lundi 18 novembre 2013

VERTIERES...



Qu'est devenu Vertières
au temps qui passe
quand nous étions fiers...
Perdu dans le temps hélas!

Qu'est devenu ce sang
versé pour la liberté,
dans un égout béant
de dégoût coulé...

Et qu'est devenu le héro,
dans un coin il pleure
ses fils mendiant au cachot
sans dignité au coeur...

Qu'est devenu Vertières,
il ne fait plus de sens,
enterré dans une bière
sans prière au silence...

Les vraies histoires
ne sont pas écrites,
elles sont plutôt inscrites
dans le sang et la gloire
de ceux qui sont tombés...
Souvent elles sont dérobées
pour servir un certain profit...
Un livre seul suffit
pour en diriger le sens
et dissoudre son essence...
Méfiez-vous des épopées,
mensonges, déguisés en vérités
qui manipulent les droits
à l'insu de tous, d'un tour adroit...

Guy Cayemite

mercredi 13 novembre 2013

Ce pays-là que j'aime (la France)


J'ai écrit ce texte il y a 20 ans. Dire à mes amis français que ma colère contre la France était ciblée. Qu'elle ne s'élevait pas contre tous les Français. Qu'il y avait une France qui savait me toucher, m'émouvoir, me donner envie de croire en la fraternité...
La hideuse actualité, cristallisée autour de de Madame Christiane Taubira m'y a fait repenser... Partage...


Ce pays-là que j’aime
(A Michel Fournillon
Anne Manceron)

Ce pays-là que j’aime, la France
Quand l’automne incendie les forêts
Offrant au ciel des bouquets d’or et de terre cuite
Quand elle s’étire, ronronne et se pelotonne
Dans la brûlure de l’hiver
Quand elle s’étire ronronne encore
Et attend le printemps de toutes les floraisons

Ce pays-là que j’aime, la France
Quand elle oublie de s’oublier
Dans les dédales du quotidien
J’ai pas’ l temps j’ suis trop pressé m’intéresse pas… pas mon problème très peu pour moi…
Quand elle oublie d’être le fief
Des exclusions des expulsions des démissions
Suzeraine
Féodale
Moyenâgeuse dans son jeu d’Ombres et de Lumières

Ce pays-là que j’aime, la France
Quand Edith piaffe dans les coulisses du doute
Quand la Gréco sème au vent
Les « Paroles » ravivées
Quand « l’or du soir qui tombe » brûle le cœur du Poète
Et les troubadours
Les trouvères de l’ère des métros
Font chanter la misère et l’amour
Dans le chœur des voyageurs trop pressés

Ce pays-là, la France
Que j’aimerais si tellement
Si je ne sentais pas,
Souventement,
Le poids de sa carcasse peser de tous ses siècles
Sur ce morceau de moi perdu dans l’océan,
Mon île flottante, ma déraison
Mon archipel d’injustices :
L’Histoire ne sait pas être suave
Je ne sais pas oublier
L’avenir est un fruit
Qui se balance en bout de branche
Au faîte de l’espérance, ballotté par le vent,
Sans cesse reculé, si proche cependant

Ce pays-là, la France
Que je voudrais aimer
En innocence
En déraison
Ce pays-là,
Que j’aime,
Si tellement cependant…

Nicole Cage
 (Paris, 15-10-1993)

jeudi 7 novembre 2013

Bretagne


Chapelles de mon pays
me voici à nouveau
après tellement de siècles   
d’errance contrôlée 
à contempler vos murs
sculptés par la rosée

©José Le Moigne
Plourac’h
7 novembre 2013

lundi 4 novembre 2013

Legs


Maintenant que je suis sur le versant descendant de ma vie, celui où l'on se dit que tout virage pourrait être fatal tout en apercevant, encore, en bas du précipice, la mer et ses promesses d’avenir.

Maintenant que par bouquets défilants au long de la falaise les anthuriums distillent le procès minimum qui en appelle aux gènes.

Perdu entre ma science d'homme et mon désir d'enfance, j'en appelle au silence instigateur de mémoire.

Faisant litière des exigences sclérosées, des abandons battus en brèche dans le jardin des certitudes – La piste, si délicate à définir, se perd dans l'ombre des cromlechs et des razziés du vent.

La piste se perd dans les campêches et les prairies où règne la ciguë.

La piste se perd entre le ciel plombé de fausses connaissances et l'horizon forclos.

La piste se perd dans les bonnes manières et les excuses complaisantes.

Je crie l'Afrique comme un regret qui a la forme d'un déni.

Je hèle le bateau mais le bateau n'existe plus.

Je hèle en vieux loup solitaire tout ce qui fut et qui n'est plus.

Je hèle les alizés d'enfance.

Je hèle le lieu commun.

Je hèle les fausses abstractions.

Je hèle l'espace de la parole unique parce que première.

Je fais office de notaire égaré à jamais dans la poussière du passé.

©José Le Moigne
Échos de l'ïle
L'harmattan 2013

Atjèlman man asou chimen pou mwen rimet lavi, lè éti ou ka di an tjè’wmantjé tonbé pétet sé dènié pa,toupannann titak pli ba, an fon-a, ou ka wè lanmè-a épi bel pawòl lèspwa’y / Atjèlman an patjé boutjé awòm ka flèri alé-viré anlè kan falez-la, ka fè-w wè sa ou yé / Man la ka katjilé man sé an grannom ki konnet yonndé bagay, mé ki sé viré timanmay ; pou mwen pé sa viré chonjé, man pa lé tann an mouch volé / Anni bliyé sa nou té ka mandé atoutfòs, sa nou té konpranndi sé sa ki lavérité,mé éti fòk viré katjilé – Nan lonbraj gwo wòch ek gran van, ou ka ped tras chimen-a ki red menm pou katjilé/ Ou ka garé chimen an mitan kanpech ek savann éti sé zeb-pwézon ki met / Ou ka ped chimen pa asou an siel chajé ek bagay pou vèglé-w, épi liy lorizon ki fèmen / Ou kapedchimen’w lè-w pa sav saki bèl manniè, saki lagrimas / Man ka kriyé Afrik konsidiré sé rigrété ka sanm rifizé / Man ka kriyé bato anmwé, mé pa ni bato ankò / Mwen yonn adan an kwen ka babiyé déyè sa nou té ka wè avan, mé ki disparet / Amwé, man ka kriyé van antan man té timanmay/ Man ka élé sa ki doudouyis / Man ka élé pou sa-w konpranndi ki pa vré / Man ka élé la éti ni ansel pawòl ki bon pas sé li ki prèmié pawòl / Man kon an notè ki garé pou toulong nan lapousiè antanlontan

Traduction : Igo Drané

samedi 26 octobre 2013

A l'automne de la vie


Il pleut, le temps du dehors est moribond, la lumière a chu, et donc voici venu le moment des grandes peurs ancestrales, l'automne cette saison qui effrayait les peuples anciens, qui m'inspire mais dont je n'affectionne, si ce n'est l'émotion que me procure les couleurs de cette nature s’apprêtant à la dormance, je ne peux que me compassionner en assistant à cette longue agonie de la vie, de ce cycle qui se répète depuis le commencement du monde...

Après la joie de l'été, c'est la mélancolie de l'automne qui nous gagne, la lumière est sur son déclin, la vie tout autant, et voilà qu'autour de moi, j'apprends les décès de trois personnes, la mère d'un amie d'enfance qui habitait dans mon quartier et qui nous a quitté à 67 ans d'une crise d'asthme, une voisine âgée de 58 ans emportée par un cancer, et la femme d'un cousin décédée d'un cancer du foie à l'âge de 52 ans...

La mort n'est chose qui m'effraie, d'ailleurs comme tout ceux ayant vécu une mort imminente et vu la lumière, mais un phénomène qui me conforte à faire ce que j'ai à faire, vivre dans le respect de l'autre, de la nature, sans toutefois m'embarrasser des déplaisirs ou des désagréments de la vie, ni donner un point de fixation aux contrariétés dans mon existence...

On est là pour un temps, faisons de ce laps qui nous est dévolu un chef d'oeuvre, telle est ma conception de la vie.

Evariste Zephyrin

vendredi 18 octobre 2013

Glaise

               
Photographie : Christine Le Moigne-Simonis
      
                   L’un après l’autre mes amis
                      s’éloignent du soleil

                   à l’approche du fleuve
                    le palud se fait glaise

                      à l’orée de l’hiver
                  le vent sans coup férir

                     entonne l’hallali
               des algues et des dunes

                   ©José Le Moigne
                          Plourarc’h
                                18 octobre 2013 

mardi 15 octobre 2013

Automne



Le vent tourbillonnant, qui rabat les volets,
Là-bas tord la forêt comme une chevelure.
Des troncs entrechoqués monte un puissant murmure
Pareil au bruit des mers, rouleuses de galets.

L'Automne qui descend les collines voilées
Fait, sous ses pas profonds, tressaillir notre coeur ;
Et voici que s'afflige avec plus de ferveur
Le tendre désespoir des roses envolées.

Le vol des guêpes d'or qui vibrait sans repos
S'est tu ; le pêne grince à la grille rouillée ;
La tonnelle grelotte et la terre est mouillée,
Et le linge blanc claque, éperdu, dans l'enclos.

Le jardin nu sourit comme une face aimée
Qui vous dit longuement adieu, quand la mort vient ;
Seul, le son d'une enclume ou l'aboiement d'un chien
Monte, mélancolique, à la vitre fermée.

Suscitant des pensées d'immortelle et de buis,
La cloche sonne, grave, au coeur de la paroisse ;
Et la lumière, avec un long frisson d'angoisse,
Ecoute au fond du ciel venir des longues nuits...

Les longues nuits demain remplaceront, lugubres,
Les limpides matins, les matins frais et fous,
Pleins de papillons blancs chavirant dans les choux
Et de voix sonnant clair dans les brises salubres.

Qu'importe, la maison, sans se plaindre de toi,
T'accueille avec son lierre et ses nids d'hirondelle,
Et, fêtant le retour du prodigue près d'elle,
Fait sortir la fumée à longs flots bleus du toit.

Lorsque la vie éclate et ruisselle et flamboie,
Ivre du vin trop fort de la terre, et laissant
Pendre ses cheveux lourds sur la coupe du sang,
L'âme impure est pareille à la fille de joie.

Mais les corbeaux au ciel s'assemblent par milliers,
Et déjà, reniant sa folie orageuse,
L'âme pousse un soupir joyeux de voyageuse
Qui retrouve, en rentrant, ses meubles familiers.

L'étendard de l'été pend noirci sur sa hampe.
Remonte dans ta chambre, accroche ton manteau ;
Et que ton rêve, ainsi qu'une rose dans l'eau,
S'entr'ouvre au doux soleil intime de la lampe.

Dans l'horloge pensive, au timbre avertisseur,
Mystérieusement bat le coeur du Silence.
La Solitude au seuil étend sa vigilance,
Et baise, en se penchant, ton front comme une soeur.

C'est le refuge élu, c'est la bonne demeure,
La cellule aux murs chauds, l'âtre au subtil loisir,
Où s'élabore, ainsi qu'un très rare élixir,
L'essence fine de la vie intérieure.

Là, tu peux déposer le masque et les fardeaux,
Loin de la foule et libre, enfin, des simagrées,
Afin que le parfum des choses préférées
Flotte, seul, pour ton coeur dans les plis des rideaux.

C'est la bonne saison, entre toutes féconde,
D'adorer tes vrais dieux, sans honte, à ta façon,
Et de descendre en toi jusqu'au divin frisson
De te découvrir jeune et vierge comme un monde !

Tout est calme ; le vent pleure au fond du couloir ;
Ton esprit a rompu ses chaînes imbéciles,
Et, nu, penché sur l'eau des heures immobiles,
Se mire au pur cristal de son propre miroir :

Et, près du feu qui meurt, ce sont des Grâces nues,
Des départs de vaisseaux haut voilés dans l'air vif,
L'âpre suc d'un baiser sensuel et pensif,
Et des soleils couchants sur des eaux inconnues...

Albert SAMAIN



Pour Anicia

  Avec bien plus de courage qu’humainement possible  Bien plus d’entêtement de fougue et de foi Qu’humainement supportables  Avec bien plus ...