Blog dédie au poète Aimé Césaire notamment à son oeuvre, sa poésie et collectant les articles qui ont été publiés sur ce grand homme martiniquais
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jeudi 6 février 2014
Tu manques à la tendresse
Refrain
Comandante Comandante
Inconsolable est la tendresse
Inconsolable l’espérance
La terre sans toi est orpheline
Comandante Comandante
Ta voix ton chant percent la nuit
Marti Bolivar Louverture
Vivent encore à travers toi
Comandante Comandante
Tu as donné corps à leurs rêves
Avec l’amour de ton peuple
Avec l’amour pour seule arme
Comandante Comandante
Ils disaient le rêve impossible
Ils disaient le renoncement
Ils disaient les peuples soumis
L’implacable loi du pétrole
L’horizon clos du capital
Et le peuple n’avait qu’à se taire
L’abrutissement comme compagnon
Livres et musées terres interdites
Alphabet obscurs hiéroglyphes
Violence désordre uniques recours
Mais tous les rêves de Marti
La folle folie de Bolivar
L’audace terrible de Louverture
Et le chant triste de ton peuple
Grondaient en toi hantaient tes nuits
Présents qui luttent aubes qui chantent
Bonheur d’apprendre et de grandir
Soif de construire un jour nouveau
Un peuple un rêve désir ardent
Flamme vive Nuestra América
Nicole Cage, mars 2013
mercredi 13 novembre 2013
Ce pays-là que j'aime (la France)
J'ai écrit ce texte il y a 20 ans. Dire à mes amis français que ma colère contre la France était ciblée. Qu'elle ne s'élevait pas contre tous les Français. Qu'il y avait une France qui savait me toucher, m'émouvoir, me donner envie de croire en la fraternité...
La hideuse actualité, cristallisée autour de de Madame Christiane Taubira m'y a fait repenser... Partage...
Ce pays-là que j’aime
(A Michel Fournillon
Anne Manceron)
Ce pays-là que j’aime, la France
Quand l’automne incendie les forêts
Offrant au ciel des bouquets d’or et de terre cuite
Quand elle s’étire, ronronne et se pelotonne
Dans la brûlure de l’hiver
Quand elle s’étire ronronne encore
Et attend le printemps de toutes les floraisons
Ce pays-là que j’aime, la France
Quand elle oublie de s’oublier
Dans les dédales du quotidien
J’ai pas’ l temps j’ suis trop pressé m’intéresse pas… pas mon problème très peu pour moi…
Quand elle oublie d’être le fief
Des exclusions des expulsions des démissions
Suzeraine
Féodale
Moyenâgeuse dans son jeu d’Ombres et de Lumières
Ce pays-là que j’aime, la France
Quand Edith piaffe dans les coulisses du doute
Quand la Gréco sème au vent
Les « Paroles » ravivées
Quand « l’or du soir qui tombe » brûle le cœur du Poète
Et les troubadours
Les trouvères de l’ère des métros
Font chanter la misère et l’amour
Dans le chœur des voyageurs trop pressés
Ce pays-là, la France
Que j’aimerais si tellement
Si je ne sentais pas,
Souventement,
Le poids de sa carcasse peser de tous ses siècles
Sur ce morceau de moi perdu dans l’océan,
Mon île flottante, ma déraison
Mon archipel d’injustices :
L’Histoire ne sait pas être suave
Je ne sais pas oublier
L’avenir est un fruit
Qui se balance en bout de branche
Au faîte de l’espérance, ballotté par le vent,
Sans cesse reculé, si proche cependant
Ce pays-là, la France
Que je voudrais aimer
En innocence
En déraison
Ce pays-là,
Que j’aime,
Si tellement cependant…
Nicole Cage
(Paris, 15-10-1993)
mardi 8 octobre 2013
Awa! (En mode tjou-mwen plen)
Awa !
Pardon. Mais je suis agacée. En mode “tjou mwen plen épi péyi-tala!”
Il y a quelques mois de cela, une amie écrivaine me demande mon adresse email pour me faire parvenir une invitation au Salon du livre organisé par la Région. Je lui donne donc mon adresse et cette histoire de salon du livre me sort complètement de la tête.
La semaine dernière, je reçois sur facebook une invitation à « liker » la page du Salon. Tiens, ce fameux Salon ! Je « like » forcément, je ne peux qu’être favorable à toute initiative de nature à mettre notre littérature en avant. Je m’interroge deux secondes pour savoir si je serai au nombre des auteurs invités, en me faisant la réflexion que si tel était le cas, j’en aurais déjà été informée vu que le Salon a lieu en décembre. Et je passe à autre chose !
Vendredi dernier (le 04 octobre si je ne m’abuse) j’appelle la Région pour une demande d’information pour ma fille Anne. Elle se trouve en Guadeloupe et il est donc plus simple et moins coûteux pour moi d’appeler de sa part. Avant de raccrocher, je demande que l’on me passe le service qui s’occupe du Salon du livre. Mon interlocutrice est très cordiale et aimable, sé vré. Je lui dis : « Ben je viens un peu aux nouvelles concernant le Salon. Voir si l’on m’a, comme d’habitude « oubliée »… Nous plaisantons autour de cette question de mon « oubli systématique » et elle me dit que si je veux avoir une place dans « le carré des auteurs » je dois lui envoyer par email un CV et une demande, ce que je m’engage à faire.
Mais depuis vendredi et jikjodi je n’ai pas pris la peine ni le temps de m’asseoir pour réfléchir à cette histoire de CV et de demande. Jikjodi je n’ai envoyé otjin CV ni demande. Mais ce matin (en ce pluvieux mardi), l’amie écrivaine me relance pour savoir si j’ai reçu mon invitation au Salon. Je lui réponds que je n’ai rien reçu jikjodi, qu’on m’a demandé CV et lettre de motivation (en quelque sorte), que je n’ai encore rien envoyé et qu’il est fort probable que je n’envoie rien, parce que lui ai-je dit : « Je suis fatiguée de tout ça »…
Oui en vérité, fatiguée de tout ça !
* Si je devais faire la liste des bibliothèques municipales de mon pays qui ne m’ont JAMAIS invitée en tant qu’auteure, ce papier ne suffirait pas !
* Il y a un mois, un ami est allé à la Librairie Antillaise chercher un de mes ouvrages. N’ayant rien trouvé, il se rapproche d’un « vendeur » qui lui rétorque : « Ah si y’a pas qu’elle n’est pas référencée chez nous ! Désolé ! » Et il l’a laissé planté là !
* Je mets quiconque au défi detrouver un de mes ouvrages à la Bibliothèque universitaire (ou peut-être un seul à la BU selon ce que m’en a dit une étudiante qui prépare sa thèse sur mon travail ! Ou ni kouraj mafi !) ou dans une librairie d’isidan !
* Etc, etc, etc…
Et maintenant, je dois demander souplé-mèsi de bien vouloir me faire la ‘tite-favè de bien vouloir m’inviter à votre grand’messe-là ! Et je dois prouver que je mérite d’être invitée en fournissant mes « états de service littéraires » ?
Awa, Nini, elle a pas que ça à faire !
Elle n’a rien à prouver. Elle écrit son compte d’écrire ! Parce que c’est là, dans le lieu de l’écriture que sa vie prend sens et signifiance… Elle écrit aussi pour le bonheur immense de tisser des amitiés littéraires vraies, durables et fécondes avec ses amies et amis poètes, romanciers, dramaturges et musiciens du monde qui, eux, n’ont pas besoin de CV ni de lettre de motivation pour savoir et RECONNAITRE qui elle est !
Du Cameroun au Canada, du Venezuela à l’Albanie, du Bénin à la Roumanie, après un ti rondi vers le Liban ou la Tunisie, après un siak vers El Salvador ou la Macédoine, on n’a pas besoin de CV pour dire qui est Nicole Cage, pour l’inviter à animer des ateliers d’écriture, faire des conférences, donner des récitals où sa parole et sa danse de poétesse-chamane (ainsi que l’appellent ses amis Saúl Ibargoyen et Mariluz Suárez Herrera) chavirent les en-dedans !
Alors si vous vous trouvez dans le Salon du livre de Martinique (auquel je souhaite d'ores et déjà et sincèrement un plein succès parce que notre littérature le mérite), pas la peine de «demander pou mwa », je risque fort de ne pas être là, perdue dans le « carré des auteurs »…
Ceux qui ont besoin de ma parole écrite ou dite, de ma présence « chamanique » savent où et comment me trouver.
En attendant, à présent-lam, je vais écrire la chanson que mon prince m’a « commandée ».
Ah oui, au fait, je suis aussi parolière !
Nicole Cage,
Schoelcher, le 08 octobre 2013
PS. en prime, ayen ki pou vou,mes « états de service littéraires ».
Rien que pour vous, un ‘tit morceau de monparcours littéraire
En 1993 Nicole Cage obtient une mention spéciale du Jury du Prix de Poésie Jeunesse du Ministère de la Jeunesse et des Sports et de la Maison de la Poésie à Paris pour son recueil de poèmes pour enfants intitulé « Lavalas».
En 1996 elle est lauréate du PRIX CASA DE LAS AMERICAS pour un recueil de poèmes-jeunesse « Arc-en-ciel, L’espoir », publié à Cuba en bilingue, traduit par Nancy Morejon(Français-Espagnol) aux éditions Casa de las Américas et Cocultura de Colombie.
En 1998 elle traduit et adapte la pièce du dramaturge cubain Ulises CALA, « El traje » qui est donnée en lecture-spectacle au CMAC dans le cadre de la manifestation « Le temps de lire ».
Cette même année, son premier roman, « C’est vole que je vole» est publié; roman de la folie, de l’enfance massacrée. Elle monte un spectacle autour de ce texte (mise en espace théâtrale avec la musique et des chansons qu’elle écrit elle-même),spectacle qu’elle présente dans différentes bibliothèques.
En 2000 son deuxième roman,« Confidentiel », roman-jeunesse, est publié aux éditions DAPPER.
. Juin 2001, elle représente la Martinique au 11ème Festival International de poésie de Medellin en Colombie.
En Février 2002: « L’Espagnole »,roman aux éditions “Monde noir”, groupe Hatier International.
Juin 2002, elle représente la Martinique à la Rencontre Continentale des Ecrivains en Langues Indigènes à Guadalajara, Mexico, où elle met en espace ses poèmes en créole et espagnol.
Juillet 2002, participe au Sixième Festival International de Poésie de Curtea de Arges en Roumanie et fait partie des trois poètes nominés pour le PRIX INTERNATIONAL DE POESIE DE ROUMANIE. Traduction et publication du recueil « Arc-en-ciel,L’espoir » : Cucurbeu Speranta, par l’Académie internationale Orient-Occident de Roumanie, édition bilingue (français,roumain).
Octobre 2002: Festival international «Ditet e Naimit» République de MACEDOINE sous la présidence d’honneur et effective d’Ismaël KADARE — Elle y reçoit le PRIX OENEUMI de poésie.
Mars 2003 : représente la Martinique au Festival de poésie « La tente d’Ali Ben Geddhem » en Tunisie.
Avril 2003 : la Martinique lui rend hommage à l’initiative des « Griots de la Martinique » lors de la Fête de la poésie An XVI. Un recueil de ses textes publiés et inédits est édité à cette occasion.
Ses poèmes sont traduits en albanais, anglais,arabe, espagnol, macédonien et roumain et paraissent dans des revues littéraires en Albanie, Macédoine (anthologie « Ditët ë Naïmit »), Etats-Unis (MaComere), (San Francisco BayView) Liban, Roumanie, Amérique Latine.
Juin 2005 : Son quatrième roman, « Aime comme musique ou comme mourir d’aimer » est publié aux éditions Le Manuscrit et est finaliste du Prix Gros Sel 2005. Il est réédité en mars 2006 par les éditions Scripta
Juillet 2006 : Publication de « C’est vole que je vole» roman, aux éditions « Les Oiseaux de papier », Bretagne – Prix Gros Sel 2006, Belgique
Mars 2007 : Palabras de paz por tiempos de guerra, poèmes, Editions El perro y la rana/Ministerio de la Cultura de Venezuela, Caracas
Avril 2007 : Et tu dis que tu m’aimes, récit, Edition Lesoiseaux de papier. Ce texte comme contribution à la lutte contre les violences faites aux femmes
Septembre 2007 : Une robe couleur soleil, conte jeunesse, Editions Lafontaine, Case-Pilote, Martinique. Sélectionné en 2008 pour l’exposition internationale The White Ravens, à Munich.
Décembre 2007 : Dèyè pawol sé lanmou, Par-delà les mots, l’amour recueil de poèmes - bilingue préfacé par Frankétienne, K Editions,Fort-de-France
2008 : Participation à l’ouvrage collectif : La peinture en Martinique, HC Editions, Grand Prix du Livre insulaire 2008
Janvier 2009 : Vole avec elle, roman, Editions Acoria, Paris
Janvier 2010 : Medley, nouvelle parue dans le recueil collectif, Drive, l’errance ensorcelée- HC Editions
2010 : Anthologie bilingue (Français/espagnol) Editions : Monte Ávila, Caracas
Septembre 2010 : Entre îles – nouvelle trilingue (français, espagnol, portugais). Horizontes Insulares, Gobierno de Canarias
Janvier 2012 : D’Îles je suis, suivi de Où irait mon crirecueil de poèmes préfacé par Nouréini Tidjani-Serpos, Editions Le Chasseur abstrait
Avril 2012 : O Ayti-m Nouvelle parue dansl’anthologie O Ayti, Ayti O, K Editions, Fort-de-France
Autres festivals de poésie et rencontres littéraires :
. Octobre 2003 : Festival de Tetova en Macédoine et en Albanie
. Mai 2004 : Salvador.Guatemala
. Juin 2004 : Festival International de poésie de Medellin (Colombie)
. Octobre 2005 : Festival International de la Poésie, Trois-Rivières, Québec
. Mai/Juin 2006 :
. 30 mai-03 juin: The Caribbean Woman Writer as Scholars, Florida International University - Miami
. Juin 2006 : Saint-Maarten Book Fair : présence sur le salon du livre, rencontre avec les collégiens,récitals de poésie
. Juillet 2006 : Festival Mondial de la Poésie du Venezuela
. Juillet 2007 : + promotion, récital poétique à Caracas autour de Palabras de paz por tiempos de guerra. Invitée par la Red de Intelectuales en Defensa de la Humanidad anime des ateliers d’écriture, Las alas del sueño dans plusieurs communautés rurales du Venezuela
+Participe au 1er Festival International de Poésie de San Francisco
Novembre 2007 : Participe au Chant des Sirènes, Atrium, Fort-de-France, où elle met en espace une chanson extraite de Et tu dis que tu m’aimes
Mars 2008 : + Salon International des Poètes Francophones du Bénin, à Cotonou. Elle y anime un atelier d’écriture en direction des collégiens et participe avec les autres poètes invités à plusieurs récitals à travers le pays.
+ La Havane, Cuba, invitée par la Casa de las Américas et l’Ambassade de France à Cuba dans le cadre de la semaine de la francophonie, elle y donne une conférence intitulée : « Deux langues pour dire l’âme créole » et un récital. Les enfants du célèbre groupe de La Colmenita lui rendent hommage en interprétant ses poèmes extraits du recueil Arc-en-ciel, l’espoir,Prix Casa de las Américas 1996
Avril 2008 : Participe aux premières Rencontres littéraires Afrique Caraïbe Maghreb sous la présidence d’honneur du poète béninois Nouréini Tidjani-Serpos,(sous-directeur général de l’UNESCO chargé de l’Afrique) à Chatenay-Malabry, France. Récitals, séances de dédicaces, causeries
Juin 2009 : Saint-Maarten Book Fair : Dédicaces- rencontres avec élèves autour du conte Une robe couleur soleil-récital de poésie
Juillet 2009 : Congrès de l’American Association of Teachers of French, San José, Californie. Invitée par la Maison de la Francophonie des Amériques, Canada, à donner une conférence : Comment redonner aux jeunes le goût de lire
20, 21 Septembre 2010 :+ Québec, récital poésie et jazz avec le trio Daniel Lessard au Largo- Resto en pré-ouverture du Festival de jazz de la ville de Québec, en prélude au Festival International de Poésie de Trois-Rivières dans le cadre du 2èmeanniversaire du Centre de la Francophonie des Amériques
+ Bibliothèque Nationale de Montréal : “Quatre saisons, quatre lumières, quatre couleurs”, récital poésie et jazz avec le trio Daniel Lessard
Décembre 2010 : Festival de poésie 3V, Douala, Cameroun
Printemps des poètes 2011 : Son poème « Dans mon île ne poussent pas les saules » fait partie du corpus de textes des trois auteurs martiniquais (avec Césaire et Zobel) proposés en étude aux élèves des différentes académies.
Avril 2011 : 2èmeCongrès des écrivains de la Caraïbe, Guadeloupe
16 au 20 mai 2011 : Dans le cadre du Colloque « La diversité culturelle dans la Caraïbe » à La Havane,Cuba, présente une conférence sur la littérature jeunesse dans la Caraïbe intitulée : « Ecrire pour la jeunesse: Un choix aux accents de gageure, de paradoxe et… de jubilation »
24 septembre 2011 : en tant que membre du World Poetry Movement, elle organise (comme c’est le cas en divers lieux de la planète ce même jour) un récital de poésie « Lawonn Pawol » au Jardin Littéraire, Savane de Fort-de-France. Lectures, mises en espaces de textes poétiques, slam, musique se côtoient dans une ronde poétique ouverte à tous, y compris aux passants qui se sont arrêtés, ont apprécié et même participé avec chants ou poèmes.
Autres récompenses :
Mars 2004 : Prix de la Créativité décerné au Liban par la Fondation NAAMAN pour la Culture pour une sélection de poèmes extraits du recueil inédit « Paroles de paix pour temps de guerre »
Décembre 2006 : Prix Gros Sel 2006, à Bruxelles, pour son roman, C’est vole que je vole.
Distinction :
Octobre 2006 : Nommée membre d’honneur du Festival International de Poésie de Tetova, Macédoine
Traductions
. Le costume (El traje) Pièce de théâtre d’Ulises Cala
. Sélection de poèmes de Naji Naaman (créole, espagnol)
. Le témoignage du père (Testimonio del padre) (Otoniel Guevara)
. Cette ardente fureur de liberté (Este ardiente furor de libertad) (Carlos Francisco Elias)
. La fable des cavernes (Marcio Veloz Maggiolo)
. A deux voix (A dos voces) (Théâtre de Mariluz Suarez Herrera)
. Paroles de paix pour temps deguerre/Miracle/Femme je suis (Palabras de paz por tiempos deguerra/Milagro/Soy mujer) Nicole Cage-Florentiny
. Comédienne amateur :
°Atelier Théâtre de l’OMCLT deTrinité, dirigé par Bérard Bourdon :
Rôle :Man Cécé dans la pièce Man Cécé,création collective, juin 1998
Un week-end, et tout le tralala création collective, juin 1999
°Juin 2004 : Service Municipal Culture de Trinité : Man Cécé
°Juin 2005, troupe Pa vini kon sa, Maison pour tous Zac du Bac de Trinité : Mise en espace textes : Le goût de vivre et Ridiri de Nicole Cage-Florentiny
° juin 2006, Festival de Théâtre amateur de la ville de Trinité, troupe Pa vini kon sa. Rôle : lapropriétaire dans la pièce Yé clic !de Jeff Florentiny
° Novembre 2011 :Adaptation du conte : Une robecouleur soleil
. Assistante à la mise en scène
° Novembre 2011 : du conte adapté Unerobe couleur soleil joué en séances scolaires au Service Municipal de la Culture de Trinité; mis en scène par Daniély Francisque
jeudi 20 juin 2013
Voyage
Il y a l’amour
Nos corps l’un à l’autre arrimés
Nos corps en ascension
En quête d’une étoile
Il y a l’amour
Nos corps repus
Mais se cherchant encore
En une inextinguible soif
Puis vient la paix
Cet instant du silence
Où nous frôlons les franges
De l’Eternité…
Nicole Cage
mercredi 17 avril 2013
In memoriam, l'Aimé
Je présente sur Radio Canal Antilles (RCA-RFI sur 100.6) une chronique culturelle intitulée: "TousArtZimuts".
En ce jour anniversaire du grand départ de l'Aimé, je partage avec vous celle que je lui ai consacrée.
In memoriam
Dans quelques mois, il aurait eu cent ans…
Dans quelques mois ses enfants d’ici comme ceux du pays-source tout autant que ceux du pays-source éclatés en diaspora auraient dû lui rendre un magistral hommage. Un hommage sous les couleurs du Festival Mondial des Arts Nègres 2013 ici en terre de Martinique.
Mais au lieu de cela le pays connaît des hommages épars, désordonnés qui insultent sa grandeur.
Au lieu de cela des spécialistes de sa parole, des héritiers auto-proclamés se disputent le monopole de la connaissance de son œuvre, de sa personne, d’une« parole due », chacun se targuant de lui rendre le plus bel hommage, chacun se targuant d’être plus autorisé, plus légitime héritier que quiconque.
Et de là où il est, il doit bien sourire de tout ce cinéma orchestré en son nom !
Pour ma part, je continuerai de l’aimer comme de son vivant : depuis la distance, dans le silence, dans l’alcôve frémissante de mon en-dedans...
Et cet amour-mien n’est point amour posthume, amour de circonstance ! Non, mais amour antique né de l’émerveillement d’un Cahier, né de la morsure de ces chiens qui ne savaient ni ne voulaient se taire… Né du respect face à l’intégrité, à la douce réserve, à l’entêtement aussi d’un homme-laminaire accroché à sa terre…
Belentigui… C’est le mot malinké pour dire « ô Vénérable, ô Patriarche ». C’est ainsi qu’en mon cœur je l’ai appelé aussitôt qu’un vieux sage de Guinée me l’a enseigné.
Je lui parlais, dans le secret de mon cœur. Tous les jours… Je le suppliais de rester en vie ; lui disais à quel point je rêvais, sans jamais oser franchir le pas, d’accompagner les derniers instants de sa vie terrestre ; ensoleiller le crépuscule de cette vie à la fois vigoureuse et chancelante. Lui faire la lecture, égayer ses promenades, le faire rire, et rêver encore, et refaire le monde avec les yeux de l’enfance, la naïveté de l’innocence choisie contre tout cynisme, envers et contre tout nihilisme. Mon imagination exaltée déroulait à volonté ce film de nos rencontres : face à l’Atlantique, nos rêves libérés, lâchés, libres coursiers, comme un filet tendu jusqu’à l’Afrique ; et le filet ramené, tiré, la senne râlée, râlée jusqu’à nos pieds incrédules, la senne emplie de trésors insoupçonnés autant que douloureux, de soleils turquoise, perles : sang d’huîtres par trop blessées, cauris à la caresse laiteuse, et encore, et encore, et aussi…
Belentigui…
Au moment de son départ « nan Ginen » mes frères africains, remuant le couteau dans la plaie, m’ont exprimé leur surprise et leur incompréhension de ce que, ayant eu la chance de vivre sur la même terre que lui, je n’aie jamais fait l’effort de chercher à le rencontrer. J’ai accusé le coup et n’ai su que me taire. Dans cette distance il y avait tout à la fois, l’arrogance de la jeunesse militante qui ne pardonnait pas au guide son « Oui » de 1946 et une timidité proche de l’épouvante…
Au moment de son départ, comme à toute heure de trop gros chagrin, comme à tout insupportable de trop douloureux deuil, Birago, Birago Diop et sa parole-soleil, sa parole-espérance, m’ont soufflé les mots de la consolation.
Les morts ne sont pas morts.
Ecoute dans le vent le buisson en sanglots
C’est le souffle des ancêtres
Et par la magie de cette parole, mon coeur se console. Car il cultive la certitude que Belentigui sait l’immense amour. Il pardonne l’orgueil de la jeunesse militante, il pardonne la peur paralysante. Tout est rendu, épuré par l’alchimie du pardon, voué au lumineux cristal des retrouvailles. Il sait : ce lieu, au mitan de mon cœur, où se niche sa parole, nos histoires chuchotées à écrire encore, nos rêves fous d’un pays insolemment debout.
Il sait : ce lieu en mon âme où il peut désormais à toute heure et à jamais s’inviter et dérouler les fils de la parole nègre de la parole humaine et fraternelle, les fils de l’indicible tendresse entre un père et sa fille prodigue, son enfant retrouvée par-delà la mort.
Nicole Cage, avril 2013
mercredi 5 décembre 2012
Je ne suis pas poète
Je n'ai jamais voulu être enfermée dans un cadre, sous une étiquette limitant mon espace d'expression. Suis-je poétesse, romancière, écrivaine, dramaturge, ect? Je suis quelqu'un qui écrit.
Quant à mon expérience des récitals, mi an dot bab! On tente de trouver un cadre. Tu es slameuse? Non, parce que le slam répond à des critères, à des codes que je ne respecte pas forcément. Ah, tu fais du Joby Bernabé alors? Non! Tu es conteuse alors? Euh, non... Mais ça s'appelle comment ce que tu fais?" "Ben je sais pas, je dis et mets en espace mes textes, accompagnée de musiciens." Ouais, mais ça s'appelle comment?" "Euh... pawol ek mizik"
Pff! Annou fini épi sa pito! Si vous aimez ce que j'écris, si vous aimez ce que je partage sur scène, prenez-le, laissez cela vous parler, vous guérir, vous interroger, vous choubouler, vous déranger, vous agacer. Recevez-le tout simplement, de coeur à coeur, d'âme à âme...
Je ne suis pas poète
L’on me dit poète
Je ne sais je ne sais
Je tente seulement d’écouter le vent
Et de percer dans son murmure
Le secret de ma vie
Je ne sais je ne sais
J’essaie simplement de résister à l’appel
De la travailleuse de l’ombre
Non je ne suis pas poète
Je ne sais qu’écouter
Les pulsations de la terre
Tâchant d’y découvrir la voie de ma légende intime
Egarée en cette vie
Je parcours la forêt des mots
Dans l’espoir d’y trouver
Le sens de l’absurde
Mais je me perds encore
encore
encore
Confondant un mot et une feuille
Une virgule et une fleur
Une strophe et un arbre
Et je m’égare encore
Dormant parmi les ronces
Appelant la lumière
Escomptant l’éveil du soleil
Signal du retour à la vie
En mes veines en mon cœur
Les tessons d’une bouteille brisée
A moins que ce ne soit les ronces acérées
D’une étrange forêt
M’ont lacéré la peau
M’ont violenté les pieds
Stigmates d’un voyage aux confins des ténèbres
Dont je veux ressurgir
Vierge
Inatteinte
Mais ne sachant tout de même pas ce que c’est qu’un poète
Et sachant encore moins
Si je ne le suis qu’un peu
J’en sais seulement davantage
Sur mes faiblesses et ma lumière
Et sur ma soif de vivre
Jusque et par-delà l’ultime pulsation de mon coeur
Nicole Cage
2007
Extrait du recueil inédit :"Une bouteille à la mer"
lundi 3 décembre 2012
Et cependant silence
Silence
Comme une gifle en plein cœur de l’amour
Comme une nuit sans fin
Où n’apparaît pas l’ombre d’un ami
Silence
Comme le froid qui ronge
Et le jour, qui tarde à venir
Comme la voix aimée qui ne chante plus à mon oreille
Comme la plus cruelle des malédictions
Silence, où je plonge pourtant
Pour retrouver le chemin de moi-même
Quand mon âme cesse de me rappeler qui je suis
Silence où je plonge
Pour retrouver l’essence de mon être
Quand toutes les portes de l’espérance se sont closes
Et qu’il ne reste que moi
Et l’infinie perspective du silence
Où je renais enfin…
Nicole Cage (2004)
mercredi 12 septembre 2012
J’ai eu dix-sept ans, c’était il y a trente années de cela…
![]() |
| 17 ans, sur le balcon, lycée de Bellevue... |
Il y a peu, je commentais avec « quelqu’un » une photo de lui prise à l’époque de ses dix-sept ans. Comme je lui demandais quels étaient les rêves de ce jeune garçon il me répondit qu’il rêvait alors d’être celui qu’il est aujourd’hui sur le plan professionnel, ainsi que d’une femme aimante pour la vie - et qu’en cela il avait dû déchanter…
Et moi, à dix-sept ans, c’est-à-dire trente ans plus tôt, de quoi, à quoi pouvais-je bien rêver ?
A dix-sept ans je m’ouvrais, enthousiaste, aux joies et à l’âpreté du militantisme et je demandais à l’un des camarades chargés de notre éducation politique s’il croyait que dans dix ans la Martinique serait indépendante, la Caraïbe unie, et l’Amérique, nuestra, ainsi que l’avaient rêvée Martí et Bolívar…
Je rêvais encore d’être une brigade internationaliste permanente, révolutionnaire polyglotte sans peur et sans attaches sur tous les fronts et les routes du Monde…
Je rêvais de rencontrer Nicolás Guillen en de longues conversations, en fureurs de poèmes et grands soubresauts de rires de negros bembones…
A dix-sept ans, je croyais que le fait de surprendre sur moi le regard du garçon dont j’étais follement éprise à chaque fois que je levais les yeux était prémisses d’une belle et durable première histoire d’amour. Jusqu’à ce qu’il me saccage…
A dix-sept ans je me battais désespérément pour qu’on cesse de me traiter de pute au simple motif que j’avais plus d’amis masculins que féminins. Les choses n’ont guère changé à cela près que je ne me bats plus pour prouver quoique ce soit !
A dix-sept ans, debout sur les balcons du lycée de Bellevue, je regardais des heures durant la mer en ses milles et un plis, en son vibrant silence et je rêvais de me faire enrôler sur un des nombreux bateaux qui traversaient la baie, quand je trouvais trop d’aspérités à ma vie, à la vie… Partir, loin de ce pays que j’aimais trop déjà… En dépit du fait que je n’ai absolument pas le pied marin !
A dix-sept ans, je noircissais des pages et des pages de cahiers colorés sans jamais me croire poétesse.
J’ai appris aussi que l’amitié pouvait écorcher durablement et l’amour marquer le cœur d’indélébiles blessures.
Mais, obstinément, follement, je croyais en la proche Révolution, en l’amitié et en l’amour plus forts que toutes les déchirures. Et je croyais « l’innocence consciente » supérieure à tous les désenchantements…
Et trente ans après, c’est cela qui demeure, intact, comme un diamant voué à la rédemption de la gangue…
J’ai dit au garçon de la photo que c’est son innocence qui m’avait attirée et, qu’en dépit de nos déchirures respectives, nous avions tout ce qu’il nous reste de vie pour conjuguer les pages de notre histoire en « innocence lucide »…
C’est la même innocence qui me permet de me mettre à nu aux yeux de ma fille aînée en partageant avec elle une expérience de dessin automatique. Je savais que mon dessin lui dirait tant de mon état de ce soir mais nos innocences respectives et le respect qui nous lie méritaient cette audace…
Oui en trente ans, il m’est arrivé et il m’arrivera encore peut-être parfois de rêver de partir (il y tant de façons de partir !), de larguer les amarres d’une vie dont j’ai le sentiment de ne pas posséder les codes.
Mais par-dessus tout j’aime la vie dont j’ai appris qu’un creux n’est là que pour vous impulser le courage de toucher le fond pour vous hisser jusqu’à la prochaine crête.
J’aime la vie dont les petites joies simples composent la toile bigarrée du bonheur et dont les larmes peuvent être douces…
Oui, en vérité, trente années plus tard, je peux dire que j’aime MA vie et que je ne regrette rien, pas même les trébuchements qui m’auront permis de fortifier la résistance de mes jambes. J’aime ma vie en son non-sens et en son tout-sens.
J’aime ma vie parce que c’est ce que j’ai pour grandir et mourir un jour en rêvant de Sagesse…
Nicole Cage,
Schœlcher,
11 et 12 septembre 2012
mercredi 11 avril 2012
Adresse posthume à Edouard Glissant
(A l’occasion de la présentation de l’ Etude du roman La Lézarde
de Juliette Eloi-Blézès, in Lectures d’Outre-Mer, Edition CRDP Martinique)
Monsieur Glissant,
Un livre comme celui de Mme Eloi-Blézès m’a manqué, quand, adolescente, je tentais d’aborder votre œuvre avec pour seuls clefs ma curiosité et l’immense respect que je vous vouais déjà.
Pour le parcourir, j’ai accepté d’être aussi vierge que je pouvais l’être alors, guidée seulement par une trame et une étude qui, pour être rigoureuses, n’en laissent pas moins transparaître l’enthousiasme et même l’amour de la « disciple » pour le Maître.
Le Maître, c’est ainsi que nous vous appelions. L’écho en un frémissement se déployait: « Le Maître est ici !», pour dire que vous étiez Opéyi. Alors, impatients et timides, nous nous préparions à vous rencontrer sur la plage du Diamant ou chez L’Oiseau de Cham. Là le tambour et le rhum roulaient, là c’était la fête à ce que L’Oiseau de Cham et vous appeliez des « non-plats », ces recettes du vitement-pressé et de la sobriété obligée, celles du pêcheur qui lâche dans l’eau bouillante et parfumée d’épices le fruit de sa pêche - et ainsi naissait le blaff ; celles du ti-nain-morue ou de la salaison sauce-chien.
Et la parole aussi roulait. Et les blagues à deux sous…
A l’ombre de votre grande et presque fragile silhouette, j’étais silence…
Il y avait également les soirées « Espace Créole », du nom du concept et du petit restaurant des Terres Sainville qui les accueillait. Ce rendez-vous de l’expression libérée, en paroles ou en musique était un concept conçu là aussi par Oiseau de Cham et vous. Votre voix hésitante dans la nuit –si bon de vous avoir là, si près, à portée de regards et de mots mais sans jamais oser « vous déranger »- les rires, les audaces créatives, les acras brûlants, tout cela participait de cet espace créole vivace et partagé !
Et puis je garde encore comme un don précieux les deux notes de lecture noircies de votre écriture altière et penchée que vous m’aviez remises à propos des manuscrits de mon roman C’est vole que je vole et d’une sélection de poèmes… Vous y disiez que mon souffle particulier procédait du halètement. J’ai retravaillé mes textes en tenant compte de toutes vos remarques, je me suis confrontée avec ardeur à mes propres mots, à mes lézardes intérieures parce que grandir à vos yeux et grandir tout simplement l’exigeait. Et je cultive l’espoir qu’un jour, Monsieur Glissant, ce souffle mien, ce cri de l’urgence de dire, de me dire, de nous dire, saura avec la maturité se faire chant polyphonique… Car ne disiez-vous pas que « Le poète choisit, élit, dans la masse du monde, ce qu'il lui faut préserver, chanter, sauver, et qui s'accorde à son chant. (…)Et le rythme est force rituelle, levier de conscience. » ?
Et puis la vie, le temps, les chemins… Je n’ai plus été de ces rencontres émouvantes et gaies, informelles toujours. Tant d’années… A se dire qu’on aura le temps, qu’on aura l’occasion, d’autres opportunités, qu’on a toute la vie ; à vous croire, comme Aimé Césaire, immortel, même vous sachant malade. Oui pour moi, même travaillé par le ressac, vous étiez roc inébranlable. Mais la vie, le temps, la mort…
Je n’ai pas assisté aux cérémonies qui ont présidé à vos funérailles car, sauvage, je n’aime guère à me trouver là où il faut être. Dans ces endroits-là, je me dandine maladroitement, je me tiens à l’écart, un chien dans une yole… Comme je l’ai fait pour Aimé Césaire, je viendrai sur votre tombe, un jour, oui, je viendrai vous parler à travers la pierre…
Vous dire merci d’avoir fait chanter nos paysages, nos rivières et nos bois dans toute leur clarté, dans leur violence aussi. Merci, à chacune des lectures et relectures de vos œuvres, de nous emmener, en traversant nos méandres, nos incertitudes, et nos grandeurs, de nous emmener loin, en nous-mêmes et jusqu’à l’Autre… Oui, merci de n’avoir eu de cesse de nous alerter sur les dangers du repliement sur soi, de la crispation névrotique sur une identité figée.
Merci de nous apprendre à appréhender et à aimer le chaos comme source et non comme perdition.
Merci de nous offrir, contre toutes les scléroses, la richesse mouvante de l’ambigu, de la vulnérabilité consentie. De nous convier à prendre le risque de mettre à jour nos vulnérabilités pour oser nous mêler à l’Autre et j’ai envie de dire de l’Autre.
Merci de n’avoir eu de cesse de nous enseigner « l’envers éclairant de l’Histoire».
Et ce peuple que vous avez voulu dire dans La Lézarde -entre opacité et trouées de lumière,- aura à se demander, par vous, avec vous : « Comment être soi sans se fermer à l’autre et comment consentir à l’autre, à tous les autres sans renoncer à soi ? (...) Comment défendre sa communauté dans la réalité d’un chaos-monde qui ne consent plus à l’universel généralisant ? » (in Introduction à une poétique du divers).
Car même si je n’adhère pas à toutes vos propositions, je continuerai de m’incliner devant la puissance de votre pensée en action, l’audace avec laquelle vous n’avez cessé de nous secouer et de secouer, d’interroger, de déranger la totalité du Monde, la constance de votre engagement à nous empêcher de nous endormir sur nos blessures, nos pitoyables avoirs, nos piètres velléités d’être…
Pour terminer, je voudrais dire merci à Juliette Eloi-Blézès d’offrir, non seulement à la communauté éducative mais également à tous les Martiniquais et à toute personne intéressée à mieux connaître votre œuvre, cette étude comme autant de codes d’accès jusqu’à votre écriture et votre si féconde pensée. Lui dire merci de nous aider à comprendre que chez vous, opacité n’est point hermétisme, inaccessibilité mais bien la seule façon de dire la confusion, la brutalité et la richesse de notre histoire et de notre réel.
J’émets ici le vœu que ce travail exigeant de Juliette Eloi-Blézès donne le goût à d’autres chercheurs, à d’autres enseignants de procurer à notre jeunesse un certain nombre de pistes pour aller à la rencontre d’une œuvre monumentale, cet héritage flamboyant que vous avez laissé entre nos mains incrédules…
Nicole Cage,
Fort-de-France, le 03 février 2012
lundi 9 janvier 2012
Lettre ouverte d'une femme à l'homme qu'elle aime...
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| Larivyè lajwa. Photo Philippe Bourgade |
Je me crois, me pense, me ressens féministe… Mais je n’ai nulle honte à dire qu’avec toi j’ai trouvé… mon maître ! (Non mes sœurs féministes ne vous offusquez pas !)
Mon maître, celui qui n’a cure de mes soté-maté-babiyé et qui, obstiné, continue de m’aimer parfois bien malgré moi, celui qui ne cesse de me désigner ma propre lumière, celui-là si indulgent pour mes trébuchements mais si inflexible avec mes hésitations, mes latranblad-kapon ! Celui-là qui a le toupet de me contredire même en sachant ce qu’il encourt ! Celui-là nullement impressionné par mes « tempêteuses » colères et qui sait m’obliger en douceur à exprimer le meilleur de ce que je suis à force d’exalter le meilleur en moi… Celui-là dont les épaules savent se faire asile pour mes cyclones intérieurs, dont les mains et les mots pétrissent et polissent mon âme libertaire avec l’infinie patience, la tendresse amusée et l’inconditionnel amour du Maître spirituel. Celui-là dont les yeux amoureux sculptent mon corps et le rendent à sa virginité originelle… Celui-là par la grâce de qui je deviens tour à tour disciple et prêtresse, courtisane et pucelle, Mère du monde et enfant abîmée par la faim et le poids des questions sans réponse.
Celui-là qui n’a pas pris ses jambes à son cou ce jour, où, épouvantée et solennelle, je lui ai avoué qu’entre ses mains, qu’entre les silences et les étonnements de son cœur, il tenait ma toute vie…
Je crois oh mon amour avoir cherché et épuisé tous les moyens de t’effrayer, de t’acculer à renoncer à moi. Je t’ai parlé de moi avec la distance dont on parlerait d’une étrangère au passé trop lourd ou mystérieux... Et cette étrangère que je tenais à distance et d’une condescendante distance, tu lui as pris la main dans un geste qui était déjà de l’amour, de la façon la plus naturelle qui soit. Et elle te questionnait encore : « Est-ce bien moi, vraiment ? Suis-je vraiment celle-là que tu vois, que tu veux ? Veux-tu me parler d’elle et m’apprendre à la connaître et à l’aimer ? Peux-tu ? » Et ta réponse était ce sourire à la fois si doux et entendu, ta réponse était cette main obstinément et doucement tendue vers moi, cette étrangère…
Et aujourd’hui que la vie te malmène, aujourd’hui où tu te sens aussi désemparé qu’un enfant brusquement orphelin, c’est à moi qu’il revient de prendre ta main ; de te rappeler à quel point elle sait, cette main tienne, accomplir des miracles. C’est à moi qu’il revient de t’inviter à écouter l’écho de tes propres mots, leur lumineuse résonance afin que le son de ta propre voix te rappelle que tu connais déjà toutes les réponses aux questions que tu n’oses pas poser. Te rappeler aussi que le Maître en toi sait que sur l’autre versant de ton calvaire, le chemin d’ascension n’attend que de s’ouvrir à tes pas en une lumineuse épiphanie.
Alors nous aurons gagné le droit de goûter au sang glorieux de la vigne, à l’or tremblant du miel…
Tienne,
Nicole Cage
dimanche 18 décembre 2011
OBSTINEMENT, ETRE CETTE PETITE VOIX QUI MURMURE A L’OREILLE DE VOS ÂMES… (Contribution au deuxième Congrès des écrivains de la Caraïbe, du 06 au 09 avril 2011) Guadeloupe)
Quand j’étais enfant, je rasais les murs dans lesquels je souhaitais me dissoudre parfois pour traverser sans être vue les derniers mètres qui me séparaient du lieu où je me rendais! Mais dans le même temps, tant de choses se bousculant en moi, tentant maladroitement de se frayer un chemin jusqu’à leur expression ! Tant de choses à dire, déjà, à hurler, à partager. Paradoxe entre le désir de passer inaperçue et la soif de clamer que je n’étais pas différente même si, dans mon crâne et dans mon cœur tant d’images, tant de pensées en perpétuel brassage semblaient prendre un malin plaisir à coloniser mon espace intérieur ; la soif maladive d’être comprise et acceptée dans mon entièreté même si déjà cette entièreté s’entendait qualifier de singulière, de bizarre, d’extra-terrestre.
Alors, écrire, écrire, écrire… Jusqu’à la nausée ! En voisinage de folie ! En compagnonnage de démesure ! En urgence impérieuse de parcourir les arcanes de ma troublante humanité et de la déchiffrer, de la lire puis de l’équarrir jusqu’à ce qu’à son tour elle serve à d’autres extra-terrestres, à d’autres questionneurs d’eux-mêmes et de la vie…
Telle est mon unique ambition, mon projet, et j’ai envie de dire ma mission.
Dans une récente émission télévisée partagée avec Alfred Alexandre, quelqu’un me faisait remarquer à quel point il semblait à l’aise pour manier les concepts abstraits tandis que moi, je semblais avoir fait le choix de demeurer dans une tonalité plus intimiste. J’ai souri…
C’est vrai, quand Alfred parle, on se tait – à commencer par moi, et on écoute, on est littéralement sous hypnose. Je n’ai pas vécu la remarque de cet ami comme une critique.
Quand Glissant parlait, je me taisais et j’écoutais, épouvantée-subjuguée par la profondeur de ses analyses, par la façon dont les concepts les plus compliqués paraissaient tout-à-coup plus clairs, d’une déroutante évidence, d’une époustouflante vérité.
Pour autant il ne m’est jamais venu à l’esprit de me mettre à tenter de m’emparer de l’abstraction, d’élaborer des concepts, de rédiger des essais.
Tout simplement, d’abord, parce que j’en serais bien incapable et l’exigence de vérité et de transparence dont j’ai fait mon credo, je l’ai -cette exigence- d’abord et essentiellement pour moi-même. Connais-toi toi-même ! Connais tes limites ! Tes zones de pouvoir n’en seront alors que plus incisives. Apprends de toi-même jusqu’où tu ne peux pas aller, tu libéreras ainsi de l’énergie, de la disponibilité, de la salubrité d’esprit pour arriver à coup sûr où tu as choisis librement de te rendre. En paix avec toi-même.
Je n’ai aucun mal à saluer le talent, l’ingéniosité, la puissance des autres parce que je sais qui et ce que je suis, dans mes limites comme dans mes atouts, je sais la route que je suis, l’étoile que je ne quitte pas des yeux, le rêve qui n’oublie pas une seconde de me tarauder.
Ensuite parce que j’ai choisi d’être cette petite voix parfois à peine audible, cette petite voix familière qui murmure à l’oreille de vos âmes.
Cette voix qui est murmure, balbutiement parfois, occurrences de fracassantes colères, horizon bruissant d’une infinie tendresse. Cette voix qui, disant le « Je », mon-mien « Je », entend naïvement sans doute amener doucement plus d’une, plus d’un, à écouter la voix de son propre « Je ». Cette voix qui croit, naïvement sans doute, que la somme des « Je » exhumés des tréfonds de la séculaire culpabilisation, de la pudeur ou de l’hypocrisie -au choix !- érigées en vertu, que tous ces « Je » désormais exposés à la lumière crue de la transparence, désormais conscients d’eux-mêmes, sans ostentation, sans illusion mais aussi sans culpabilité, sans auto-flagellation, sauront convoquer une conscience du « Nous », l’émergence d’un « Nous » assaini et plus généreux… Hugo ne disait-il pas « Quand je parle de moi, c’est de vous que je parle » ?
Aussi, pardon, cher monsieur Laferrière si je ne me sens pas vocation à être une écrivaine japonaise. Pardon encore cher monsieur Glissant si je ne me sens pas, pas encore en tout cas, en mesure d’appréhender la totalité du Monde.
Pardon…
Mais je ne sais me sentir que de ce tout petit morceau de terre lâché dans la gueule de l’océan. Je ne sais qu’être de cette géographie explosée, de ces éclats de terre épars égarés entre Atlantique et Caraïbe, de cet archipel qui ne se souvient plus n’avoir été jadis qu’une seule entité. Je ne sais qu’être de cette Caraïbe née d’une éructation de l’Histoire, d’un accident d’une violence inouïe, d’une histoire-géographie hautement tellurique ! De cette Caraïbe si insolemment surréaliste, si curieusement baroque !
Pardon si mon écriture ne sait prendre source que de là, de cet espace intérieur parcouru de méandres et de trouées de lumière. Si mon écriture est celle de l’intime, du « chui-chui-chui » des alcôves, du grand voukoum de mon âme quand elle se targue d’exister que diantre ! Du grand lenbé de mon cœur, du fracas de mon rire cultivant l’espérance.
Mon orientation peut sembler bien individualiste et paradoxale pour une marxiste-léniniste, mais de même que je suis une féministe atypique, je me vis également comme une atypique marxiste qui considère que la pensée marxiste a besoin d’un sacré époussetage ; une marxiste croyante qui n’hésite pas à haranguer les dieux d’Afrique quand elle ressent qu’ils ont oublié leurs lointains enfants, qui n’hésite pas à prier Jésus sans manquer de lui rappeler toutes les horreurs faites en son divin nom ni de lui préciser qu’il ne pourra jamais la faire taire.
Mais je n’en suis pas à un paradoxe près et je l’assume pleinement. Et puis je ressens qu’au nom de l’Histoire, de notre passé, l’on continue de tenter de nous faire faire l’économie de notre propre auscultation, l’on ne cesse de tenter insidieusement de nous conduire à l’ellipse du questionnement de notre « Je », du regard sur notre moi-même, sur les zébrures de notre intériorité. Or, autant de « Je » silencieux, sourds, aveugles à eux-mêmes, absents en eux-mêmes, ignorants d’eux-mêmes, autant de « Je » amnésiques et blessés sans la conscience de la purulence de leurs blessures ne pourront jamais, jamais donner naissance à un « Nous » « debout dans le vent » ainsi que le rêvait Césaire !
La femme que je suis devenue continue d’abriter en elle l’enfant qui tout en voulant ne pas être vue, tout en rasant les murs dans l’espoir de s’y dissoudre rêvait d’avoir un jour l’audace, le toupet de se dire dans l’insolence de l’impudeur, dans un grand et iconoclaste fracas. Dire sa misère et ses espérances de fille de pauvres, de fille de la campagne miséreuse et cependant féconde et joyeuse.
Et de même qu’elle allait raconter dans le secret aux feuillages, aux fleurs et aux fruits des histoires sans queue ni tête, de même continue-t-elle avec une rare obstination de vouloir être, tout au creux de l’oreille de vos âmes cette petite voix qui murmure si faiblement qu’on se demande si quelqu’un a vraiment parlé. Cette voix simple et familière, presque familiale.
Cette voix finalement à la fois si discrète et présente qu’on n’y prête pas attention…
Elle continue d’envoyer timidement son « Je » en émissaire, en éclaireur sans armure et sans bouclier jusqu’à la citadelle de vos « Je ». Fomentant la Rencontre, escomptant l’éclosion du « Nous », n’osant y croire…
Ne sachant cesser d’y croire…
Nicole Cage,
Congrès International des Ecrivains Caribéens
Avril 2011
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