jeudi 28 avril 2011

Le jet d'eau du parc floral de Vincennes (photographies)






Au parc floral de Vincennes on trouve ce jet d'eau, il est érigé comme une sculpture, un bonhomme de pierre qui n'est pas sans rappeler un moaï de l'île de Pâques.

Evariste Zephyrin

La pie et le coquelicot (photographies)

La pie est dans l'herbe
Evariste Zephyrin

Colloque devise républicaine et Outre-Mer (le 29 avril au Sénat)


Pierre LISE président du cercle des originaires de l'Outre-Mer répond à un  questionnaire  proposé par Tony  MARDAYE

I. – Pourquoi organiser un colloque ayant pour thème «Outre-mer et devise républicaine»?

L'un des objectifs premier de l'association est de faire évoluer le regard porté sur les ressortissants de l'outre-mer en fournissant la démonstration, par des exemples concrets rendus publics et diffusés avec l’Annuaire des personnalités ultramarines en métropole, qu'ils ne sont pas assignés de toute éternité à des rôles accessoires et subalternes au sein de notre société.

Cependant la présence, dans maints domaines, d'ultramarins à des fonctions de responsabilité ne doit pas occulter un autre constat: leur nombre demeure limité, leur progression étant entravée par des freins qu'il faut s'attacher à lever.

Ainsi, notamment dans la fonction publique, des  plafonds de verre restent-ils à briser. Il s'agit là du deuxième axe d'action que se donne l'association.

Pour agir, il nous a semblé pertinent  de nous interroger préalablement sur les raisons qui font que pareille situation perdure alors même que «La République reconnaît au sein du peuple français, les populations d’outre-mer, dans un idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité».

En quoi la devise républicaine est-elle défaillante? Pourquoi l’idéal n’est pas atteint ?

L’Outre-mer et les ultramarins sont-ils institutionnellement placés dans une situation similaire au regard des trois piliers de la devise?

Leur spécificité, notamment géographique, est-elle intégrée dans les dispositifs élaborés pour assurer précisément un traitement équivalent?

Si l’on peut supposer que les libertés publiques fondamentales sont assurées de la même façon, qu’en est-il de la liberté d’entreprendre, de progresser  à travers ses études et  sur le plan professionnel.

Par quels moyens l’égalité est-elle assurée ? Quels sont les moyens mis en œuvre pour rendre effective l’égalité des chances ?

Quant à la fraternité, y a-t-il des processus mis en œuvre pour la faire exister et vivre pleinement? La métropole entretient-elle avec ses outre-mer des relations privilégiées d’échanges qui conduisent à se fréquenter, à mieux se connaître, s’apprécier? Favorise t-on concrètement et réellement  la reconnaissance d’une égale dignité et non pas de simples, très insuffisantes et même  perverses, bienveillance ou  tolérance ?

Il y a donc matière à conduire une première approche qui consiste à identifier ce qui est prévu dans ces directions par l’arsenal juridique, institutionnel et administratif et à analyser la pertinence de ces constructions.

Puis, à la suite d’Alexis de Tocqueville qui voyait sa patrie comme «un pays où les règles de droit sont rigides et leur application molle», il faut examiner l’application qui est faite de ces principes, leur effectivité.

Au-delà, il  restera  à imaginer  comment refaire de la devise le sésame d’une société fraternelle, équitable et libre.

II.- Sur quoi portera concrètement la discussion?

La devise a connu maints avatars, invoquée pour la première fois sous la Révolution française, rejetée, réadmise en 1848, boudée sous le Second Empire, réinscrite sur les frontons des édifices publics pour la célébration du 14 juillet 1880, elle figure dans les constitutions des 27 octobre 1946 et 4 octobre 1958.

À l’égard de l’outre-mer, c’est par un amendement n° 188, au début du texte proposé pour l’article 72-3  de la Constitution (dans sa révision du 28 mars 2003), qu’a été inséré l’alinéa premier suivant: «La République reconnaît au sein du peuple français, les populations d’outre-mer, dans un idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité».

Le colloque vise donc  à se demander: pourquoi la nécessité de cette affirmation? Pourquoi si tard? Pourquoi seulement comme un idéal?
Il s’agira  ainsi d’analyser les points suivants:
  • Pour chacun des trois piliers de la devise, quel est l’état du droit positif dans les relations des outre-mer et de la métropole?
  •  Quel est l’impact sur la réalité, le vécu, le ressenti  des ultramarins et des métropolitains?
  • Comment progresser concrètement  dans l’atteinte des objectifs portés par la devise?

III.- Comment s’organisera la journée du colloque?

Cette journée, 29 avril 2011, est un temps fort de la vie de notre jeune association et est marquée en fait par deux manifestations.

D’abord, cette journée consacrée au colloque proprement dit se déroulant de 9 heures  à 17 heures. Puis, à partir de 18 heures, sera officialisée la parution de l’Annuaire des personnalités ultramarines résidant en métropole.

En premier lieu, le programme du colloque comporte l’examen de chacun des termes de notre devise ternairePour chacun de ces piliers, trois exposés déclineront les éléments que pose le concept appliqué à l’outre-mer.

Dans la matinée, après l’allocution de bienvenue de M. Serge LARCHER, suivie de la présentation du colloque par Ferdinand MELIN-SOUCRAMANIEN et moi-même, la première intervention, intitulée «L’outre-mer dans la République», sera celle de M. Bernard STIRN, Président de la section du contentieux du Conseil d’Etat, qui nous fait l’honneur de sa parfaite maîtrise juridique du sujet.

Suivront alors autour du thème de la liberté les analyses sur «De la libération à la liberté», «La conquête des libertés», «Les libertés fondamentales au cœur du pacte républicain». Cette matinée s’achèvera par un déjeuner-buffet, salle René Coty, qui permettra des contacts et échanges conviviaux.

À 14 heures, lors de la reprise des travaux, le second volet, celui de l’égalité, permettra d’approfondir les problématiques liées, d’abord aux discriminations résiduelles, puis aux discriminations positives, enfin à la différenciation statutaire.

À 15h 30, pause et débat ayant eu lieu, le dernier triptyque, celui de la fraternité, conduira à s’interroger sur «L’éducation, ciment de la fraternité», ensuite sur «Quels chemins pour la fraternité?», puis sur «L’exigence de solidarité nationale».
Après la discussion avec la salle, un rapport de synthèse sera présenté à l’auditoire.

La journée ne sera  pas pour autant achevée. Elle se poursuivra au Ministère chargé de l’outre-mer, rue Oudinot.

En effet, sous la présidence de Mme Marie-Luce PENCHARD, ministre chargée de l’outre-mer, se déroulera à 18 heures, salles Léon Delgrès de l’hôtel ministériel, une cérémonie dédiée à la parution de la première édition de l’Annuaire des personnalités ultramarines en métropole. Ce support bénéficie d’une Préface de Madame la ministre.

Cet ouvrage, qui  comporte 160 biographies, constitue  la mise en œuvre d’une très ancienne idée, vieille de plus de 40 ans. Sa concrétisation est étroitement liée à la vocation de l’association qui est de promouvoir l'image des ultramarins et  d’en faciliter les parcours professionnels.

IV.- Quels sont les bénéfices et les retombées escomptées ou espérées de ce colloque?

Tout d’abord, pour les organisateurs et les intervenants, nous espérons une participation avec un public contribuant par les questions à un échange fructueux. La réalisation et la diffusion des actes du colloque constitueront un prolongement recherché. Le relais médiatique des problématiques soulevées  est aussi espéré.

Ensuite, par la qualité des analyses faites, il s’agit, dans le cadre de 2011 année des outre-mer français et par delà, d’œuvrer pour la reconnaissance de l’existence de responsables, de professionnels, d’experts, de jeunes talents contribuant  à la richesse du pays.

Enfin, à l’instar de la poursuite des travaux de la Mission d’information commune sur la situation des D.O.M, du suivi de la mise en œuvre des mesures décidées lors du premier CIOM du 6 décembre 2009, les conclusions du colloque seront prises en compte dans les réflexions conduites par les commissions mises en place au sein du Cercle pour l’excellence des originaires d’Outre-Mer. Elles doivent aboutir à des propositions concrètes qui seront transmises aux autorités ministérielles et aux parlementaires s’intéressant à l’outre-mer.

Très concrètement, les pistes de réflexions qui auront émergées viendront préparer et alimenter le colloque prévu par le Cercle en fin d’année sur le thème «Outre-mer et ascenseur social».

Cercle pour l'excellence des originaires

de l'Outre-Mer

Colloque 29 04 2011 Programme p. 1 & 4                                                                                            


Colloque 29 04 2011 Programme p. 2 & 3                                                                                            

HOMMAGE À AIMÉ CÉSAIRE L’AFRICAIN


Le vacarme médiatique posthume dont le regretté Aimé Césaire est l’objet en France est paradoxal pour ceux qui ont été témoins de la perfide conspiration du silence dont l’homme et son œuvre monumentale ont été victimes de son vivant. Et si le poète génial a su forcer le respect dès 1939 avec la parution du célébrissime “Cahier d’un retour au pays natal”, son non moins retentissant “Discours sur le colonialisme” (1955), considéré comme un “pamphlet”, n’a guère reçu d’accueil favorable, ni dans l’establishment français-cela va de soi- ni dans le cercle restreint de l’intelligentsia parisienne “de gauche”…


Il est vrai que le parti pris résolument africain de cet originaire de la Martinique, ancien élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, remonte à 1931, année de sa rencontre décisive avec son aîné et condisciple sénégalais, Léopold Senghor qui,  dès la classe d’“hypokhâgne” du lycée Louis le Grand à Paris, lui fera découvrir l’Afrique: une révélation dont il lui restera éternellement reconnaissant. C’est ainsi qu’élu président de l’Association des Etudiants de son île natale en 1935, il change le titre de son organe de presse. “L’Étudiant martiniquais” devient “l’Étudiant noir”, dans les colonnes duquel il va lutter contre la pratique de l’assimilation dénoncée comme un génocide culturel, forger le concept de “Négritude” et lancer le mouvement littéraire du même nom en compagnie de Senghor, du Guyanais Léon Gontran Damas et d’autres moins connus, tel que l’écrivain-conteur Birago Diop notamment.


L’attraction quasiment tellurique pour le continent-mère résultant de ce contact séminal avec des étudiants africains en France va avoir des conséquences profondes sur l’œuvre de Césaire tout au long de son existence presque centenaire. Seule la découverte de Haïti aura sur lui des retombées comparables, sans doute parce qu’elle est demeurée la plus africaine des îles Caraïbes, mais aussi que son histoire bicentenaire évoque une sorte de répétition générale de celle de l’Afrique dite postcoloniale… Depuis l’asphyxie financière consécutive à l’extorsion d’une rançon pour l’abolition de l’esclavage (150 millions de franc-or, en 1825), jusqu’à l’enlèvement et la déportation du premier Président haïtien démocratiquement élu, Jean Bertrand Aristide, en 2004, par opération combinée des forces spéciales des anciennes puissances esclavagistes, France et USA en particulier!


Toujours est-il que le parcours politique de l’inamovible Député-maire de Fort-de-France à partir de 1945 apparaît indissociable de sa création littéraire, poèmes, théâtre et essais confondus. Qu’il s’agisse en effet de ses interventions orales à la tribune de l’Assemblée nationale, d’abord comme fervent défenseur de la “départementalisation” des “vieilles colonies” (Guadeloupe, Guyane, Martinique et Réunion), puis comme pourfendeur de ce “marché de dupes”, ou qu’il s’agisse des vers du “Cahier…”, “Les Armes miraculeuses” ou “Et les chiens se taisaient” ou encore des strophes de “La Tragédie du Roi Christophe” et de ”Une Tempête”, l’on retrouve de bout en bout la même opposition intransigeante au colonialisme, au racisme, à l’oppression et à l’injustice sous toutes leurs formes. Ne disait-il pas lui même que “créer un poème et créer une ville, c’est un peu la même chose”?


Aussi, est-ce sans surprise que l’on trouve Aimé Césaire aux côtés de ses collègues africains du Palais Bourbon pour défendre et voter l’abolition du travail forcé et de l’abominable Code de l’Indigénat en 1946, un an plus tard avec Alioune Diop et ses compagnons pour lancer la Revue Présence Africaine, dont la future maison d’édition publiera la majeure partie de ses écrits. Le contraste est frappant avec le comportement des représentants des Etats africains dits francophones dont les votes, aux Nations Unies par exemple, s’alignent systématiquement sur les positions de la diplomatie française, en particulier face aux difficultés qu’elle rencontre dans les “confettis de l’empire” tels que la Nouvelle Calédonie ou les Comores. 


Il sera également un des acteurs majeurs des Premier et Deuxième Congrès des Écrivains et Artistes noirs, à Paris (1956) et Rome (1959), puis du Premier Festival mondial des Arts nègres de Dakar (1966). A la suite du Dr Price-Mars, Ambassadeur de Haïti à Paris, il présidera aux destinées de la Société Africaine de Culture, (SAC),  aujourd’hui devenue la Communauté Africaine de Culture (CAC) et dirigée par le Prix Nobel nigérian Wole Soyinka.

C’est dire à quel point l’itinéraire intellectuel de cet enfant surdoué de la diaspora antillaise est à la fois jalonné et ensemencé par l’histoire de l’Afrique, qu’il appelait  le “continent originel”. En 1955, il est le premier à saluer la parution de “Nations nègres et Culture” de Cheikh Anta Diop, publié un an auparavant chez Présence Africaine, comme “l’ouvrage le plus audacieux qu’un nègre ait jamais écrit et qui comptera, à n’en pas douter, dans le réveil de l’Afrique”, alors que les maîtres de la Sorbonne en avaient récusé la soutenance comme thèse principale de Doctorat d’Etat ès Lettres ! De même, il sera à l’origine de l’adoption de la résolution du Colloque international tenu dans le cadre du 1er FESMAN à Dakar, reconnaissant WEB Dubois et Cheikh Anta Diop comme “les deux penseurs ayant exercé l’influence la plus profonde sur le monde noir au XXème siècle”, malgré l’absence de ce dernier qui n’avait pas été convié, bien qu’il eut pris part au Congrès de Rome où il fut décidé de tenir la prochaine manifestation culturelle sur le continent…Signalons enfin qu’à l’occasion de la célébration de ses 80 ans, il a confié à Euzhan Palcy que de tous ses ouvrages, celui qu’il préfère était curieusement le moins connu: il s’agit du “Toussaint Louverture” (1981) une analyse magistrale sur la “Révolution française et le problème colonial” à la lumière de l’insurrection victorieuse des esclaves africains de Saint-Domingue, qui, après avoir défait le corps expéditionnaire de Napoléon Bonaparte, a abouti à la proclamation de la République de Haïti en 1804; un exploit sans précédent dans les Temps modernes!


Si son engagement résolument africain lui a valu reconnaissance, respect, considération et admiration en Afrique et dans l’ensemble de sa diaspora, il n’en a évidemment pas été de même, ni en France métropolitaine (suscitant hostilité voire haine  parmi les Békés antillais), ni d’ailleurs au sein de l’élite africaine déculturée et complexée. Considérant qu’au fond, il n’y a que deux types de politique, à savoir la politique basée sur des principes et celle guidée par l’intérêt, tout au long de sa vie de combat, il s’est efforcé de résister tant aux pressions diverses qu’aux multiples tentations, restant fidèle à ses convictions et principes jusqu’à son dernier souffle, avec une constance et une persévérance dignes d’éloges. N’est-ce pas son ami, aîné et compagnon de toujours, le Dr Pierre Aliquer, qui rappelait lors de ses obsèques, en quels termes Aimé avait balisé la voie de leur tout nouveau mandat d’élus de la Martinique: “ne jamais laisser l’intérêt général être noyé dans les eaux glacées des intérêts privés”…


Dès lors, il est aussi logique de le voir rendre sa démission du Parti communiste français pour créer le Parti Progressiste Martiniquais, à l’occasion de l’intervention soviétique à Budapest en 1956, dans une inoubliable “Lettre à Maurice Thorez” que d’apprendre que le futur Dr Frantz Fanon fut un de ses élèves au lycée Victor Schœlcher de Fort-de-France, avant de rejoindre les rangs de résistance algérienne comme représentant du FLN auprès du Président ghanéen Nkrumah à Accra. C’est de son propre chef qu’il renoncera à ses mandats électifs après un demi-siècle de réélection systématique, tout comme il déclinera sa cooptation éventuelle par l’Académie française, faisant valoir qu’un Nègre y siégeait déjà et se gardera de briguer le Prix Nobel de Littérature, préférant sans doute l’honneur aux honneurs et vanités de ce bas monde!


Même au soir d’une vie bien remplie, il répond toujours présent à l’appel au combat. Ainsi, par exemple, au lendemain de la Conférence de Durban contre le racisme, la xénophobie et l’intolérance, à la veille des attentats du 11 septembre 2001 aux USA, il n’hésite pas à prendre position dans le débat qui fait alors rage: “ Il est déjà très important que l’Europe en soit venue à admettre la réalité de la traite des nègres, ce trafic d’êtres humains qui constitue un crime, assurait-il. Mais je ne suis pas tellement pour la repentance ou les réparations. (…) Il n’y a pas de réparation possible pour quelque chose d’irréparable et qui n’est pas quantifiable. Reste que les Etats responsables de la traite des nègres doivent prendre conscience qu’il est de leur devoir d’aider les pays qu’ils ont ainsi contribué à plonger dans la misère. De là à vouloir tarifer ce crime contre l’humanité…”. 


Autre exemple, à la suite de l’adoption par le Parlement français, en 2005, d’une loi sur l’enseignement de l’histoire qui vantait “les aspects positifs de la colonisation”, en guise de protestation, il refusera d’accueillir le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy dans sa ville, persistant dans cette attitude jusqu’à ce que les dispositions scélérates de ladite loi aient été rapportées. Le contraste est saisissant avec le silence coupable de l’ensemble des chefs d’État africains “francophones”, à l’exception notable du président algérien, Abdel Aziz Bouteflika. Lorsqu’il se résoudra finalement à recevoir le candidat Sarkozy, ce sera pour lui offrir, outre un recueil de ses poèmes, un exemplaire dédicacé de “Discours sur le colonialisme”!


Enfin, c’est d’outre-tombe que le “Nègre fondamental” va adresser au Président français Sarkozy, venu de la métropole accompagné du Tout-Paris politico-médiatique, assister à ses funérailles, la réplique la plus cinglante et la plus pertinente au tristement célèbre “Discours de Dakar, en lui imposant simplement le silence et  le recueillement en ce jour d’avril 2008. Le seul et unique orateur sera l’ami de toujours, Pierre Aliquer, âgé de 101 ans et parlant sans note devant une foule immense et orpheline, rassemblée au stade de Fort-de-France plein archicomble, tandis qu’un groupe conduit par Daniel Maximin déclamait des passages fameux de l’œuvre du défunt poète militant. 


Cependant, quand  viendra l’heure de la reconnaissance nationale officielle, le 6 avril 2011, au moment du dévoilement de la fresque monumentale dédiée à sa mémoire dans la crypte du Panthéon à Paris, le propos du maître de cérémonie Sarkozy va sonner faux et résonner comme un hommage tardif et intéressé du vice à la vertu.


Car, saluant en Césaire “un combattant inlassable de la cause de la Martinique et de la Négritude”, le Président français a commis un contresens analogue au prétendu “racisme antiraciste” cher au philosophe Jean Paul Sartre. D’abord, Aimé Césaire ne se sentait guère plus martiniquais que guadeloupéen, haïtien ou jamaïcain, s’étant à plusieurs reprises déclaré  partisan de l’unité antillaise ou caribéenne; ensuite, sa conception de la négritude n’en faisait ni une “cause”, ni une philosophie, mais “une des formes de l’humaine destinée telle que l’histoire l’a faite: c’est une des formes historiques de la condition faite à l’homme”.

On le voit, la seule cause à la mesure du génie de l’écrivain et de la probité de l’homme politique est bien celle de l’homme, de l’être humain débarrassé de toutes coordonnées de race, de genre, d’ethnie ou de nationalité. Son humanisme authentiquement universel faisait de lui un véritable citoyen du monde et, s’il fallait coûte que coûte, lui assigner un ancrage territorial spécifique, le seul convenable, et qui, peut-être, lui eût agréé, serait l’Afrique, de par sa double qualité de mère-patrie et de berceau de l’humanité.



C’est pourquoi l’on comprend mieux, a posteriori, l’ultime refus posthume de ce grand combattant, du “Nègre [qui] vous emmerde” selon ses propres termes, et comment, en exigeant d’être inhumé sur son île natale, il a su se prémunir par anticipation contre toute tentative de récupération, en nous préservant simultanément de la confusion et de l’amalgame.


Car le sage humaniste quasi centenaire se serait vraisemblablement retourné dans sa tombe, s’il avait pu voir le transfert de ses cendres au Panthéon coïncider, à un ou deux jours près, avec le déclenchement de la “Bataille d’Abidjan” et les commandos spéciaux français de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire montant à l’assaut de la résidence du Président sortant Laurent Gbagbo!


L’auteur de “Une Saison au Congo” n’aurait-il pas éprouvé un étrange et funeste sentiment de déjà vu, un demi-siècle auparavant ? Avec deux différences toutefois, et non des moindres, dans cette chasse à l’homme d’Etat africain indocile, sous le couvert des Nations Unies: le Premier ministre Patrice Lumumba était démocratiquement élu au moment de son arrestation et son assassinat suivi de la dissolution de son corps dans l’acide sulfurique, de l’aveu même des gendarmes belges, ont été exécutés dans la pénombre et le silence de la forêt équatoriale du Katanga; tandis que les bombardements des Palais de Cocody par l’armée français ont été suivis en direct et en mondovision par des centaines de millions d’Africains et de non Africains à travers le monde ! 


Est-il besoin de rappeler que l’attaque visait le seul vassal africain “francophone” à avoir refusé de défiler sur les Champs Elysées de Paris, devant  le suzerain “françafricain” Sarkozy, le 14 juillet 2010 ?

Ou encore de souligner que celui-ci refuse obstinément de restituer au Général Alexandre Dumas, (père du romancier du même nom, mondialement connu et panthéonisé depuis 2004), la médaille de la Légion d’Honneur qui lui revient de droit, en sa qualité d’officier général de la Première République française. 

Décidément, Césaire l’Africain n’a pas encore fini d’emmerder tous les adversaires de l’Afrique et de sa Diaspora. De ce fait et à ce titre, aucun honneur ne sera de trop pour cet illustre descendant de notre continent, “déshérité du présent, mais géant de l’avenir”, selon la prédiction de l’anthropologue haïtien, Antênor Firmin, auteur de l’ouvrage “De l’égalité des races humaines”. (1885)


Drs Amadou Yoro Sy et Dialo Diop

PS: Si Aimé Césaire, sa vie durant, a invariablement gardé un silence fraternel à l’égard du Président Senghor, s’abstenant de la moindre critique envers son ami, il n’a cependant pas manqué de relever la différence entre leurs conceptions respectives de la “Négritude”.  Notamment à l’occasion de la Première Conférence  Hémisphérique des Peuples Noirs, tenue à Miami en Floride (1987) en hommage à sa personne et à laquelle l’académicien Senghor a pris part. Présence Africaine a eu la bonne idée de publier en 2004 son allocution en annexe à une réédition de “Discours sur le colonialisme”, sous le titre “Discours sur la Négritude”. Le lecteur est invité à s’y reporter directement, ainsi qu’à toute l’œuvre de Césaire.

mercredi 27 avril 2011

La pagode d'Evry (photographie)

La pagode d'Evry, un lieu de culte et de paix. 

Pas totalement finie, du moins il en sont aux finitions, mais ce qui est déjà terminé à un aspect   particulièrement  attrayant, le temple bouddhiste  est magnifique, il inspire déjà la sérénité et le repos.

Evariste Zephyrin


lundi 25 avril 2011

Beauté

Mannequin 

Panifier les fluctuations de l'ombre, et que l'on cesse de croire que la couleur fait la beauté.

Evariste Zephyrin

Nos humanité (poésies)

Femmes noires


Les siècles passent, mais nous, encore
toujours dans cette affirmation d’humanité,
comme hier, nos ancêtres revendiquant
encore dans cette proclamation d’humanité
dans cette assignation, ouvrant à la monstration
et dire, encore :
Nous ne sommes pas moins humain que vous.
recordant notre leçon :
Nous sommes de votre race !

Evariste zephyrin

Le ciel est par dessus le toit

Sous-bois


Joyeuses fête de Pâques
a toute la communauté


Le ciel est, par dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.

La cloche, dans le ciel qu'on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
Chante sa plainte.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.

Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà
De ta jeunesse ?

Paul Verlaine, Sagesse, 1881

dimanche 24 avril 2011

La leçon de dessin

Photographie : Christine Le Moigne-Simonis



Août 2003. Ce matin, à mon réveil, je trouve Joseph dans un état concentration extrême devant un rameau de bambou. Sur la table, devant lui, des feuilles de papier à dessin d’une texture spéciale, une batterie de flacons d’encre de chine, à sa main un pinceau, en poils de martre précisera-t-il. Je restais sur le pas de la porte, évitant de le questionner. À cette heure où le soleil — vif pourtant — était très loin de son zénith, les vitres de la véranda diffusaient une lumière tendre, indécise, filtrée par les grands arbres autour de l’ostaou et adoucie par les montagnes alentours. 

— Approche ! me dit-il en me montrant tout à la fois le rameau de bambou et le dessin qu’il venait de réaliser ; pour moi d’une incroyable exactitude.
— Voilà à quoi j’occupe toutes mes matinées. Un rameau de bambou que je dessine et redessine jusqu’à trouver sa vérité. Celle que l’on ne voit pas, mais qu’il contient pourtant. C’est une question de précision du trait, surtout dans tout ce qu’il a de flou, de maîtrise de l’encre, de contrôle de l’eau.
— Le résultat est déjà remarquable.
— Ne crois pas ça. Je m’en approche, un peu, mais c’est très loin d’être abouti. Regarde une peinture chinoise. Une vraie, pas un de ces ersatz sur les services à thé, et tu comprendras ce que je cherche. La pureté du trait. Le plus profond de l’âme humaine, une forme de sagesse. Ne cherche pas de mots ; cela n’a pas de nom.

C’est quelque chose que l’on sent. Je ne l’ennuyais pas. Il était fier de me montrer son travail et le chemin qui le guidait mais, en même temps, il avait hâte de retrouver sa solitude. Seulement, pour un Antillais de l’âge de Joseph, et pour chacun de nous je crois, il y a des rituels que nous nous devons de respecter. Ainsi, on ne dit pas : « Excuse-moi, je te laisse à ton travail », mais l’on s’éclipse avec juste ce qu’il faut de nonchalance pour que l’autre n’ait pas l’impression de nous avoir chassé.    

Croyez-moi, c’est tout un art l’élégance créole. 
Un quart d’heure plus tard, je ressortais de ma chambre avec ce poème que j’avais pris la précaution de calligraphier ainsi que je sais le faire quand je m’applique. 

Assis
comme un moine copiste
                                                le pinceau à la main

                                             Dessinant des bambous
                                             d'une main qu'il voudrait
                                              ne jamais voir trembler

                                                 Maîtrisant le silence
                                          avec des mots qui claquent
                                             comme le tambour bel air
                                            Zobel interroge les ombres

                                                           Au loin
                                                  sur l'océan des îles
                                                   sa main se charge
                                                  de terribles orages

                                                    En cet été torride
                                                la terre a soif de jardins

Joseph le reçu avec une émotion non feinte.
— Je vois que tu m’as compris, murmura-t-il d’une voix enfiévrée. Je ne désespère pas de te conduire un jour sur le chemin.
Pourquoi pas ? Un jour, peut-être, mais pour l’instant, et Joseph le sait, la vie me tient trop à la gorge.  

José Le Moigne

Joseph Zobel
La tête en Martinique et les pieds en Cévennes
Préface de Raphaël Confiant

Ibis Rouge éditions 2008

samedi 23 avril 2011

Les mystères du peintre florentin Sandro Botticelli


Désormais faudra t-il faire référence systématiquement à "l'herméneutique picturale néo-platonicienne" dans le descriptif accompagnant l'œuvre d'un artiste de la Renaissance italienne ? C'est du moins la thèse de Jean Luc Angrand, historien.

Cette nouvelle approche privilégie le langage ésotérique dit "herméneutique" présent dans beaucoup d'œuvres au détriment de l'habituel descriptif esthétique. Cette approche devrait permettre de "faire parler" ce qui fut caché dans les peintures de Léonard de Vinci, Sandro Botticelli et bien d'autres encore.

Une porte ouverte aux abus ou un bond en avant ?
On découvre en effet dans cette publication l'existence d'un véritable langage herméneutique pictural néo-platonicien de la confrérie de Cosme et Laurent de Médicis; Une confrérie principale source de la vie intellectuelle et artistiques de Florence, fondait avec le philosophe et mystiques Marsile Ficin et qui comptait parmi ses membres, Christophoro Landino, Demetrios Chalkondyless, Gentille de Becci, Pic de la Mirandole, flavius mitridathe.

À travers les chefs d'œuvres bien connus du peintre florentin Sandro Botticelli comme Pallas et le Centaure, La naissance de Vénus, Mars et Vénus et Le Printemps on découvre un langage codé ésotérique qui fut caché à nos yeux pendant cinq cent ans.

La méthodologie utilisée pour le décodage :
La première étape consista pour la peinture Pallas et le Centaure et les autres mythologies de Botticelli à chercher les attributs des dieux antiques à l'aide de guides des arts dédiés à l'iconographie puis à interprèter leurs significations symboliques.


Concrètement, dans Pallas et le Centaure, Sandro Botticelli, 1482, tempera sur toile, 148 x 207 une pointe de flèche et une corne de chasse dessinées dans la pierre apparaissent à côté de la figure féminine qui est Pallas/Minerve. Ces deux attributs dessinés dans la pierre sont liés à la déesse Artémis. Ils provoquent un changement d'identité;  la figure féminine qui est Pallas comme l'indique de nombreux historiens de l'art devient ainsi Artèmis déesse lunaire de la fécondité.

Un Cygne vert apparaît cette fois dans le tissus porté par la figure féminine; il fait référence au mythe de Léda et le Cygne. La figure féminine qui est Pallas devient ainsi grâce à la présence de cet animal, la nymphe Léda fécondée par Jupiter; Jupiter déguisé en Cygne.

Enfin un buisson sortant d'un orifice en forme de croisant de lune attribut de Séléné, déesse de la maternité nous signifie qu'une naissance divine va avoir lieu. Pallas la figure féminine change donc à nouveau d'identité et devient Séléné.

Les deux figures masculine et féminine de cette œuvre "jouent" ainsi, tels des comédiens, plusieurs rôles successivement. Ainsi Pallace endosse successivement les rôles d'Eve, Vierge Marie, Pyrrah, Isis, Séléné, Artémis et Léda accompagnée de son Cygne. Il en est de même pour le Centaure qui lui obtient le rôle de Moïse sur le mont Sinaï.

La seconde étape de ce décodage consiste à assembler les données ainsi obtenues pour constituer un récit chronologique judéo-chrétien qui débute avec la genèse et s'achève au couronnement de la Vierge Marie au ciel.

Léonard de Vinci et Giorgione :
Cette méthodologie a été appliquée à plusieurs oeuvres appartenant à d'autres artistes de la Renaissance italienne et a permit d'obtenir des résultats probants. "La tempête", 1508 œuvre majeur et mystérieuse de Giorgione a enfin "parler" ainsi que "L'annonciation" de Leonard de Vinci, 1472-1475. 


Concernant ces deux œuvres Jean Luc Angrand le découvreur de cette méthodologie en fera la communication prochainement.
Si cette théorie et la méthode l'accompagnant s'avère être exacte c'est toute ou partie des interprétations des œuvres du peintre Sandro Botticelli qu'il faudra réécrire dans un premier temps puis celle de nombreux autres artistes de la Renaissance italienne florentine.

Des formations :
Une conférence sur l'herméneutique néo-platonicienne pratiquée à la cour de Laurent de Médicis est en préparation ainsi qu'une offre de formation exclusivement destinée aux enseignants, historiens de l'art et conservateurs.

L'initiateur de la découverte : Jean Luc Angrand, historien, a après cinq années de recherches pluridisciplinaires réussie à démontrer de manière scientifique semble t-il la validité de sa théorie; il met à la disposition des chercheurs et amateurs des outils de "décodages" sous la forme de tables de conversions utilisables pour d'autres œuvres d'artistes florentin.

Ces tables de conversions permettent de relier plusieurs sciences mystiques, la kabbale chrétienne, l'astrologie de la Renaissance italienne et l'alchimie afin de reconstituer une grammaire ésotérique dite "herméneutique picturale" permettant d'écrire un récit codé. À l'occurence ici pour Sandro Botticelli il s'agissait de caché le récit biblique de la genèse au couronnement de la Vierge Marie au ciel dans des œuvres racontant des mythes antiques.

Pour chacune des œuvres de Sandro Botticelli Pallas et le Centaure La naissance de VénusMars et VénusLe Printemps des schémas faisant apparaîtres les attributs mythologiques, signes astrologiques et lettres de la kabbale cachés sont aussi fournis.

 Adélaïde Raincy

vendredi 22 avril 2011

Voici le Temple


...
Voici le Temple immolé,
pieds et mains percés,
le flanc comme la voile déchiré...
Voici le Roi des Rois crucifié,
sueurs et sang sur son front
au fond des vallons de nos affronts...
Le soleil honteux a tourné les yeux...
Un couvert noir jusques aux cieux
est dressé, fausse nuit sans étoile,
l'univers s'est revètu de sa voile,
le poids de nos péchés en pourpre déjà là
pour sonner le glas funèbre de son trépas ...





Guy Cayemite