l'origine du touloulou, histoire de couper court à la polémique qui en ferait une création martiniquaise.
Guyanaise installée en Martinique, Aline Belfort s'intéresse de près au carnaval. Il y a une dizaine d'années, elle publiait, chez Ibis Rouge, « Le bal paré-masqué un aspect du carnaval de la Guyane française » .
Il y a quelques mois, elle a mené une étude sur un aspect bien spécifique de notre carnaval.
Pas dans l'optique de sortir un ouvrage. « C'est simplement pour apaiser la polémique qu'il y a entre la Martinique et la Guyane sur l'appropriation et la territorialisation du touloulou et du bal paré-masqué » explique-t-elle.
Aline Belfort fait allusion à une discussion qui revient souvent : pour certains, le touloulou vient de la Martinique, et plus précisément de Saint-Pierre.
Pour d'autres, le touloulou est bel et bien un pur produit guyanais. Alors qui dit vrai ? S'appuyant sur une recherche documentée, Aline Belfort est catégorique : le touloulou a pris naissance en Guyane. La confusion vient peut-être du fait qu'à ses belles heures - avant l'éruption de la Montagne Pelée en 1902 - la ville de Saint-Pierre, en Martinique, était réputée pour son carnaval. « Il était réputé pour être le plus beau de la Caraïbe, avec celui de Trinidad » , assure l'auteur.
L'INTRODUCTION DU TOULOULOU EN MARTINIQUE DATE DE 1973
Pour Aline Belfort, il faut, d'abord, replacer le mot touloulou dans son contexte. « Le terme vient du mot « tourloulou » qui, à l'origine, désignait un fantassin, un soldat, explique-t-elle. En Guyane, il désigne une personne masquée, mais en Martinique, il désigne un petit crabe rouge. Dans les premiers écrits sur le carnaval en Martinique qui datent de 1881, on parle de bal et on utilise le mot « masqué » . Avant 1848 et l'abolition de l'esclavage, il existait en Martinique un bal Nègre, où les esclaves se déguisaient avec de grandes robes. »
Aujourd'hui, les touloulou existent bel et bien en Martinique. Au fil de ses recherches, Aline Belfort a pu déterminer le moment où le personnage typique du carnaval de Guyane a été introduit dans l'île. « Nous devons l'introduction du bal paré-masqué en Martinique à un couple, Albert et Ghislaine Glaudon suite à leur participation au carnaval de Guyane en 1973. Ils ont refait des bals chez eux. Ce qui était une manifestation privée a été ouverte au public, notamment dans une boîte de nuit réputée, le Tam-Tam. »
Si le carnaval de Guyane s'est ainsi exporté vers la Martinique, Aline Belfort tient à rappeler que certaines chansons du carnaval de Guyane tiennent leur origine du carnaval de Saint-Pierre. Et là, sans surprise, les échanges se sont faits à partir de 1902, date à laquelle des Pierrotins se sont installés en Guyane, fondant Montjoly.

les Diables Rouges du Mardi Gras .



"Le diable du carnaval est une adaptation originale et étrange du peuple martiniquais. Ce déguisement magnifique et extraordinaire est difficile à réaliser et aussi à porter. Seuls, quelques spécialistes arrivent à le faire. La tête lourde et encombrante est construite avec des peaux de bête (cabri ou mouton), d’une profusion de cornes de bovidés qui jaillissent de toutes parts (Le nombre de cornes varie selon les témoignages (3 à 45), (15 à 16)) qui sont peintes en couleurs différentes et par devant, un masque hideux qui montrait les dents, pour lequel on utilise parfois le squelette de la mâchoire d’un requin ou d’un animal quelconque, des nattes ou des crinières pendent de tous les côtés. Cette tête surmonte un genre de combinaison en toile rouge sur laquelle sont collés des centaines de petits miroirs qui scintillent à la lumière. Il y a aussi des quantités de grelots qui sont cousus sur le vêtement et qui tintent à ses moindres mouvements. Dans la partie postérieure, une longue queue garnie de grelots est fixée, que le diable rouge déploie et fait tournoyer par moments ou qu’il s’enroule à la taille, à d’autres.

Fourche rouge à la main, ils attaquent, piquent, effrayent, gesticulent, foncent sur les enfants qui hurlent de frayeur : diab-la ka mandé an ti-manmay, an timanmay qui san batem ! Car il s’agit d’effrayer en s’amusant et en amusant les autres.
On peut distinguer différents diables rouges, le masque n’est pas figé, sa réalisation suit certaines constantes liées à l’imaginaire et au substrat mental de son concepteur. Très lourde, la tête pèse environ 10 kilos. Le diable rouge est suivi d’une kyrielle de diablotins qui forment le choeur de son chant et qui battent des mains tous ensemble et donnent la voix avec une simultanéité qui prouve combien le rythme fait partie d’un sentiment musical naturel à l’Africain. Le cortège est plus ou moins strict.
Aujourd’hui, il faut compter avec la modernisation, d’autres modes de fabrication qui n’enlèvent en rien à la beauté des masques, au pouvoir et à l’attrait des Diables rouges qui est le personnage essentiel du carnaval de la Martinique, Il est le roi du mardi gras, qui se distingue des autres jours par la couleur dominante portée aussi bien par le diable, ses diablotins (sans grosse tête, ni miroirs) et les carnavaliers.
« Un jour, j’ai eu choc, j’étais au Sénégal, en Casamance, lors d’une grande fête de village. Brusquement, je vois débouler mon diable, le boeuf du mardi-gras martiniquais avec son habit rouge constellé de miroirs, sa queue et ses cornes de bovidé. Je me précipite sur un villageois, je lui demande ce que c’est, ce qu’est ce masque, et ce qu’il représente pour lui. Il me répond que c’est le masque de ceux qui ont subi l’initiation. Il m’a expliqué que les cornes de bovidé c’était le symbole de la richesse temporelle, et que les miroirs mis côte à côte, c’était le symbole de la connaissance, autrement dit le symbole de la richesse spirituelle ».
Aimé CESAIRE, conférence société et littérature.

dimanche 21 mai 2023

LA CASE, UN POEME D’YVANDOC.

 


Édouard Coradin, dit Yvandoc, né en 1906 et mort en 1984, était un poète et homme de lettres, mais aussi une figure de l'histoire et du patrimoine saint-claudien. Pendant quatorze ans, il s'est dévoué, sans faiblir, à la vie associative et à la collectivité de Saint-Claude. Il a été le tout premier secrétaire de l’association artistique, littéraire et sportive Renaissance, créée le 4 juin 1944. Le Centre Culturel, situé rue Barolet, à Saint Claude, porte son nom.
Le poème qui suit a été publié dans la Revue Guadeloupéenne.
La case
Dans la lumière blonde
Que le ciel jette au monde
Comme un gage d’amour,
Mon île se prélasse
Avide et jamais lasse
Des caresses du jour.
Mon île est belle et fière
Elle a la grâce altière
Des fleurs du firmament ;
Mais un souci l’accable :
Sa fille misérable
Lui donne du tourment.
Souvent, près de la route
Où le gai cabri broute
L’acacia familier,
On la voit qui se dresse
Comme une âme en détresse
Au-dessus du hallier.
Sous son chapeau de paille
Son corps usé tressaille,
Quand le cyclone fort
Déboule au flanc du morne.
La case, au regard morne,
Implore en vain le sort.
Au pays du campêche
Dont la branche revêche
Accroche le passant,
Tout vit, tout chante, espère.
La case désespère ;
On l’insulte en passant.
En mars, la terre attise
Et la source agonise
Sous les galets chauffés ;
Dans la case indigente,
La soif, la fièvre ardente
Font des autodafés.
Tandis qu’aux champs la canne
Heureuse, se pavane
En de brillants atours ;
Auprès du sombre gîte
Que le malheur habite,
La faim rôde toujours.
Alors, sans pain, sans rêve,
Peinant, luttant sans trêve,
L’esprit tout affaibli,
La case offre son âme
A l’alcool – maître infâme –
Qui lui verse l’oubli.

samedi 19 novembre 2022

La Flambée au bèlè



J'aime assez l'idée d'une fin par une belle flambée de bois. Le feu est purificateur. Il monte vers les nuages ​​et réduit tout en cendres.

Poussière retourner à l'état de poussière d'étoile et à la terre où l'on est né.

Un beau bèlè à la pleine lune suivante couronnerait ce cycle de vie.

Le bèlè est acceptation d'impermanence.

Le monde tourne dans un sens mais il tourne aussi dans le sens des aiguilles de l'autre.

Le cavalier qui danse avec nous change. Il importe de ne pas le comparer à celui du compagnon des avents et de trouver la belle saison nouvelle. Le pas qu'il a choisi (nika, grajé, kabel,...) peut ne pas être celui que la cavalière a choisi.

Ce carré qui sait arrondir ces angles sublimes les différences et chacun y a sa place contrairement au cadre strict des autres danses.

A soixante ans et des poussières les ballerines ont elles encore leur place sur le lac des cygnes ?

Les rondeurs font-elles bon ménage dans une valse viennoise ?

Grandes lianes, petites et voluptueuses dames, messieurs au pas économe et surettes ridées, jeunes majors flamboyants d'énergie de faire et défaire les tours que ce monde tourne à sa tête.

Tu vois... mourir dans un bèlè c'est la plus belle des fins...


Jocelyne Mouriesse

dimanche 24 avril 2022

Bourgeoisie haïtienne



Petit déjeuner  haïtien : Pain de manioc, café, chocolat, confiture d'orange, avocat, patekode ou pâté chodyé,  gelée de mangue et salade melon et noix de coco.

O Ludmilla J.

dimanche 19 septembre 2021

Septembre



Septembre court à grandes enjambées vers l'automne, les sourires se déploient aux croisements des rues, dans les parcs les gens se rapprochent quelque peu, ils vont en quête de l'autre en prévision des jours esseulés et tristes, que l'automne infailliblement nous apporte.


Evariste Zephyrin

dimanche 20 juin 2021

Chanson de Maryse Mardayé


 La chanson écrite par Maryse Mardayé à l'intention de son ange gardien qui l'a accompagné à sa dernière demeure, interprétée par Didier Jean-Baptiste. 

lundi 15 février 2021

LE CARNAVAL D'EL CALLAO AU VENEZUELA


Petite découverte d'un carnaval de renommé internationale au Venezuela...

Au Venezuela c'est comme au Brésil il y a plusieurs types de Carnavals selon la région.
Ils ont chacun leurs rites, codes, personnages et traditions propres.
Celui célébré à El Callao est l'un des plus célèbres il a aussi la particularité de ressembler beaucoup à notre carnaval martiniquais mais aussi à celui de Trinidad et pour cause !
«Le carnaval d'El Callao est unique car il célèbre les anciennes traditions culturelles qui sont arrivées au Venezuela par les îles des Caraïbes anglophones et francophones . Ce sont principalement les Trinidadiens qui ont influencé le carnaval, car un grand nombre d'entre eux ont déménagé à El Callao vers 1850 pour profiter de la ruée vers l'or.»
A cette époque, El Callao était devenu le premier producteur d'or au monde. Cependant, lentement, la production d'or à El Callao a commencé à ralentir au milieu des années 1880 et à la fin du siècle, tout était fini, et El Callao est retombé dans l'obscurité.
Mais aujourd'hui le carnaval pare la ville de mille feux le temps du carnaval qui est désormais mondialement connu.
«Le carnaval d’El Callao, pratiqué dans des communautés de la République bolivarienne du Venezuela, est associé aux célébrations d’émancipation (Cannes Brulées) qui se déroulent dans les îles francophones des Caraïbes. De janvier à mars, cette pratique traditionnelle réunit des milliers personnes qui défilent dans les rues de la ville déguisées en personnages historiques ou imaginaires, accompagnées de musique calypso, de concerts et de danses.
Les parades sont menées par les Madamas (piliers de l’identité callaoense et représentant les demoiselles antillaises qui communiquent les valeurs, elles dansent et sont vêtues de robes colorées), les Medio-Pintos (jeunes qui amusent le public en badigeonnant de suie les personnes qui refusent de donner une pièce) qui ressemblent aux nèg gwo siwo martiniquais, les Mineros (mineurs) et les Diablos (personnes qui portent des masques, dansent et brandissent un fouet pour faire régner l’ordre).
D’autres enfants et adultes déguisés y participent. Le carnaval met en avant l’histoire des Callaoenses et leur diversité, en célébrant leur héritage afro-antillais et les influences d’autres communautés ; il renforce leur identité culturelle, favorise l’unité et encourage les jeunes générations à découvrir leur patrimoine. La transmission intergénérationnelle de cette pratique se fait essentiellement dans les familles et les écoles dirigées par des détenteurs de la tradition, où les enfants acquièrent le savoir-faire nécessaire pour participer au carnaval, soit par la composition de mélodies ou la pratique d’un instrument, soit par le chant et la danse ou encore la confection de masques.»
Cette année 2021 crise sanitaire oblige les festivités du carnaval d'El Callao, dans l'État de Bolívar, ont été suspendus pour la première fois depuis longtemps.
Cependant, cette décision n'a été pas du goût des carnavaliers ils ont fait des propositions aux autorités. N'ayant pas reçu de réponses ils ont bravé eux aussi l'interdiction et ont fêté tout même , dans une proportion bien moindre et moins fastueuse.
Voyant cela les autorités les ont laissé faire et ont rappelé les précautions d'usage.

Emmanuelle Bramban

mercredi 17 juin 2020

JEAN RASPAIL EST MORT QU’IL AILLE AU DIABLE !



Jean Raspail est mort. L’information m’est parvenue le jour même de son décès, le samedi 13 juin 2020. J’ai aussitôt pensé : « Qu’il aille au Diable ». Surpris moi-même de ma réaction quelque peu ou franchement « minable » je me suis vite ressaisis, sans pour autant battre ma coulpe pour avoir ainsi juré. J’ai alors cherché à atténuer la « charge » en l’allégeant ainsi : « Et qu’il emmène Schœlcher avec lui ».

Pourquoi donc ?
Parce que, il y a quelques jours, suite à la destruction de 2 statues de Victor Schœlcher en Martinique, l’un de mes amis avec qui j’échangeais à propos de cet « acte politique » et de la controverse qui a suivi, me rétorquait avec une solennité à effrayer les « capons » : « Ceux qui sont contre la destruction des statues sont des réactionnaires ; ils trahissent leurs ancêtres ; ils sont pour que nou rété an ba béké é an ba Lafwans ; ils auront des comptes à rendre. Tu sais aujourd’hui, chacun doit choisir son camp. »

Je découvrais alors que cet ami et camarade qui, depuis des décennies, partage avec moi le projet de Souveraineté du Péyi-Gwadloup et d’Emancipation sociale du Peuple, traçait une Nouvelle ligne de démarcation.

J’étais èstèbèkwè. Non que je me sentisse personnellement visé - loin de là -, mais plutôt du fait que ce n’était plus le positionnement sur la Question Nationale et l’Avenir qui était mis en avant, mais plutôt la Question de la Mémoire et le Passé, bref « le contentieux historique ».

J’étais quelque peu surpris par ce « glissement », non qu’il fût inattendu mais par la « qualité » ou « les qualités » que je prêtais jusqu’ici à son auteur que je garde en estime et en « camaraderie ». Il m’a été difficile de trouver réponse à cela :
Je voyais, perplexe et attristé, disparaître sous une logorrhée oiseuse, la question centrale et essentielle qui nous avait toujours préoccupés : celle de la Souveraineté Nationale et de la Révolution Sociale.
Je lui ai seulement dit : Alors Vive Raspail !

Wè ! Viv Raspail menm ! Et comme pour me donner tort, voilà que le bougre meurt ! Oh non, pas mon ami, à qui je souhaite longue vie pour les combats que nous avons encore à mener ensemble, mais Jean Raspail.
Alors je dois expliquer ce Vive Raspail, et aussi ce Qu’il aille au Diable, et qu’il emmène Schœlcher avec lui.

Il y aurait beaucoup à dire sur cet écrivain français, auteur du livre Secouons le cocotier publié en 1966. Cet ouvrage fait partie de ces pamphlets à l’encontre des peuples antillais parmi les plus détestables, disputant la préséance à la satire de Philippe de Baleine Les danseuses de la France (1979).

Si je me fie à ma mémoire parfois défaillante, on n’avait pas fait mieux en la matière depuis l’ouvrage raciste de Louis Chadourne, Le pot au noir : Scènes et figures des tropiques datant de 1923.
Lors de sa parution au milieu de cette décennie des années 1960 de bouillonnement d’idées anti- colonialistes, ce livre de Raspail avait provoqué un wélélé dans les milieux autonomistes et indépendantistes.
L’auteur qui avait l’avantage d’être une belle plume s’en était pris aux Guadeloupéens et Martiniquais avec des mots très durs, triviaux, un mépris calculé et surtout avec une délectation non feinte : à notre façon de vivre, de travailler, de nous vêtir, de rire, à notre langue, de notre accent .
Il nous avait décrits comme un peuple imbécile, niais, assisté, mendiant ; un peuple sans arts, à la musique exécrable ; un peuple qui passe son temps à tortiller du cul. Il avait aussi exprimé son mépris envers les femmes du Péyi.
Oh Bien sûr, il avait étalé aussi quelques simili-vérités sur le tourisme, le travail dans les administrations, ou encore sur la « rivalité » entre Martinique et Guadeloupe. Il avait dénoncé l’obligation faite à Haïti par la France de racheter sa Liberté conquise en 1804, et appelé à ce que l’on répare cette spoliation en restituant l’argent « volé » qui rappelons-le équivaudrait aujourd’hui à quelques 30 milliards d’euros sans compter les intérêts.

Dans son ouvrage, ce monsieur Raspail qui arborait toujours sa cravate avec la fleur de lys, celle-là même qu’on incrustait au fer rouge dans la chair et sur l’épaule de l’esclave fugitif dès lors qu’il avait été capturé, avait même prôné l’Indépendance des DOM. Rien que ça !

Mais qui était ce Jean Raspail ? Un écrivain français dont les nombreux écrits lui ont valu d’être primé par l’Académie Française, ratant de peu en 2000, une intronisation dans cette vénérable institution en remplacement de Jean Guitton. Mais il est aussi connu et réputé comme homme de droite voire d’extrême - droite, inspirateur du Front National notamment sur la question de l’immigration.

Lui préférait se dire, se proclamer, se réclamer « ultra-réactionnaire », ou encore « droite-droite », affirmant sans rire : « Je ne suis pas rentré dans le 21ème siècle, je ne sais donc pas ce qu’on y dit ». ».
Il avait déclaré vertement : « La révolution ? A mes yeux, elle a été un désastre ! » En Janvier 1993, il avait même organisé à Paris un rassemblement en commémoration des 200 ans de la mort du roi Louis XVI.
Un personnage iconoclaste, catholique traditionnaliste, royaliste et raciste, opposé au métissage et donc partisan de « la pureté de la race.

Aussi, on n’est pas surpris que dès l’annonce de son décès ce 13 juin 2020, toute la crème de l’extrême droite française notamment la Nouvelle Droite ou encore l’Action Française, lui a rendu hommage appuyé. Mais aussi le chef de la Maison Royale, Monseigneur le Comte de Paris, ainsi que Philippe de Villiers et Marine Le Pen, la Présidente du Rassemblement National allant jusqu’à dire sur Twitter que son décès est « une immense perte pour la famille nationale ». Entendez bien la famille d’extrême droite. Normal : Jean Raspail n’avait pas manqué de lui porter son soutien lors des élections présidentielles de 2012 et 2017.
Ces hommages qui lui sont rendus sont même l’occasion pour certains de dénoncer avec encore plus de rage les manifestations qui se déploient aujourd’hui en France contre les violences policières et le racisme, autour de l’assassinat de Amada Traoré et de tant d’autres Noirs et Arabes.
Ainsi, peut-on lire dans l’un d’entre eux :
Mais direz-vous : que vient donc faire Jean Raspail dans ce débat à propos de Schœlcher ? Pourquoi ce Vive Raspail comme réplique à mon ami ? En fait : juste une boutade ... ou presque.

Jean Raspail meurt au moment où disparaît, dans la laideur, la bêtise et la lâcheté, la civilisation qui l’a vu naître, entre les statues que l’on abat, et les agenouillés qui s’excusent de crimes qu’ils n’ont pas commis auprès de gens qui ne les ont pas subis. (« Languedoc Info » du 14 juin 2020)

Parce que, figurez-vous ce monsieur « ultra-réactionnaire » avait sur le grand libérateur blanc et sa forte présence dans l’espace public Guadeloupéen et Martiniquais un point de vue qui ne manque pas d’intérêt et qui pourrait même surprendre ... à première vue. Il me plait de citer alors un extrait détonnant de Secouons le cocotier ; un peu long, mais ça vaut le détour :
« Le 4 mars 1848, Victor Schœlcher fit voter une loi qui mettait fin à une situation évidemment intolérable : l’esclavage était aboli. Encore que l’on conçoive difficilement comment la jeune République Quarante-Huitarde, aurait pu ne pas abolir l’esclavage, l’auteur de cette loi mérite la reconnaissance du peuple libéré. Une belle avenue, une statue bien placée, soit...

Mais quelque chose me choque dans cette inflation de Schœlcher en plaques de rue, en bustes avec ou sans barbe. Le rappel se répète avec trop d’insistance. Si je n’hésitais, en une telle matière, à juger selon les critères de la bonne éducation, je dirais que cela manque de tact [...] Si j’étais noir et antillais, ces Schœlcher abusifs m’échaufferaient le sang.
A force de m’entendre répéter, à chaque rappel du nom de Schœlcher, que mon grand-père n’était qu’un esclave, ou que ma grand-mère, si j’étais un mulâtre, servait le Blanc dans son lit et retournait coucher au quartier des esclaves, je finirais peut-être par détester le petit-fils du Blanc.
Ces petits-fils du Blanc ne sont pas responsables d’un passé pénible, mais dans leur sang coule le sang des Maîtres.
Ce n’est pas d’une domination étrangère que Schœlcher a libéré le Noir, mais du Maître français dont la descendance se perpétue sur les lieux mêmes du « crime ». A célébrer le libérateur avec tant d’insistance, on s’obstine et se torture à ne jamais oublier le passé...
Les Marocains qui doivent tout à Lyautey, et qui le savent pour la plupart, se sont empressés de déboulonner sa statue...

Je n’aime pas ces vengeances mesquines, elles ressemblent trop au coup de pied de l’âne. Mais il faut admettre, je suppose, que la dignité d’un peuple neuf s’accommode mal du culte d’un bienfaiteur étranger.

Il faut déboulonner ce Schœlcher obsédant. Aux descendants des esclaves, il faut tout au moins rendre son souvenir plus discret.

Et si l’on tient absolument à utiliser les socles grecs et les plaques de rue, et à offrir un père du peuple à la population, qu’on y colle donc Delgrès brandissant son lardoir.
Quand le général Richepance, sur les ordres du Premier consul, débarqua à Pointe-à-Pitre en 1802 pour rétablir l’esclavage aboli par la Convention, il trouva Delgrès devant lui, un Noir, un Toussaint Louverture guadeloupéen, qui, après des combats sanglants, se fit sauter à Matouba. C’est lui, le héros de l’anti-esclavagisme, et pas le Schœlcher bourgeois en redingote qui ne fit qu’octroyer, comme une charte, ce que Delgrès voulait conquérir par les armes, et pour quoi il mourut. Ainsi le souvenir de l’esclavage, si l’on ne peut s’en passer, chatouillera moins l’amour-propre antillais. Symbolisé par un Delgrès bien monté en épingle, le peuple aura l’impression d’avoir marqué lui-même son destin ...

Pourquoi pas Delgrès ? Delgresville, cinéma Delgrès, lycée Delgrès, hôpital Delgrès, etc. Quel merveilleux antidote contre tant d’années de servitude ! »
Voilà ce qu’écrivait l’ultraréactionnaire Jean Raspail qui concluait en disant : « Pour parader chez les anciens esclaves, la France n’a pas loupé l’occasion : elle a mobilisé Schœlcher. »

Ainsi les propos de Raspail sont au plus haut point d’actualité. Ils sont plus que vrais. Mais ce monsieur est allé plus loin : Quand en 2002, la municipalité de Paris dirigée par Bertrand Delanoe décide de renommer la rue Richepanse du nom de Chevalier de Saint-Georges, ce royaliste enragé écrit au maire de Paris pour que ce soit plutôt le nom de Delgrès qui soit retenu.
Lors d’une interview en novembre 2012 à Radio courtoisie, « la radio de toutes les droites », il déplorera que sa proposition n’ait pas été retenu, s’esclaffant : Ç’aurait été une belle revanche !

Mais chacun conviendra avec moi que tout cela ne fait pas de ce triste individu ni un progressiste (il s’en offusquerait), ni un révolutionnaire. C’est dire que cela ne suffit pas : aucun d’entre nous, partisan sincère et engagé pour la Souveraineté Nationale ne saurait se satisfaire du déboulonnage de Schœlcher sans jamais lever les yeux et porter le regard plus haut et surtout plus loin, vers un autre horizon que l’état de dépendance extrême dans lequel croupit le Péyi et vagit le Peuple.

Alors cette vérité à quatre sous ne saurait être la mienne. En réalité, chez Raspail, l’opposition à Schœlcher est me semble-t-il une opposition à la République, en dépit du fait que l’un de ses arrières grands-parents Raspail François-Vincent (dont l’une des rues de Pointe-à-Pitre porte le nom) ait été un des principaux acteurs de la proclamation de la 2ème République en février 1848 et un compagnon de Schœlcher.

Quand Raspail déclare sur Radio courtoisie « j’ai toujours été horripilé par Schœlcher », en réalité, c’est la République qu’il abhorre, c’est elle qui l’insupporte. Quand il dénie à Schœlcher le beau rôle, c’est aussi pour affirmer que la République n’a pas à s’enorgueillir d’avoir aboli l’esclavage et les bourgeois en redingote comme Schœlcher qui y trônaient non plus.
La palme et les honneurs doivent selon lui revenir à Delgrès notamment, qui devrait avoir des statues, des monuments et des villes en son nom et pour lui rendre hommage. Raspail, le royaliste dira encore que « Schœlcher est un faux-héros. C’est Delgrès le héros »

Il dit vrai incontestablement mais, ainsi que j’ai eu souvent à le répéter plagiant l’académicien Jean Rostand que parfois « sortant de certaines bouches, la vérité elle-même a mauvaise odeur. »

Voilà donc ce à quoi j’ai pensé lors de mon bokantaj de paroles avec mon ami. Voilà aussi ces « souvenirs » que me sont revenus à l’annonce du décès de Jean Raspail. Voilà comment et pourquoi j’ai fait le lien entre les deux et que j’ai lancé ce Vive Raspail qui en fait était, je l’avoue enfin, bien plus qu’une simple boutade.

Mais, ainsi que j’ai pu le dire par ailleurs, je tiens pour conclure à répéter à mon ami ceci : Schœlcher est un homme politique français. Il compte peu et pour rien pour ce DEMAIN qui nous intéresse. Il ne peut pas, d’où il est, tracer « une ligne de démarcation » et encore aujourd’hui, diviser les Guadeloupéens, qui plus est ceux qui ont entrepris de marcher ensemble vers l’Emancipation. S’agissant des différences de points de vue, notamment sur l’Histoire et/ou certains faits historiques il est certes important d’en discuter, de se disputer même, en évitant toujours ce faisant de se détourner de l’ESSENTIEL : la recherche de la Voie de la Responsabilité et de la Souveraineté. Mieux : la marche résolue, « tèt kolé ». Et si janmé Schœlcher, quoiqu’il fît en son temps de bon, de moins bon ou de détestable, devait constituer un poids qui nous divise, nous ralentisse ou nous écarte du chemin vers la Souveraineté ; si janmé il devait être à l’origine ou la cause de procès en sorcellerie et excommunications dans nos rangs, dans notre camp, alors qu’il aille au Diable lui aussi ... s’il n’y est déjà.
Ça fera de la compagnie à Jean Raspail. Ainsi nous poursuivrons, plus légers, notre route san pèd an chimen, san pèd chimen, san fè chimen kòsyè.


Par Ary BROUSSILLON (Sociologue-Historien) / Petit-Bourg, le 15 Juin 2020

lundi 1 juin 2020

Fable... .


Alors que la peste faisait rage
dans la jungle, confiné en cage,
peur d'être par mégarde infesté,
chacun veillant de près à sa santé,
un autre désastre frappa la cour...
C'était à vrai dire un danger en cours,
Les hyènes toujours de sang affamés
connus pour leur attitude mal famée,
pensent toujours au prochain repas
qu'importe tomberait sous leur pas...
Mieux vaut attaquer le troupeau
plus facile se défaire de leur peau...
Comme on le sait, rien ne vaut
la chaire tendre du veau...
Ainsi en bandes ils pointent du doigt,
se croyant toujours de plein droit,
mettent leur plan en exécution
qui se termine par une exécution...
.
Un veau paissait tranquillement
à coté de sa maman, à peine
sorti de la mamelle... Le goût
de l'herbe lui était bien nouveau
d'une étendue comparable à la mer.
La vie était belle pour le veau,
il ne connaissait rien encore
du racisme et de la peste les fléaux
qui en ces temps battaient records...
Dans la jungle affolée, les fléaux
de la balance atteignant leur pic,
semant dans la cour la panique...
Soudain du ciel comme des nues
tomba sur le troupeau une horde
de démons assoiffés à l'assaut.
C'était l'épouvante de tout part
le sauve-qui-peut, même les mères
dont on connait le sens de protection.
Les hyènes avaient tout calculé
et leur proie était tout à coup acculée.
victime sans issue dans une gorge...
Les crocs d'un assassin à sa gorge
tandis que les autres avaient leur part
montrant leur férocité à nu......
' Je ne peux respirer ', dans un sursaut
ultime agonisait le veau, maman, maman
sentant venir son dernier moment,
un palliatif pour soulager as peine......
Ce n'était qu'un cadavre en putréfaction
que même l'enfer rejetterait de dégoût,
telle une peau noire au bout d'une corde...

A George Floyd...

dimanche 31 mai 2020

pour 2019


Je vis pour donner corps et forme au rêve,
Je vis pour recréer la vie
Je vis pour alerter le soleil sur nos urgences...
Je défis la vie tout comme la mort
Je vis et je rêve...
car celui qui n’a jamais rêvé n’a jamais vécu
Qui cesse de rêver cesse de vivre...
Cesse de défier le temps...
Cesse de recréer la vie...
Qui n’a jamais rêvé meurt tout simplement.l.
Sans raison d’avoir vécu.
Yole Dérose, 2018
Je vous souhaite une année nouvelle 2019
Remplie de lumière à la dimension de vos rêves.
Avec beaucoup d’amour


Yole derose

Bonne fête des mères ( 2020 ) Haïti !


C'est toujours à maman
qu'on pense au moment
quand on est en danger,
au moment plus amer
le poids devient plus léger...
Elle t'a porté dans son sein,
puis allaité de ses seins,
dans ses bras bercé..
Jamais elle n'a cessé
de t'aimer... Il n'y a pas
comme une sainte mère
qui a guidé les premiers pas...

Bonne fête des mères ( 2020 )
.
When you're about to die,
for your mama you cry,
she is at the last breath
you remember the breast,
the milk that feed you first,
at all time you thirst...
She is the only arms
that protect from all harms,
Never wish for another,
nothing replace a mother...

To all mothers (2020 )
.
Kiyès ki pi bèl
pase manman.
Manman pi chè
pase dyaman...
Se manman sèl
ki toujou la nenpòt
kilè lè tout pòt
fèmen devan w chè...
Se yon grenn sèl,
san li wap bay gabèl
la vi a san sans, li fad,
ou pa konn kote w gad....

jeudi 28 mai 2020

Ça ira...



Tu l'aimes
Quand même
Me l'avoueras

Sans pareille
Ou même
Tu l'aimeras

Orage encore
Plaqué aux charmes
D'autrefois

Ça ira
Avec ou sans elle
Docile belle sans foi ni loi

Courbes douces
Sans que cesse
Chemin de croix

Ça ira...
Folle frivole
La vie coule

Ces vagues
Divaguent
Jusqu'à moi

Nous sommes
Danse floue
Vous et moi

Tu le sais
Me le berce
C'est tout toi...

Ça ira...

Jocelyne Mouriesse
Mai 2020

Voix d'eau


Émergeant de la lecture de la revue Kaizen... je partage la fraîcheur du "grain" de ce petit matin, celui qui sang-ploie à se laver les plaies en abreuvant la terre des larmes indispensables à l"évolution collective...

Chacun y va de sa façon de percer le tuyau qui fera sourdre sa voix d'eau. En somme, il s'agit d'opter entre :
- laisser l'eau s'évanouir entre les doigts sans maudire
- risquer l'éclaboussement en conservant la ressource pour soi
- la faire jaillir en transparence pour le plus grand confort de tous, hors de portée des eaux usées.

Muse des débordements ; souffleurs d'orage, de désespoir, prières détresses ennemies...
Frères et sœurs que fleurir de tout ça ?

Cette absence de pluie découle t-elle de toutes ces soifs de plus, se déclinant sous ses variantes, silencieuses ou déboussolantes

Cette absence de pluie s'échine à en découdre à tout prix bondissant hors de vous pour le moindre prétexte ! Peu importe qu'elle vous saoule dès l'instant où la brume emporte le sable et sa soif de désert et révèle le captage d'un ciel !

Peine d'eaux perdues, éperdues !
Le robinet refuse de couler, dégoûté....
Les instances nagent dans l'impuissance
Le curé n'en a cure
Tout cela est parfait mon préfet
Mais que font les pompiers ?
.
Mais enfin c'est de nous, de nos soifs qu'il s'agit.... D' en rougir ou rugir !
En surface ou souterraine la soif se faufile joue l'angélisme en souveraine.

Tout cela commence et finit par la quête absolue de confortables fauteuils à l'ombre.
Feuillets extra-lucides, voyants ou mal voyants vous ne faites que passer !

L'eau coulera sous les ponts après vous non pas le déluge, le filet maigre d'un sanglot de chagrin.

Qui vivra verra de Joséphine, de Schoelcher, vrais/faux-frères consoeur, cibles coupables ou non coupables, jouets de l'histoire... Marionnettes dérisoires...

Qu'est-ce que l'histoire voudra bien retenir du geste militant des jeunes activistes ?
L' élan de l'eau qui jusqu'ici était assoupie, soudainement sortie de sa passivité, s'évadant de la tuyauterie d'une courroie de distribution défectueuse, lasse des génuflexions en cascades et pots de vin arrosant la becquée quotidienne.

Ou l'avènement flamboyant
d'un "NOUTOUT ISI-A"
A la hauteur 'un kolézépol !
Aux largesses d'un Lasotè !

Cette eau de vie, cette oeuvre-là plus qu'aucune autre exige la sueur lucide, soulève le vent du courage de tous.
De cette marche à l'amble, résolue, dépend la pérennité d'un boire à la coupe de l' harmonie.

Ce passage d'Edgar Morin me semble plein de bon sens : "déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie à d'autres est une folie".
Il en va de même pour le monde alentour oliron de la terre.
Compter sur ses propres ressources en premier lieu, s'appuyer sur les autres si elles viennent à manquer, la solidarité collective c'est ce qu'il y a de mieux !!!

S'il faut tirer quelque remède aux poisons émotionnels émergeant de l'actualité récente, le déboulonnement de statues peut se traduire comme l"ex-pression d'une overdose profonde, l' in-digestion de représentations "monoparentales"et monumentales héritages du passé colonial. C'est la griffe que la jeunesse pose sur des modèles à désincarner.

Pourquoi ne pas lire dans ce bouillonnement de colère l'opportunité d'un formidable élan de reconstruction, de réajustement, dans une dynamique écologique en rupture avec les politiques qui suivent aveuglément les rails inflexibles du désordre néolibéral.

D'autres statues prendraient la place aux côtés des autres ou laisseront place aux héros ordinaires qui se dresseront en-dedans de nous-mêmes.

Encore cette ligne d'Edgar Morin ;

"Si tous les mouvements de solidarité qui fermentent s'unissent, s'il naît une nouvelle forme qui va dans le sens de "la voie" (ouvrage d'E. MORIN), On peut espérer changer. On ne va pas dire : Voilà le modèle de société parfaite, ! On va dire : "Voilà le modèle vers quoi s'engager pour une métamorphose progressive.'

"La métamorphose d'un papillon, ça ne se fait pas comme ça. Ca prend du temps, ça passe par la souffrance."

En fin ce compte, ce vieux Schoelcher, en se cassant la tête, nous aurait rendu en chutant de son piédestal, un fier service !
Les chutes ont en germé ce pouvoir de rédemption !

Les desseins de certains adieux sont impénétrables...
De la Chenille au papillon, il y a des efforts, des contractions, un long chemin.


Jocelyne Mouriesse

Pour Anicia

  Avec bien plus de courage qu’humainement possible  Bien plus d’entêtement de fougue et de foi Qu’humainement supportables  Avec bien plus ...