lundi 21 avril 2008

Transfert au Panthéon : l'idée de Royal ne convainc personne



Le secrétaire d'État chargé de l'Outre-Mer, Yves Jégo, voit dans la proposition de l'ancienne candidate à l'Élysée «une attitude néocolonialiste».

L'idée, suggérée par l'ancienne candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal, de transférer la dépouille mortelle d'Aimé Césaire au Panthéon a fait long feu. La famille de l'ancien député maire de Fort-de-France, comme une grande majorité de Martiniquais, s'y montre opposée. Les larmes aux yeux, Jacques Césaire a ainsi remercié le secrétaire d'État chargé de l'Outre-Mer Yves Jégo arrivé jeudi pour organiser avec la famille et la mairie de Fort-de-France les obsèques du poète pour avoir déclaré à sa descente de l'avion de Paris que, pour le poète, décédé jeudi à 94 ans, «le plus beau des Panthéon, c'était son île». «Vous imaginez mon père dans le Ve arrondissement», lui a alors répondu Jacques Césaire, en rappelant que son père avait lui-même acheté sa concession il y a déjà une vingtaine d'années.

Selon le ministre, «la proposition de Ségolène Royal partait sans doute d'un bon sentiment, mais, en réalité, elle est le signe d'une véritable méconnaissance de l'âme martiniquaise et de l'œuvre même de Césaire». Yves Jégo est allé encore plus loin : la proposition de Ségolène Royal, pour lui, s'apparenterait à une «attitude néocolonialiste». «Cela pourrait être vécu comme une captation de Césaire par l'Europe», poursuit-il.

Serge Letchimy, son successeur à la mairie de Fort-de-France, estime également que «Césaire est enraciné à sa terre dans son œuvre, sa vie, son combat» et dit douter «que les Martiniquais soient favorables à l'idée» de transférer son corps en métropole. Son rival du Parti progressiste martiniquais (PPM), créé autrefois par Césaire, le sénateur Claude Lise, est pour une fois de son avis. «L'Homme du Retour au pays natal finissant à Paris, il y a quelque chose qui gêne», affirme le parlementaire. Même sentiment pour le président socialiste du conseil régional de Guyane, Antoine Karam, venu avec une délégation. «Arrêtons l'hypocrisie, la reconnaissance vaut pour les vivants, pas pour les morts», dit-il.

«Laissons-le dormir dans sa terre et parmi les siens»

Pour le secrétaire d'État chargé de l'Outre-Mer, «peut-être que la question se posera dans vingt-cinq ou cinquante ans, mais, pour l'heure, cela serait vécu par les Martiniquais comme un arrachement». Pour lui «rendre hommage sans l'arracher à sa terre», Yves Jégo propose, par exemple, de créer «un grand prix littéraire qui, chaque année, à la date anniversaire de la mort de Césaire, récompenserait les auteurs identitaires».

Arrivée vendredi, vingt-quatre heures avant l'importante délégation du Parti socialiste, Ségolène Royal a maintenu son idée, malgré les réticences locales. «C'est évident que sa place est au Panthéon aux côtés de Schoelcher, Victor Hugo et Jean Moulin», a-t-elle répété.

Un avis que ne partage pas le député PRG de Guyane et candidate à la présidentielle de 2002 Christiane Taubira. «Césaire avait fait le choix de passer sa vie ici. Donc, je ne vois pas à quel titre on viendrait changer ce choix», dit-elle.

Président du MoDem, François Bayrou, arrivé samedi soir à Fort-de-France, ne dit pas autre chose. «Laissons-le dormir dans sa terre et parmi les siens. Bien sûr qu'Aimé Césaire est digne du Panthéon. Mais l'idée de l'enfermer entre des murs d'ombres, lui qui aimait tant la lumière, n'est pas enthousiasmante», confie-t-il.

Également présents à la veillée funéraire de samedi soir au stade Pierre Aliker, et sans vouloir officiellement «rentrer dans la polémique», François Hollande, Lionel Jospin ou encore Laurent Fabius et Pierre Mauroy buvaient du petit-lait. «L'idée de Ségolène était sans doute généreuse…», ont-ils avancé pour défendre timidement leur camarade de parti.

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